Skip to main content

Full text of "Recherches sur les fièvres, : selon qu'elles dépendent des variations des saisons, et telles qu'on les a observées a Londres pendant vingt années consécutives; avec des observations de pratique sur la meilleure manière de les guérir. Par M. Guillaume Grant, D.M. ; Traduit de l'anglais par M. le Febvre de V.B. ; Suivies de L'histoire des constitutions épidémiques de Saint-Domingue, et de la description de la fièvre jaune, par M. Pouppé Desportes, médecine du Roi"

See other formats


l^. 



ty. 



\ 



^j~^- 



^. 



M, 






?^2-. 



^ 



K 



m^^ 



.m 



(^Âcqutred 'Voith the aisi§lance ofthe 



John Carter Brown Library 




^. 



'?«C 



i-;i-a 





^ . <r>i;iaiài£^ 






ws. 



^^ 



\^ 






^ .f'rî^iaiàit 



RECHERCHES 



SUR 



LES FIÈVRES. 



^#^ 



'^'ascœsr.^^.jv 






lf^Vl^x^X^A^x^fi^/%ix^\^\vtv>)^Al^\^\v%t^lixvvvt%l%v^WAX^A>v%^/l^/t^\vt^x^/tvtx^,vi'^/^> 



UE l'imprimerie de M.me V.e picot , née FONTENAY , 

SEUL IMPRIMEUR DU Roi. 



i^v^%%^n>^\wv^^/%^nl^^vlv^l^^lV%lVwvv%^/\^vyynl%^>v\^^t^nlV^t^^x%v%v\v^lV^'V\l^\v\v^>'%^lVv 



A^^i 



RECHERCHES 

SUR 

LES FIÈVRES 

SELON qu'elles DEPENDENT DES VARIATIONS DES SAISONS , ET 
TELLES qu'on LES A OBSERVÉES A LONDRES PENDANT VINGT 
ANNÉES CONSÉCUTIVES J 

Avec des Observations de pratique sur la meilleure manière 

de les guérir. 

PAR M. GUILLAUME GRANT , D. M. 

TRADUIT DE L ANGLAIS PAR M. LE FEBYRE DE V. B. 

SUIVIES DE 

L'HISTOIRE 

DES CONSTITUTIONS ÉPIDÉMIQUES 
DE SAINT-DOMINGUE, 

ET DE 

LA DESCRIPTIO 

DE 

LA FIÈVRE JAUNE, 

PAR M. POUPPÉ DESPORTES, médecin du roi. 

**VVV»>V*'VVVVV»p'VVVVV\iVVVVM(VVVVt/%iVVVV\'VVVVVWW 

TOME PREMIER. 

VVVVVVVVVVW'VVVVVVVVVVVVVVVkVV'VVVt.VVVVVV'VVVV'VV 



GHEZ 



A MONTPELLIER, 

SE VEND 
Mme v.« PICOT , Imprimeur , place Louis XVI j 
Auguste SEGUIN , Libraire , Place-Neuve. 

1821, 




'«Sï^^.' 



"WM^^ 



JPWH*M 



s» 



DISCOURS 



PRELIMINAIRE. 



\jE n^est ni l'envie de préconiser cet ouvrage , 
ni de donner à l'auteur les éloges qu'il mérite j 
qui m'çngage à joindre ici quelques réflexions 
préliminaires. Le ton affirmaîif , ordinaire aux 
interprètes, ne peut non pîus(i) en imposer qu'à 
Fignorance , et c'est à des gens sensés que j'ai 
ihtention de parler. L'introduction de Fauteur 
semblerait m'avoir dispensé de ce que je puis dire 
ici : si je l'avais cru , je me serais tu , et j'aurais 
peut-être évité uti reproche qui n'est pas toujours 
bien fondé. Si tacuisses , philosophus mansisses. 

Comme l'intention de l'auîeur a été d'instruire 
les jeunes médecins, en même temps qu'il voulait 
se rendre utile à des gen§ plus éclairés , j'ai pensé 
qu'il était perniis de suivre ses vues , et de chercher 
à s'instruire avec lui , en comparant ses grande^ 

(i) 1^cù.c[,-n yàp y.y.t gyTrTcccco^ yi i^-^t' oiâolitr^im l<j'/vpmtç. Pree»» 
çept. sect. ï , page ag. 

a if 




m 




ÎT Discours 

vues de pratique avec celles du plus habile maître 

de tous les médecins. 

Le but de Fauteur est de traiter des épidémies 
ordinaires , telles qu'elles ont lieu successivement 
pendant le cours de l'année. Mais il ne faut pas 
s'abuser sur le mot d'épidémie ; tous les auteurs 
qui , depuis Hippocrate , ont traité de ces maladies , 
ou ont commenté les œuvres de ce grand maître , 
n'ont considéré ces maladies , même celles qu'ils 
ont appelées 5i>/2/;to , que comme la conséquence 
des écarts considérables de la nature dans la tem- 
pérature de l'air ou des saisons. En ce cas , ce sont 
les Aphorismes ii , 1^,13, î4 de la troisième 
section qu'il faut considérer , et c'est aussi là le 
fond des détails épidémiques d'Hippocrate. Ce 
n'est pas là le plan de notre auteur. H ne consi- 
dère ces maladies, ou plutôt les fièvres ordinaires , 
qu'autant qu'elles sont l'effet des différentes consti-» 
tutions successives de l'année. En ce cas , il a 
dû appeler épidémies , des maladies qui attaquent 
3un certain nombre de sujets, comme par une cause 
commune. Mais, ces maladies étant le résultat ordi- 
naire des constitutions annuelles , on voit que 
c'est d'après les Aphorismes 20 , 21 , 22, 23 qu'il 
faut envisager son plan. 



PRÉLIMINAIRE. V 

Pour mieux faire sentir la vérité des assertions 
de notre auteur , je crois donc devoir présenter 
ici en bref la doctrine d'Hippocrate , tous les jours 
cité , peu lu , et encore moins étudié pour le 
malheur de l'humanité. Ce grand maître , toujours 
attentif à ne parler que d'après la nature , et à la 
saisir dans les détours les plus obliques , possédait 
le grand art d'ignorer quand il ne voyait rien , 
mais savait aussi combien le moindre hasard , le 
symptôme le moins intéressant en apparence , 
devenait important dans Voccasion (i). Persuadé 
que la nature agit toujours par les voies les plus 
simples , c'est aussi de cette manière qu'il nous 
propose ses opérations. La troisième section de 
ses aphorismes est particulièrement destinée à nous 
exposer tout simplement comment le corps humaia 
est affecté des changemens et des constitutions par- 
ticulières des saisons. C'est à ce détail que je m'ar- 
rête un instant , en reprenant les choses par les 
plus simples. 

Selon Hippocrate , il est des constitutions, i.o de 
jours ; 2.0 de saisons ; 3.° d'années. 



(i) U^^(;v/m ovv hX TrsptTTTya-gî tî t^ ws lm%m^)h. ilj« 




VJ B 1 s C O U RS 

iP Effet des constitutions journalières, «Penclant 
» les jours où le vent est au nord , les corps se 
to resserrent; on est plus fort , plus agile; on a 
1» meilleure couleur ; l'ouïe est plus fine , le 
» ventre plus resserré ; les yeux cuisent , et les 
» douleurs de poitrine antérieures se font sentir 
'à plus vivement. 

» Les vents du midi relâchent les corps , les 
# rendent humides : Fouie est alors dure , la tête 
» pesante ; on a des étourdissemens ; les yeux 
» sont appesantis ; le corps ne se meut qu'avec 
® indolence , et le ventre est relâché , aphor. 7, 
« sect. 3. » 

r 

Ce principe était si clair et si vrai pour Hippo- 
crate , qu'il nous avertit, Aphorisme 5 , que nous 
devons nous attendre à ces phénomènes dans les 
maladies qui arriveront pendant ces deux circons- 

tances. 

2.« Effet des constitutions des saisons. Comme 
ces saisons sont chacune la somme d'un certain 
nombre de constitutions journahères plus ou moins 

suivies, mais prédominantes les unes ou les autres 
4ans la ré^'olution de chaque saison^ on voit aisé- 
lïj^Ot que le principe précédent, quoique suscep 



^^^ 



$»RÉLIMINÀIÎIE. Vij 

tible de beaucoup de modifications , n'est pas si 

inappréciable qu'on le croirait d'abord. Hippo* 

crate prévient lui-même la difficulté , et nous 

fournit les données nécessaires à la solution du 

problème. La nature de nos différentes humeurs, 

et leurs changemens, sont , comme on le voit , ce 

sur quoi il faut se fixer ici, « La pituite , dit Hip- 

» pocrate, domine en hiver; ilse fait une augmen» 

y> tation de sang au printemps ; la bile jaune 

» s'accroît pendant Tété, et l'atrabile est très-abon- 

y> dante et très active en automne , et ainsi tous 

» les ans , etc. , de nai. hom. Comme il arrive donc 

» que , pendant le cours de l'année , chaque saisoa 

» domine à son tour, de même aussi chacune de 

» nos humeurs l'emporte successivement sur les 

» autres. Le médecin doit donc traiter les mala- 
» dies (i), en faisant une attention particulière à 

>) ce qui prédomine dans le corps de cliaque indié 

^> vidu , par rapport à la saison différente de 



(i) Voici l'original de ce passage si intéressant que les mé- 
deeins modernes semblent avoir méconnu. Koci tov Inrfo-j oiroi 
^py] lYiQOy.i Ta VQ7r}ti(XTx , ùç ey.dçov , toutswv t(7)(yovzoç èv tc5 cw- 
part xaTà tï^v wp/jv t/^iV éoi^T^ y.7,TV, ^ûo'tv OVS-KV ^.ôiliçoi,* §ecU 3 ^ 
nage 7, 



(tv. 



••,;**' 



viij Discours 

» Tannée , et selon quelle est analogue au tempe» 

» rament du sujet , de nat. hom. » 

Ainsi, en considérant les effets particuliers des 
vents du nord ^ et ceux des vents du sud^ con- 
naissant ensuite quelles sont les différen tes humeurs 
qui dominent successivement dans chaque saison , 
on peut, je pense, pressentir aisément les mala-^ 
dies qui en seront la conséquence ; car je dois 
supposer ici qu'on ait lu dans les différens traités 
d'Hippocrate , comment nos humeurs s'altèrent 
réciproquement. Sa théorie est simple , mais pré- 
cise, et plus que suffisante pour la pratique dans 
les cas qu'il a eu lieu d'observer. Les médecins 
physiciens ne nous donnent que des conjectures, 
au lieu que ce grand maître ne raisonne qu'après 
des faits, et même très peu. 

Yoici donc les maladies qui , suivant lui , parais^ 
sent dans les différentes saisons: 

« Pendant l'hiver, des pleurésies, des périp- 
» neumonies, des léthargies, des coryses, des en- 
j> rouemens , des toux; des douleurs de poitrine^ 
3> de côté, des lombes; des étourdissemens, des 
» apoplexies. » Aphorisme 23. Tai repris celui-ci 
le premier pour suivre le détail d Bippocrate , 



P 



âge IX 



.v?^ffis 



PRÉLIMINAIRE. ÎX 

« Au printemps, des manies, des mélancolies, 
i) des saignemens de nez, des épilepsies, dessqni- 
» nancies, des coryses , des enrouemens, des le- 
» près, des toux, des lichen, des dartres farineu- 
» ses, beaucoup d'éruptions purulentes , des tuber- 
» cules, des douleurs articulaires. » Apli. 20. 

« En été, quelques unes des précédentes, des 
» fièvres continues , des ardentes , des fièvres 
» tierces, des fièvres quartes, des vomissemens, 
» des diarrhées , des ophlhalmies , des douleurs 
» d'oreilles, des exulcérations à la bouche, des 
» pourritures aux parties génitales , des échau» 
5) bouîures. ^ Apho 

« En automne, grand nombre de celles de l'été; 
» des fièvres quartes, des fièvres erratiques, des 
» engorgemens à la raîe, des hydropisies, des 
» phtlîisies, desstranguries, des lienteiies, des dy- 
» senteries , des sciatiques , des squinancies , des 
]» asthmes, des volvules, des épilepsies, des affec- 
» tions maniaques et des mélancolies. » Aph. 22. 

On pourrait objecter qu'il est dans cet exposé 
des maladies communes à différentes saisons, et 
que, conséquemment, la distinction des saisons, 
par rapport aux différens états de nos humeurs | 



3C ï)lSC0UR5 

n'est pas bien fondée. Je dirai d'abord que, s'il 
est des maladies qui soient réellement les mêmes 
dans différentes saisons, notre auteur en fera voir 
la raison dans ses détails , qui ne feront que confir- 
mer la théorie d'Hippocrate. Je répondrai ci-après 
plus directement à l'objection. 

Hippocraîe sentait bien que ces détails ne suf- 
fisaient pas encore pour estimer au juste les effets 
des constitutions annuelles; il fallait , outre cela , 
connaître les différentes révolutions que le corps 
peut subir dans les différens %es, dans son ac- 
croissement, son état et sa décadence. Vhomme^ 
dit-il, nait^ s accroît et finit comme toutes les pro- 
ductions de la nature^ de Nat. hom. Voilà sans 
doute ce qui fit dire à Aristote, que la vie de V ani- 
mal ^ considéré physiquement ^ était la même que 
celle des plantes ^ de Générât, anim. La, c. 3. C'est 
cet objet sur lequel llippocrate se fixe, depuis 
l'Aphorisme i[\ jusqu'à l'Aphorisme 3i delà même 
section. Mais il nous avertit encore, «f que les mêmes 
» maladies sont plus ou moins violentes, à pro- 
>; portion de la jeunesse ou de la vieillesse, de 
>) la force ou de la faiblesse des sujets, ;) l i, Jg; 
:^orb\ ^ 



t^^^^msi 



ïm 



Ï»RÉLTMINA.IIIÉ* ^] 

Tout ce que nous venons de voir, suppose tou- 
jours que les dérangemens des saisons et des hu-- 
iiieurs ne sont pas extraordinaires. Le cas pouvait 
cependant arriver. Hlppocrate n'a pas non plus 
perdu de vue ce point important, c'est ce dont 
il s'occupe depuis le ii.^ jusqu'au 14^ Apho- 
risme, il?. Il y expose même quelles seront, dans 
une saison subséquente, les maladies qu'on doit 
regarder comme les effets de la saison précédente, 
ou comme la suite et le résultat de la combinaison 
des deux. C'est là le fond de ses détails sur les 
maladies qu'on appelle communément épidémie 
ques-, mais, dans ce cas , il faut souvent remontef 
à des temps bien antérieurs, comme le dit Car-? 
theuser, Patholog. , t. 2 , p. 729. 

3.° Quant aux constitutions des années, il s'ex- 
plique très-succinctement. 

<c En général , les grandes sécheresses ne sont 
% pas si malsaines que les pluies considérables: 
» il meurt moins de monde pendant les premières. » 
Aph. i5. 

Il est singulier qu'un Aphorisme aussi clair ait 
paru si obscur , et que les raisons qu'on a ap-» 
portées pour el contre soient également fausses^ 




:^5s 



|5^>^W3SïS3 



? V!«î5>' 



'wmmm 



xîj Discours 

Quelques cas particuliers qui n'ont eu lieu que 
par la manière de vivre de certains cantons, ou 
par la situation des lieux , n'étaient pas ce qu'il , 
fallait produire ni pour ni contre un fait d'expé- 
rience générale. 

a C'est pendant les pluies que paraissent sur- 
î) tout les fièvres de longue traite, les cours de 
» ventre, les pourritures, les épilepsies, les apo- 
» plexies , les squinancies ; mais , pendant les 
» sécheresses , on voit paraître les phthisies , les 
1) ophtalmies, les douleurs articulaires, les stran- 
» guries, les dysenteries. » Aph. i6. 

Quoique ce troisième article sorte en quelque 
manière de notre objet, il n'est pas déplacé ici. 
C'est un troisième terme de comparaison qui aura 
son application dans le corps de cet ouvrage. On 
voit donc par tout ce qui vient d'être dit précé- 
demment, que la bénignité ou la malignité des 
maladies n'est pas une chose absolument incom- 
préhensible en bien des occasions ; mais Hippo- 
crate prévient encore son lecteur: 

« Quand les temps sont bien réglés, et que les 
p constitutions des saisons sont dans V ordre de la 
}? nature ( wpatw^ t«; ùi^ah. çŒQ^idmiv ) > les maladies 



v^^èffifi 



féiMs^mÊim^ 



PRÉLIMIJVTAIRÈ. xiij 

» qui paraissent alors parviennent aisément à 
3> leur état, et la solution s'en fait aisément; mais, 
» lorsque les saisons sont déréglées, les maladies 
» ne parviennent pas à un état déterminé, eï 
» la solution en est difficile. » Aph. 8. 

Hon-seulement la solution en est difficile dans 
ces dérégîemens, mais il peut encore arriver ^i^'^//2e 
même maladie se prolonge pendant le cours des 
quatre saisons. Cette observation est de la der- 
nière importance, et Sydenham ne s'est d'abord 
si fort mépris sur la nature de sa nouvelle fièvre , 
que pour n'y avoir pas ïdÀl attention. Toute ma- 
ladie, dit Hippocr., qui passe les termes ordinal^ 
Tes, pourra durer toute ï année, àe Kat. hom. J'ai 
été surpris que notre auteur n'eût pas rappelé ce 
grand principe en examinant aussi pertinemment 
qu'il l'a fait cette erreur de Sydenham; 

Quant aux médicameos , l'école d'Hippocrate 
nous avertit, « que ce serait une imprudence d'as- 
» surer que tel remède fera effet dans lé^Q ou \q\\^ 
» maladie, parce qu'il est des circonstances où 
» les maladies se prolongent opiniâtrement par 
3) des cas et des changemens particuliers ( Pr^e^ 
» cept ); et que souvent même les maladies de- 




^^ 




'mmmi^^ 



% 




5^iy Discours 

» viennent considérables, ou très-lôngues parles 
» plus petites causes externes. » ( Be Affect. ) On 
verra avec quelle prudence noire auteur a fait 
usage de ces réflexions. 

Dans ces circonstances fâcheuses, quel parti 
prendre? Hippocrate nous en présente trois; 
j o savoir ne rien faire, et remettre le traitement 
d'une maladie à un temps plus convenable pour 
pouvoir profiter et de la température et de la 
disposition du corps , et d'une méthode plus sor- 
îable, de Moih., \, \ \ 

2.0 De tenter de rappeler la maladie à son ori- 
gine , et de la rajeunir, de hoc, in, hom, ; 

3.0 Ou d\ibandonner à elle-même une maladie 
devenue incurable, et, sans rien faire , de laisser 
mourir plus tard un sujet qu'il n'est plus possible 
de sauver. Car , ajoute-t^l, il est des sujets avec 
qui les maladies doivent vieillir et finir ensemble 
(Je Morb,, L I.), parce que ce qui est maladie 
dans un temps ne l'est plus dans un autre, de 
. Jlim. Mais le grand pom^ dit cet habile maître, 
cest de savoir, en toute circonstance, estimer les 
quantités à leur juste valeur, Ibid. 

On verra combien notre auteur a su profiteE 



de ces préceptes si bien réfléchis. Je ne crois pas 
devoir ajouter ici qu'Hippocrate conseillait non- 
seulement les vojages pour profiter du change- 
ment d'air dans la cure des maladies, mais qu'il 
Toulait encore que, dans des maladies devenues 
communes à un certain nombre de sujets, oa 
changeât même l'emplacement et la situation des 

lieux,pourprofiter de tout, autant qu'il est possible^ 
Ce sont des principes que des gens éclairés n'igno- 
rent pas. Notre auteur nous fait voir l'avantage con-» 
sidérable qui peut en résulter. Mais il faut ici d© 
la prudence , et bien connaître la nature du cîimafi 
où va passer le malade, et la nature de la mala- 
die , pour pouvoir juger s'il n'y aurait pas de 
nouvelles combinaisons ou une métamorphose à 
craindre plutôt qu'une guérison à espérer : c'est 
une réflexion qu'on ne doit pas manquer de faire. 
he cas rapporté par Hoffmann nous la présente 
naturellement. Voyez Consult., sect. 4, cas, loi. 

Reprenons la difficulté qui suit les Aphorismes 
des quatre saisons. Il est, dit M. Desmars, comme 
tien d'auties, des maladies communes à quelques 
saisons. Soit : je réponds d'abord avec Hippocrate 
^ue ce nest nullement par la nomenclature des 
mO'ladies qu'il faut juger de leur identité, ou de 



'^ra^iEi^ 



'mmimm 



I5s 



% 



-^yj Discours 

leur différence , de Rat. vict, in acuL Un ërysH 
pèle au printemps ou en automne est sans doute 
un érysipèle ; une fièvre quarte, en quelque saison, 
à quelque âge que ce soit , est une fièvre quarte ; 
mais l'érysipèle du printemps, si la constitution 
de la saison est légitime , sera une affection in- 
flammatoire; au lieu qu'en automne , ce sera prin- 
cipalement une maladie compliquée d'atrabile, ou 
au moins de bile acrimonieuse. La fièvre quarte 
n'est pas non plus indifféremment la même mala- 
die. Hippocrate le fait assez sentir en disant, J^ 
NaL hom, in fine : « La fièvre quarte a lieu , et se 
>. fait sentir depuis Tâge de vingt-cinq ans jusqu'à 
ù quarante-cinq, parce que c'est entre ces deux 
j) âges surtout que le corps est le plus sujet à 
» latrabile. Si donc un sujet est attaqué de cette 
» fièvre en tout autre âge que celui-là, et en une 
n autre saison qu'en automne , soyez sûr que cette 
» fièvre ne durera pas long-temps ; à moins qu'il 
» n'y ait dans le corps d'autre raison de cette 
» maladie (i). j) 



(i) Il y a une faute essentielle dans la phrase précédente 
de la version latine. Bilis enim , etc., lisez airahilis enimy etc. i 
selon le grec. 



i'^SSkvii 



réfMSNtmim 



Cette fièvre n'est donc pas toujours le seul pro* 
cîuit de l'atrabile ; donc elle n'est pas non plus la 
même maladie en tout temps, quoiqu'il soit vrai 
qu'elle est plus ordinairement la même maladie 
en automne qu'en été , ou qu'en toute autre saison» 
Ceci, dira-t-on, suppose au moins des excep- 
tions à la règle. Cela est juste ; et si Hippocrate 
ne l'avait pas vu, il n'aurait pas placé des mala* 
dies de même dénomination dans des saisons dif- 
férentes, quoique ces maladies fussent essentiel- 
lement différentes. C'est au médecin à chercher la 
raison de l'exception dans le cas possible; mais 
cela n'a pas empêché Hippocrate de dire que ses 
observations étaient également vraies dans les trois 
parties du monde connues alors, et où il avait eu 
lieu de voir des malades. Hippocrate n'ignorait 
certainement pas les variétés extrêmes de la tem« 
pérature de nos climats de l'Europe , ni les effets 
de ces fréquentes variations, puisqu'il dit que 
cela doit même y influer sur le principe de la gêné- 
ration^ iv vn g\ju.t:yi^sl toO yovou. de aère, loc. aq* infine^ 
Ce serait donc en vain qu'on objecterait aussi, 
contre les observations de notre auteur, que les 
fièvres qui s'observent en Angleterre ne sont pas 



1. 




iWN 



i 



jyiij Discours 

les mêmes que les nôtres. M. Zimmërraann a sî 
amplement répondu à cette objection dans son 
Traité allemand, de V Expérience du Médecin^ que 
je me crois dispensé de rien dire à cet égard. 

Mais notre auteur n a pas éludé la difficulté 
qu'on pouvait faire contre son système , qui est 
celui d'Hippocrate, ou plutôt celui de la nature. 
Il fait voir , pag. 474 , qu'il aurait répondu plus 
amplement s'il l'avait jugé à propos. Si , par 
exemple , etc. Prenons une maladie qu'il est en- 
core plus important de bien connaître, parce 
qu'elle est très-souvent épidémique. La petite vé- 
role , que tout le monde croit bien connaître , et 
pouvoir traiter en se jouant, n'est certainement 
pas la même en tout temps, quoiqu'elle se mani- 
feste indifféremment en toutes saisons. Des méde- 
cins polygraphes et anti-inoculateurs ont voulu 
nous le faire croire, en nous donnant pour cette 
maladie un traitement général, qui, dans leur 
spéculation , est la chose la plus simple du monde ; 
mais qu'on lise notre auteur, page 7, et l'on 
verra ce qu'on doit penser de ces traitemens gé- 
néraux. 

Ceux qui liront ce que l'illustre Eller a écrit 



U^ J^^saisi 



WéfMSmÊlSm 



préliminaire; xi:iÉ 

îsur cette maladie , se rangeront certainement du 
parti de notre auteur , et seront bien éloignés 
d'en faire la même maladie à tout âge et en toutes 
saisons. Voyez Eller, page i5o. Ils se rappelleront 
aussi que l'art y reste souvent sans aucune res* 
source, dans ces temps surtout où cette malaiie, 
devenue épidémique , enlève , de l'aveu de M. Eller, 
plus des deux tiers de ceux qu'elle attaque. Si les 
écrivains qui nous ont donné leurs compilations 
niai digérées sur les fièvres, ou leurs journaux, 
ou plutôt ceux des gardiens de leurs maladies, 
avaient senti combien ils péchaient dans le prin- 
cipe le plus intéressant de l'observation, ils auraient 
moins vu , moins écrit , et peut-être dit beaucoup 
plus. Il y a lieu de croire qu'une lecture atten- 
tive de la récapitulation que Fauteur nous a donnée 
de son ouvrage , leur fera voir qu'ils se sont em- 
barques sans boussole, quand ils nous ont voulu 
parler des fièvres, sans nous instruire auparavant 
de la constitution de la saison ; je crois même 
pouvoir avancer que le meilleur commentaire 
qui ait été écrit sur les quatre Aphorismes rap- 
portés ci-devant, est la récapitulation intéressante 



de cet ouvrage. 



h ij 




ï^^y^^ît?^ 




■■:y" --^mmm^^ 



Discoims 
Un autre avantage qui résulte de la théorie de 
notre auteur , c'est la facilité qu'il nous procure 
de discerner plus justement le caractère des mala- 
dies sporadiques. Ces maladies , traitées le plus 
souvent aussi légèrement, que ceux qui les suivent 
en examinent peu la nature ou en différencient 
mal les variétés , n'étaient pas un objet peu 
important aux yeux d'Hippocrate. L'expénence 
lui avait appris que ces maladies d'espèces si dif- 
férentes , font quelquefois périr plus de monde que^ 
les épidémies (de rat. vict. in acut.). Aussi n'a-t-il 
pas oublié de les rapporter dans ses constitutions 
épidémiques , quoique son but ne fût pas d'en 
détailler les symptômes ; mais au moins semble-t-il 
avoir voulu nous indiquer pour combien ces di- 
verses maladies entraient dans les symptômes de 
l'épidémie qu'il expose , à quel degré ces consti- 
tutions épidémiques pouvaient affecter divers tem- 
péramens, chacun selon leur caractère particulier. 
C'est une réflexion que j'ai souvent faite en lisant 
ces détails. Galien disait quHl ri y a pas un seul^ 
mot d inutile dans les vrais écrits dHippocrate; 

aurait-il eu tort ? 

Dès qu'on est assuré , par des observations aussi 



.^■^gStai 



fé/Ms?imÊKMi 



PRELIMINAIRE. XXJ 

bien vues que celles d'Hippocrate , et confirmées 
par notre auteur , que telle saison doit plutôt 
produire dans nos corps tel dérangement que tel 
autre , il ne s'agit plus , dans le cas de maladies 
sporadiques, que d'examiner attentivement les 
circonstances que nous détaille Hippocrate , ^e 
Morb. , lib. ï,etde naL hom. : « La saison , le lieu , 
» l'âge , le sexe , le régime commun ou parlicu- 
» lier ; les excès dans le travail , le repos , les 
y> exercices ordinaires, ou le défaut dans les 
D mêmes ; les maladies antérieures , leur suite ; 
p mais ce n'est pas , dit-il , en apprenant seule « 
y> ment la nomenclature de ces maladies , ou en 
„ louant ou blâmant la méthode curalive de tel 
» médecin , qu'on apprendra à les guérir ; c'est 
» en les étudiant, « de rat. vicL in acuL On verra 
dans cet ouvrage, que l'auteur n'a négligé aucune 
de ces circonstances, lorsqu'il a cru devoir en faire 
mention ; il était trop persuadé de cette maxime 
d'Hippocrate : « Tout ce qui se passe dans la nature 
» n'est pas indifféremment utile , ou nuisible à 
» tous les corps. Une chose incommode l'un , et 
» fait du bien à un autre , parce qu'un corps 
» diffère d'un corps, une constitution d'une cons- 



i^ 



xxij Dis corn S 

n titution,un aliment d'un zYimtiaï^ de Flatib, n 
Toutes ces réflexions sont fort ordinaires , 
dira-t-on; cela est vrai. On en avait fait la plupart 
avant Hippocrate; mais c'estjustement parce qu'on 
croit les bien connaître , qu'on manque tous les 
jours à ce qu'il y a de plus intéressant. Est-on 
auprès du lit d'un malade , on tâte le pouls aux 
bras , aux mâchoires , aux tempes ; on examine 
les yeux , la langue , la bouche , les urines , etc. , 
et l'on manque de saisir un ou deux phénomènes, 
les seuls par lesquels la nature sait s'expliquer 
à ceux qui ont le rare talent de ne voir que très- 
peu de choses. Le malade migrât adplures , parce 
qu'on savait trop , et qu'on a trop vu : peut-être 
en serait-il réchappé , si l'on n'avait rien vu du 
tout. 

En voici un exemple. Celui chez qui je loge 
tomba malade en octobre dernier. Il y avait plus de 
trois mois que je l'avais averti de se précautionner, 
ou qu'il essuierait infailliblement cette maladie. 
Plein de confiance sur sa force et sa jeunesse, il ne 
voulut rien faire , et fut pris d'une vraie maladie 
atrabilieuse. Son épouse, qui se reposait en un 
médecin qui avait, sur une tête de soixante ans. 



1 



accumulé près du double de mon âge , appelle 
du secours. Le médecin voit un poitrinaire décidé , 
un corps délabré qu'il n était pas possible d'exposer 
au moindre mouvement sans tout risquer. Le 
pouls, les urines, la parole, tout indiquait , seloa 
lui , une ruine prochaine. Je ne voyais que l'atra- 
bile , et j'insistais sur le vomitif indiqué par les 
fréquentes envies de vomir du malade. Le médecia 
s'opposa formellement à mon avis , et se retira 
après avoir ordonné un gros de thériaque; on fut 
assez prudent pour n'en rien faire après mes re- 
présentations ; mais on ne voulut pas entendre 
parler d'émétique. Deux jours après, le médecia 
ordonna des bols de quinquina. Je ne pus m'era- 
pêcher de m'élever contre l'odieux de sa conduite. 
La fièvre , un peu étourdie par ce remède , laissa 
quelque relâche au malade. Il crut pouvoir man- 
ger. Le lendemain, la fièvre revint, et prit un 
très-mauvais caractère. Le médecin vint me de- 
mander, en nombreuse compagnie, ce qu'il y avait 
donc à faire. Purgez , lui dis-je , ou votre malade 
n'en reviendra pas. Il me représenta l'état ruineux 
de la poitrine de son malade. « A moins que vous 
» ne l'ayez rendu tel, lui dis-je, depuis que vous 



^^ 




i 



ÎXIV 



Discours 



» êtes venu , je ne m'en suis pas encore aperçu. » 
Enfin , l'épouse du malade se rangea de mon parti , 
et le médecin revint de temps en temps, admis 
uniquement par bienséance. Je prescrivis au 
malade tout ce que conseille notre auteur en 
pareilles circonstances, elle malade en réchappa , 
parce que je ne pus voir rien de ce que le mé- 
decin avait vu. 

On pourra remarquer dans la plupart des trai- 
temens de Fauteur, qu'après avoir vu bien des 
choses, il perd aussitôt de vue tout ce qu'il croit 
ne devoir plus voir dans sa méthode eurative , et 
que souvent même c'est à un seul symptôme qu'il 
s'arrête. Telle était aussi la manière de voir d'Hip- 
pocrale. Il ne faut que lire ses épidémies pour se 
convaincre combien il lui a fallu de sagacité pour 
voir aussi peu qu'il a vu. Mais aussi est-il aisé de 
reconnaître les maladies qu'il expose. Cest cela. 
On peut le dire après lui. Au lieu que quand on 
a lu Boërhaave et mille autres, on n'ose même 
en bien des cas se dire , cela peut être. On peut 
voir ce que pensent les médecins de Breslaw sur 
ee fatras obscur de symptômes dont les novateurs, 
disent-ils, ont surchargé les descriptions des malc^ 
dieSi p. 4' 3, éd. Hallen 



Ji^S&si 



'.féfs^^^mÊKm.^ 



pniELIMIlVAIIlE. XXV 

Si Ton faisait une sérieuse attention à la conduite 
d'Hippocrate , on ne verrait pas si souvent dans 
les fièvres to S-swv, ce dwinum quid, ou ces prin- 
cipes de malignité incoraprékensible; et ces ma- 
ladies ne deviendraient pas tous les jours meur- 
trières au suprême degrés ^ovawTaTot; on sentirait 
au contraire que , bien loin quil y eût quelque 
malignité dans leur nature, tout ce qui peut en 
être résulté de mauvais est le seul ouvrage d'une 
mauvaise manœuvre ^ comme le dit encore Hippo- 
crate(i) d'une autre maladie; et l'on deviendrait 
plus prudent en voyant que les symptômes les 
plus redoutables des maladies vraiment malignes , 
se laissent maîtriser par la prudence et la saga- 
cité du médecin. Hofjm. consult. cent. 3, cas, 200; 
et Eller, de Fébr, catarrh. , nous en fournissent 
deux exemples dignes de notre attention. 

Quant à ces maladies terribles , à ces fléaux qui 
de temps à autre dévastent des provinces entières, 
je crois ne devoir en parler qu'en passant. Cela 
n'est pas du plan de cet ouvrage. Les maladies 



(i) wç-î [Tfi'/A'zi 70 ,3'siov acTîov £t,v«ï , uXkâ. Tt àv5f wTiTtvay. De 
viorb. sacr. 




XXV j Discouns 

épidémiques pestilentielles ou vraiment malignes 
ne sont cependant pas si rares qu'on le croit ; 
mais je pense ne pas me tromper en disant que 
si elles ne sont pas plus fréquentes dans nos cli- 
mats , ce n'est qu'à l'extrême variété de la tempé- 
rature que nous en sommes redevables. Toutes 
les recherches que, l'on a faites jusqu'ici sur la 
cause de ces maladies ont été infructueuses; et 
elles devaient nécessairement l'être , parce que 
jamais nous ne connaîtrons à quel point les dif- 
férens principes dont l'air est surchargé en certains 
lieux et en certains temps, peuvent se combiner 
successivement, et décharger leur fureur sur l'hu- 
manité. Toutes ces maladies étant produites par 
des causes particuUères aux temps où elles se 
manifestent, on ne peut en discerner le caractère 
qu'après une trop malheureuse expérience. La 
cause de ces maladies, laquelle est, selon Hippo» 
crate, une excrétion morbifîqueàe l'air, e^/, comme 
le dit fort bien Fernel , un hétérogène délétère qui 
ne peut être adouci , ni réduit par nos mouvemens 
organiques , de manière à parvenir à une résolu^ 
tion et à être ainsi assimilée à notre nature. Cet 
hétérogène peut tout au plus être chassé dehors^ 



_.;s:«». 



^SSi&i 



PRELIMINAIRE. XXVÎj 

S il n est pas en trop grande quantité^ de Abd, rer. 
caus. c. II. Tel est aussi le sentiment de notre 
auteur , sur le principe nuisible des maladies 
vraiment malignes , page 120. Voyez les méde- 
cins de Breslaw, page 214-221. Cet article est 
important. 

Hippocrate est encore le seul qui ait donné le 
meilleur avis pour discerner ces maladies mali- 
gnes dès leur première apparence, et savoir com- 
ment on doit se régler dans les vues générales 
de la méthode curative , de NaL hom. Ceux qui 
ont répété son avis ne paraissent même pas ea 
avoir senti toute la valeur. 

Notre auteur a fait assez sentir le danger des 
meilleurs fébrifuges, pour me dispenser d'en parler; 
Je joins ici ces deux mots de Hoffman pour confir- 
mer ses assertions, et montrer combien ces re- 
mèdes sont souvent dangereux, ou même im- 
puissans après toutes les précautions requises : 

« Tous les médicamens que l'on regarde partie 
» culièrement comme de vrais fébrifuges , et parmi 
» lesquels nous comptons le quinquina, n'agissent 
» qu'en modérant l'impétuosité des mouvemens 
» de nos solides moteurs , et en suspendant avec 




^.SSî^^T?^ 



r}^^mm^<m 



^ 



xxviij Discours 

» promptitude et efficacité les paroxysmes de la 
» fièvre ; mais en agissant ainsi , leur action ne 
>> tend pas au point de Tétat de santé, bien loin 
» d'en rétablir l'intégrité , parce qu'ils ne détrui- 
» âent pas la cause efficiente delà maladie, ni 
» la matière peccante, loin de l'expulser hors du 
» corps. Leur qualité astringente resserre et ré- 
» trécil les tubes et les canaux de nos viscères , 
» qui sont déjà dans un état morbifique , et ce 
» rétrécissement ôte une issue avantageuse à Thu- 
» meur corrompue, dont il faut dégager le sang. 
» Il faut donc , avant et après l'usage des fébri- 
» fuges et du quinquina, lever les obstacles qui 
» pourraient être survenus dans les conduits ex- 
» crétoires de ces viscères. Car autrement la ma- 
» tière qui a causé la fièvre, retenue intérieu- 
1) rement, ne pourra que produire une autre 
» fièvre , souvent même plus mauvaise que la 
» première , ou des symptômes beaucoup plus 
» dangereux. C'est ce qui est donc arrivé après 
» cette fièvre tierce mal traitée , et suivie de cet 
» érysipèle, etc. Consul,^ secUl\,c, 177. 

» Non que je pense qu'il faille bannir de la 
» pratique un médicament aussi excellent que le 



PRÉLIMINAIRE. XXlX 

^ quinquina ; mais il faut une extrême prudence 
» pour l'administrer, ou il en résultera une dis- 
» position décidée aux maladies chroniques , et 
» même des dommages irréparables.» li'id. i8o. 
Une autre observation non moins intéressante j 
çt perdue pour un grand nombre de lecteurs 
dans les ouvrages volumineux de cet habile homme ^ 
peut trouver ici sa place. Voici comme il s'explique 
sur le traitement d'une fièvre tierce devenue fièvre 
lente après Tusage de tous les moyens curatifs : 
« L'exposé de cette maladie nous fournit quel- 
» ques observations importantes. i.«Nousy voyons 
» combien peu l'onMoit compter sur les remèdes 
y> évacuans les plus actifs, tels que l'émétique et 
» les purgatifs , pour domter les fièvres inter- 
» mittentes qui tiennent d'un caractère épidémi* 
» que ; et combien peu ces remèdes empêchent 
» le retour de ces fièvres arrêtées par l'usage pré- 
7> cipité des astringens. On n'en sera pas surpris 
» si l'on réfléchit que la cause de ces fièvres n'est 
» pas tant la quantité nuisible des humeurs que 
» leur intempérie, ou le défaut d'une juste pro- 
V portion dans leur mélange. Les fièvres de cette 
» classe , aussi-bien que toutes les maladies épidé- 



'mmmm 



m 




XXX Discours 

» miques, ne doivent leur origine qu'aux mau* 
» vaises constitutions de l'air et des saisons. Il 
» résulte du défaut des excrétions ordinaires, une 
» acrimonie des plus subtiles dans la masse des 
» humeurs; et l'on peut juger par-là que les re- 
» mèdes, qui adouciront cette acrimonie, et ren- 
» dront à la peau son ton naturel, pousseront 
» ces impuretés au dehors par la transpiration , 
» seront alors plus avantageux dans plusieurs de 
» ces maladies, que tous les médicamens qui 
» feront évacuer par haut et par bas. Ibid, 182. 

» 2.0 Nous voyons par-là combien c'est fausse- 
» ment qu'on s'imagine, d'après un consentement 
r> presque général , que le quinquina (et tous les 
» autres fébrifuges sans exception ) est une res- 
» source assurée dans la cure des fièvres inter- 
» mittentes , ou ne nuira pas après les remèdes 
» généraux , comme on les appelle. Car dans 
» le cas présent on n'en avait omis aucun , et 
3> leurs qualités combinées ensemble n'ont pas 
» été assez puissantes pour empêcher les retours 
» si fréquens de cette fièvre. Ce n est pas que les 
j) remèdes généraux n'aient leur avantage, quand 
)) il faut évacuer une surabondance d'humeurs 
» impures , etc. 



\f(ÊU^!^WÊK^\ 



» 3.® On ne peut plus douter , après ce traite- 
« ment, combien les vomitifs sont préjudiciables 
» dans les fièvres , quand ils sont donnés Sans 
» connaissance de cause, et non au moment cou- 
» venable. L'estomac en est si affaibli , que le 
» malade est près de vomir , ou vomit même au 
)) retour de chaque accès. Ibid. 

» 4.** Cela nous apprend que les rechutes et les 
» retours de ces fièvres sont d'un bien plus mauvais 
» caractère , et accompagnés de symptômes beau- 
» coup plus graves que les premiers accès ; que, 
» par conséquent , le médecin doit s'y prendre 
» tout autrement pour les traiter , qu'il ne le 
» fallait lors de la première fièvre ; sans quoi le 
» malade sera dans l'état le plus triste après ces 
» récidives qui ne sont que trop aisées. Ibid, 

» 5.<» Il est aisé de s'apercevoir que les fièvres 
» intermittentes , arrêtées avant que leur cause 
» ait été entièrement détruite, laisseront au moins 
» après elles les symptômes les plus graves , si 
» toutefois elles n'ont pas de récidive. Ces symp* 
» tomes seront une chaleur lente et une faiblesse 
» générale dans tout le corps; une langueur dans 
» les membres , une bouffissure , une œdémalie , 







5^ Vî^>î9^ .vj^^A / > 



xxxij Discours pïi>:liminaiiie. 

» la perte de l'appétit, un sommeil troublé , des 
b spasxoes , et des anxiétés précordiales , des 
» douleurs très-vives dans les sujets accoutumés 
» à des évacuations sanguines. Ibid, , etc. » Des 
obstructions souvent incurables au foie , à la rate , 
au pancréas ; ces dernières sont presque toujours 
sans remède : la phthisie pulmonaire , etc. Voyez 
notre auteur* 

Le Febvre, 




-glcO©«4 



»;_>i,_j,i.-^ junmnjjJ B aJBiMMMa^-^jw i i r*""'- mi.»t i miMJw a aM aHBq 



INTRODUCTION. 



« \j^ ne peut guérir les maladies par les secours 
» de l'art , si l'on ne connaît pas auparavant 
» comment elles se terminent lorsqu'elles sont 
» abandonnées aux seuls efforts de la nature. » 
Telle était la réflexion d'un ancien médecin des 
plus recommandables : ce fut lui qui me guida 
dès le commencement même de mes études médi- 
cales , et régla , par ce seul axiome , mes travaux 
et ma pratique. 

Un animal dûment formé, et né à son temps 
propre , parvient par degrés à la maturité et à la 
perfection de son espèce : s'il continue de sub- 
sister selon l'ordre de ses facultés naturelles , sa 
santé se voit rarement interrompue pendant une 
partie considérable du période que la nature a 
fixé à son existence. Si par quelque accident il 
lui survient une maladie , la nature seule en gé^ 
néral , lui rétablira la santé par des voies lentes 
à la vérité , mais sûres. Rien de plus avantageux , 
et par conséquent rien de plus agréable pour un 
bon esprit , que d'aider à temps et convenable- 
ment la nature dans cette opération salutaire. 
Rien au contraire de plus pernicieux et de plus 
révoltant, que de la troubler ou de s'opposer à ses 



1^ 



II 

si-. ', 

t 




1, 



h 



<rv\ 



^"5^/5^5^ V>>î^ >^^ -^ 



ft 

Û 



^ iKTRODUCTIOTf. 

efforts. La juste application des remèdes dépend 
de la connaissance exacte de la nature des maladies, 
de l'effort de la nature , lequel il s'agit de seconder, 
€t des médicamens ou autres substances qui ont 
les qualités requises pour opérer l'effet que l'on 
se propose. 

Chaque maladie a une cause qui affecte toujours 
le même corps de la même manière , s'il est 
d'ailleurs sain et en santé. Plus la cause est simple, 
plus la maladie l'est aussi. De tous les maux , le 
plus simple est une plaie récente , pour la cure 
-de laquelle nous voyons que l'on pratique ua 
traitement régulier > toujours le même. Le second 
est le furoncle. Le traitement en est également 
régulier , uniforme , jusqu'à ce que la matière 
soit évacuée , le pus absolument détergé , et qu@ 
l'ulcère soit réduit à l'état d'une plaie récente: 
alors on pratique un traitement différent , mais 
toujours régulier et uniforme , et le même que 
celui que l'on a pratiqué pour une plaie récente; 
de sorte que le cataplasme et la fomentation , dont 
on s'était servi d'abord par nécessité pour aider 
l'effort de la nature, deviennent dès-lors inutiles. 
Les maux de la classe suivante sont ceux qui ont 
lieu par un défaut particulier de la constitution. 
Ceux de la quatrième proviennent des fautes que 
l'on peut avoir faites contre les choses non natu- 
Telles , telles que dans le boire , le manger , ou 1q 
sommeil , etc. , soit par excès , soit par défaut; 



I N T B O D tJ C T I O If . S 

Ceux de la cinquième proviennent de Taugmen- 
tation ou diminution de quelques-unes des sécré^ 
tions et excrétions naturelles. Ceux de la sixième 
proviennent des altérations qui arrivent aux qua- 
lités sensibles de l'air. Ceux de la septième pro- 
viennent des changemens réguliers des différentes 
saisons de l'année. 

Les maladies des six premières classes ont été 
bien comprises ; les causes , les symptômes et les 
indications curatives en ont été suffisamment dé- 
veloppés ; mais celles de là septième classe , les- 
quelles proviennent du, changement régulier des 
saisons ^ non pas uniquement de la température 
de l'air , mais du passage d'une température à une 
autre , ne me paraissent pas avoir été considérées 
avec l'attentian qu'elles méritent. On a bien consi^ 
déré séparément les maladies de cette classe, mais 
iion pas relativement à la connexion qu'elles ont 
avec les différentes saisons ; non pas comme se 
succédant les unes aux autres tous les ans dans 
un ordre régulier , soit simples , soit compliquées 
avec d'autres maladies. Or, ce point me paraît de 
la dernière importance , d'autant qu'il instruira 
toujours le médecin, de la nature au moins d'dne 
maladie qu'il pourra trouver compliquée aVee 
tine autre. 

J'ai tenu depuis plus de seize ans un journal 
ïrès-exact des maladies épidémiques. J'en aii mar- 
qué la première apparence , raccroissement , l'état; 



j'ai aussi marqué quand elles pouvaient êlre ?(*• 
gardées comme staûonnaires, et leur déclin. Le 
résultat de toute mon expérience à cet égard , 
ma convaincu que si la constance et la régula- 
rité du temps et des vents étaient en raison de 
la longueur des jours et des nuits, les épidémies 
se succéderaient les unes aux autres , aussi régu- 
lièrement que les jours de chaque mois; maiâ 
MOUS avons en Angleterre un temps sec et humide 
dans toutes les saisons : les effets en sont tou& 
opposés. Nous avons aussi en toute saison des 
yents de tout point; et Teffet d'un vent d'est au 
nord, est opposé à celai d'un vent d'ouest au. 
sud; c'est pourquoi ces causes peuvent bien em* 
pêcher la succession régulière de nos épidémies. 
Ces effets contraires du froid et du chaud ne sont 
pas non plus en raison du degré de chaud ou de 
iroid qui se font alors sentir; quand le froid suc* 
jcède à la chaleur, comme au commencement de 
l'hiver, il resserre beaucoup plus que si la chaleur 
n'avait pas précédé. Si l'on compare avec soin les 
fièvres de septembre avec celles de mars , on y 
trouvera une différence extrême, quoique la lon- 
gueur des jours soit la même, et que la tempé- 
rature de l'air, l'humidité, les pluies, présentent 
peu de différence : s'il y en a cependant , on doit 
y avoir égard. 

L'on m'a dit que, vers le milieu de notre conti- 
nent , où les saisons sont régulières , on prédijj 



Introduction. S 

avec beaneoup de certitude le retour des épidé- 
mies; tandis que, dans nos climats variables, il 
faut toujours être sur ses gardes pour trouver 
quand une constitution commence à décliner, et 
à faire place à une autre. Mais, quoique nous ne 
puissions pas prédire la durée de chaque cons- 
titution, nous connaissons cependant exactement 
l'ordre de leur succession ; nous savons que tous 
les étés produisent une disposition aux fièvres 
que nous appelons putrides ; qiie la nature en 
opère la solution par les selles , la peau et les 
urines ; que cette disposition ou constitution se 
termine par la fièvre dysentérique de Sydenham , 
laquelle a sa solution en partie par la peau et les 
urines, mais surtout par les selles. 

Kous savons aussi que , vers l equinoxe d au- 
tomne, la nature semble disposée à déterminer (i) 
t épaissis sèment morbifique vers les intestins par- 



(i) L'auteur se sert ici du mt>t lentor , qu'il a conservé dans 
tout son ouvrage , pour rendre ce que les Grecs entendent par 
y\t(TxpôrY}ç , viscosité ou épais sis sèment. Je le rends par épais- 
sissement. Il sera facile de voir ce que l'on doit entendre par 
ee mot , en jetant les yeux sur deux passages , l'un de Théo- 
plirasle, €t l'autre d'Arislote, que Pline rend à sa manière ; les 
voici : 

EyyîvsTat ^i xi pvgrtvcorJsç sv tûûto£ç, vm ylicxpov, Fertterebinthus 
lentorem resinosum* Ai TcopfXjpy.t Tvotoîxn ttjv y.aXour/ivvîv uslUvipxv^ 
Vurpurœ lentorem cujusdam cerœ salivanU 



^!(:? 



Q IlVTRODU C TION. 

ticulièrement, pour être évacuée en une fois par - 
un choiera morbus, ou par de fréquentes évacua- 
tions, mais peu considérables; ce qui constitue le 
flux d automne, pu par des évacuations qui ont lieu 
chaque second ou troisième jour, comme dans la 
fièvre nouvelle àe Sydenham ; et ces déterminations 
de la nature distinguent ce que l'on appelle consti- 
tution bilieuse, en conséquence de la sécrétion 
plus abondante de la bile, et de la couleur des 
évacuations, quoique la sécrétion plus considé- 
rable de la bile soit l'effet , çt non la cause de la 
maladie. Celte constitution se ternaine par une. 
fièvre érysipélateuse , qui diffère à quelques égards 
de l'érysipèle du printemps. 

Alors parait la constitution glutineuse spontanée , 
qui se manifeste sous deux formes ; savoir : la 
fausse péripneumonie de Sydenham , et Fatrai 
bile ou affection hypocondriaque avec matière. 
Celle-ci continue généralement jusqu'à ce que les 
gelées blanches se soient fait sentir : alors cette 
constitution est suivie de la constitution inflam- 
matoire, qui continue plus ou moins, selon 1^ 
temps et les vents, durant tout l'hiver et une par- 
tie du printemps; mais, dans le printemps, elle 
est compliquée avec des épidémies particulières 
à cette saison, savoir: avec Xsiflèvre catarrheuse , 
fièvres d'accès de printemps , y'?^/^*, érysipèles , 
fièvre humorale ou synoque non putride des an- 
ciens, Cette coiislituliou dure à quelque degré 



î N T R O D tr C T I O ïf. ^, 

jusque vers le solstice d'été, et fait place alors à 
la synoque putride. 

Si donc il paraît que la succession des saisons 
produise invariablement des altérations dans nos 
corps, lesquelles altérations les disposent à ces 
différentes maladies qui , suivant qu'elles affectent 
un grand nombre de sujets, comme par une cause 
commune et en même temps, sont pour cela 
appelées épidémiques ; on accordera sans doute 
que personne n'est en état dexercer la mé* 
decine, si l'on ne sait discerner ces maladies aa 
premier coup d'oeil, et dans leurs différens degrés , 
soit simples, soit compliquées les unes avec les 
autres, ou même avec toute autre maladie , soitî 
aiguë, soit chronique; qu'ainsi, prescrire des mé- 
dicamens pour une fièvre , sans connaître la cons- 
titution actuelle, c'est être charlatan , et mériter 
par-là d'être banni de la société civile comme une 
peste. 

Cette influence des saisons nous démontre auss 
l'absurdité de ces prétendus remèdes universels , 
et la folie qu'il y a de courir après ces spécifiques 
que l'on veut pouvoir donner indifféremment en 
toutes saisons pour des maladies de même déno- 
mination, ou qui sont les mêmes en apparence» 
sans avoir égard à la différence de l'âge, du sexe, 
ou à la constitution actuelle. Gela nous montre 
aussi le danger d'adopter aucun système , ou de 
lîéduire de la même cause, des maladies qui ont 



lîfTRODUCTIOlN^. 

une même dénomination, et de suivre ce que Ton 
appelle routine, en quelque saison que ce puisse 
être. 

J'ai lieu de craindre que cette erreur ne soit 
assez commune , même parmi des praticiens ré- 
guliers d'ailleurs; et je vais montrer cette erreur 
par un exemple fort sensible. Nous savons, par 
les grands succès de l'inoculation , que la petite- 
vérole est une maladie simple dans les sujets bien 
portans; les boutons paraissent après une fièvre 
d'assez peu de durée, mûrissent doucement, et 
disparaissent sans laisser aucune mauvaise consé» 
quence, quoique l'on n'administre aucun remède, 
et que l'on n'observe même pas de régime rigou- 
reux. Mais la petite-vérole peut se trouver com- 
pliquée avec les épidémies de Joutes les saisons; 
les médicamens et le régime deviendront donc 
alors indispensablement nécessaires. Si d'ailleurs 
on ne les adapte pas à la nature de l'épidémie, 
ils feront plus de mal que de bien : ainsi celui qui 
s'est fixé une méthode invariable dans le traite- 
ment de la petite-vérole, fera périr autant de ma- 
lades qu'il en pourra guérir. Supposons qu'un 
sujet d'un tempérament bilieux , accoutumé à 
manger beaucoup de viandes et à boire beaucoup 
de liqueurs spiritueuses, soit attaqué de la petite- 
vérole dans la saison où la constitution bilieuse 
est épidémique; ces médicamens échauffans , un 
air cliai{d eti'opium le f^^ront infailliblement périr; 



Introductioty* 9 

au lieu qu'il se tirera probablement d'affaire par 
les mêmes purgatifs, le même air, la même eau, 
les mêmes acides et les mêmes fruits qui sont né- 
cessaires dans la fièvre bilieuse quand il n'y a pas 
de petite-vérole. Que Ton guérisse la fièvre bilieuse, 
la petite-vérole ne causera plus beaucoup d'in- 
quiétude ni de peine. Mais je suppose encore que 
la petite-vérole attaque un sujet gras, bouffi, ayant 
le cou court et respirant avec peine ; que cela , 
dis-je, lui arrive au plus haut point où la fausse 
péripneumonie est la constitution actuelle, et que 
l'éruption ait lieu le quatrième ou cinquième 
jour, sans que sa respiration devienne plus libre, 
ce sujet ne demânde-t-il pas d'être traité avec les 
mêmes oxymels, squilles , antimoniaux et vésica- 
toires , qui auraient été requis si la petite«vérole 
n'était pas survenue à l'épidémie de cette saison ? 
]N'est-ce pas à l'expectoration qu'on doit particu- 
lièrement fixer son attention dans ce cas-ci ? 

Supposons, troisièmement, que dans le fort de 
l'hiver , durant un vent sec et froid de nord-est , 
un sujet soit attaqué d'une vraie fièvre pleurétique, 
et que la petite-vérole se manifeste bientôt après, 
ne doit-on pas réitérer les saignées? Tous les breu- 
vages du malade ne doivent-ils pas être tièdes? Son 
appartement ne doit-il pas être modérément chaud? 
Et , sans s'arrêter à la petite-vérole , ne doit-on pa? 
tourner toute son attention vers la pleurésie et 
l'état inflammatoire de la maladie , et administre» 



m 



lo Itvtroductiopt. 

les sels et le nitre au lieu du quinquina ? Enfin , 
je suppose que la petite-vérole attaque un sujet 
atteint d'une fièvre catarrheuse du printemps , les 
breuvages tièdes , de doux pectoraux , de doux 
anodins ne deviennent-ils pas nécessaires? Ainsi, 
tous les mois peut-être , ou toutes les semaines ,. 
il arrivera dans la constitution épidémique un 
changement qui obligera de pratiquer un traite- 
ment différent pour la guérison des mêmes mala- 
dies , et pour le recouvrement de la santé. 

Que le jeune médecin s'instruise donc d'abord 
bien exactement des constitutions épidémiques , 
et qu'il observe soigneusement l'effet du froid et 
du chaud dans chacune d'elles , l'effet d'un froid 
sec , et d'une chaleur sèche , celui d'un froid 
humide, et d'une chaleur accompagnée de moi- 
teur, et ceux des différens vents , lesquels effets 
sont tout autres que ceux de ces températures ; 
qu'il considère les effets de chaque constitution 
épidémique avec toute cette variété de circons- 
tances , relativement aux sujets dont le tempéra- 
ment et la constitution ne sont pas les mêmes ; 
car la même combinaison de circonstances , la- 
quelle produit une pleurésie dans un sujet , ne 
fera que resserrer tout dans un autre , au point 
d'une parfaite santé. Il faut donc avoir égard au 
lieu qu'habite le malade , et à sa manière de vivre ; 
à l'indisposition à laquelle sa famille est le plus 
sujette , sa contrée et sa profession sont le plus 




Introduction. iï 

exposées , et quel effet le changement des saisons 
produit ordinairement sur lui. En observant ces 
règles , si un médecin est patient, adroit, attentif, 
il peut , avec le seul bon sens , distinguer les épi- 
démies successives de l'année , les discerner les 
unes des autres , et il découvrira si elles sont 
simples, ou compliquées les unes avec les autres, 
ou avec des maladies communes à toutes. Ainsi il 
aura beaucoup d'avantages sur ceux de sa profes- 
sion , lesquels n'ont rien qui puisse diriger leur 
jugement , que les symptômes présens , et le dé- 
tail imparfait que fait toujours un malade troublé, 
ou une garde stupide , par lesquels le médecin 
peut être induit en une erreur dangereuse , au 
point d'ordonner des saignées réitérées dans le 
cas de bile, ou de forts émétiques dans ceux où 
il V a inflammation. 

Ces instructions , que je ne mets ici que pour 
les jeunes médecins, me mènent naturellement à 
quelques avis de précaution , de la dernière im- 
portance pour le malade. S'il est vrai qu'il n'y a 
pas moyen de guérir les maladies par l'art , sans 
savoir auparavant de quelle manière la nature en 
opère la solution , il est donc de la dernière im- 
portance de suivre pas à pas la marche de la 
nature ; mais , dans cette métropole , cela est trop 
•souvent impossible, parce quela nature est presque 
toujours arrêtée avant que le médecin soit ap^pelé. 
Un sujet est-il attaqué d'une maLadie aiguë ? aussi. 



■cl 




tôt Ton administre un médicament dès qu'il peut 
avoir été préparé. Dès ce moment, les symptômes 
de la maladie sont si confondus avec les effets de 
îa drogue , qu'il est toujours difficile , et quel- 
quefois impossible de les distinguer les uns des 
autres. Je voudrais donc qu'un malade fût patient, 
et le médecin réservé ; qu'on ne prît rien sans 
avis, et que le médecin n'ordonnât rien sans être 
bien assuré , par le caractère particulier de la ma- 
ladie , que le remède est indubitablement indiqué 
pour la cure. 

le dois à présent observer ici qu'il y a des fièvres 
que Ton peut considérer comme épidémiques , 
outre celles qui deviennent telles par l'influence 
prédominante des différentes saisons. Elles sont 
de deux sortes. Premièrement , une contagion 
particulière, sui gêner is , de son genre propre, 
^i particulière à une contrée: secondement, des 
combinaisons accidentelles qui peuvent arriver 
dans une contrée. De la première sorte sont les 
affections pestilentielles , la petite-vérole , et dif- 
férentes autres maladies , productions naturelles 
de quelques contrées , et qui ont été transportées 
par le commerce d'un pays avec un autre , et 
propagées par contagion. De la seconde sorte sont 
les fièvres des camps , des prisons , des hôpitaux, 
des vaisseaux, et d'autres lieux analogues , les- 
quelles fièvres ne peuvent s'étendre au-delà du 
lieu de leur naissance, que par communication. 



I IV T R O D U C T I O îf ; 1 3 

De cette espèce sont aussi les fièvres qui provien- 
nent des changemens accidentels de l'air , du 
régime et du temps ; mais ces dernières se trou- 
veront aussi plus ou moins affectées de la consti- 
tution épidémique de la saison ; et , de vrai , nous 
trouvons qu'une saison en avance , une autre en 
retarde , ou même en arrête entièrement les 
progrès. Ces maladies sont rarement simples, et la 
complication en est un objet digne de la plus 
grande attention. 

Pour développer et éclaircir ces principes , j'ai 
pris le parti de traite? d'abord de la fièvre qui 
revient par accès, pour plusieurs raisons : i ." parce 
qu'elle est très-connue ; 2.0 parce que , quand elle 
est simple , elle n'est pas dangereuse ; 3.° parce 
que, dans cet état, un spécifique suffit pour l'ar- 
rêter ; et 4.0 parce qu'elle est commune à toutes: 
les saisons de l'année , et se complique par consé- 
xjuent tantôt avec l'une , tantôt avec l'autre cons- 
titution épidémique qui prédomine dans chaque 
saison ; circonsSance qui me donnera lieu d'expo- 
ser et d'éclaircir la grande variété que l'on remar- 
que dans cette fièvre , et dans un grand nombre 
d'autres. 

Je vais donc procéder , en donnant un détail 
aussi succinct que je le pourrai de chacune des 
fièvres ordinaires , dans le même ordre qu'elles 
se succèdent les unes aux autres dans le cours de 
l'année. Gomme ce détail forme un cercle , il 




;.>c:r^ v^>î5^ 



'imm(f---^ 



j^ Introduction. 

n'importe par laquelle je commence ; car il est 
impossible d'en bien comprendre une sans com- 
prendre le tout Comme la fièvre d'accès se trouve 
compliquée avec l'une ou l'autre de ces fièvres 
particulières , il faudrait continuellement y re- 
venir , si je n'en avais auparavant traité toutes 
les variétés dans un chapitre particulier. Or , cela 
une fois fait, le reste de mon ouvrage formera 
une suite régulière , et non interrompue par la 
nécessité d'y faire revenir des matières dont je 
serais obligé de parler plusieurs fois. 

]V, B, Il est essentiel que le lecteur consulte la petite note 
qu'on a placée avant les recettes de l'auteur , à la fin de l'ou- 
Trage. Il se mettra par-là au fait des poids dont il est fait 
mention dans les différentes ordonnances. On a cependant eu 
l'attention , dans tout le corps de l'ouvrage , surtout lorsqu'il 
s'est agi de régler le régime des malades , de réduire les poids 
et les mesura anglaises, aux poids et aux mesures françaises. 



fPîÊfé^icsjmÊÊi^ 



\lr^7?S^' 




ramsBinsnnsB*' 





SUR 



LES FIÈVRES, 



r«*Vit*vvVfct*v».vvv*M,tat*Aav*vvvtv\vvt/vv*vtwvvtaM'v*M.i,*\/v^txax^^/vv*t^iai^^ 



DE LA FIÈVRE D'ACCÈS. 

JUA fièvre d'accès n'est jamais la même maladie 
dans toutes les saisons de l'année ; elle a diffé- 
rentes terminaisons, si elle est abandonnée à la 
iiature; c'est pourquoi l'art doit s'y prendre de 
différentes manières pour la traiter. En automne, 
ou pendant la moisson , c'est une espèce de ma- 
ladie aiguë qui dégénère communément en quel- 
que maladie chronique. Une fièvre d'accès , au 
printemps est une maladie demi-aiguë, qui sg 
termine par une vraie maladie aiguë, ou par une 
parfaite santé; car le froid rend intermittentes les 
fièvres d'accès informes; la chaleur, au contraire 
rend continues les fièvres intermittentes, oo les 
fait bientôt aboutir à une crise complète. Les 
médicamens rafraîchissans et les échaoffans pro^ 
duisentà quelque degré des effets analogues, de 
sorte que, quoique la fièvre d'accès, tant de la 



\& 



m 



j5 De la. Fièvre 

Hioisson que du printemps , soit spécialement^ 
la même fièvre épidémique , cependant le trai- 
tement doit en être différent. Les saignées néces- 
saires pour guérir une fièvre d'accès au printemps, 
sont rarement nécessaires dans la moisson. 

Dans toutes les contrées où cette fièvre est en- 
démique, on observe que les sajets qui ont une 
disposition à ces fièvres, y sont tous affectés de 
l'impression de vents particuliers. Plusieurs d'en- 
{r'euK peuvent même dire , avant de sortir du ht , 
si le vent souffle d'un point entre Test elle nord. 
S'il y a eu des pluies vers la fin de juillet ou au 
commencement d'août , et que les vents du nord 
aient succédé , ces sujets sont alors dans une dis- 
position somnolente, et plusieurs d'entr'eux seront 
assoupis pendant quelques jours de suite. Mais si 
le veut souffle long-temps de quelque point du 
nord , spécialement s'il est accompagné de pluie, 
ou de pluie et de neige tout ensemble, ou de neige 
seule , alors il se manifeste une fièvre qui n'est pas 
du tout inconnue à ces sujets ; si on l'abandonne 
à la nature , elle deviendra en peu de jours une 
espèce de fièvre intermittente , analogue à la 
constitution de chacun d'eux, soit tierce, quarte, 
soit double tierce , double quarte ; de sorte que 
les mêmes causes externes qui produisent une 
tierce dans l'un , peuvent produire une quarte 
dans l'autre : dans certaines années , cepen- 
dant , la fièvre quarte prédomine , malgré k 



ViSHffg! 



d'Accès. îj 

différence de la constitution et du tempérament. 

Parmi les étrangers, certains sujets qui n'avaient 
jamais eu de fièvre d'accès auparavant, des enfans, 
et le pauvre peuple qui vit avec peine ; ceux qui 
ont des maisons humides et mauvais feu ; ceux qui 
ne sont pas assez vêtus , ou qui sont trop exposés 
à la moiteur de la nuit ; ceux qui boivent de mau- 
vaises eaux , ou des liqueurs vapides ; ceux qui 
mangent beaucoup de légumes , des fruits passés , 
et même des poissons mollasses; ces sujets, dis-je, 
tombent dans une langueur, perdent l'appçtit, ce? 
qui aboutit bientôt à une fièvre. Cette fièvre , it 
est vrai, devient rémittente en peu de jours, mais^ 
très-souvent, ilse passe bien du temps avant qu'elle 
devienne intermittente , surtout s'il ne se flut pas 
sentir de froid vif. L'homme sans souci, qui a bon 
£eu, bonne nourriture , habits chauds , échappe , 
à moins qu'il n'ait été abattu par les évacua* 
lions. C'est cette maladie que l'on appelle /zèi^/e. 
daccès informe ; mais , quoique tous les auteurs 
praticiens s'accordent en ce qu'il faut soigneu,^ 
sèment la distinguer de toute autre fièvre , je ne 
l'ai cependant jamais trouvée assez caractérisée. 

i.o Elle est rare dans cette ville , et ne paraît 
que dans certaines saisons , lorsqu'il y a une cons- 
titution épidémique fiévreuse , et de fréquens 
vents du nord ou nord-est. 

2,° Le froid, au premier accès, y est plus grand 
que dans la plupart des autres fièvres , et généra- 



I. 



^ 







iS De la Fiè>r^ 

lement plus long , de sorle que le malade déses- 
père même de se rechauffer. 

3.® A ce, succède une fièvre ardente avec tous 
ses symptômes , laquelle semble monter p^p 
degrés à son état , et a pour lors de la rémittence. 
Un léger frisson se fait aussitôt sentir , ou le malade 
sera près de suer , ou les selles paraîtront avec 
liberté , ou il se fera quelques sécrétions plus 
abondantes du fluide aqueux. Pendant ce temps-là, 
le pouls est irrégulier , quelquefois très-plein et 
fort, quelquefois petit et dur, et quelquefois assez 
mou , mais toujours plus fréquent qu'il ne devrait 
être. Les urines varient aussi : quelquefois elles 
sont pâles et crues , quelquefois crues et hautes 
en couleur. Quand elles sont refroidies , il y aura 
en nn temps un nuage , bientôt après point; et 
cependant , quelques heures après , elles devien* 
nent troubles aussitôt qu'elles sont refroidies. La 
douleur du malade est à la tête , aux épaules , au 
dos y à l'abdomen , et fort changeante. Il y a 
autant d'irrégularité dans la fièvre , que dans les 
symptômes concomitans ; ce qui fait une marque 
caractéristique de la fièvre d'accès informe , ou 
d'une fièvre qui pourra devenir intermittente au 
bout de quelques jours. 

4.° En peu de jours , la rémittence est fort sen^ 
slble ; alors cette fièvre d'accès ressemble à ce qu© 
quelques-uns ont appelé fièvres lentes nerveuses^ 
bilieuses ou miliaires. Elle est distinguée de la 



d'Accès. J^ 

fébricule^ i.° par le nombre des vraies fièvres d'ac- 
cès qui régnent alors, et dénotent la constitution 
épidémique. 2.^ La fébricule s'accroît lentement 
par degrés, mais la fièvre d'accès ressemble à une 
fièvre ardente , presque même dès le commen- 
cement : elle commence par un frisson plus consi- 
dérable , et ce froid dure plus long-temps ; après 
quoi la chaleur et la fièvre sont considérables. 
3.0 Dans la vraie fièvre lente nerveuse , le pouls 
est plus petit et plus serré lors du paroxysme, ec 
alors la peau est fort chaude ; mais , dans la fièvre 
d'accès, la chaleur ou la fièvre et le pouls sont en 
même raison. L'urine , dans la fièvre d'accès in- 
forme, n'est pas long- temps pâle , mais changera 
îïîême de couleur trois ou quatre fois le même 
jour ; elle sera même très-haute en couleur , fort 
saturée , et déposera un sédiment briqueté , et 
cependant la fièvre d'accès sera toujours informe. 
J'ai communément vu , dans la fébricule , de petits 
filets semblables aux anguilles du vinaigre , quand 
l'urine avait été rendue dans un verre ; et quand 
l'urine devenait froide , le nuage formé au haut 
du verre avait la forme d'un réseau de couleur 
blanche, si l'urine en avait été décantée avec dex-^ 
térité. Dans la fièvre d'accès informe de la moisson, 
le nuage de l'urine est , pour la plupart du temps, 
brun ou rougeâtre 5et s'étend depuis la superficie 
jusqu'au milieu ou au fond même du verre ; le 
.tissu en est plus lâche. 4»° H y a une autre diffé- 



2.. 






\^i 



S5 



rence que j'ai fréquemment remarquée, quoique 
non toujours constante ; les fièvres rémittentes f 
de l'epèce des continentes , sont les plus modé- 
rées , depuis huit heures du matin jusqu'à trois 
de l'après-midi ; mais les fièvres de l'espèce des 
intermittentes ont leur rémittence à différens 
temps, et quelquefois même deux rémittences et 
deux paroxysmes, et même plus en un même jour. 
Les fièvres qui proviennent d'une oppression ou 
d'une irritation des nerfs, tiennent le malade à la 
torture, sans mettre le médecin en état d'apprécier 
les symptômes. Elles ressemblent à des affections 
quasi sine materiâ , où il n'y a point de matière , 
tandis que la fièvre d'accès est évidemment une 
fièvre avec matière qui provient d'une constitu- 
tion morbifique de l'air , laquelle se joint au relâ- 
chement de solides j d'une transpiration arrêtée , 
d'un certain degré ^épaissis sèment morbifique qui 
se trouve dans le sang , ou de crudité dans les 
premières ou secondes voies ; de sorte que le 
malade semble , dans un jour fort chaud , être 
comme accablé par un fardeau fort pesant. 

5.0 Presque toutes les fièvres d'accès informes 
de la moisson commencent par cette fièvre rémit- 
tente , qui continue informe jusqu'à ce qu'elle ait 
détruit les causes, ou que le temps devienne sensi- 
blement plus froid. De là , plus elle commencera 
de bonne heure dans la saison , plus elle sera long- 
temps à se former, cœteris paribus ^ et vice versé* 



d'Accès. ^^ 

La différence des fièvres daccès du printemps 
€t de celles de la moisson, est considérable ; car 
les fièvres intermittentes du printemps, lesquelles 
étaient telles dès le commencement , dégénèrent 
fréquemment en fièvres continues, à proportion 
que le temps devient plus chaud; et s'il survient 
subitement une chaleur humide (ce qui arrive 
souvent dans les Pays-Bas et au printemps), la 
fièvre daccès peut se changer partout en fièvre 
continue , comme il serait arrivé par l'adminis- 
tration maladroite de remèdes échauffans ; quoi- 
qu'en certains cas , on puisse la rappeler à son type 
par des évacuaûons convenables, cependant, en 
bien des cas , elle se terminera en fièvre putride 
ou en inflammations locales. De même ^ si , dans 
la moisson , il se fait sentir subitement un froid 
mordant, les fièvres intermittentes prendront le 
type de la constitution épidémique , ou devien- 
dront la même fièvre d'accès que «elle que les 
malades ont coutume d'avoir* 

Plusieurs observateurs disent que les maladies 
du temps de la moisson sont plus dangereuses 
que celles du printemps ; mais j'ai examiné , 
pendant plusieurs de ces dernières années, les re- 
gistres de différens hôpitaux et les succès de la pra- 
tique particulière; après l'attention la plus exacte, 
j'ai trouvé que le nombre des morts, proportion- 
lîément à celui des malades , depuis le milieu de 
janvier jusqu'à la fin de mai , surpassait celai des 



i% 



5\. 



S 



i 




ùM. De la Fièvre, 

autres huit mois. Je souhaite que d'autres , qui 
sont plus à portée que moi, se donnent la peine 
de faire des recherches à cet égard (i). Maintenant 
je pense que les affections d'automne sont plus 
nombreuses, moins dangereuses, et plus aisées à 
guérir vers l'approche du printemps ; et que celles 
du printemps sont moins nombreuses , plus dange*» 
reuses , et plus aisées à guérir vers les approches 
de juillet , quand elles ont parcouru leurs périodes, 
et que la constitution épidémique d'une saison 
fait place à celle d'une autre. 

La cause ou le siège de la fièvre rémittente de 
la moisson, est principalement dans les premières 
voies; mais , après qu'elles ont été suffisamment 
nettoyées , on peut soutenir la force des malades 
avec les cordiaux , sans craindre de rendre la fièvre 
continue; car le froid l'empêche , resserrant les 
fibres, et convertissant la rémiltence en inlermit- 
îence. Mais, au printemps, les chaleurs qui s'ap* 
prochent , produisent dans îe sang une tendance 
à la dissolution ou à la putréfaction : l'air est im- 
prégné d'exhalaisons , et chargé d'animalcules ; le 
sang se dissout aisément ( j'allais presque dire 
qu'il fermente), et les mêmes causes qui produi- 
sent l'abattement des forces , s'opposent absolu- 
«nent à ce qu'on les rétablisse par les cordiaux ,et 
■ 

(i) M. De Haen n'avait pas encore publié son Ratio medendiy 
flaand ceci fut 4crit» . . 



D ' A c c i: s. ^S 

font risquer davantage de rendre la fièvre continue , 
après en avoir détruit la rémittence. Le quinquina 
même , quoique le moins chaud et le meilleur de 
tous les cordiaux , ne peut pas toujours être em- 
ployé , ni même, en certains cas , aucun vin : de 
sorte qu'alors tous les médicamens se réduisent au 
petit-lait , aux sucs végétaux , aux sels neutres , 
aux acides et autres choses semblables ; et , pen- 
dant ce temps-là , le malade tombe toujours de 
plus en plus par le manque de forces et de sou- 
tien que ces médicamensne peuvent lui procurer, 
et que le médecin n'ose donner au malade par 
aucun autre moyen. 

' Pour peu qu'un sujet saisi d'une fièvre ardente 
dans la moisson , ne fît autre chose que de boire 
beaucoup d'eau froide, il vomirait probablement, 
et serait purgé; après quoi sa fièvre pourrait avoir 
de la rémittence , et ensuite devenir fièvre régu- 
lière , soit quotidienne , soit tierce ou quarte , 
sans le secours de l'art: mais , au printemps , la 
gradation est toute contraire ; car alors une fièvre 
tierce régulière peut d'abord devenir quotidienne , 
ensuite seulement rémittente, de là , ardente , et 
enfin putride , surtout si Ton a mis en usage des 
médicamenséchauffans. Bref, il est difficile , dans 
la moisson , d'abréger les intervalles d'une fièvre 
d'accès bien formée , et au printemps , de les pro-- 
longer ; de sorte que , dans la moisson , une 
fièvre d'accès sera une fièvre (jui , mal traitée, peut 







^n 




^v 



N 






^.^ 



tl^^^ \!^î^ -^^-î^^ 




^4 T)e la Fièvre 

se terminer par une affection chronique, et , au 
printemps , une affection qui peut devenir une 
fièvre fort dangereuse. Le petit-Iail , le lait , une 
diète végétale , les eaux minérales purgatives, et 
les sels neutres de même qualité , sont les fébri- 
fuges du printemps ; tandis que de bons fruits, 
quelques liqueurs généreuses , sont les fébrifuges 
de lautomne , après que les premières voies ont 
été nettoyées. 

Les fièvres d'accès de la moisson sont rares 
dans les pays les plus méridionaux de l'Europe ; 
ce qui , je pense , est du aux bons fruits bien 
lïîûrs, au temps doux et net de la fin delà moisson, 
ou du commencement de Thiver. Mais celles da 
printemps sont fort communes (surtout dans les 
pays de la communion romaine , vers la fin du 
carême ) : on y saigne , pour ces fièvres , sans 
crainte ; et Ton y purge avec grand succès, parce 
que les chaleurs approchent ; mais la même mé- 
thode ne serait peut-être pas si praticable dans 
les pays qui sont plus au nord. 

Mais, pour revenir à mon sujet, quand cette 
fièvre irréguHére a continué pendant plusieurs 
jours, la rémittence devient phis longue et plus 
régulière : les paroxysmes, quoique plus courts , 
sont plus violeus; les sueurs ou les excrétions 
séreuses plus abondantes; et le malade se plaint 
d'affaiblissement. Alors les urines deviennent fort 
troubles; il se fait une crise parfaite, et, selon ^ 



b'Accî^s. ^^ 

toutes les apparences ( excepté seulement la fré^ 
quence du pou!s), la fièvre paraît finir pendant 
quelques heures. Le malade, pendant ce temps4à,a 
un sommeil profond, rafraîchissant, quelqii'appétit 
quand il s'éveille, et sent un grand soulagement; 
change de linges ; croit sa maladie finie ; mais enfin 
se plaint bientôt de lassitude; bâille fréquemment: 
il est saisi d'une douleur dans le dos, à la tête, 
dans les membres , a un sentiment de froid partout 
le corps. A ce , Succède un frisson qui commence 
aux dents, aux mâchoires; ses ongles pâlissent, 
sont quelquefois livides, aussi-bien que ses lèvres 
et son nez; sa respiration est courte, prompte, 
irémuleuse et pénible ; suivent une oppression ou 
anxiété, des nausées, quelquefois un vomissement; 
le pouls devient dur, petit, fréquent; la bouche 
et le gosier sont d'une sécheresse brûlante ; l'urine 
est pâle et claire, ou de couleur de flamme, et crue: 
tels sont les phénomènes qui accompagnent le 
frisson ou le premier période de la fièvre d'accès. 
Je n'ai vu mourir personne en cet état; mais, 
dans les frissons de la fièvre quarte, j'ai vu , outre 
CQ& communs symptômes mentionnés , de violentes 
douleurs de cohques, tout le ventre ramassé en 
différens pelotons durs, la poitrine gonflée, et 
comme près de crever, les yeux hagards, les mâ- 
choires serrées l'une sur l'autre, la face toute tour- 
née, le pouls fort agité, les jointures craquer, 
tout le corps convulsé , et les extrémités fort 



nn 







,a6 De la Fièvre 

froides. A ce spasme universel succède un relâche- 
ment accompagné de faiblesse; le malade parait 
plus tranquille; sa respiration est plus pleine et 
entrecoupée de soupirs ; le pouls commence à 
battre plus distinctement, quoique toujours fré- 
quent et dur; le malade se lèche les lèvres, et 
tire de temps en temps une longue inspiration: 
la chaleur se fait alors sentir tout autour de la 
poitrine , se répand par degrés, par tout le corps, 
s'augmente considérablement; le pouls est fort, 
le visage rouge , l'œil étincelaut, et le délire se 
manifeste à certains degrés, assez fréquemment: 
les autres incommodités continuent. S'il vient des 
urines, elles sont hautes en couleur, et crues; 
le malade demande toujours à boire, ne boit que 
peu à chaque fois, et a tous les symptômes d'une 
fièvre ardente; ces symptômes continuent jusqu'à 
ce qu'il paraisse une moiteur au creux de la 
main, autour de la tête, au cou, à la poitrine , 
enfin par tout le corps. Dès que la main devient 
moite, le pouls devient aussi plus mou, quoique 
toujours également plein : le visage reste rouge, 
mais la chaleur de la peau diminue , la soif s*ap« 
paise, le malade ne boit plus que rarement , quoi» 
qu'il soit alors plus affaibli par une sueur abon- 
dante et universelle; mais, quand il boit, il le fait 
assez copieusement. Quoiqu'il ne se remue pas 
volontiers, cependant il a bientôt besoin d'uriner; 
l'urine pourra venir abondamment , troubj^ 



d'Accès. ay 

comme de la pelite bière : elle fait bientôt départ, 
et laisse tomber au fond un sédiment pesant, dont 
il s'attache aussi une partie aux parois du vase; 
on y voit une pellicule à la surface, semblable à 
celle d'une eau minérale. Si l'on examine ce sédi- 
ment, on y trouve quelque chose qui ressemble 
assez à une poudre briquetée , quoique non tou- 
jours en même quantité. 

• J'ai souvent vu les urines, rendues à ce période 
des maladies d'automne, présenter une couleur 
aussi rouge que si elles étaient mêlées de sang; 
alors tout le sédiment est briqueté. Autant que 
jai pu l'observer , Sydenham est exact dans les 
observations qu'il a faites sur la poudre briquetée, 
ou le sédiment bilieux des urines des fièvres in- 
termittentes de la moisson ; car ce phénomène 
n'est pas des fièvres d'accès du printemps. L*envie 
de dormir prend enfin le malade : au bout de 
quelques heures , il s'éveille sans se plaindre que 
de faiblesse , de fatigue et d'un peu de soif : le 
pouls est mou , non plein et un peu fréquent. 
On penserait qu'après ces grandes sueurs, les selles 
devraient être dures; point du tout : elles sont sou- 
vent très-libres et abondantes, et toujours molles, 
si la crise est complète, et c'est là la marque de 
la crise complète, et ce qui la distingue des autres 
crises incomplètes ou partielles. Car la fièvre , 
étant un spasme et une constriction universelle, 
«ne crise parfaite est aussi un relâchement uni* 



2^5 DelaFièvre 

versel , et nne ouverture qui se fait pour toutes 
les sécrétions et excrétions; au lieu qu'une crise 
partielle n'est autre chose qu'un cours libre qui 
s'ouvre en particulier à quelques sécrétions el ex- 
crétions, les autres restant toujours obstruées. 

On voit de là ce en quoi une fièvre lente, qui 
emploie beaucoup de temps pour son accroisse- 
ment, son état et son déclin, diffère d'une fièvre 
ardente, qui parcourt ses périodes avec violence 
et en peu de temps, et se termine par une crise 
complète. On voit aussi pourquoi il y a une apy- 
xexie plus parfaite durant les intervalles d'une 
fièvre quarte, que dans ceux d'une fièvre tierce, 
et dans ceux d'une fièvre tierce , plus parfaite 
aussi que dans ceux d'une fièvre quotidienne; car 
îe paroxysme d'une fièvre quarte est beaucoup 
plus violent que celui d'une tierce, et celui d'une 
tierce , plus violent aussi que celui d'une quoti- 
dienne. 

11 y a encore diverses autres distinctions à obser- 
ver dans les fièvres d'accès. S'il n'y a qu'un accès 
qui parcourt les trois périodes sans revenir, cette 
fièvre s'appelle éphémère ; s'il revient tous le3 
jours, elle est quotidienne; s'il laisse un jour 
libre entre deux, elle est tierce; s'il a lieu tous 
les troisièmes jours, elle est quarte; s'il vient tous 
les quatrièmes jours, elle est quinte, et ainsi du 
reste , en comptant toujours les jours d'intervalle 
et ceux du paroxysme inclusivement. Il $est yii 




d'Accics. 29 

des fièvres d'accès qui revenaient après un période 
de plusieurs semaines, même de quelques années; 
mais, si le paroxysme est incertain, quant au jour 
de son retour, ou s'il excède l'intervalle de trois 
jours, cette fièvre est ordinairement appelée fièi^re 
d'accès irrégulière. On doit donc admettre diffé* 
rentes distinctions dans les dénominations de la 
fièvre d'accès ; savoir : la fièvre exquise , qui par^ 
court ses trois périodes en moins de douze heures; 
la fièvre simple , qui emploie plus de douze heu- 
res, mais dont les intervalles sont plus longs que 
le paroxysme ; la fièvre prolongée , producta ou 
extensa , dans laquelle le temps du paroxysme 
excède celui de l'intervalle ; ce qui l'approche de 
la fièvre continue , et mérite beaucoup d'attention, 
même pendant la moisson. 

Les écrivains anciens et modernes ont fait une 
autre distinction dans les fièvres d'accès sous le 
nom de fièvres erratiques trithœophyes^ hémitri-- 
tées ^ doubles. Ceci est fort commun quand il y 
a différentes fièvres d'accès compliquées ensemble, 
ou qu'une fièvre d'accès est compliquée avec une 
fièvre continue; ce qui n'est pas rare. Galien en a 
marqué la différence avec beaucoup d'exactitude. Il 
appelle trithœophye ou tierce , une fièvre d'accès 
informe, ou une fièvre continue, dans laquelle 
le paroxysme revient tous les deux jours; et hé- 
mitritée , une fièvre d'accès informe , dont le 
paroxysnie. revient tous les jours. Geise appelle 



•^m^ 

% 



k 



^ 



3o D E L A F I Ë V R Ë. 

hémitiiîée, une fièvre dans laquelle le paroxysme 
revient tous les deux jours, mais dont l'accès est 
prolongé de manière à employer trenle-six heures 
dans les quarante-huit, et cette fièvre a rarement 
un intervalle absolument libre. Si maintenant nous 
ajoutons à cette fièvre la complication d'une fièvre 
de l'espèce des continentes, avec l'accession d'une 
intermittente qui revient à certain période , nous 
avons trois distinctions de fièvres erratiques, qui 
peuvent être d'une utilité très-grande dans l'histoire 
et le traitement des fièvres. 

La fièvre d'accès est double quotidienne , quand 
il y a un accès tous les jours , mais qui a lieu à 
différens temps du jour. Si l'accès est modéré un 
jour, et plus fort un autre alternativement, on 
l'appelle double-tierce, Vdcc exemple, la fièvre sera 
telle , si le lundi l'accès est modéré , fort le mardi, 
modéré le mercredi , et fort le jeudi , ce qui fait 
la fièvre d'accès double de la moisson , la plus 
commune à Londres. Mais, s'il y a un jour d'inter- 
valle , que l'accès soit un jour modéré et fort le 
jour suivant , on l'appelle double-quarte , et elle 
suivra ce cours. En Hollande , l'accès est assez 
ordinairement modéré le lundi , fort le mardi ; 
point d'accès le mercredi ; l'accès est modéré le 
jeudi , fort le vendredi , et ainsi de suite ; mais 
eela ne va pas ainsi à Londres. 

Si , au lieu du retour de ces périodes réguliers 
qui se succèdent les uns aux autres dans l'ordre 




D'Accès* Si 

eîdessus menlionné, le malade est saisi seulement 
d'accès avec froid, et chaleur ensuite , sans sueur^ 
mais avec un flux d'urines , des crachats , ou une 
diarrhée, alors il ïi'y a jamais d'apyrexie , ou très- 
rarement , pendant les intervalles. Mais , si ces 
accès de chaud et de froid ne sont pas suivis d'éva- 
cuation aqueuse , alors il y a lieu de craindre que 
la maladie ne prenne la forme de quelque espèce 
de fièvre continue , si on ne le prévient : c'est 
cependant toujours une fièvre d'accès informe , 
ou fièvre bilieuse. Mais si l'accès avec chaleur a 
lieu , sans que l'accès avec froid ait précédé , et 
qu'il soit suivi d'une sueur colliquative , d'une 
grande perte de forces , et d'une tendance à de 
fréquentes sueurs partielles exténuatives , alors 
on dit que la maladie est dégénérée en fièvre 
hectique , ce qui est le plus ordinaire au printemps. 

Les fièvres hectiques sont des intermittentes 
quotidiennes du printemps, et doivent éîre dis- 
tinguées de ce que nous appelons ordinairement 
fièvre dacces. Il y en a communément de trois 
sortes. 

i.o La fièvre hectique anglicane , ou Xanasto- 
mose de Boërhaave, très-fréquente dans notre pays, 
est une maladie du printemps , laquelle a lieu 
parmi la jeunesse, depuis Tâge de puberté jusqu'à 
vingt-cinq ans. Le degré de fièvre en est à peine 
sensible ; mais, dès que les sujets sont échauffés 
dans leur lit, ils éprouvent une sueur abondante , 




\7^ 



^>:^ v>:>î^ 



32 De la Fi:àvRE 

ou même ( ce qui est plus ordinaire au matin ) cette 
sueur est accompagnée de quelque petit écoule- 
ment de sang des narines, de perte d'embonpoint 
et de forces, et d'un teint fort clair. Un régime 
restaurant , la rhubarbe - l'élixir de vitriol , avec 
les antiscorbutiques, les frictions, les bains froids 
sont les meilleurs moyens curatifs. Les jeunes 
femmes qui alaitent , et qui sont d'une belle com- 
pîexion, d'un beau teint, et qui ont les fibres 
lâches, sont sujettes à cette maladie du printemps. 

2.0 La fièvre hectique qui provient de grandes 
évacuations, pu de l'écoulement de l'ample ouver- 
ture d'un ulcère considérable. Celle - ci a bien 
les mêmes symptômes , mais peut avoir lieu eu 
toute saison. 

3.0 La fièvre hectique qui provient de la résorb- 
tion de la matière d'un ulcère interne , ou qui 
succède aux fièvres inflammatoires. Celle-ci n'a 
que de petits intervalles de libres , savoir , depuis 
dix heures du matin jusqu'à deux après midi ; et 
le pouls est constamment fréquent, même à midi. 
Quand il y a un sédiment dans l'urine , il res- 
semble beaucoup à du pus. De toutes les fièvres 
hectiques , celle-ci ressemble le plus à une fièvre 
d'accès , par rapport aux fréquens froids légers , 
et aux frissonnemens qui arrivent le soir , peu de 
temps avant que la chaleur et la fièvre reparais- 
sent. Mais , en la comparant avec ce que nous 
avons dit, on peut , je pense , la distinguer aisé-^ 




B Accès. 3S 

menl d'une fièvre d'accès informe , et d'une quo- 
tidienne régulière , mais prolongée. Elle est pré- 
cédée de symptômes qui indiquent qu'il se forme 
du pus en quelqu'endroit , de pus même dans 
l'urine, de manque de sédiment briqueté ,et d'un 
extérieur particulier au malade , extérieur qjî 
échappe difficilement aux médecins gui ont de 
1 expérience, et qu on ne peut indiquer à ceux 
qui n'en ont pas : ce qui est aussi vrai de plu- 
sieurs autres incommodités concomitantes. 

Quant à l'issue des fièvres d'accès de la moisson , 
il est certain que si elles durent long-temps , elles 
occasionnent même par la suite une dispositioa 
fiévreuse. Le sujet a l'air pâle, jaune, a la fibre 
lâche, est faible, abattu, épuisé par les sueurs, 
et exposé à toutes les maladies chroniques que 
ces symptômes indiquent ou produisent Mais sî 
une fièvre d'accès est trop tôt arrêtée, ou forcée à 
prendre un autre cours par l'usage maladroit que 
l'on aura fait des médicamens prétendus spéci- 
fiques, elle pourra devenir fièvre continue, sur- 
tout si elle est quotidienne et qu'elle survienne 
au printemps. Quoique ces fièvres ressemblent 
d'abord à une fièvre d'accès informe , qui aura 
peut-être précédé l'intermittente, cependant elles 
pourront se fixer sur quelqu'organe particulier 
et devenir dangereuses, si elles ne reviennent 
promptement à leur type. 

Comme les fièvres d'accès de la moisson tien- 
^ 3 




^ 



ir^j 




5/^ Î)e la FièvnË 

nenten quelque chose des fièvres bilieuses, elles 
causeront des obstructions dans les principaux 
viscères, si on les arrête trop tôt; de là l'asthme , 
l'hydropisie et autres maladies chroniques que 
l'on guérit rarement, à moins qu'on ne fasse 
renaître la fièvre. Aussi Boërhâave disait-il que 
s'il pouvait rappeler une fièvre aussi-bien qu il 
saurait l'arrêter, il serait le plus grand médecin 
qu'on eût jamais vu. J'ai entendu les Hollandais 
se féliciter fun l'autre du retour de leur fièvre; 
et il est certain qu'une fièvre emportera la plupart 
des maladies chroniques dans les jeunes gens et 
les sujets vigoureux, si on la ménage adroitement. 
Pour faire la recherche des causes des fièvres 
d'accès, il est à propos d'examiner certains faits; 
i.o les pays où les fièvres d'accès sont endémiques, 
sont ordinairement coupés par un grand nombre 
de rivières d'un cours fort lent, pleins d'endroits 
bas , marécageux ; 2.« le temps y est pluvieux, chan- 
geant, soit froid, soit chaud. C'est pourquoi nous 
vovonsque les fièvres d'accès sont fort communes 
dans quelques-unes de nos îles sous le vent, aussi- 
bien que dans les climats froids de l'Angleterre et 
de la îîollande. 

Mais, quand le climat et le sol seraient même 
avantageux , la nourriture chétive de poissons 
bourbeux, de mauvais légumes, de mauvaises 
eaux, de misérables boissons fermentées, et de 
fruits insipides, occasioneraient toujours une dis- 



b'Ac ces. 3j! 

position fiévreuse; et cest, je pense, ce pourquoi 
la fièvre d'accès ne se manifeste que vers la fin 
du carême, et parmi le pauvre peuple dans les 
pays catholiques fort hauts. Toutes les graisses des 
viandes rôties et bouillies , surtout si elles sont 
enfumées, sont très-propres à rappeler une fièvre 
d'accès arrêtée. Aussi fait-on beaucoup d'usage ea 
Allemagne de bœuf, de jambon, de lard enfumés 
pour cette fin. 

Un sujet exténué par une vie chétive, de gran- 
des évacuations, une maladie, est sûr d'être atteint 
d'une fièvre d'accès dans les pays où elle est en- 
démique. C'est ainsi que, dans les garnisons de 
Flandres, où l'on traite la gonorrhée par de fré- 
quens purgatifs, cette affection est toujours suivie 
en peu de temps d'une fièvre d'accès; et si la 
fièvre survient avant que la gonorrhée soit gué- 
rie, la fièvre l'emporte souvent. On me demanda 
fréquemment dans ce pays-là, si je pensais qu'il 
pût résulter une vérole à la suite d'une gonor, 
rhée virulente, qui aurait été arrêtée par une 
fièvre d'accès qui fût survenue alors? Mais je n'ai 
jamais vu de vérole résulter de cette cause. 

Quand les Français prirent Berg-Op-Zoom , ils ne 
trouvèrent là que de mauvaises eaux, n'eurent 
que peu de provisions fraîches : on regarda cela 
comme la cause de la fièvre épidémique qui fit 
tant de ravages dans leur armée. Quoique la fièvre 
eût une intermittence régulière dans quelques uns,, 

3.. 



36 



De la Fièvre 




cependant grand nombre mouraient avant que 
cette intermittence eût lieu : car on les saignait de 
deux jours l'un , jusqu'à ce que la fièvre devînt 
intermittente, ou que le malade mourût. Un de 
leurs chirurgiens me raconta les observations qu'il 
avait faites sur le sang des malades. Il me dit que, 
vers le commencement de la fièvre , le sang ne 
paraissait pas tout-à»fait si épais que quelques jours 
après; que dès que l'intermittence paraissait , le 
sang redevenait plus dissout de jour en jour, et 
que si l'on n'arrêtait proraptement la fièvre, le 
sang devenait tout aqueux, et qu'enfin l'hydropisie 
se manifestait. 

Il faut donc deux choses pour produire une 
fièvre d'accès : i.® une constitution ^pidémique 
dans l'air, capable de produire cette sorte de fiè> 
vre; 2.° une disposition du sujet , qui le rende 
propre à être affecté de cette constitution épidé- 
iiiique de l'air. Or, la disposition du corps, qui 
peut rendre le sujet susceptible de prendre une 
fièvre d'accès, résulte du relâchement et de la fai- 
blesse des facultés qui servent à la digestion, soit 
que ces défauts soient naturels ou accidentels; car, 
par-là , le sujet amasse des crudités dans les pre- 
mières et secondes voies; les gros viscères sont 
engorgés, le corps se gonfle, grossit et devient 
comme inactif. Si, pendant qu'il est dans cet état, 
il survient une constitution fiévreuse , et qu'il né- 
glige de prendre de§ vomitifs ; de la rhubarbe, de» 



>V^:' , 



T)*Acci:s. 37 

martiaux ou des amers, il peut sûrement s'atten- 
dre à la maladie régnante. 

Mais les vivres malsains ou les purgatifs dras- 
tiques détruisent le ton de l'estomac et dçs intes- 
tins en très-peu de temps : on peut donc aussi les 
regarder comme des causes éloignées des fièvres 
d'accès, avec tout ce qui d'ailleurs détruit le ton 
des solides, surtout des premières voies, et pro- 
duit de mauvaises digestions , des crudités ; ce 
qui détruira bientôt l'idiosyncrasie du sang, cau- 
sera des obstructions dans les principaux viscè- 
res où la circulation est la plus lente, mais sur- 
tout au foie. C'est un bonheur que la fièvre sur^ 
vienne pour enlever ces crudités, discuter cet 
èpaississement ^ et lever ainsi toutes les obstruc- 
tions. Qu'il est donc dangereux d'arrêter alors la 
fièvre, avant d'être parvenu à ces fins ! 

Quoique dans tous pays il y ait à^s. sujets 
en qui se trouve, soir naturellement, soit acci- 
dentellement cette habitude du corps , îaqiî(*lle 
est supposée être la cause interne et prédispo- 
santé des fièvres d'accès, cependant il y a des 
contrées où Ton voit à peine de ces fièvres : de 
sorte que, pour produire une telle fièvre, il faut 
encore autre chose que des amas de crudités, 
des obstructions partielles, ou même autre chose 
qu'une putréfaction. C'est pourquoi je regarde 
certaine qualité particulière de l'air, comme la 
cause externe prochaine de ces fièvres. C'est ce 



5x 



38 



De la Fièvre 



^ 
fe 




que j'appelle constitution fiévreuse; elle prévaut 
surtout dans les saisons où ni le froid ni le chaud 
ne sont extrêmes, dans un temps calme, et quand 
lair est. fort chargé d'humidités La fièvre d'accès 
est endémique dans les pays où l'air est chargé des 
exhalaisons que répand un terroir gras et fertile , 
ou une eau morte. 

On m'a même dit qu'il y a une habitation en- 
tière à Antigoa , devenue si malsaine par une 
simple écluse , que les habitans en général y avaient 
une fièvre d'accès en toute saison , s'ils fixaient 
leur habitation près de cet amas d'eaux, 

Piien de surprenant donc si la fièvre d'accès est 
endémique dans tout pays bas, plat, marécageux, 
que le climat soit chaud ou froid. On sait néan- 
moins, par expérience, que les fièvres d'accès des 
pays chauds sont les plus dangereuses , et très-opir 
niâtres , parce que les exhalaisons y sont le plus pu- 
trides, et les fibres le plus relâchées. Les hauts 
pays stériles , où les rivières sont nettes et les 
courans rapides, n'exhalent rien de nuisible; et 
les vallées qui les coupent, étant toujours comme 
balayées par des vents frais perpétuels, n'y retien- 
nent aucunes vapeurs. L'atmosphère en est sèche, 
la transpiration régulière; un principe vital, et 
des esprits animaux toujours nouveaux, animent 
ie corps, le portent à l'exercice , favorisent toute* 
les fonctions naturelles. Ainsi, quand le climat 
ne fournit aucune des causes externes efficientes 



d'Accès. 3^ 

.ou prochaines des lièvres d'accès, le corps n'en 
produira pas non plus les causes antécédentes ; 
de sorte qu'une fièvre d'accès aura rarement lieu 
dans ces pays, ou n'y durera pas long-temps. 

Une moisson pluvieuse est toujours suivie d'une 
constitution fiévreuse, et qui accompagne la fièvre 
bilieuse, ou la nouvelle fièvre deSydenham. 

Ces observations nous en découvrent donc la 
cause, savoir : les vapeurs humides qui s'élèvent 
du sol, et les mauvaises nourritures provenant 
de grains altérés. Mais on ne voit pas si clairement 
comment les vents du nord produisent ou pro- 
longent les fièvres d'accès, quoique cela soit très- 
certain; car, supposons que ces vents soient plus 
chargés de nitre. et plus froids que ceux qui vien- 
nent d'ailleurs, comment cela pourra-t-il produire 
dans un sujet une disposition fiévreuse, peut-être 
même somnolente pendant plusieurs jours, et 
affecter toutes les parties de son corps, même 
avant qu'il sorte de son lit chaud ? Je ne hasarde 
pas d'en donner la raison; mais le fait n'en est 
pas moins vrai. 

La constitution fiévreuse de Fair, ou la consti- 
tution qui rend la fièvre d'accès épidémique, pro» 
duit une fièvre sui generis ^ de son genre, et dif- 
férente de toute autre fièvre à plusieurs égards; 
et celui qui l'a déjà eue une fois, en est atteint de 
nouveau plus facilement. Pour expliquer en quel- 
que sorte les symptômes de cette fièvre, je coosi-^ 



(M 






40 Ï3lî LA. FliVRE 

dère l'invasion avec froid d'une fièvre d'accè* 
uniquement, comme le froid iù^vWt Jrigus fébrile^ 
et la rigueur commune à toutes fièvres, mais à uà 
plus haut degré. Qu'un enfant bien portant d'ai^ 
leurs, soit attaqué de petite- vérole , il est saisi 
du même froid par tout le corps, de la même 
douleur à la tête, dans te dos, du même malaise 
à l'estomac qu'il éprouverait dans une fièvre in- 
termittente, excepté que la rigueur sera peut-être 
moins considérable; de sorte que le frisson est 
évidemment une affection des nerfs irrités par des 
particules raordicantes, que la constitution épi- 
démique de Fair a introduites dans le corps, et 
qui y restent sans être altérées , parce que les vais- 
seaux n'ont pas assez d'élasticité, ou que les se- 
<îrétions et excrétions sont diminuées, ou par toutes 
ces causes ensemble. 

Or, ceci peut se démontrer par les symptômes 
mêmes. Il y a une tension ou un spasme univer- 
sel de tous les nerfs; de là l'horreur, le tremble- 
ment, que les Français expriment fort bien par le 
mot de frissonnement', alors il se fait une cons- 
triction de tous les vaisseaux capillaires, la circu- 
lation y devient languissante, les sécrétions et 
excrétions diminuent, la bouche est aride, et l'urine 
pâle. Mais comme la chaleur du corps (avant que 
îa putréfaction commence, ) dépend du degré de 
circulation, dès que la cause devient inégale , la 
chaleur qui en est l'effet doit de venir obscure. De là 



?V'^:.,., 



i>' Accès. ^^* 

ce sentiment de froid universel ; car le malade se 
sent plus Iroid lui-même, que le médecin qui le 
touche. Dès que le mouvement des fluides com- 
mence à se ralentir dans les plus petits vaisseaux, 
la nature fait d'elle-même les efforts nécessaires 
pour pousser le sang, par des bàillemens ,.des 
pandiculations , et autres choses semblables. Ces 
efforts restant sans effets , la maladie va en aug- 
mentant, tous les endroits colorés du corps pâlis- 
sent; et s'il y a quelque part un étranglement, on 
y aperçoit des taches livides ou pourprées. Pen- 
dant ce temps-là, le sang s'amasse dans tous les 
gros vaisseaux, ce qui empêche leur contraction, 
et semble accroître la rigueur. 

Nous jugeons par le pouls, de la différence 
qu'il y a de la plus grande distension de l'artère, 
à la moindre; mais quand il se rencontre un sang 
visqueux qui ne passe qu'avec grande difficulté à 
travers les vaisseaux capillaires, il s'y fait une ré- 
sistance proportionnelle au cours du sang dans 
les artères plus considérables , de sorte qu'elles 
ne peuvent plus se contracter convenablement; 
nous sentons un pouls très-petit, quoique les ar- 
tères soient près de crever; et le cœur poussant 
toujours une plus grande quantité de sang dans les 
artères déjà pleines, leur tunique devient si ten- 
due, qu'elles nous paraissent fermes et dures. Dans 
la circulation ordinaire, nous ne sentons l'artère 
qu'au moment de la diastole, et immédiatement 




\r^. 



^\ 






un 



4^ DelaFièvre 

après la systole, de sorte qu'elle devient molle, 
et échappe aa tact jusqu'à la diastole suivante. 
Mais dans le cas où c'est une partie nerveuse même, 
ou sensible, qui est attaquée, comme lestomac et 
les intestins , et que conséquemment il y a un 
spasme universel, les vaisseaux capillaires sont 
extrêmement resserrés; le sang éprouve alors tant 
de résistance dans les grosses artères , qu on les 
fient constamment telles qu'une corde tendue, et 
qu'au lieu d'apercevoir une diastole et une sys- 
tole régulières, on n'y sent qu'un mouvement 
îrémuieux. Delà le pouls petit , dur, serré, irré- 
guîier, fréquent, et l'augmentation delà force du 
pouls, après une saignée faite à propos. 

Le sang amassé dans les gros vaisseaux, irrite 
le cœur , le force à de fréquentes systoles, afin de 
se débarrasser et de vaincre la résistance ; c'est là 
Tanxiéîé fébrile, anxieias ftbrilis ^ sensation qui 
ne peut bien s'exprimer. Mais ceîte anxiété ne se 
sent pas toujours exactement dans la même par- 
tie; car, comme il y a trois systèmes différens de 
gros vaisseaux, qui forment chacun une circu- 
lation particulière, il paraît qu'il y a aussi trois 
différentes sortes d'anxiétés fébriles, presqu'indé- 
pendantes l'une de l'autre, et que l'on peut dis- 
tinguer par leurs symptômes particuliers. Il faut 
donc les distinguer ici, car le traitement en est 
fort différent. Le premier système est celui des 
artères pulmonaires qui transmettent le sang au 



n'AccÈs. 43 

poumon ; le second , celui de l'aorte ; le Iroisième, 
celui de la veine-porte. 

Supposons que les vésicules du poumon soient 
subitement contractées par les vapeurs de l'huile 
de vitriol en ébullition , on sent aussitôt un serre- 
ment aux hypocondres, qui ne peut se dissiper 
que par l'admission d'un air frais, élastique, et 
par les vapeurs de l'eau chaude : or , c'e»t.là 
l'anxiété qui provient de la circulation difficul- 
tueuse du sang dans les artères pulmonaires. Sup- 
posons ensuite que la circulation soit arrêtée dans 
les petites ramifications de l'aorte, par une im- 
iTiersion subite du corps dans l'eau froide , oa 
éprouvera alors l'anxiété occasionée par la con- 
gestion du sang dans le système de l'aorte , ce qui 
cessera par les frictions externes. Mais la plus 
commune anxiété des fièvres d'accès , est au des- 
sous du diaphragme , autour des intestins et de 
la veine-porte, et provient de spasme, d'une cir- 
culation languissante ou interrompue dans le 
foie et les gros intestins , ou de congestions crues 
et mordicanles dans ces parties-là. Si l'on ne fait 
pas attention à ce point essentiel, on ne peut que 
faire de grandes fautes en traitant les fièvres, sur- 
tout au commencement. 

Mais, pour revenir à l'invasion avec le senti- 
ment de froid , si ce spasme est absolument uni- 
versel et assez violent pour interrompre tout pas- 
sage dans les vaisseaux capillaires, alors toute la 




44 ■ De LA Fièvre 

masse da sang étant ramassée dans les gros vaiV 
seaux et dans le cœur, elle empêche le mouve- 
inent régulier de ces organes; il y a plutôt un 
trémoussement qu'un battement ; les poumons 
s engorgent, la face est livide, les extrémités 
iro.des, et le malade, comme étranglé, fait de si 
grands efforts , que la tête des os craque d'une 
manière étonnante dans les articulations qui se 
relâchent, et sont abreuvées d'une quantité con- 
sidérable de synovie. Quand la rigueur est à son 
plus haut point, le malade doit bientôt périr s'il 
«obtient quelque relâche; mais si la cause de la 
rigueur, le spasme, cesse, l'effet cessera aussi , et 
le malade, quant à cet accès, sera hors de danger. 
Ceci a heu aussi-bien dans la fièvre d'accès que 
dans les affections spasmodiques, si quelque trai- 
tement maladroit n'en vient troubler le cours : 
car tout tombe aussitôt dans Vatonie ou dans l'im^ 
puissance d'agir, quand le spasme est monté à 
certa.n degré ; et c'est cette atonie qui commence 
ie relâchement et la solution du paroxysme Dès 
que la constriction a cessé, les petits vaisseaux se 
dilatent, et sont forcés de céder à l'impulsion du 
sang qui est poussé par les gros vaisseaux et par le 
cœur. Le sang qui y aborde des gros troncs, y est 
s. trituré, et la chaleur qui en résulte si grande 
q.ie j'a, souvent craint, en louchant la peau, que 
cette chaleur excessive ne détruisît les parties les 
plus tendres : voilà le second période de la fièvre 




n'AcciîS. 45 

d'accès qui discute Vépaisslssement. du sang, et eu 
rend une grande partie propre aux excrétions , 
force et dégage les obstructions , même dans les 
replis si compliqués des \iscères; change les liu- 
xneurs du corps, guérit les affections chroniques, 
cuit tous les fluides, et les dispose , aussi-bien que 
les vaisseaux qui les contiennent, à une crise 
complette , qui fuit bientôt par les sueurs , les 
urines, les selles, les crachats, ou par quelques- 
unes des excrétions, ou par toutes ensemble. 

Si nous examinons les urines dans les différons 
périodes, nous pouvons en établir le jugement. 
de toute la maladie. Dans le premier période , 
l'urine est presque insipide, pâle, aqueuse, 
comme dans les hystériques , dans les inflamma- 
tions des viscères et dans toutes les affections 
spasmodiques. Dans ces diverses affections , les 
canaux excrétoires sont si resserrés, qu'ils n'admet- 
tent que les parties aqueuses du fluide qui circule, 
et même en petite quantité, comme on le voit 
par la sécheresse du nez, de la bouche, du 
gosier, etc. Mais, si le spasme n'est que partiel, 
nous remarquons souvent que la bouche, etc., 
est toute sèche, et qu'il vient une très-grande 
quantité d'urines pâles; ce que j'ai souvent ob- 
servé dans l'affection hypocondriaque , et quel- 
quefois dans les fièvres intermittentes. En ua 
autre temps, l'urine sera moins abondante, mais 
il s écoulera, des deux côtés de la bouche, une 



>^i-<? \.^'^ 




[fi DelaFievre 

qrvantité prodigieuse d'eau claire , jusqu'à tremper 
roreilier. On voit donc par-là que la plus gros- 
sière partie du sang est retenue, tandis que la 
seule partie aqueuse est rejetée par les excrétions, 
de sorte que ce qui reste doit être fort épais , et 
qu'il faut un degré con\enable de chaleur pour 
résoudre et discuter Xépaississement , et qu'il n'y 
a qu'une fièvre ardente qui le puisse faire. 

Au second période, l'urine paraît communé- 
ment acre, fétide, haute en couleur, mais crue, 
telle que dans les fièvres ardentes; car alors ce 
sont des sels exaltés, et des huiles comme brû- 
lées , qui ont à passer dans des vaisseaux un peu 
flasques. 

Mais, au dernier période, Furine est devenue 
non-seulement acre, fétide, très-rouge, mais en-' 
core bourbeuse et cuite, c'est-à-dire, qui se ré- 
sout elle-même aisément en ses principes consti- 
tutifs; car la crudité étant le mélange confus de 
toutes les parties des fluides du corps, de manière 
qu'ils ne peuvent point être distribués dans leurs 
propres couloirs, la coction est la séparation, et 
la resolution des iluides circulans, en leurs par- 
ties constitutives , de manière à correspondre à 
l'état de vie que se propose la nature, et à être 
débarrassés par les différens excrétoiies de ce qui 
n'est pas propre à la vie du corps : c'est pour- 
quoi l'urine d'une véritable crise doit contenir 
non-seulement les parties excrémentitielles salines. 



# 



€t; oît^agineuses qui n'ont pu s'évacuer durant la 
fièvre, mais encore toutes les parties terreuses qui 
ont été eult^Yées (al^rasœ ) des solides par le mou- 
vement violent du sang Elle doit contenir aussi 
en partie, non-seulement la matière morbifique 
qui aura d'abord pu produire la fièvre , mais en- 
core la partie du sang que la cbaleur et la vio- 
lence du mouvement ont rendue excrémenteuse^ 
et qui redeviendrait une matière morbifique si 
clic était retenue. Le sédiment briqueté , que Sj- 
denbam regarde comme la marque caractéristique 
de la fièvre , se voit dans la plupart des fièvres 
bilieuses. Il est assez lourd ; mais il y a plus com« 
munément un sédiment encore plus pesant , toul 
au fond, qui contient le plus de principes salins, 
tandis que les huiles qui donnent la couleur à 
l'urine, sont suspendues dans la partie aqueuse» 
Ce que nous avons dit de l'urine, dans cette 
crise parfaite, peut aussi se dire de toutes les au- 
tres sécrétions et excrétions du corps; car, comme 
il fallait une invasion avec chaleur, ou une fièvre 
ardente, subséquente à la rigueur, pour opérer 
la coction , de même il est besoin d'une évacua- 
tion critique universelle pour enlever toutes les 
parties excrémenteuses; et quoique cette évacua- 
tion commence par une sueur abondante, qui , 
outre les autres excrétions, est l'évacuation na- 
turelle et la plus convenable à cette fièvre, ce» 
pendant il n'y a jamais une crise parfaite , ni 



-mn 



^^ 



te 



48 De LA Fièvre 

d'apirexie totale , à moins que les autres excré* 
lions ne soient proportionnelles à la fièvre qui a 
précédé. 

Différentes fièvres ont leurs évacuations criti- 
ques différentes selon leur nature particulière. 
Les unes se terminent comme d'elles-mêmes , 
par les selles surtout ; et si l'on entreprcfnd de 
les traiter en portant la matière à la peau , elles 
changent aussitôt d'apparence, deviennent miliai- 
res, acquièrent un grand degré de malignité qui 
n'y était pas originairement, et qui n'a lieu que 
de ce qu'on a interrompu le cours de la nature, 
ou de ce qu'on a usé de médicamens chauds , et 
tenté imprudemment de pousser les sueurs au 
commencement de la maladie. Les autres font leur 
solution en se jetant aux autres parties glandu- 
leuses du corps; celles-ci, en déposant du pus 
dans un endroit particulier; celles-là, par la peau, 
savoir, par des pustules ou par des sueurs : voilà 
pourquoi Sydenham observe que si l'on doute de 
la nature de la fièvre , il faut faire attention aux 
évacuations qui soulagent le plus le malade; et 
toute évacuation qui ne soulage pas la nature, 
n'est que symptomatique , surtout avant la coction. 
Mais, s'il y a des signes évidens de coction, et 
ensuite quelques évacuations naturelles, il en ré- 
sulte ordinairement un grand soulagement, ne 
fut-ce même qu'une crise partielle. Si on l'aide, ou 
qu'elle soit souvent répétée , elle emportera même 



d'Accès. ^Q 

la fièvre; ce qni n'est pas rare, comme, par exem- 
ple, en purgeant dans les fièvres bilieuses. Mais 
li est certain que dans les fièvres inîermitlenles , 
une sueur abondante universelle est la plus avan- 
tageuse évacuation, celle qui a le plus grand effet 
( si elle n'est pas forcée), après que hs intestins 
ont été nettoyés. Cette évacuation abondante, et 
une boisson copieuse et délayée, doivent bientôt 
régénérer tous les fluides, en la répétant souvent; 
et conséquemnient elle guérira , non seulement 
celte fièvre, mais même une affection \érolique ou 
toute autre maladie contagieuse, si le sang en était 
atteint alors; mais en même temps, le sang sera 
tout dissous, les vaisseaux relâchés, le genre ner- 
veux sans force , si la maladie est de trop longue 
durée. Il en peut résulter une espèce d ethisie, des 
sueurs çoliiquaîives , des amas de sérosité, et une 
disposition habituelle à la fièvre. 

D'un autre côté, si l'on arrête la fièvre avant 
que la cause soit détruire et Vépaississement dis- 
cuté , on a tout sujet de craindre des obstructions 
de différentes espèces, surtout dans les principaux 
viscères et au système de la veine porte, ou dans 
un organe particulier, qui aura été jadis affecté 
dans quelque maladie provenant d'obstruction à 
cet organe-ià. 

Si, d'ailleurs, nous voulons arrêter nne fièvre 
d'accès, en tout temps, avant la crise et leva- 
cuation nécessaire, il y a lieu de croire que la 

^- 4 




5o t) E L A F I È V R E 

grande quantité des matières acres et excrémen- 
teuses ( qui sont en partie l'effet de la fièvre pré- 
cédente), chargeant le sang, occasioneront des 
fièvres nerveuses , putrides, pétéchiales » ou au 
moins feront dégénérer une fièvre d'accès formée, 
en une informe on irrégulière; ce qui fait tou- 
jours une maladie fort longue et même quelque- 
fois dangereuse. 

Il est donc évident qu'on ne doit pas trop pous- 
ser les sueurs, ni les arrêter trop tôt, et qu'elles 
doivent être en raison de la fièvre précédente, et 
de la quantité de matière excrémenteuse qui doit 
être évacuée. Les évacuations requises pour em- 
porter tout ce qui est propre aux excrétions, ont 
leur degré ; mais si cette évacuation salutaire est 
portée trop loin, elle exténue le malade, trouble 
la nature , et s'oppose aux coctions futures; de 
sorte qu'il y a une grande différence entre suer 
vingt heures de suite, et vingt heures par inter- 
valles, dans l'espace peut-être de quatre ou cinq 

jours. 

Ce que nous disons de la sueur est applicable 
à toute autre évacuation; et la mesure en doit 
être prise du soulagement qu'elles procurent, et 
de l'effet qu'elles font sur les forces du malade. 
Mais, dans la fièvre d'accès, il n'y a d'évacuation 
vraiment critique qu'avec les sueurs, et je n'ai 
jamais vu de vraie apyrexie dans cette fièvre par- 
ticulière , sans quelques sueurs. 



5£, 



d'Accès. 

Il est si naturel à une fièvre d'accès rie se ter- 
miner par les sueurs, que j'ai vu, surtout dans les 
jours critiques, la sueur commencer avant que 
j'eusse vu aucun signe de coclion, et procurer 
un grand soulagement en peu d'heures. Le pouls 
devenait fort mou, mais était toujours fréquent 
et plein ; alors le malade tombe dans un som- 
meil interrompu ou un assoupissement, et dans 
une sorte d'insensibilité qui fait qu'il n'est pas 
aisément incommodé du bruit ou de la lumière; 
Alors il rend quelques urines beaucoup plus co- 
lorées qu'auparavant, retombe dans le lit, ferme 
les yeux, paraît respirer plus librement, quoique 
sa respiration soit toujours prompte et interrom- 
pue par plusieurs gémissemens. On l'entendra 
peut-être remuer, mais il a toujours les yeux fer- 
més ; il restera quelquefois plusieurs heures dans 
cet état, et fort souvent il paraît des signes de 
coction dans les urines qu'il rend ensuite : les 
bords de sa langue semblent se nettoyer; on voit 
y poindre sur la croûte blanche quelques papilles 
rouges, semblables à la chair nouvelle d'un ulcère. 
Si on l'abandonne au cours de la nature, il fera 
ordinairement une selle avant la nuit; mais un 
médecin qui saura l'aider, la lui procurera plus 
tôt, par le moyen d'un lavement émollient ou 
laxatif. 

Quant aux sueurs, j'ai observé qu'elles arrivaient 
quelques-uns des jours critiques, et qu'elles étaient 

4- 




52 De LA Fièvre. 

précédées d'un trouble critique considérable {per- 
turbatio critica). J'ai souvent vu que quoique ces 
bueurs ne promissent pas d'abord un grand sou- 
lagement, on en obtenait une crise parfaite en 
les soutenant un peu , surtout si le lavement 
procurait des selles , ou occasionait une sorte de 
purgation naturelle. Quelquefois la fièvre était 
totalement enlevée; en une autre occasion, il y 
avait une intermittence réelle, suivie d'une fièvre 
d'accès bien formée et régulière. 

J'ai tâché jusqu'ici d'assigner les causes des 
fièvres intermittentes, savoir : un air humide, le 
régime, une digestion crue ou difficile, les grandes 
évacuations; tout ce qui peut affaiblir les nerfs, 
supprimer la transpiration; les crudités et conges- 
tions dans les premières voies, et certain épais-^ 
sissement du sang; toutes causes qui, à l'aide des 
miasmes morbifiques de la constitution fiévreuse, 
occasionnent ce spasme universel appelé rigueur, 
ou accès avec frisson. J'ai considéré l'accès avec 
chaleur comme la conséquence nécessaire de la 
rigueur, et les sueurs comme l'évacuation criti- 
que ou la crise de l'accès avec chaleur. Quand 
cette crise n'est pas complète, il ne résulte qu'un 
soulagement et des symptômes moins considé- 
rables; mais la fièvre n'a pas cessé entièrement 
pour cela ; il n'y a pas non plus de vrais signes 
de coction ; de sorte qu'il reste une fièvre conti- 
nue rémittente. Mais les signes de coction pa^ 



j> * A c cl^ s. 



53 



laissent , et l'absence réelle de la fièvre a lieu 
quand la crise est complète. 

Il me reste maintenant à dire, i.° pourquoi, 
malgré cela, cet accès avec frisson, ou la lièvre, 
revient encore ? 2,^ Pourquoi elle revient à cer- 
tains périodes ou autrement? 3." Pourquoi ces pé- 
riodes sont différens dans différens sujets, durant 
la même saison, ou parmi les mêmes sujets, ea 
différentes saisons, tandis que la maladie passe 
par les mêmes périodes ou autrement? 1.° Pour- 
quoi une fièvre d'accès informe devient intermit- 
tente ? 2.0 Pourquoi cette fièvre intermittente est- 
elle quotidienne, tierce, quarte, etc. , et régulière?, 
3.° Pourquoi ces quotidiennes, etc., sont-elles 
quelquefois doubles et irrégulières dans les pa- 
roxysmes, ou confondues ensemble, ou compli- 
quées avec d'autres affections? 

Quant à la première question, je dis qu'une 
fièvre d'accès informe est une fièvre continue , 
et sera telle jusqu'à ce qu'il y ail une cociioa 
convenable et ensuite une crise complète, et alors 
il y aura apyrexie ; au lieu que si la crise est in- 
complète, il n'y aura qu'une rémittence. Mais si 
les mêmes causes qui ont produit la fièvre, conti- 
nuent, le même effet aura lieu comme première- 
ment , c'est-à-dire , que la fièvre reviendra et sera 
suivie d'une autre coction et d'une crise, comme 
la précédente; de sorte que le second paroxysme 
semble être plutôt une seconde fièvre qui ne pro^' 




54 De la Fièvre. 

vient point de la première, mais de causes sem- 
blables, et lui ressemble en apparence. Cette res- 
semblance de symptômes dans plusieurs accès sub- 
séquens,est peut être la raison pourquoi toutes ces 
fièvres ont été regardées comme la même fièvre 
intermittente, quoique en effet ce soient autant 
de fièvres distinctes provenant de la continuation 
de la même cause, ou de causes semblables; et 
c'est là la véritable marque qui distingue une 
fièvre intermittente bien formée, d'une fièvre ré- 
mittente. 

On peut dire, à la seconde question, que Tin- 
vasion avec froid, ou le frisson, est une affection 
spasmodique, analogue à un accès hystérique ou 
tout autre semblable. Or, nous savons que, dans 
toute affection spasmodique, le second accès a 
lieu plus aisément que le premier, le troisième 
que le second, etc. Si, par exemple, une femme 
est saisie d'un accès hystérique par une frayeur 
subite, une frayeur beaucoup moindre la jettera 
dans un second accès; elle en éprouvera un troi- 
sième par une frayeur encore moindre. Si même 
ces frayeurs et ces accès sont réitérés régulière- 
ment pendant quelque-temps , ces accès lui de- 
viendront périodiques avec le temps, quoiqu'elle 
n'éprouve plus aucune frayeur; et la même chose 
est vraie de toutes les affections spasmodiques. Si 
donc une fièvre intermittente provenait originai- 
renientde crudités, d'épaississemenî, etc, ces vices, 



5 y 

M, XJ. V. V. a. ^. ^ 

en moindre raison que la première fois, suffiront 
pour produire un second accès, et ainsi des ac- 
cès subséquens. Si ces paroxysmes sont souvent 
répétés, le retour de la fièvre sera régulier, même 
après la disparition de toutes les causes origina- 
les. Ces observations nous montrent pourquoi ces 
fièvres d'accès ont leur période régulier , et eu 
même temps pourquoi les sujets qui en ont été 
attaqués, y ont toujours une disposition par la 

suite. 

Quant aux fièvres intermittentes formées, mais 
irrégulières, ou aux fièvres d'accès, ûèvres dou^ 
blés, elles ne sont pas si communes qu'on le 
pense; elles sont souvent dues à quelqu'irrégu* 
larité de régime, au manque de patience dans le 
temps de la crise, et à l'usage maladroit des fébri- 
fuges. Cependant les plus fréquentes sont les fiè- 
vres doubles-tierces, doubles-quartes, qui sont 
bien formées. J'ai souvent vu de ces fièvres bien 
formées compliquées avec d'autres affections, quoi- 
que je n'aie jamais vu une double-quotidienne 
que je pensasse être bien formée. Qui peut donc 
expliquer ceci? Laissons là les conjectures, pour 
nous fixer sur les faits. Premièrement, voyons les 
pronostics : 

i.o Les fièvres d'accès, en général , ne sont pas 
dangereuses. J'ai toujours observé que les fièvres 
accompagnées d'un pouls fort, d'urines bautes en 
couleur, de moiteur à la peau, de ventre IL' 







56 D E L A F I È V R E 

s'il n'y avait pas d'inflammation, parvenaient a 
une coction et à une crise en peu de jours, pourvu 
qu'on les traitât bien; et je puis avancer qu'il y 
a plus de danger à trop faire que trop peu dans 
une fièvre qui ressemble à une fièvre d'accès in- 
forme. Néanmoins la constitution particulière du 
sujet , la manière de vivre, les maladies précéden- 
tes, le climat, la saison, la constitution épidémi- 
que, peuvent mettre un médecin en état de dé- 
terminer à certain degré si la fièvre rémittente se 
terminera en une fièvre intermittente, et quelle 
espèce d'intermittente elle deviendra. 

2 o La nature d'une fièvre d'accès est d'autant 
plus bénigne, que cette fièvre se forme prompte- 
incnl, et vice versa. Car si une fièvre continue 
se change en inlermiUenîe, c'est un signe que la 
matière qui occasionait la fièvre est en grande 
partie cuite , et appropriée pour l'expulsion ; mais, 
s'il est besoin d'une fièvre fort longue pour opérer 
cette coction, on peut eonclure alors, ou que la 
matière a quelque degré de mah'gnité, qu'elle ne 
peut être réduite que difficilement par les vais- 
seaux, ou que les vaisseaux sont dans une atonie 
qui les prive de leur énergie, ce qui, l'un ou 
l'autre, pronostique une maladie longue et en- 
nuyeuse ; et si ces fièvres d'accès informes arri- 
vent au printemps, elles se terminent fréquem- 
ment par quelques fièvres longues, ou se jettent 
sur quelque organe particulier, et produisent dif- 



i)*AccÈs. ' 57 

férentes maladies , surtout dans les sujets âge's. Les 
vieillards ou les gens usés sont en effet, co?/<*//^ 
paribus^ plus sujets à ces sortes de fièvres de lon- 
gue durée et aux maladies chroniques. Les jeunes 
gens et les sujets vigoureux ont des accès violens > 
la coction et les crises se font parfaitement chez 
eux; mais ils sont exposés à de dangereuses obs- 
tructions et aux maladies fort aiguës qui en résul- 
tent si on les traite mal. 

On observe dans les Pays-Bas que les fièvres 
d'accès durent long-temps informes en automne, 
si la gelée ne se fait sentir de bonne heure dans 
la saison ; mais qu'enfin elles se forment et se ter- 
minent en une régulière intermittente. Au lieu 
que les fièvres d'accès informes, accompagnées des 
mêmes symptômes au printemps, se terminent 
fréqîiemment en fièvre putride toujours dange- 
reuse. De-là leur proverbe, « une fièvre d'accès 
informe est longue en automne, mais dangereuse 
au printemps. » 

Un temps sec, ou les vents d'est ou de nord, 
déterminent prompteraent les fièvres d'accès; 
elles sont, au contraire, fort longues à se former 
dans les temps humides, accompagnés des vents 
d'ouest et du sud ; de sorte qu'elles se passent 
même quelquefois sans avoir pris de caractère, et 
se changent dans un autre temps en fièvres ma- 
lignes, par les grandes chaleurs, le régime et les 
médicamcns. En un mot, une fièvre d'accès ia- 





^ 



-r"-''~''^-\''-'^r 



53 DelàFièvre. 

forme est une affection dangereuse en toute saison , 
si Ton fait trop de chose pour la guérir ; autre- 
ment, je crois quelle est beaucoup moins dan- 
gereuse que toute autre fièvre rémittente. En effet, 
j'ai vu les forces tomber tout-à-conp ( ce que je 
regarde comme le signe d'une putréfaction pro- 
chaine, et de malignité dans les maladies aiguës), 
mais le sujet recouvrer ses forces d'une manière 
étonnante, après deux ou trois accès de fièvre 
qui enlevèrent tout. 

Quant aux fièvres d'accès formées, la fièvre 
tierce est la vraie dépuratoire, et tient le milieu 
entre les quartes de la moisson et les quotidien- 
nes du printemps ; et je crois que Forestus a bien 
vu , quand il dit que personne ne meurt d'une 
fièvre tierce, à moins qu'elle ne dégénère en fièvre 
continue. C'est donc un bon signe quand une 
fièvre quarte devient tierce , parce qu'il y a moins 
à craindre de maladies chroniques, et que les 
accès en sont plus tolérables. C'est de même un 
bon signe quand une quotidienne devient tierce ; 
car il y a moins à craindre une fièvre continue. 
Les autres pronostics, lesquels sont à peu près 
les mêmes en toutes fièvres , seront rapportés plus 
convenablement quand je traiterai de la méthode 
curative de chacune de ces fièvres. 



ÏSKSKi 




D* Acc^.à. 



59 



MÉTHODE CURATIVE. 

Pour donner le plan de la cure , il faut suivre 
l'histoire de la maladie; ainsi, nous avons à con- 
sidérer, i.« la fièvre d'accès informe; iP la fièvre 
d'accès formée, mais irrégulière; 3.° la fièvre 
d'accès formée et régulière ; 4-** les régulières quo- 
tidiennes, tierces, quartes, etc. Mais comme il 
arrive rarement que la fièvre d'accès informe soit 
simple au commencement , étant , en général, le 
résultat de quelques autres maladies mêlées avec 
la fièvre d'accès, je dois quitter cet ordre, et com- 
mencer par la fièvre d'accès bien formée : celle-ci 
une fois bien comprise, nous mettra à même d'ex- 
poser la fièvre d'accès informe, ou la maladie 
composée, résultant d'une fièvre ajoutée à une 
autre affection, c'est-à-dire , qu'il nous faut traiter 
toutes les fièvres communes avant de donner 
une véritable idée de la fièvre d'accès informe. 
Ainsi, par exemple , la fièvre d'accès informe du 
printemps est une double affection dont la fièvre 
d'accès ne fait qu'une partie, même la moindre: 
la disposition inflammatoire du sang et la syno- 
que non putride de cette même saison eu fait 
l'autre partie beaucoup plus considérable. 

Pour guérir une fièvre d'accès informe , il faut 
d'abord tâcher d'en rendre les accès réguliers 
et bien caractérisés; ce qui ne peut être avant 






60 De LA FièvRE 

d'avoir réduit l'inflammation , dissipé la synoqiie; 
après quoi la fièvre prendra son type, et non au- 
paravant. 

La fièvre d'accès informe de la moisson est 
semblablement une maladie qui consiste en une 
fièvre bilieuse ou alrabilieuse, compliquée avec 
une fièvre d'accès. Il fciut faire cesser la fièvre 
bilieuse ou atrabilieuse, avant que l'autre puisse 
prendre son type ; de sorte que je dois différer 
l'examen de la fièvre d'accès informe, jusqu'à ce 
que j'aie exposé la nature des autres lièvres com- 
posées avec elle. En exposant les autres fièvres 
communes , je les considérerai, i." solitairement ; 
2.° comme compliquées avec une fièvre d'accès, 
ce qui fera voir la nature et les variétés de la fièvre 
d'accès informe. Maintenant je vais considérer la 
fièvre d'accès comme la seule, ou au moins comme 
la principale maladie , et, dans ce cas , bien formée. 

Après avoir donné l'histoire de la fièvre d'accès 
en général, je commence donc, en prescrivant 
la méthode curative, par la fièvre d'accès formée 
de la moisson. On la connaît bien , et chacun 
peut la guérir, et, ce qu'il y a de singulier, par 
des remèdes opposés. L'un la guérit par des aci- 
des, l'autre par des alcalis; celui-ci par des aslrin- 
gens; celui-là par des éraoliens, des délayans, par 
des évacuations; tantôt par la chaleur et les spi- 
ritueux, tantôt par le froid et le nitre. Chacun de 
ces remèdes a eu souvent ^^^ succès, mais a aussi 





d" kcc V. S. C l 

souvent manqué la cure. Chaque pays a ses spé- 
cifiques , souvent efficaces , mais aussi souvent 
insuffisans. Le quinquina même n'a pas toujours 
réussi. Cette variété, celte incertitude, ont leur 
cause; cherchons-la, nous saurons pour lors quand 
il faut des évacuans, des rafraîchissans, des échauf» 
fans, des acides, des alcalis, des aslringens, du 
quinquina. 

Premièrement, j'observe qu'il est bien différent 
d'arrêter le cours d'une fièvre d'accès ou de la 
guérir ; car non-seulement on retarde la cure de 
la fièvre si l'on en arrête le cours , mais on oc* 
casionne aussi d'autres maladies d'une nature en- 
core plus dangereuse, et plus difficiles à guérir 
que la fièvre. Je me contente pour le prouver, 
de prendre, entre un grand nombre de cas que 
j'ai rassemblés dans mes journaux, deux exem- 
ples frappans. Il vint, en 174B, dans un hôpital 
d'Edimbourg, une femme de moyen âge, incom- 
modée d'une hydropisie ascite. Le docteur E.u- 
therford l'ayant examinée, vit que c'était l'effet 
du quinquina pris trop tôt dans une fièvre d'ac- 
cès de cette saison. Conséquemment, on lui or- 
donna de laver copieusement avec une décoction 
apéritive pendant deux jours, après quoi elle prit 
un émétique vigoureux , ensuite une purgation 
assez vive qui fit évacuer une grande partie des 
eaux. Elle prit après les pilules, n.o i5, et l'apo- 
zème, n.o 16, par l'usage desquels la fièvre revint. 




^2 TiE LA Fièvre 

On réitéra Témélique entre les accès , et la mé- 
decine une fois. Elle continua les pilules et l'apo- 
zème , la fièvre tomba par degrés , el l'hydropisie 
fut radicalement guérie. Je dirai , en passant, que 
l'on devrait avoir toujours dans les boutiques de 
Y extrait de suie : c'est un fort bon médicament. 

L'autre cas est en partie de même nature, et 
dépend de la même cause. Un jeune homme étant 
à ses affaires, dans la Caroline , fut saisi, au milieu 
de la moisson , d'une fièvre épidémique qui de» 
vint d'abord rémittente , enfin intermittente. Il 
prit le quinquina pendant quatorze jours, pen- 
dant lequel temps il n'avait point d'accès avec 
froid, mais avec chaleur; outre ceci, de légères 
sueurs, une grande anxiété, point de repos, et 
un grand abattement. On 'lui donna une méde- 
cine ; immédiatement après on réitéra le quin* 
quina pendant plusieurs jours. On s'aperçut alors 
que ses yeux étaient tout décolorés, le corps 
amaigri, les forces tombées , l'appétit perdu, les 
nausées fréquentes, et l'esprit abattu. On lui or- 
donna de repasser ici, et de prendre des amers 
restaurans pendant la traversée. C'est dans cette 
situation que je le trouvai dans ce pays-ci. 

Après l'avoir bien examiné, je lui trouvai la 
langue fort décolorée et sale , et m'aperçus d'une 
tumeur considérable à la région du foie. Je lui 
ordonnai aussi de laver avec une décoction apé- 
ïitive et le petit-lait, tour à tour, dans lequel il y 




r>'Accks. 63 

eût un peu de larlre soluble et de sel polycreste. 
Alors je lui donnai un fort vomitif, ensuite une 
purgation. Il parut reprendre un peu de courage; 
son pouls devint plus mou ; il n'était plus si as- 
soupi pendant le jour, et dormait mieux la nuit. 
Les nausées cessèrent, mais les autres signes d'obs- 
tructions restaient. J'ordonnai la mixture de sqiiil- 
les et la décoction n.° 6, durant plusieurs jours. 
Ceci le fit vomir une ou deux fois par jour, et 
lui tint le ventre toujours libre. Enfin, la fièvre 
reparut avec une invasion assez vive; je réitérai 
la purgation après l'accès, et la mixture, n.® 17, 
lui fut ordonnée. Environ trente heures après , 
l'accès revint, mais non si violent, après quoi je 
réitérai le vomitif, et continuai la mixture en y 
ajoutant une infusion d'un peu de fleurs de ca- 
momille. L'accès tomba par degrés , la couleur 
jaune de la peau et la fièvre disparurent entière- 
ment. Il parut bien pendant quelques jours; et, 
quoique fort mince et pâle, il était assez vif, et 
montait tous les jours à cheval. 

Il me vint trouver un matin, se plaignant de 
l'estomac , et de manque de digestion , malgré 
toutes les courses à cheval , et les exercices qu'il 
faisait. Sa langue était nette, la peau fraîche le 
pouls modéré; je pris cela pour un relâchement 
de l'estomac, et lui prescrivis un scrupule de 
quinquina le matin, à midi et au soir, avec quel- 
ques grains de rhubarbe. Je pensais que cet amer 





(34 De la Fièvre 

répondait à mes vues; mais tous les symptômes 
antérieurs reparurent en peu de jours; une nou- 
velle maladie, une nouvelle jaunisse se remontrè- 
rent. Je lui ordonnai le vomitif, une purgalion et 
la mixture de squilles précédente, comme aupa* 
ravant, et de continuer l'usage des pilules scilli- 
tiques de la pharmacopée des pauvres d'Edim- 
bourg, et une mixture saline pendant long-temps, 
variant la quantité selon l'effet : ce qui le giiérit 
radicalement. La femme avait une fièvre d'accès 
qui devint intermittente dès le commencement 
même : la fièvre d'accès du jeune homme avait 
succédé à une fièvre intermittente; et, dans les 
deux cas, la fièvre avait été arrêtée trop tôt, et 
avait été près de perdre les deux sujets : peut-être 
même que ni l'un ni l'autre n'en serait réchappé, 
si la fièvre n'avait reparu. Je conclus donc qu'on 
peut arrêter une fièvre trop tôt. D'un autre côté , 
on peut aussi tomber dans le cas d'en laisser re- 
venir les accès trop long-temps. 

C'est ce que je puis inférer, après l'avoir vu, 
dans ce cas, devenir quelquefois mortelle, et par 
les phénomènes que présentèrent les sujets après 
la mort , comme j'ai eu occasion de le voir à 
Bouen sur plusieurs cadavres. Il est vrai que le 
quinquina n'était pas aussi estimé alors dans cette. 
ville qu'il aurait dû l'être. D'ailleurs la diète du 
bas peuple y était fort chétive , et les évacuations 
peut-être trop abondantes* Nous trouvâmes dans 



fwym 



î)'Aoci:s. 65 

ces sujets les veines du cerveau fort distendues, 
et plus d'eau que de coutume dans les ventricules; 
les poumons étaient surchargés de sang , comme 
SI ce viscère n'avait pas pu s'en débarrasser. Plu- 
sieurs avaient beaucoup d'eau dans la poitrine ; 
tous les vaisseaux du cœur étaient très distendus, 
et les gros vaisseaux beauccp élargis : il y avait: 
des concrétions polypeuses dans plusieurs (i), les- 
quelies pouvaient avoir été la cause ou l'effet de la 
mort ; tous avaient le ventricule et les intestins 
fort tendus par de l'air : dans un grand nombre, 
il y avait des taches gangreneuses , et quelques- 
uns avaient des excoriations dans le ventricule; 
tous une eau jaunâtre répandue par tout l'abdo- 
men : le foie était volumineux et pâle, et les vais- 
seaux de la veine-porte distendus par un sang noir; 
la rate considérable , parsemée de taches pour- 
prées : dans l'un , la vésicule du fiel était en^ror^ée 

, , . . Do 

de bile , et le conduit commun semblait être tors 
et dans un état de spasme : le foie de ce sujet 
était aussi d'une taille, prodigieuse ; ses jambes 
oedémateuses. Dans plusieurs, les glandes mésen- 
tériques étaient durcies et fort grosses; mais Finci- 



(i) Voyez M. de Haen, sut la génération des Polypes, part. 
Il , c. 7 , Rai. med. M. Carlheuser dit aussi de très-bonnes 
choses sur l'origine et la nature des Polypes. Patholoo-, T. I 
p. 653. On verra , en conférant ces deux médecins , comment 
on doit entendre ici M. Graut. 



I. 





66 De la FièvRE^ 

sion ou la division en faisait sortir une humeur 
aqueuse jaunâtre. Le pancréas de quelques-uns 
avait aussi été affecté , et tout le corps privé de sa 
graisse. Or , tout ceci prouve la vérité de ce que 
d'autres ont remarqué, c'est-à-dire, qu'une fièvre 
peut bien être de trop longue durée. 

De tout ceci je conclus , i.« qu'il y a des circons- 
tances où il est mal-à-propos d'arrêter une fièvre ; 
2.0 qu'il y en a où il convient de le faire; 3° que 
dans d'autres il le faut absolument; 4-° qu'il y a 
moyen d'arrêter une fièvre , de manière à la 
guérir radicalement sans risque. 

Pour établir chacune de ces circontanccs,ilfaut 
distinguer la fièvre d'accès formée en ses deux 
espèces. Premièrement , la fièvre d'accès qui suc- 
cède à une fièvre rémittente ; secondement , la 
fièvre d'accès qui devient intermittente dès le 
commencement. Quant à la première , si la fièvre 
continue devient intermittente , ou qu'on l'ait 
rendue telle , elle est déjà, en grande partie, guérie, 
et cesse communément sans retour par l'usage 
continué des remèdes qui l'ont rendue intermit- 
tente. C'est-là la voie la plus désirable pour guérir 
une fièvre d'accès qui succède à une fièvre rémit- 
tente , parce que c'est le moyen le plus sûr , et 
conséquemment celui qui expose le moins aux 
rechutes et à de fâcheux inconvéniens. On doit 
donc d'abord tenter toujours cette méthode , en 
observant les effets de chaque accès. 



P*9 



D'Accès. 67 

îl n'est pas mal de donner le fébrifuge , si le 
malade reprend du courage , de l'appétit , de la 
couleur , est soulagé de ses maux précédens ; si 
Ton voit un amendement sensible à chaque accès; 
si ces accès deviennent de plus en plus modérés 
et plus courts ; s'il y a eu des symptômes d'obs- 
truction dans les viscères, ou des affections chro- 
niques qui semblent céder aux paroxysmes de la 
fièvre. Nous savons que la fièvre d'accès guérit la 
mélancolie et la folie ; convient-il donc de donner 
un fébrifuge quand cette fièvre survient à ces af-^ 
fections? S'il a précédé une jaunisse ou une hy- 
dropisie causées par obstruction, si le malade est 
sujet à quelques affections goutteuses ou rhuma- 
tismales, ne devons-nous pas diriger le traitement 
de la fièvre , de manière à la rendre avantageuse 
à ces affections si opiniâtres , nous souvenant 
toujours qu'il est en notre pouvoir d'arrêter la 
fièvre , mais non pas de la rappeler ? 

Une fièvre d'accès, suivant moi, doit être consi- 
dérée sous le même point de vue que les évacua- 
tions naturelles des autres fièvres; il faut la sou- 
tenir doucement quand elle soulage , surtout si elle 
est modérée ou si les symptômes urgens sont tels 
qu'on puisse les retenir dans de justes bornes 
Bref , avant d'entreprendre d'arrêter une fièvre 
d'accès, il faut bien considérer l'âge , le sexe , la 
force et les affections antérieures du malade ; la 
«aison , la nature de l'épidémie précédente, et celle 

5.. 



'i^.V. 



68 De la. Fièvre 

de la constitution particulière qui règne. Mais lî 
faut aussi faire une distinction exacte entre les 
affections idiopathiques qui avaient lieu avant que 
la fièvre parût , et aux symptomatiques qui sont 
plutôt les conséquences de la fièvre. On doit aussi 
bien distinguer , entre les naaux que la fièvre sou- 
lage, et ceux avec lesquels elle est seulement com- 
pliquée , ou qu'elle irrite ; car , comme ces sortes 
de fièvres, si elles sont bénignes et bien conduites, 
sont souvent salutaires en quelques pays , dans 
quelques saisons et dans quelques constitutions, 
de même aussi sonl-elles d'une nature maligne eu 
quelques contrées , en quelques saisons , en cer- 
taines années , en plusieurs constitutions et dans 
la vieillesse. Or, pour découvrir ceci , il faut donc 
encore bien considérer le climat , le pays , la saison , 
le temps , les épidémies antécédentes , la nature 
et les particularités de la constitution qui règne 
alors , les affections qu'elle peut produire , l'âge , 
le sexe, la force et la constitution individuelle des 
sujets ; les maladies auxquelles ils sont sujets , ou 
dont ils sont susceptibles, et celles avec lesquelles 
la fièvre d'accès est ou peut être compliquée. 
Celles-ci seules peuvent nous instruire du plus ou 
du moins d'inconvénient qu'il y a d'arrêter une 
fièvre d'accès , et de la manière dont il faut s'y 
prendre pour la guérir radicalement et sans risque. 
En effet, il est impossible de fixer des règles 
pour déterminer absolument, et avec précision ^ 



d'Accès. 69 

quand on doit arrêter ces fièvres, de même qu'on 
ne peut non plus concevoir tous les cas et toutes 
les circonstances qui peuvent survenir. Mais on 
peut toujours les arrêter, quand on y découvre 
certain degré de malignité, la malignité seule étant 
une raison suffisante pour le faire. Il y a aussi de 
ces fièvres qui n'ont rien de malin d'elles«mêmes, 
et que l'on doit cependant arrêter, par rapport à 
certaines circonstances qui les accompagnent; 
par exemple, quand le malade a souffert quel- 
que faiblesse particulière dans un organe, on re- 
marque que cet organe est si affecté du paroxysme , 
que chaque accès présente beaucoup de danger. 
J'ai vu de violens maux de tête dans les uns, des 
engorgemens et étranglemens dans d'autres, de 
violens vomissemens, douleurs, crampes consi- 
dérables, gonflement de l'abdomen dans ceux-là; 
symptômes fort dangereux dans leurs conséquen- 
ces, et qui , paraissant avec l'ajccès, ne pouvaient 
être arrêtés qu'en arrêtant la fièvre. J'ose même 
dire que toute fièvre quarte, simple ou double, 
a plutôt de la malignité, et qu'on doit l'arrêter. 
Si la fièvre dure long-temps, et résiste au simple 
traitement; si les accès ne soulagent pas, que le 
malade au contraire perde sa couleur, ses for- 
ces, l'appétit, se décharné; que les accès causent 
des hémorragies, la jaunisse, gonflement à fabdo^ 
nien , enflures aux extrémités, et que l'on ait 
raison de soupçonner que ces symptômes pro- 



m 



•cl 



no DELAFlèvRK 

viennent de spasme ou de faiblesse, plutôt que 
d'obstruction ; alors nous verrons que , pour les 
guérir, il faut arrêter la fièvre, et que la cause et 
l'effet disparaîtront ensemble. 

Quant aux circonstances qui accompagnent ces 
fièvres ( outre les affections qui les ont précédées, 
ou qui, s'y trouvant compliquées, sont irritées 
par la violence de l'accès ) , on doit faire attention 
au tempérament particulier de chaque indi\ridu. 
Les blonds, les sujets faibles, les petits enfans et 
les vieillards (i) se trouvent rarement mieux de 
ces fièvres , quand elles durent long-temps. Les 
femmes grosses, celles qui nourrissent, sont tou- 
jours en danger par la violence des accès. 

La saison fait aussi une différence considéra» 
ble. Cœleris paribus , plus l'hiver est proche , 
plus la saison est pluvieuse , plus l'affection a 
duré de temps , et plus les intervalles sont grands 
entre les accès , moins il y a de danger à don- 
ner les fébrifuges ^ car, tous les médicamens de 
ce nom étant ou amers, ou échauffans, ou as- 



(i) Le roi Jacques I était sujet , au printemps , au retour 
d'une lièvre semblable , et s'en trouvait bien après. Il avait 
coutume de dire , pour cette raison : Une fièvre est^ au prin- 
temps y une médecine pour un Roi; ce qui passa en proverbe. 
Mais , ayant été saisi de la même lièvre sur le déclin de Tàge , 
un de ses amis vint pour l'en féliciter , en lui répétant son 
propos. Le bon vieillard répondit : Oui , mais pour un jeune 
^çi; et il ep mourut. 






!>' Accès. 7^ 

iringens, plus ils deviennent nécessaires, surtout 
quand la maladie tend à quelque affection chro- 
nique ; mais jamais quand on risque de faire 
cesser l'intermiltence, et de rappeler la fièvre ré- 
mittente qui a précédé, excepté dans le cas d'une 
grande nécessité, et quand la fièvre produit les 
plus dangereux symptômes, ou d'autres affec- 
lions. La même doctrine peut s'appliquer aux 
fièvres d'accès qui deviennent intermittentes à 
leur première apparence. Elles sont de deux sor- 
tes; les unes si traitables, que la garde-malade 
même n'y peut faire aucun mal; les autres si 
opiniâtres, que le médecin trouve beaucoup de 
difficulté à y porter remède. Ce sont communé- 
ment des retours de fièvres d'accès antérieures , 
et qui, dans ce cas, ressemblent aux premières. 
Mais nous avons vu de ces fièvres prendre un 
type dès le commencement, et devenir ensuite 
très-embarrassantes et très-obstinées. Il serait fort 
dangereux, dans tous ces cas, de les arrêter avant 
que les évacuations nécessaires aient eu lieu , et 
que Xêpaississement morbifique ait été discuté. 3'ai 
YU naître des fièvres continues dangereuses par 
ces tentatives, et une régulière intermittente se 
changer en affection anomale, qui devint rebelle 
à tous les remèdes, au changement de climat, 
aux voyages de mer , aux eaux minérales , et à de , 
longs voyages à cheval. L'administration précipitée 
du quinquina , et le fond que l'oix tait sur l'aug- 




ja De LA Fièvre 

nenfation de la dose empêchent souvent les effets 
que l'on en attendait. Si au contraire le malade 
est bien conduit par les différens périodes de 
l'accès, et que Ton procure les évacuations né- 
cessaires pendant les intervalles, l'apyrexie de- 
viendra de jour en jour plus parfaite, les accès 
plus traitables, et cesseront peut-être à la fin, 
sans aucun fébrifuge; or, c'est, comme je l'ai 
ci-devant observé, ce que l'on doit le plus dési- 
rer. Mais , si les accès s'aggravent à proportion 
que les intervalles deviennent plus longs, on peut 
alors faire fond sur une large dose de quinquina , 
après le traitement prescrit ci devant; peut-être 
n'aura-t-on pas besoin d'autre médicament. Nous 
considérerons les médicamens ci-après ; fixons- 
nous sur la maladie. 

Au commencement, les fièvres d'accès de la 
moisson sont la plupart doubles, savoir ; double- 
tierce, double-quarte; car il n'y a aucune fièvre 
réellement quotidienne dans la moisson, comme 
il peut s'en voir au printemps ; du moins je n'en 
ai vu aucune. J'ai vu de doubles-tierces que l'on 
«ppelait quotidiennes^ mais, après l'examen con- 
venable, j'ai aperçu une différence notable dans 
\^.s. symptômes, et que les jours alternes se cor- 
respondaient. Or, il est d'une grande conséquence 
de découvrir, au commencement même, si la ma- 
ladie est de la classe des fièvres tierces ou quartes ; 
car, quoiqu'elles soient du même genre, et puis- 



d'à ce jî s. 73 

sent se produire l'une l'autre, elles sont cepen- 
dant de différentes espèces, et demandent un trai- 
tement différent. Je m'arrête donc ici un instant; 

11 y ,a trois choses à considérer dans l'accès 
avec frisson : i.» le froid et l'horripilation ; 2.^ la 
rigueur fébrile ; 3,^ l'anxiété fébrile. C'est en ces 
trois points que consiste la première différence 
qu'il y a entre la double-tierce et la double-quarte. 
Dans la fièvre tierce, le malade se plaint d'an 
grand froid, mais ne paraît pas si froid à ceux 
qui le touchent que dans la fièvre quarte : les 
lèvres ne sont pas tout-k-fait si pâles, ni les on- 
gles aussi blancs, ni le bout des doigts aussi livide, 
ou aussi pourpré : les pieds sont iroids, mais ne 
causent pas, comme dans la fièvre quarte, ce 
sentiment contre nature qui ressemble à ce que 
l'on sent en touchant un cadavre : Vhorreur n'est 
pas si considérable ; le malade parle librement. 
Mais, dans la fièvre quarte, le tremblement est 
souvent si considérable, que le malade n'a pas 
une parole de libre. 

Secondement , le degré de rigueur. C'est la mar- 
que caractéristique de la fièvre quarte : le malade 
a comme des crampes dans tous les muscles, des 
douleurs de rhumatisme à toutes les jointures, ou, 
pour parler le langage de ceux que j'ai vu se plain- 
dre, ils se sentent comme battus , brisés , roués. 

troisièmement, Vanxiété. C'est une sorte de ri- 
gueur interne ; c'est la crampe à l'estomac, aux 




% 




^4 DelaFièvre 

intestins; le spasme des excrétoires des gros intes- 
tins ; la surcharge des poumons y des gros vais- 
seaux sanguins , et du cœur ; une obstruction , et 
im retard universel de la circulation : bref, le 
frisson de la fièvre quarte est, à tous égards, plus 
violent que celui de la tierce, et en même temps 
plus long. Le frisson de la tierce dure communé- 
ment un peu plus d'une heure; s'il en passe deux, 
la fièvre tend, le plus souvent alors, à la fièvre 
quarte. La chaleur suit plus promptement le froid 
dans la fièvre tierce , et monte plus haut propor* 
tionnément. Le danger est plus grand dans la 
fièvre tierce , pendant la chaleur, que pendant le 
froid fébrile. Je fus obligé de faire tirer du sang à 
M. W. G. pendant la chaleur fébrile , parce que le 
pouls était prodigieux , les yeux enflammés , le 
délire et le mal de télé insupportables. Cet expé- 
dient eut un bon effet : aussitôt il put se tenir au 
lit ; la crise parut dès-lors , et tout se passa heu- 
reusement. La peau est communément plus chaude 
et plus rouge dans la fièvre tierce , et présage des 
sueurs abondantes. Une servante fut quinze heures 
dans le frisson d'une fièvre quarte ; la chaleur qui 
suivit fut une bagatelle , et la sueur ne fut que par- 
tielle , et peu de chose , quoiqu'elle bût une grande 
quantité de petit^lait fait avec du vin blanc et de 
Tesprit de corne-de-cerf. Bref , la fièvre tierce est 
celle des sujets qui sont dans la force de l'âge ; la 
fièvre quarte , celle de ceux qui sont sur le déchu ^ 




b'Accks. 7^ 

ou épuisés, ou réduits par la peine ou les maladies. 

J'ai remarqué même à Londres , mais il y a peu 
d'années , une conslilution fiévreuse qui produi- 
sait des fièvres quartes plus que d'ordinaire, les- 
quelles ne cédaient pas aisément aux traitemens 
accoutumés , et exigeaient une grande quantité 
de quinquina , avec des alexipharmaques. Ne pou- 
vons-nous donc pas conclure que la fièvre tierce 
étant la plus inflammatoire , exigera , cœteris pa- 
Tihiis , un traitement plus anù-plilogistique que 
la fièvre quarte ? Et que celle-ci , attaquant plus les 
nerfs , exigera , cœteris paribus , des médicamens 
et un régime plus chauds , plus restaurans , plus 
nervins ? Que plus tôt nous distinguerons l'une de 
l'autre , mieux vaudra , et que le défaut de cette 
distinction est une raison pourquoi l'on dit que 
les fièvres d'accès .se guérissent par des méthodes 
opposées ? J'ai vu de ces fièvres guéries par les 
purgatifs, le nitre et le tartre soluble, après que 
le quinquina eut été administré à large dose entre 
les accès , et continué long-temps inutilement. 
J'ai vu aussi ces méthodes erre préjudiciables dans 
ces mêmes fièvres , où le quinquina seul n'aurait 
pas réussi, mais eut tous les succès , joint à d'autres 
remèdes. Je voudrais que nous connussions au 
fond la nature des maladies ; nous aurions peu 
d'occasions d'user des spécifiques. 

Mais observons encore, relativement aux fièvres 
d'accès , que si nous ne considérons pas la nature 



; : .1. 



76 De la Fièvre 

de la maladie que la constitution régnante rend 
épidémique , si nous ne savons pas de quelle 
espèce est la fièvre tierce ou quarte , et que nous 
n'examinions pas avec discernement quelles mala- 
dies ont précédé , quels sont l'âge et la constitu- 
tion du malade ; nous pourrons commettre de 
funestes erreurs dans la dose dufébrifuse, dans la 
réitération ou continuation de son usage , dans la 
diète et les médicamens que nous prescrivons en 
même temps , dans les évacuations qui suivront 
nécessairement, et par rapport à la nature et à 
la cure des symptômes qui resteront. 

Avant de décrire la méthode curative que j'ai 
trouvée la plus avantageuse pour les fièvres d'accès 
en général , il est nécessaire de considérer les 
symptômes urgens qui accompagnent communé- 
ment les fièvres d'accès formées de cette saison , 
surtout quand elles sont doubles. Premièrement , 
il y a deux sortes de mal de tête ( outre la mi- 
graine dont je parlerai ci-après en récapitulant les 
maladies du printemps) : fun est spasmodique , 
et accompagne tout le frisson ; l'autre est inflam- 
matoire , commence et s'accroît avec la chaleur 
fébrile : il ne se passe pas en entier avec la crise, 
mais se fait sentir de temps en temps durant Fin- 
tervalle ; et je l'ai vu dans toute sa force, après 
que la fièvre eut été arrêtée par le quinquina. Il 
faut distinguer avec soin le premier du second , 
parce que le traitement en est opposé. Le pre-^ 



lYiier s'enlève avec les fébrifuges , et le second par 
les saignées seules : ni vomilit , ni purgaliï , ni 
vésicatoires,ni fébrifuges n'y feront rien. J ai vu 
tout cela employé en vain , et le symptôme guéri 
par la saignée. H y a donc un cas où la saignée 
devient nécessaire dans une fièvre d'accès formée, 
même dans la saison de la moisson : il est plus 
fréquent dans les doubles4ierces ; les accès, après 
la saignée , en deviennent plus doux , et les in- 
tervalles communément plus longs. Quelquefois, 
après la saignée , une des tierces disparait; ce n'est 
plus qu'une fièvre d'accès simple. Jamais Je n'ai vu 
non plus la saignée préjudiciable, quand le pouls 
conservait quelque dureté , que les intervalles de- 
venaient plus courts , et que l'on risquait de voir 
cesser l'intermittence. Au contraire , elle rappelle 
souvent la maladie à son propre type, après quoi 
l'on peut donner le quinquina avec plus de sûreté. 
J'ai souvent fait saigner pour ce mal de tète , en 
donnant même le quinquina , et avec de fort 
bons succès , en observant soigneusement l'effet 
qu'il produisait durant l'opération. ïl y a donc 
aussi une espèce de mal de îête , dans lequel les 
vésicatoires font plus de mal que de bien. 

Le symptôme urgent qui suit celui-là , est une 
sorte d'étranglement durant le frisson. J'ai vu ce 
symptôme résister aux vomitifs , aux médicamens 
volatils , aux pectoraux , et cependant cesser par 
le moyen d'un grand vésicatoire. Il diffère de ce 



^8 D E L A F I È V R E 

qui se voit communément au commencement de 
l'hiver , quand la fièvre d'accès est compliquée avec 
une fausse péripneumonie ( j'en parlerai en son 
lieu); il semble venir d'un spasme, plutôt que 
de pituite épaisse. Il y a donc un symptôme dans 
les fièvres de la moisson , qui »e dissipe par les vési- 
cafoires ; et j'ai va une douleur à la poitrine pro- 
duite par un spasme durant le frisson , enlevée par 
le même remède appliqué sur la partie affligée, et 
ce dans la même saison. 

Les nausées, les violensvomissemens qui accom- 
pagnent certaines fièvres d'accès, font ensemble 
un autre symptôme urgent que l'on doit bien dis- 
tinguer , parce qu'il est de deux sortes. Le premier 
est celui qui est commun à la plupart des fièvres 
qui viennent de crudités et de congestions accom- 
pagnées de saleté sur la langue, d'haleine puante, 
et de signes de plénitude : il est le plus violent au 
commencement de la maladie, quand on a négligé 
les évacuations nécessaires. Bref, il est avec matière y 
et se guérit par les vomitifs et les purgations. Mais 
l'autre est comme sans matière , l'effet d'un spasme 
ou d'une excoriation, ne donne jamais de soula- 
gement , mais fatigue beaucoup, et s'irrite par les 
vomitifs , les purgatifs , ou par les médicamens 
salins: il commence communément quand la ma« 
ladie a déjà duré quelque-temps. Quand il ne vient 
que ùe spasme , il paraît et se passe avec l'accès , 
et se guérit par les fébrifuges ^ mais s'il vient d'exco- 





d'Accès. 79 

rîation , il est à quelque degré l'effet des vomisse- 
raens précédens, continue même pendantles inter- 
valles, et ne cède qu'aux anodins les plus doux. 

Le gonflement du ventre , ou l'enflure des extré- 
mités , méritent pareillement attention , pouvant 
venir de causes opposées ; et exigent ainsi des trai- 
temens différens. Il s'agit de savoir si cela vient de 
spasme ou de faiblesse , et quand d'obstruction. 
Si les évacuations ont été poussées vivement , et 
répétées souvent; si l'affection a duré long-temps; 
si les accès sont longs et considérables ; si les inter- 
valles durent long-temps; si la saison est fort avan- 
cée ; si le blanc de l'œil est de couleur perlée vive ; 
si le régime a été chétif et aqueux ; si le pouls est 
mou et petit entre les accès ; s'il n'y a point de 
constipation ; si les accès augmentent les symp- 
tômes , plutôt que de les diminuer , malgré le* 
vomissemens et les sueurs; si, après les accès, on 
voit des marques de fatigue et de langueur ; si la 
langue paraît blanche et comme argentée , et non 
pas chargée ; s'il y a toujours eu une petite envie 
de boire , mais point d'appétit : alors on peut 
conclure que l'enflure est l'effet de la maladie , et 
cédera à l'usage des fébrifuges. 

Mais si, au contraire , on a négligé les éva* 
cuations; si le régime a été chaud; si l'on a fait 
usage de viandes, bu des liqueurs spiritueuses ; 
si le visage est bouffi, si les yeux sont prominens 
et jaunes, et les vaisseaux de la tunique albu- 





8o De la Fièvre 

ginée pleins, si la peau est de couleur de cire, 
la langue chargée et jaune, avec une haleine 
puanle, le pouls plein et dur pendant les inter- 
valles, si les accès sont irréguliers, et les inter- 
valles peu longs; si ces accès semblent diminuer 
plutôt que d'augmenter les douleurs; s'il y a un 
appétit vorace, et que le malade mange en même 
raison entre les accès; si la saison ne fait que 
commencer, et que la constitution bilieuse soit 
bien passée; alors les fébrifuges augmenteront 
plutôt les symptômes que de les diminuer, ce qui 
continuera même après que la fièvre aura été ar- 
rêtée ; et les symptômes ne cesseront peut-être 
que par le retour de la fièvre. En effet, il est bien 
avantageux que la fièvre revienne d'elle-même, 
ou soit aisément rappelée par les vomitifs , les 
purgatifs, et les remèdes désobstruans , comme 
j'en ai \u plusieurs exemples, quand elle a été 
arrêtée par le quinquina , avant que les causes 
prédisposantes originaires aient été détruites. Mais 
ceci ne doit pas encourager une pratique témé- 
raire ; car j'ai vu des cas où cela avait été tenté 
inutilement, et sans que la fièvre revînt, et que 
les obstructions fussent levées. 

En voilà assez sur les symptômes urgens les 
plus communs. Voyons le traitement que j'ai 
trouvé le plus avantageux dans la cure des fièvres 
d'accès de la moisson. J'ai un traitement pour 
les tierces doubles et simples , un autre pour les 




B'Acciïs. 8f 

quartes doubles et simples, lesquels traiîemens 
sont la base de ma pratique, quoique non de 
mon invention. J'y fais cependant les modifica- 
tions requiaes dans le cas; c'est pourquoi je dois 
commencer ici par les inlermiltentes qui succè- 
dent à une fièvre rémittente continue, et suivre 
ces fièvres, d'abord jusqu'à la fin de la double, 
et de là jusqu'à celle de la tierce simple : pour 
lors, je prendrai les fièvres quartes où elles cora* 
mencenl à être doubles, pour les suivre jusqu'où 
elles deviennent simples, et montrer comment 
elles se passent. Enfin je considérerai les fièvres 
qui commencent par des intermittences réelles , 
mais qui donnent lieu de craindre qu'elles ne 
deviennent continues; ce qui embrasse toutes les 
périodes et toutes les formes de cette maladie, tant 
qu'elle est selon sa vraie nature , simple et sans 
mélange d'aucune autre affection. 

Toutes les fois que nous pourrons apercevoir 
une intermittence réelle , il est évident que la 
maladie est changée en mieux; et l'on ne doit 
pas s'inquiéter, comme je l'ai déjà observé, de 
changer la méthode curative qui a conduit la 
fièvre à cet état désirable. Mais quoiqu'il y ait 
une véritable intermittence, elle n'est que fort 
courte; car en peu d'heures la r/gueur rewienàra^ 
quoique faiblement ; et il suivra pendant plu- 
sieurs heures une fièvre avec excès de chaleur, 
et ce sans intermittence; peut-être même ira-t-elle 
I. 6 







E tL FlE7llË 




9d 

si loin, qu*il faudra tirer un peu fie sang, sur- 
tout si le malade est pléthorique. G'est pourquoi 
j'attends avec patience, n'ordonne rien qu'une 
boisson copieuse de petit lait fait avec du vin blanc 
faible, de leau de gruau d'avoine , ou une infusion 
de fleurs de sureau; je rends cetteboisson acidulé 
avec la crème de tartre , dans les fièvres d'accès 
de la moisson, et je l'adoucis avec un peu de miel, 
si le malade s'en accommode. 

Supposons, par exemple, que celte intermit- 
tence , ou le premier frisson ou tremblement, ar- 
rive dans l'après-midi le lundi ; alors je dis qu'il 
n'est besoin que de cette copieuse boisson dé- 
layante, jusqu'à ce que la seconde période de 
l'accès soit assez bien passée. Mais si je trouve 
que les sueurs commencent à diminuer ( car ra- 
rement elles sont de durée au pemier paroxysme), 
alors j'ordonne un petit verre de la tisane pur- 
gative, n.o 8, à chaque heure, jusqu'à ce que je 
procure une selle. J'ai intention par-là de pro- 
longer les intervalles suivans, et de rendre l'apy- 
rexie plus complète. Dés que la médecine com- 
mence à faire son effet, j'ordonne de prendre, de 
temps en temps, du bouillon fait avec de l'oseille 
ou de l'orge , et rendu acidulé avec assez de jus 
de limon pour le rendre agréable. Il faut bien 
s'assurer et prendre note du temps de l'invasion , 
du degré , de la durée de chaque période de cet 
accès, parce qu'il faudra en faire la comparaison. 



D^AccfîS. 83 

avec ce qui doit arriver au mercrerlj prochain : 
il ne faut pas non plus négliger la dose du pur- 
gatif, malgré l'inconVv nient de la nuit. Un siijet 
malade n'a ni jour ni nuit à sa disposilio s : il 
dort quand il peut. Après l'opération du purga- 
tif, le malade dormira mieux et plus long temps 
le matin suivant, le mardi; il se trouvera fort 
soulagé, sans avoir pris ni opiat, ni cordial. Ce 
soulagement ne sera cependant pas de longue du- 
rée, car on peut présumer que le frisson du se- 
cond accès reviendra quelques heures plus tôt que 
l'accès de la veille, c'est-à-dire, du lundi; l'accès 
pourra être même plus vif; Xhorreur sera plus 
considérable, plus longue, surtout le frisson. 

Or, on doit soigneusement noter ceci, parce 
que c'est le premier accès de la seconde fièvre. Oa 
fera aussi une exacte comparaison entre cet accès 
et celui du lundi ; on en notera toutes les diffé- 
rences, i.« pour s'assurer de celui qui est le plus 
fort ; 2.0 pour pouvoir , le jeudi suivant ( le lende- 
main du retour de la fièvre du lundi), déterminer 
si la fièvre du mardi décroît ou non. ^i la fièvre 
de ce jour se trouve plus forte, ce qui n'est pas 
rare, c'est-à-dire, si le frisson et les symptômes 
sont plus forts et plus longs, alors on peut atten- 
dre une apyrexie plus longue le mercredi matin, 
et une fièvre intermittente complètement formée. 
Ainsi, quand la sueur a duré une heure environ 
le mardi, je prescris la mixture saline avec Fin- 

6.. 



i^? w-: 



ChV^ 



g/. De la Fièvre 

fusion fîe camomille, n.^ 17 et je les réitère touteâ 
les deux , trois ou quatre heures , si le malade 
De dort pas. En effet , si l'envie de dormir ne vient 
pas après que le malade a changé de linge, que 
le ht est relait, j'ajoute quinze gouttes de la tein- 
ture d opium à une prise de ces boissons; ce que 
j'ai toujours vu suivi de succès Pendant ce temps- 
là, j'accorde du bouillon an malade, du petit lait 
fait avec le vin blanc, ou du vin et de l'eau , ou 
un verre de vin pur , s'il est fatigué. Mais s'il a la 
langue sale \\), je préfère le vieux vin du Rhin 




{\) Je remarque une variété considérable en examinant la 
îesplration et l'intérieur de la bouche. Outre les aphthes, qui 
sont une sorte d'éruption critique , comme nous le verrons 
en son lieu , il y a aussi sur la langue un tapis mince , argen- 
tin sec au commencement des constitutions inflammatoires , 
et durant les vents secs N. E. du printemps. Cette substance 
qui tapisse la langue, diffère de celle qui la tapisse au temps 
de la moisson : cette dernière est moite , sale , épaisse, jaune » 
bilieuse. Elle diffère aussi de la croûte brune , sèche , dure , 
brute, qui a lieu quand la constitution putride commence à 
paraître. Or , comme nos fièvres sont la plupart compliquées , 
il est de la dernière conséquence de connaître tout ce qui 
peut nous aider à découvrir jusqu'à quel point la condition 
d'une fièvre tend à la rapprocher de l'une ou de l'autre. 

Nous voyons rarement à Londres , durant Tété , de ces 
vraies inflammations qui cèdent aux saignées , au petit lait, 
au nitre seul : on y voit plus communément quelque miasme 
putride apporté de qu-lque prison , d'un hôpital , ou d'une 
(L'hsimbre de malade, ou d'uu cloaque j lequel miasme se 



T)' Accès. 85 

aux autres vins; et, après celuMà le vin de Bor- 
deaux. Le mercredi suivant, je m'attends à le 



complique avec l'inflammation , détruit les forces , abat les 
esprits , et doit enfin être évacué par la peau. Pendant la 
moisson , quand il y a des signes d'inflammation , il y a en 
même temps certain degré de disposition bilieuse qui doit 
s'en aller par les vomissemens , les purgatifs , ou par les deux 
ensemble. Je prouverai , par la suite , que la vraie simple 
péripneumonie , la pleurésie , l'angine, ne sont pas communes 
ici pendant l'été et l'automne; que les rhumatismes ne sont 
pas à Londres, la plupart du temps, simplement inflamma- 
toires après le mois de juin , non plus que la néphrétique , 
l'hépatite et la frénésie. C'est pourquoi , en supposant la 
même affection dans la campagne , à la ville , dans une pri- 
son , un hôpital, parmi les gens qui travaillent, ou ceux qui 
ne travaillent pas , je conclus que les indications de la cure 
seront en partie différentes , et qu'il faudra varier le traite- 
ment suivant la saison, le degré d'inflammation, de putréfac- 
tion ou de congestion bilieuse. 

J'ai vu aussi des fièvres bilieuses qui exigeaient des saignées 
au commencement , et les saignées soulageaient : ensuite ces 
fièvres exigeaient des vomitifs et des purgatifs : le soulagement 
en était même considérable ; mais , malgré cela , ces fièvres 
n'étaient enlevées que par l'usage du quinquina , des alexi- 
pharmaques et des sueurs. J'ai même vu trois ou quatre 
fois une fièvre putride accompagnée d'enflure et de gonfle- 
ment au gosier et aux glandes voisines , laquelle fièvre se 
passa par la salivation et une haleine fétide , de même que 
si le malade avait pris du mercure : les autres évacuations 
semblaient n'y rien faire. Notez que le quinquina fut donné 
en décoction avec Vesprlt de Mlnder , et paraissait plutôt 
pousser que retarder la salivation critique. 





86 De la Fièvre 

trouver assez tranquille, et ne se plaignîint seule- 
ment que de fatigue. Cependant je lui donne un 
vomilif , si je vois qu'il y ait orgasme ( materia 
turgeat ) vers reslomac^et j'attends alors le retour 
de la fièvre du lundi , mais plus tard dans la soirée 
que le lundi précédent , et assez probablement 
plus faible Si elle ne revient pas de toute la soirée, 
je suis sûr que la fièvre du lundi est entièrement 
passée, et qu'il ne reste qu'une simple tierce, ou 
autrement une espèce de fièvre quarte. Néan- 
moins je continue la mixture saline et l'infusion 
de camomille, et j'attends le jeudi. Si l'accès de 
ce jour ci ressemble à celui du mardi, j'espère 
alors qu'il n'y a plus qu'une simple tierce , et si 
l'accès avec frisson semble plus modéré que celui 
du mardi, j'ajoute un peu de sel ammoniac cru 
à la mixture, et j'essaie de guérir cette lièvre sans 
le quinquina ; ce que l'on doit le plus désirer. 

Mais , le vendredi est le grand jour qui déter- 
mine tout; car, s'il n'y a pas d'accès ce jour«là, 
c'est une preuve que je suis bien fondé à espérer 
que cette fièvre est une tierce simple qui ne cau- 
sera pas de mal. Mais , s'il y a un accès grave ce 
jour là , je vois alors que je me suis trompé; car, 
au lieu d'une simple tierce, la maladie est évidem- 
ment une double-quarte , et c'était la fièvre du lundi 
qui est revenue le jeudi, et celle du mardi qui est 
revenue le vendredi , toutes deux considérablement 
augmentées. Eu effet ,, je n'attends pas davantage, 



D'Accès. ^7 

îïîais j'ordonne le quinquina aussitôt que la sueur 
a bien paru , à moins qu'il n'y ait des raisons du 
contraire , comme je l'ai déjà dit , et comme nous 
le verrons par la suite , quand nous parlerons de 
la fièvre quarte. 

La nature semble observer plus de régularité 
dans les fièvres intermittentes , que dans beau- 
coup d'autres fièvres. Car , rarement on voit une 
fièvre tierce jointe à une fièvre quarte, à moins 
que la nature n'ait été forcée de quitter son cours. 
Elle joint une fièvre tierce avec une tierce , une 
quarte avec une quarte , aussi long-temps que la 
maladie reste double ; et, à la fin , une des fièvres 
s'arrêtera , tandis que l'autre continuera : une 
double-tierce finira par une tierce simple u, et une 
double-quarte par une quarte simple. Rarement 
une intermittente double , ou plutôt deux fièvres 
se passent en même temps ; mais la plus traitable 
part la première, et l'autre reste. 

Mais, pour revenir à la fièvre tierce, supposons 
qu'il n'y ait pas d'accès le vendredi , ni avant le 
samedi matin , alors je compare celui du samedi 
avec celui du jeudi. C'est le troisième accès de la 
tierce simple qui reste : s'il n'est pas plus fort que 
celui du jeudi , j'ordonne au malade une diète ré- 
gulière , de se vêtir chaudement , de prendre de 
rexercice , et l'usage des médicamens susdits ; un 
vomitif, une purgation selon l'occurrence , et je 
m'attends à voir l'accès diminuer par degrés, et à 






88 De la FièvRE 

parvenir à une cure parfaite , surtout si la trans- 
piration se soutient bien. Pour cet effet , j'or- 
donne au malade de prendre, ces jours-là, une tasse 
d'infas!(>n de scordium ou de véronique , avant de 
sortir du lit , et de se lever pour boire , petit à 
petit, une chopine d'infusion de fleurs de sureau 
en forme de thé, rendue agréable avec l'esprit de 
ni^re dulcifié ^ en c(jmmençant une heure avant 
le temps où il attend l'accès : tout ceci , quoique 
fort simple, modère le frisson ; j'ai ajouté pour les 
sujets qui ont le genre nerveux sensible , la liqueur 
anodine ^ et avec avantage, je pense. Telles sont les 
opérations du dimanche et du lundi , jusqu'au 
retour de l'accès qui est alors le quatrième , m'at- 
tendant à voir la maladie tomber visiblement. 
Mais si , contre mon attente, il y a plus de fièvre 
dans cet accès q«je dans le précédent , j'emploie 
tous les moyens pour en découvrir la cause. 

Si la langue est chargée , l'haleine puante , que 
le malade ait des rots , un goût mauvais ou amer 
dans la bouche , ou des signes de congestions , je 
donne Vémético cathar^ n.® i , et je procède ensuite 
comme auparavant. S'il paraît des signes de grande 
acidité dans l'estomac, ce que j'ai vu dans la mois- 
son , je modère la quantité des acides dans la 
diète , augmente celle des amers , et j'ajoute des 
absorbans à la mixture. Mais si je remarque une 
quantité considérable de salive gluîineuse dans la 
bouche , j'emploie une forte dose de sel ammO' 



m 



d'Acct^.s. 

niac cru , immédiatement avant l'accès , ce qui 
réussira souvent dans ce cas-là : après quoi , je 
continue avec la mixture n.^ 17, comme ci-devant, 
et l'attends le ciuquième accès ; s'il est fort dimi- 
nué , j'espère du succès de cette méthode. 

Quand les symptômes ne sont pas diminués, 
et que cet accès au contraire paraît plus violent, 
plus long , ou fatiguer le malade , je donne le 
quinquina immédiatement après la chaleur fébrile 
ou après la sueur universelle. Je prescris une once 
de celte poudre avant l'accès suivant , observant 
en même temps les mêmes lois qu'auparavant , 
pour les habits et le lit du malade , la diète , les 
exercices ; et je donne les infusions susdites. Je ne 
fais aucun fond sur une quantité moindre qu'une 
once de bon quinquina , pour arrêter une fièvre 
tierce régulière bien formée dans un adulte. On 
peut présumer qu'il y aura encore un accès pen- 
dant l'usage de cette poudre , et queîqtie chaleur 
irrégidière après la prise de cette dose de quinquina: 
dans ce cas, il faut en prendre encore une once le 
jour suivant. Mais une demi-once suffit pour em- 
pêcher le retour de la fièvre , si elle est arrêtée. 
Le malade en prend après , trois drachmes par 
jour, ensuite deux drachmes par jour , pendant 
quatre jours ; après cela , une drachme pendant 
plusieurs jours , ou aussi long-temps que dure 
la constitution fiévreuse : sans quoi je trouve que 
les rechutes sont fort fréquentes dans les fièvres 




W> 




90 De LA Fièvre. 

d'accès arrêtées par le quinquina; et je ne vois pas 
que le quinquina ait aucune mauvaise suite quand 
il est pris après les médicamens ordonnés ci-devant; 
Mais , si la maladie est sur son déclin , il en faudra 
moins pour l'arrêter et en prévenir le retour. 

La même méthode m'a également réussi dans les 
doubles-tierces. J'ai seulement été obligé de donner 
le quinquina avant qu'une des deux fièvres se pas- 
sât. Je le donne après le plus grand accès , parce 
que j'attends alors le plus long intervalle entre 
les accès. Je trouve que six drachmes arrêteront 
le plus faible accès, et qu'une once , en général, 
arrêtera l'accès subséquent dans ce pays-ci : il en 
faut toujours une plus forte dose en Hollande. J'en 
prescris une demi-once le jour suivant ; après cela, 
deux drachmes par jour , pendant quatre jours , 
et ensuite une drachme comme ci-devant. Si le 
quinquina purge au commencement , il ne fait pas 
de mal; mais l'accès reviendra : il faut prévenir 
cela par quelques gouttes de teinture d'opium dans 
chaque dose. Si , au contraire , il occasionne une 
constipation , on tirera avantage de quelques grains 
de rhubarbe pris en même temps , de manière à 
procurer quelques selles , et la cure en sera plus 
radicale. Malgré tout ce qu'on peut dire du quin- 
quina , il semble plutôt arrêter les effets que dis- 
siper les causes de la fièvre. J'ai vu des sujets se 
trouver très*bien pendant qu'ils en continuaient 
l'usage, m^is éprouver le retour de la fièvre toutes 



n' Accès. Qt 

les fois qu'ils le quittaient. J'ai vu aussi ces mêmes 
sujets guéris radicalement par des voyages de mer 
et de terre , par les eaux minérales , d'autres amers, 
les sels neutres et de forts désobstructifs. 

Je pensai , en 1749» ^^^ j^ pourrais guérir les 
fièvres les plus invétérées par des vomitifs , le sel 
ammoniac , les fleurs de camomille et le petit lait 
de chèvre. Il passa alors dans le pays où j'étais fixé, 
un grand nombre d'invalides congédiés de la bri- 
gade Écossaise , au service de la Hollande , et qui 
la plupart avaient passé pour incurables dans ce 
pays-là , après l'essai de tous les remèdes. Je les 
guéris tous radicalement en peu de temps. J'em- 
portai mon journal avec moi dans l'Ost-Frise , j'y 
attendais les mêmes succès ; mais trois mois me 
prouvèrent que ces pauvres soldats avaient été 
guéris plutôt par le climat que par mes remèdes. 
Ce cas, et d'autres observations faites en dilférens 
temps , me convainquirent que plus Fair est chargé 
de vapeurs , plus le quinquina e^t nécessaire , et 
plus il en faut ;que quand le temps est fort humide, 
nébuleux , il faut joindre nécessairement les dia- 
plîorétiques , la thériaque et quelques sels alcalis 
au quinquina ; que dans ces temps-là les vésica- 
toires aideront beaucoup la guérison ; et qu'ail 
contraire , on y doit joindre le nitre, la rhubarbe, 
même la saignée , quand le temps est sec , clair , 
ou qu'il gèle sous les vents du nord ou d'est , et 
que par-là ou parviendra à une guérison radicale. 




^a De la Fièvre, 

Je trouve , en revoyant les journaux de mes sept 
dernières années , qu'il n'y eut que peu de fièvres 
d'été qui fussent devenues de vraies intermittentes 
régulières avant la fin delà canicule : je ne trouve 
non plus aucune fièvre quarte avant l'équinoxe 
d'automne. J'ai eu plusieurs fièvres intermittentes 
en quelques années, mais non des fièvres quartes; 
d'où je conclus que ces dernières ne sont pas si 
communes à Londres , que je les ai vues en Hol- 
lande. 

J'ai dit ci-devant, que quand je vois une fièvre 
se terminer par une quarte bien formée, simple 
ou double, j'ai recours aussitôt au quinquina; 
parce que je ne vois que cela pour la guérir. J'ai 
aussi essayé d'anticiper sur la chaleur des accès et 
sur les sueurs , par de légères infusions diapho- 
rétiques abondantes , et le petit-lait après les vo- 
mitifs et les purgatifs ; et, à l'aide d'un peu d'esprit 
de Minder, et de plusieurs couvertures sur le lit 
pour pousser vivement les sueurs , j'ai relardé par- 
là l'accès d'une fièvre quarte, mais je n'en ai jamais 
tiré d'avantage : l'accès , au contraire , revenait 
avec plus de vigueur. J'ai vu une double tierce 
guérie radicalement en faisant prendre deux drach- 
mes de sel ammoniac dans uneécuelle de petit lait 
îiùii avec du vin blanc , tout au commencement 
de l'accès, et ensuite une infusion diaphorétique 
copieuse dans le lit. En effet , il y aura peu de 
fièvres doubles tierces qui résisteront à la troisième 



IBU 



d'Accès. 93 

épreuve ; maïs j'ai vu aussi cette mélbode ne pas 
convenir à la fièvre quarte simple ou double ; c'est 
pourquoi je ne m'en servis pas pendant plusieurs 
de ces années passées, dans les fièvres quartes; 
mais je mets toujours en usage avec succès cette 
méthode hollandaise dans les fièvres tierces, quand 
elles durent long-temps doubles , que le malade 
est gras , joufflu , flegmatique et jeune. On ob- 
jecte , i.° qu'il est des estomacs qui ne s'en ac- 
commodent pas ; Î4.0 que le malade ne se prête 
plus à la troisième épreuve , si la première ou la 
seconde ne réussissent pas; 3.<* que cette mélbode 
manque quelquefois, quoique rarement ; qu'alors 
on est obligé d'avoir recours au quinquina. 4«® J'^i 
observé trois ou quatre fois que cette méthode 
affaiblit l'estomac à certain degré ; mais j'ai rétabli 
l'estomac , en donnant un peu de quinquina avec 
de la rhubarbe dans des décoctions amères. 

Pour revenir aux fièvres quartes , dès que ces 
fièvres sont bien formées , je tente de les arrêter 
par le quinquina , à moins qu'il n'y ait contre- 
indication : f ."^ parce que je sais qu'il n'y a que îe 
quinquina qui les puisse arrêter avec certitude ; 
2.** parce qtie je ne puis attendre les mêmes avan* 
tages des fièvres quartes que des fièvres tierces. Une 
fièvre quarte n'est pas une fièvre dépuratoire ; au 
contraire, si on en laisse la guérison à la nature, 
ou qu'on la tente sans quinquina , la fièvre durera 
si long" temps, et avec tant de force dans certain* 




Jk 



[■v^ 




De la Fièvre 

sujets , que la plus forte constitution en poum 
éîre ruifiee , et qu'il en pourra r€i>ulter diverses 
maladies chroniques : le malade pourra même mou- 
rir daiis l'accès , surtout s'il est iutirme , âgé ; si la 
saison est froide , et que le temps et les apparte- 
mens soient humides. Il est vrai que j'ai vu des 
signes d'obstruction après avoir arrêté des fièvres 
quartes ; mais j'ai toujours réussi à les lever par la 
mixture et la décoction n° 6. La fièvre revint, il 
est vrai, mais elle éfait tierce , et fut guérie par la 
continuaîion des apéritifs et des amers. 

Plusieurs personnes d'une pratique fort expéri- 
mentée dans (es pays fiévreux , m'ont assuré qu'ils 
avaient tenté tous les moyens sur quelques jeunes 
sujets vigoureux attaqués de fièvres quartes avant 
que la saison fût fort avancée ; qu'ils avaient at- 
tendu long-temps, dans l'espoir de rendre tierces 
ces fièvres quartes; mais que rarement ils en avaient 
tiré quelque avantage ; que la maladie devenait 
plus opiniâtre , et qu'enfin ils avaient été obligés 
de recourir au quinquina ; que la convalescence 
en était plus flitigante , et laissait après elle plus 
de disposition fiévreuse; qu'ainsi ils pensaient qu'il 
fallait , s'il était possible , traiter sans quinquina 
une fièvre de la moisson , qui , après avoir été trai- 
tée dès le commencement comme une fièvre bi- 
lieuse , prenait la forme d'une intermittente typi- 
que de l'espèce des fièvres tierces ; que , quant 
à une fièvre d'accès de l'espèce des quartes , oa 




devait , sans perdre de temps , donner le quinquina 
à larges doses entre les accès , et long-temps , 
a moins qu'il n'y eût de raison particulière du 
contraire. Si la saison n'est pas fort avancée , une 
once et demie arrêtera l'accès d'une fièvre quarte; 
et la cure deviendra complète , si l'on en prend 
tous les jours une demi-once jusqu'à la consomma* 
tion de quatre onces , y comprise la première once 
et demie , et ensuite deux gros chaque jour , pen- 
dant sept jours. De plus , s'il procure quelques 
purgations pendant ce temps-là, on les arrêtera 
en joignant au quinquina quelque opiat chaud. 
S'il est besoin d'une selle , on y joindra quelque 
petite dose de teinture spiritueuse de rhubarbe , 
ce qui n'en retardera pas l'opération. On se sert, 
dans les pays bas de la France , avec grand succès, 
de l'électuaire appelé Vopiat de le Cat, n.o 1 8. On en 
donne une drachme toutes les trois heures , jour 
et nuit , jusqu'à ce que la fièvre soit arrêtée ; en- 
suite toutes les quatre, cinq, six heures , prolon- 
geant ainsi les intervalles par degrés , de manière à 
ne le plus prendre qu'une fois par jour : je l'ai 
souvent ordonné avec grand succès. 

Mais, en parlant du quinquina , je dois obser- 
ver ici qu'il le faut bien choisir; car il se fait plus 
de fraude concernant ce simple , qu'en aucun autre 
que je connaisse. 

La même méthode aura lieu pour les fièvres 
d'accès formées dès le commencement. Il fauî 






^5 DelaFièvue 

i.o considérer si la saignée est nécessaire; alors on 
nettoie les premières voies avec le n.'* i , autant 
que faire se peut. Mais , quand la saison est avan- 
cée , et que les maladies , comme dit Hippocrate , 
sont au-dessus du diaphragmera fièvre demande 
alors un traitement différent , parce qu'il est' fort 
probable qu'elles sont compliquées avec l'affection 
atrabilieuse , ou avec une fausse péripneumonie ; 
niaUdies qui varient considérablement chaque 
année , comme j'espère le faire voir par la suite : 
en attendant , j'observtrai seulement que l'engor- 
gement et la toux sont en partie des affections bi- 
lieuses au commencement de la saison ; qu'alors 
les vomitifs, les purgatifs et les acides sont avan- 
tageux. 2 " Quand la saison est fort avancée , les 
acides (excepté les seuls fruits mûrs) n'auront pas 
tant de succès que les diaphorétiques et les acidulés ; 
et de petites sueurs fréquentes donnent du soula- 
gement. Mais il est souvent besoin d'employer les 
iTîédicamens vivement stimulans , et les plantes 
alcalines à la fin de cette constitution , à moins 
qu'il n'y ait des vents secs de l'est , et de la gelée; 
dans lequel cas, ces affections vraiment inflamma- 
toires surviendraient certainement aux autres. On 
peut observer ceci tous les ans, quoique ces chan- 
gemens ne paraissent pas exactement dans la même 
«aison, mais arrivent tantôt dans un mois, tantôt 
dans un autre ; étant , je suppose , dus à l'incer- 
litude du temps de notre pays , et à la diffé-. 



D'Accès. 97 

rence des fruits, des grains des années différentes, 
Cependant ils ont lieu dans l'ordre siiiVcint: 
i.<* vient la fausse péripneuraonie bilieuse; a.ol'atra- 
bilieuse ; 3.» la piluoso-visqueuse, qui est celle 
de Sydenham , ou la glutineuse spontanée. Si le 
temps est fort froid et mordant, on voit alors pa- 
raître la fausse pleurésie etla péripneumonie demi- 
aigué ; on ne voit guère qu'après Koél la vraie 
inflammatoire j excepté parmi les jeunes gens , et 
le peuple qui travaille, ou ceux qui font de grands 
exercices. Les angines observent exactement le 
même cours , et quelquefois accompagnent les 
péripneumonies de toute espèce ; mais commu- 
nément elles se passent les premières , et laissent 
la péripneumonie , surtout quand on s'y est mal 
ppfs. Voilà la raison pourquoi l'on dit que les toux 
et les rhumes se passent de tant de manières dif- 
férentes , tantôt par une diarrhée bilieuse , tantôt 
par de grandes sueurs , tantôt par une éruptioa 
critique à la peau , tantôt par des aphthes critiques 
ou des hémorragies semblables. De là, il arrive 
que la même personne est sujette au retour d'ua 
même rhume , d'une même toux dans la même 
saison , et que cela se passe presque dans le même 
temps , et de la même manière tous les ans. 

Que devons-nous donc penser de ces gens qui 

ordonnent des teintures spiritueuses balsamiques 

dans toutes les toux, dans tous les rhumes , en 

toute saison, pour toute constitution et à tout âge?, 

I. 7 




9S 



ss 



De la Fièvre 

Je suis assuré que les toux et les engorgemens des 
poumons ne sont pas si siraples en soi-même qu'on 
îe pense communément , et qu'il y a d'autres ma- 
ladies compliquées avec , comme je le ferai voir. 
Je dirai ici que les toux d'hiver sont souvent 
compliquées avec la fièvre d'accès; et qu'une telle 
jfièvre exige un traitement différent de celui que 
j'ai exposé ci-devant ; parce que, dans ce cas , la 
péripneumonie est la principale affection, et que 
la fièvre ne doit être considérée qu'après elle. Il 
est impossible , par cette raison , de donner un 
traitement suivi pour la cure des fièvres d'accès ; 
et l'on voit aussi par-là Fabsurdiîé de ceux qui pré- 
tendent ne guérir qu'une des deux maladies à part; 
car la science du médecin doit réunir la connais- 
sance de toutes les maladies , autrement il sera 
toujours en défaut dans chaque maladie en parti- 
culier. En effet, comme la fièvre d'accès du corn* 
mencement de la moisson était compliquée avec 
la constitution bilieuse , c'est-à-dire , avec la diar- 
rhée, la dysenterie , les aphthes, la fièvre lùlieuse 
ou l'érysipèle , de même elle peut , vers la fin de 
la saison , être compliquée avec différentes espèces 
de fausses péri pneumonies (rarement avec la vraie 
péripneumonie inflammatoire) , d'alrabile , d'af- 
fections hypooondriatique et hystérique avec ma' 
iière , avec des hémorroïdes ou la goutte. 

Je finirai ce chapitre en citant un endroit du 
docteur Alston , leçon 49 > ^^^ l^ Matière médicale» 



«m 



D'Accès. 99 

« Le qninqnina se donne en pondre jusqu'à deux 
drachmes ; demi-onoe en infusion ou décoction ; 
un scrupule en extrait : les teintures spiritueuses 
ne doivent pas excéder une once , du moins ea 
une fois. Ou plutôt , si la dose doit se réitérer deux 
ou trois fois par jour , il faut en régler la quan- 
tité et les intervalles , de manière qu*=* le malade 
puisse le soutenir , et comme la maladie le de- 
mande. 

» Mais , pour être plus exact ici , il y a trois 
doses pour le quinquina , dans les fièvres inter- 
mittentes : I." la quantité qu'il en faut prendre 
convenablement , ne doit que rarement excéder 
une drachme (à cet égard, il ne diffère pas d'au- 
tres médicamens d'une même gravité spécifique); 
2.® la quantité suffisante , pour prévenir le retour 
du paroxysme suivant, varie selon le genre de la 
fièvre. lien faut ordinairement tout au plus, pour 
une quotidienne , deux drachmes en poudr? ; 
demi-once pour une tierce ; une once pour une 
quarte. Ces doses , divisées en drachmes ou ea 
plus petites portions , et prises à des intervalles 
convenables , pendant les intermittences , man- 
queront rarement leur effet , et donneront temps 
d'en prendre la troisième dose, c'est-à-dire, autant 
qu'il en faudra pour prévenir la rechute , et com- 
pléter la cure. Pour cet effet , les fièvres quoti- 
diennes en exigent communément une once, les 
tierces deux onees , les quartes trois ou quatre 







^^.-^ \'A>.N^ 




loo De la FièvRE 

onces, y compris cependant ce qui avait été' pm 
pour préTenir le premier paroxysme , et donnant 
de ce qui reste , un scrupule ou environ , deux , 
trois ou quatre fois par jour, jusqu'à la consom- 
mation du tout. Comme il y a toujours plus de 
danger à en prendre moins que trop , il est quel- 
quefois nécessaire , et même toujours plus sûr de 
répéter la troisième dose une ou deux fois pour 
les fièvres quartes , après une ou deux semaines. 
Il est vrai que de moindres quantités suffisent sou- 
vent; ce qui dépend beaucoup de l'état du malade 
et de la fièvre. Si cependant la fièvre d'accès revient, 
il est sûr que le quinquina a été donné trop tôt; 
et ce serait en vain qu'on la voudrait guérir par 
le quinquina, et l'on exposerait la constitution du 
malade à un plus grand danger , si ou ne laissait 
durer quelque temps les paroxysmes , et si l'on v 
joignait aussi d'autres remèdes. 

» Quant à la quantité qu'on en peut prendre en 
décoction, je puis seulement dire que, quand une 
fièvre a été ainsi guérie, il faut en continuer l'usage 
jusqu'à la cure complète, quelle qu'en soit la 
quantité. 

» La poudre de quinquina peut se prendre dans 
du vin , ou en forme d'électuaire , ou en pilules , 
selon que le malade Faime mieux : on prend un 
verre de vin à chaque dose. Tout sirop peut servir 
d'excipient, sans autre addition que le laudanum^ 
pour en prévenir l'effet purgatif. » « Ceux qui ajou* 



D'Accès. loî 

î> tenl au quinquina autre chose que le véhicule 
i) nécessaire pour l'introduire dans le ventricule , 
» ou pèchent par ignorance , comme il me semble, 
» ou c'est une fourberie dont tout honnête homme 
» doit avoir une véritable horreur. « Sjdenham , 
£pisL resp. i. 3o8. L'extrait de quinquina se fait 
avec de l'esprit de vin rectifié , ou avec de l'eau. 
Qu'entend-on par un peu de sel de tartre? (Pharm, 
Edimb. 149.) Le nouveau Dispensaire de Londres 
ne se sert que d'eau , et répète cette décoction 
jusqu'à ce que la liqueur reste transparente , quand 
elle est refroidie : procédé ennuyeux! Le Codex 
medic. fait la décoction avec du vin et de l'eau , 
pendant deux heures (dans l'édition de 1748, il 
n'est prescrit que de l'eau), et cela une seule 
fois. J'aimerais mieux le faire digérer dans l'eau- 
de-vie , que toutes ces méthodes. 

5> Je pense qu'il est d'accord avec la raison et 
l'expérience , que le quinquina peut être pris trop 
tôt. Je sais que de savans médecins ont pensé le 
contraire ; car , disent-ils, plus la maladie continue, 
plus le malade s'affaiblit , plus la cure devient dif- 
ficile , et la conséquence dangereuse. En effet, si 
ces fièvres étaient toujours nuisibles à la constitu- 
tion , et qu'il y eût plus à souffrir en les laissant 
durer quelque-temps, qu'en les arrêtant au com- 
mencement, on ne pourrait jamais donner le quin- 
quina trop tôt ; mais point du tout , ces fièvres 
doivent être assez souvent regardées non comme! 




J02 De la Fièvre 

une maladie , mais plutôt comîne \m remède. La 
douleur rinflaramaîion et l'enflure du pied ne 
sont pas la mala lie principale de la goutte , mais 
des métastasais criûques que la nature opère pour 
sa guérison; de même aussi les fièvres intermit- 
tentes sont communément l'instrument qu'emploie 

la nature , ou la conséquence de l'effort qu'elle fait 
pour cuire et expulst-r ce qui autrement pourrait 
être nuisible , même funeste. 

» Quoique ce ne soit pas toujours le même 
cas dans toute fièvre d'accès , ce l'est cependant 
dans celles que l'on appelle proprement sympa- 
thiques , où la fièvre n'est pas la principale mala- 
die , mais la tentative que fa.it la nature pour la 
guérir. Dans de tels cas, on doit aider la nature , 
jusqu'à ce que le principal ennemi soit vaincu; 
loin de la désarmer, et de la priver de ces paroxys- 
mes salutaires: alors la nature peut être dépouillée 
de ses armes avec facilité , et la fièvre se guérira 
sans rien risquer. Les fièvres d'accès ont rectifié 
plusieurs constitutions viciées ou défectueuses, et 
guéri d'autres maladies opiniâtres, que l'art n'avait 
pas pu vaincre autrement. 

» M. A. K , éttjdiaut en médecine , âgé d'environ 
vingt ans, fut attaqué d'une fièvre tierce en novem- 
bre 17*24. Le premier jour, il eut un accès très- 
régulier-, le second, il fut tout-à-fait sans fièvre, 
et se trouvait fort bien ; le troisième , il eut un 
paroxysme un peu] plus fort que le premier jour. 



Ce paroxysme ( ou le troisième , car je ne m'en 
souviens pas bien ) commença par un vomissement 
dans lequel il rendit plus d'une livre de matière 
crue et muqueuse ; à ce , succéda frisson , chaleur, 
sueur dans l'ordre ordinaire. Le jour libre suivant» 
il prit une dose à'ipécacuanha ^ qui opéra bien , 
mais ne fit sortir rien de muqueux. Le paroxysme 
suivant commença comme les précédens , et il 
rendit une égale quantité de matière muqueuse; 
cela continua ainsi pendant dix ou quatorze jours, 
pendant lequel temps il jeta plus ou moins de cette 
mucosité à chaque accès, usant alors de quelques 
amers, et tenant une diète exacte : enfin cette ma- 
tière disparut. Comme il était jaloux de suivre ses 
études , je lui ordonnai , après un ou deux pa- 
roxysmes ultérieurs, une dose de quinquina. Use 
trouva bien tout l'hiver. Pendant plusieurs années, 
il avait été menacé de consomption au printemps 
et à l'automne : ce, considéré, je lui conseillai, 
enlr'autres choses , si la fièvre revenait , comme il 
était fort probable, au mois de mai suivant , de ne 
point l'arrêter de tout l'été , mais de prendre le 
quinquina en automne , si elle durait jusque là, 
ou si même elle se passait elle seule , afin de s'as- 
surer de sa santé. Trois ou quatre ans après, il 
revint à la ville , et me dit que sa fièvre était re- 
venue en mai , et qu'il avait toujours joui d'une 
parfaite santé , après avoir suivi mes conseils. Il 
me parut si changé , que j'eus peiae à le recon-*. 




io4 DelâFièvue 

naître du premier abord. Était-il donc avantageux 
de lui ordonner le quinquina, plutôt dans la fièvre 
d'accès d'automne , que du printemps? ISon certes; 

w Je dois convenir cependant que le quinquina 
administré au commencement même des fièvres 
d'accès idiopathiques, surtout quand elles étaient 
épidémiques, eut du sucés , et que ce fut sans 
risque. Mais j'ai toujours cru que , quand il était 
nécessaire , il y avait moins de danger à le donner 
plus tard que plus tôt , même dans ces fièvres ; car , 
s'il y a une bonne constitution qu'il n'est pas pos- 
sible d'améliorer , je sais aussi qu'on ne peut dé- 
couvrir la nature d'une maladie , et où elle tend, 
avec tant de certitude y qu'en observant soigneu- 
sement ses symptômes , et les progrès qu'elle fait 
durant le cours de plusieurs paroxysmes. » 

Je conclus en faisant, comme le docteur Willis , 
quelques remarques sur le même sujet. Voici ce 
qu'il dit : « Quoique le quinquina soit le seul re-^ 
» mède que l'on ait trouvé jusqu'ici pour chasser 
» la fièvre quarte , puisqu'il en arrête les paroxys- 
» mes aussi-bien que ceux des autres fièvres inter- 
» mittentes , mais pour un temps seulement ; ce- 
» pendant on ne doit point douter qu'il n'3^ ait 
w dans la nature des médicamens également fébri- 
j) fuges ; et l'on peut espérer que les médecins , 
» encouragés par cette découverte nouvelle, seront 
» portés à rechercher soigneusement des vertus 
,i> que ron ignore presque encore dans les planteji. 



» En suivant ainsi les tentatives des autres, et en 
» joignant la médecine laisonnée à V empirique, on 
it parviendra à guérir plus heureusement la fièvre 
» quarte , et d'autres maladies des plus rebelles; 
» J'ose le promettre d'autant plus volontiers à ce 
» siècle ci , ou du moins à la postérité, que , guidé 
» par l'analogie du quinquina , je trouvai , il y a 
» peu de temps, un médicament qui ne doit pas 
» être méprisé, et que j'ai continué de donner aux 
D pauvres avec de bons succès , en place de tout 
» autre. » De Febr. , cap. 6. 

Le quinquina nous a aussi fait connaître que 
quand on le donne à une drachme ou deux, il ne 
donne qu'un certain répit, et qu'il faut le donner 
par onces pour compléter une cure. Ainsi les autres 
altérans , donnés en même quantité, pourraient 
aussi fort probablement procurer de plus grandes 
guérisons. « Le docteur Goysh , dit Morton , m'a 
j) souvent assuré avec sincérité qu'il avait éprouvé 
» avec les plus heureux succès les vertus des fleurs 
» de camomille pulvérisées, très-fin, données dans 
» un véhicule convenable , et réitérées à propos 
» par intervalles, et que ses succès avaient été les 
» mêmes qu'avec le quinquina. » IJe Febr, , cap. 6» 
Morton nous dit aussi qu'il guérit , par le remède 
suivant , trois fièvres intermittentes, rebelles au 
quinquina '.fleurs de eamomille ^ p.ij ^sel dabsia^ 
the et antim. diaph. de chacun p. j ; F. P. Ce fui la 
seule fois que Morton vit le quinquina sans effet. 




io6 De LA Fièvre d'accès' 

Une infusion d'absinthe dans de la petite bière a 
guéri plusieurs gens de la campagne , quand la 
fièvre régnait parmi nous. Il est assez probable 
que bien d'autres amers , spécialement un peu as- 
îringens , tels que l'écorce de frêne , de german- 
drée , administrés comme le quinquina, seraient 
aussi avantageux dans cette maladie que dans beau- 
coup d'autres (i). 

Une personne de province m'a assuré que le bol 
suivant , pris après l'accès , et réitéré toutes les 
îiuit heures jusqu'au temps du paroxysme pro- 
chain , avait souvent guéri une fièvre d'accès bien 
formée ; qu'il n'avait jamais vu manquer ce remède 
dans ce temps-là ; et que trois pareilles doses suf- 
fisaient , en général , pour la cure parfaite : jamais 
il ne vit qu'il fût besoin d'en prendre plus de six. 

Prenez une grande araignée ; écrasez-la , et mêlez- 
îa avec de la gelée de groseille pour faire un bol (i)» 



(i) J'ajouterai à ces réflexions de M. Grant , que des gens 
de la campagne , et un médecin digne de foi , m'ont assuré que 
îa seconde écorce de noyer avait pour le moins autant de vertu 
que le quinquina , sans en avoir les inconvéniens. 

(a) Si M. Grant disait qu'il eut vu lui-même l'efficacité de ce 
remède , on le croirait sans hésiter ; mais ayons recours à 
d'autres remèdes qui ne soient pas suspects. Le seul soupçoa 
est une défense pour un médecin honnête homme. 



t4*l^Vi*%Vi*/lU%*i**%V^VlVlVtVtV.t*V.4^i*t*4/iVI%/iW4ViW4/ii*V.VtVI.V.t^ 



DE LA 

INFLAMMATOIRE. 

I;Â oanse prédisposante des maladies înflamma- 
toires est un état phlogistique ou inflo mmatoire 
du sang; lequel état est le plus ordinaire quand 
le temps est net, le mercure élevé dans le baro- 
mètre, et que le vent vient du nord ou nord-est, 
ou d'entre ces deux points. Ceci arrivera surtout 
si le froid s'y joint; circonstances auxquelles 
nous sommes plus exposés dans ce pays-ci , 
depus le milieu de décembre jusqu'au milieu ou 
jusqu'à la fin de juin. 

Les sujets dont le sang a le plus de disposition 
à cet état, sont les jeunes gens à la fleur et dans 
la vigueur de leur âge, qui mangent avec grand 
appétit, et prennent de fortes nourritures, dont 
la digestion se fait parfaitement et promptement, 
et qui par-là font beaucoup de sang en peu de 
temps ; les gens de travail qui se nourrissent fort 
et bien ; les babitans des pays bauts et secs, éloi- 
gnés de la mer; les jeunes femmes, en toutes 
provinces, surtout celles qui sont grosses. 

Il n'est peut-être pas si aisé qu'on le pense de 
déterminer exactement, par la couenne qui se 
forme à la surface du sang tiré d'une veine, à 
quel degré le sang est inflammatoire, parce que 
cela dépend beaucoup de l'idiosyncrasie du sujet; 



Wft 



îo8 De la CONSTlTîTTIOîf 

mais je pense que c'est prononcer trop légère- 
ment, que de dire que le sang tiré dans les fièvres 
ne peut nous instruire de rien à l'inspection , 
parce que la couenne n'est due, comme quelques- 
uns le prétendent, qu'à la manière dont il sort dans 
la saignée. Si le sang d'un sujet en bonne santé sort 
à plein canal, il présentera plus ou moins ce 
phénomène. Si l'on agite ce même sang avec une 
baguette, pendant la saignée, et encore un peu 
de temps après qu'il a été reçu dans le bassin, 
ce phénomène paraîtra davantage; mais le sang 
se dissoudra entièrement, et sera tout fluide, si 
on continue long-temps la même agitation. 

Les maladies putrides semblent produire quel- 
que chose de semblable, et détruire la contex- 
ture du sang; c'est pourquoi le sang ne fournira 
pas cette couenne , si l'on en tire vers le déclin 
de ces maladies : on ne la verra pas non plus , 
si l'on agite le sang dans le bassin , quelque con- 
sidérable que soit la colonne du sang qui sort. 
Je conclus de là qu'il faut une certaine contexture 
dans le sang, et certain degré de mouvement 
pour former cette couenne ; sans quoi elle n'aura 
pas lieu. J'ai, dans plusieurs cas, pris la peine de 
faire couler en bavant le sang dans le bassin , 
lorsque l'inflammation était très-grande; mais il 
paraissait toujours bleuâtre, avant de se refroidir 
entièrement; et la couenne en était ensuite fort 
épaisse. Certains sujets ont un sang qui, comme 



ioi 



INFLAMMATOIRE, 

celai d'un agneau , est si tendre , que la partie 
rouge et la sérosité se mêlent aisément ensemble # 
en l'agitant avec le doigt : dans d'autres, il est 
d'une oontexture forte et ferme^ et sans couenne; 
de sorte que l'on en peut enlever le caillot, sans 
même tacher la sérosité : dans quelques autres, 
il est si délié et si dissous au fond, que le moin- 
dj-e mouvement teint la sérosité, quoiqu'il y ait 
une couenne verdâtre à la superficie. 

En examinant le sang au toucher, je maper* 
cois quelquefois qu'il y a une aussi grande diffé* 
rence qu'entre la chair d'un enfant rachilique et 
celle de celui qui se porte très-bien. Que Ton 
prenne égale quantité de lait de dilférens bes- 
tiaux; qu'on le chauffe au même degré, et qu'en- 
suite on jette dans chacun égale quantité de la 
même présure, l'un formera de forts caillots, et 
l'autre de très-mous; ils diffèrent aussi par la 
quantité du caillot : c'est un moyen de juger de 
l'âge du lait depuis qu'une vache a vêlé; de sa 
santé et de sa nourriture. Pareillement, quoiqu'en 
examinant le sang d'un malade pendent sa fièvre, 
nous ne puissions pas déterminer exactement le 
degré d'inflammation , vu que cela dépend d'au- 
tres circonstances du sujet, c'est cependant un 
des meilleurs moyens que nous ayons de décou- 
yrir si le sang est dissous ou inflammatoire; et 
nous sommes, à certain point , à même de io<^er 
de létat des solides ou des vaisseaux qui l'ont 
formé , lorsque nous connaissons sa texture. 




iro De la Constitution 

On sent une pesanteur, une oppression, des 
douleurs vagues, quelque-temps avant les fièvres 
inflammatoires ; et Ton prévient souvent ces 
fièvres en vidant assez les vaisseaux, soit par les 
saignées, soiî par Tabstmence. Le sang tiré au 
commencement n'a que peu de couenne, mais 
beaucoup quand la fièvre a duré quelques jours ; 
de sorte que celte qualité du sang semble êtr| 
plutôt une conséquence, que la cause de la 
fièvre. Mais le sang phlogistique est fort élastique , 
et susceptible de grande expansion. Par ce moyen, 
les vaisseaux peuvent toujours rester pleins, le 
pouls devenir quelquefois dur et ferme, après de 
grandes et de Iréquentes saignées, si la chaleur 
continue, et qu'on ne lève pas l'obstruction qui 
s'oppose au libre cours du sang. Supposons, par 
exemple, qu'une sujet, dans l'état naturel, con- 
tienne cent onces de sang, et qu'il faille, pour 
cette quantité, autant de pouces cubiques d'es- 
pace dans les vaisseaux, il est évident que si la 
chaleur est augmentée de dix degrés, les vaisseaux 
doivent aussi éprouver une distension propor- 
tionnée. Si, dans ce cas, on tire dix onces de 
sang, les vaisseaux resteront toujours étendus à 
leur degré naturel, et le malade se sentira soulagé 
de cette anxiété qu'il éprouvait par la distension 
forcée des vaisseaux. Mais, supposons que la cha- 
leur augmente encore de dix degrés de plus, il 
iaudra encore tirer dix autres onces de sang pouE 



tamamam 



INFLAMMATOIRE. J lî 

rétablir l'équilibre naturel entre le sang et les 
vaisseaux. Si cependant je puis prévenir par quel- 
ques moyens cette augmentation de chaleur, et 
lever l'obstruction qui cause la résistance, j'em- 
pêche en même temps cette distension forcée des 
vaisseaux, et je rends la seconde saignée moins 
nécessaire. 

Pour donner une juste idée de l'inflammation^ 
telle que nous la voyons tous les jours, il faut la 
diviser en deux espèces; la première, simple^ et 
la seconde, compliquée. J'entends par une inflam- 
mation simple, la fièvre qui survient à une habi- 
tude pléthorique, par le pur abus de quelques- 
unes des choses non naturelles; et par une in- 
flammation compliquée, j'entends une fièvre sur- 
venue à une habitude pléthorique, par quelque 
épaisslssement morhifique qui s'y joint, lequel 
augmente la chaleur et le mouvement du sang 
par ses qualités stimulantes. 

i.o L'inflammation simple est donc précédée 
d'un sentiment de pesanteur et d'oppression, et 
d'une espèce d'anxiété qui dure peut-être quelques 
jours de suite avant qu'on puisse traiter cela de 
fièvre déterminée. Ces affections constituent seu- 
lement ce que l'on appelle les avant-coureurs de 
la maladie, terrentia morbi^ et que l'on néglige 
assez souvent jusqu'à ce qu'il survienne cerlaia 
degré de rigueur, avec une augmentation consi- 
dérable du pouls et du mouvement du saDg, 




113 De la CoNSTiTUTioisr 

Quoique le pouls ne soit pas si fréquent que dans 
plusieurs autres fièvres, la quantité du mouvement 
est grande, parce que les vaisseaux sont forts, et 
le sang épais. 

Si l'on détruit la pléthore à ce premier point de 
fièvre déterminée, de manière à rétablir l'équili- 
bre du sang et des vaisseaux, avant qu'il se pro- 
duise un epaississement phlogistique , toute l'affec- 
tion actuelle se passe souvent , et la nature reprend 
ses fonctions. Mais , si l'on souffre cette augmen- 
tation de mouvement, assez long-temps pour qu'il 
se forme une quantité considérable de cet épais-^ 
sissement phlogistique, alors les évacuations pro^ 
cureront bien du soulagement ; mais la fièvre doit 
durer quelques jours de plus pour cuire et expul- 
ser cet epaississement morbifique y avant que la 
santé puisse reparaître. 

Dans cette fièvre , comme dans toute autre , 
la coction (i) se fait dans les vaisseaux par un cer- 

(i) Hippocrate et les systématiques ses sectateurs , se ser- 
vaient du mot de coction pour exprimer cette altération que 
les facultés vitales et animales font subir aux substances hétéro- 
gènes , quand elles sont mêlées avec le sarig. Il s'opère par-là 
deux choses : i.° l'assimilation de la partie saine ; 2.^ l'expul- 
sion de la partie nuisible. Par exemple , si je mange de la 
viande, du fruit, du pain, des légumes , chacune de ces choses 
me nourrit ; non qu'elles soient toutes de même nature , mais 
parce que mes organes peuvent en faire la coction , c'est-à-dire, 
les assimiler à mon corps , en extraire ensuite ce qui peut 
w'être salutaire , et en rejeter la partie eicrémenteuse. Toui 



ÎNFLA]\rMATOIRE. lïS 

taîn nombre de lévoltitions ; mais l'expulsion de 
cet épaississement morhifique s'opère , aj>rès la 
coction , de deux manières , i.® par les émonc* 

les organes semblent même participer à ces mêmes facultés , et 
extraire de la masse commune nutritive ce qui peut l*iur être 
analogue. C'est ainsi que les grains osseux se forment dans les 
os , les fibres musculaires dans les muscles , et la substance 
glanduleuse dans les glandes. 

Nos alimens sont donc pris crus , digérés avant d'entrer 
dans la masse commune des fluides en circulation , cuits avant 
de devenir nourriture , et le reste est élaboré avant d'être éva- 
cué , de sorte qu'il a perdu sa forme naturelle , et est devenu 
un troisième être. Mais, pendant la digestion, la coction et 
l'expulsion , il y a une espèce de fièvre ou de trouble dans le 
corps. La nature en agit de même à l'égard de cet épaississe- 
ment morbifique , soit , comme Celse le dit , que cela arrive 
par une cause connue et évidente , ou par une cause inconnue 
et obscure. 

Quand la nature à assez de force pour opérer la coction et 
l'expulsion , alors elle l'emporte , et la santé se rétablit ; mais , 
si elle est trop faible , cet épaississement morbifique prend le 
dessus , et donne la mort. Dans l'un ou l'autre cas , la crise 
(ou le jugement) est également parfaite. La nature est, en bien 
des cas , assez forte pour opérer la coction, mais si fatiguée 
par 1-3 combat qu'elle a du soutenir, qu'elle ne peut opérer l'ex- 
pulsion : alors la crise est imparfaite , et 'A en résulte une nou- 
velle maladie. La nature , en bien des occasions , ne fait la 
coction et l'expulsion qu'en partie ; de sorte qu'une partie de 
la matière morbifique peut bien être cuite et expulsée , mais 
il reste encore assez de crudités pour contrebalancer les efforts 
de la nature ; ce qui nous donne l'idée d'une crise imparfaite: 
alofs il faut de ftéquens assauts pour une victoire com- 

I. 8 




Îl4 ^^ ^^ CoNSTlTUTîOlIr 

toires naturels du corps , communs à toutes les 
fièvres ; 2.» par celle qui est plus particulière à 
cette fièvre , c'est-à-dire , par un flegmon ou le 
dépôt de la matière , lequel a lieu dans une ou 



plète. Conformément à cette doctrine , il est évident que la force 
et la durée du combat dépendent , i.<^ de la nature de l'épais- 
sissement morbifique , comparée avec les facultés des organes 
destinés à la coction ; 2.« des différentes combinaisons qui ont 
lieu au premier état ou à la fm du conflit. 

Après avoir ainsi exposé la doctrine générale , Hippocrata 
passe à l'énumération de tous les phénomènes qui accompa- 
gnent en général une crise parfaite salutaire , une crise impar- 
faite salutaire , une crise fatale , une crise imparfaite qui peut 
produire une nouvelle maladie , ou devenir fatale à la fm. 
De là il passe à celle des phénomènes qui en général présagent 
chacune de ces crises , et le jour où elles peuvent arriver pour 
la plupart : enfin , il considère chaque affection distinctement , 
tous les symptômes qui la distinguent de toute autre , tous les 
phénomènes qu'il y a remarqués salutaires ou dangereux ; et 
de là touche, en passant , le régime , les médicamens , ou l'opé- 
ration , qu'il a reconnus propres à soutenir les phénomènes 
salutaires , ou à arrêter et éloigner les contraires , tâchant 
partout d'aider la nature dans ses efforts et ses démarches , 
et non de lui ouvrir une voie inconnue. Jamais il ne l'inquié- 
tait pour opérer la coction , ne la forçait jamais pour exé- 
cuter l'expulsion , qu'elle n'eût auparavant présenté tous les 
si«-nes de coction; car il avait appris que , dans toute maladie, 
la coction doit précéder , l'excrétion venir ensuite , et la ma- 
tière morbifique qui vient d'être cuite , passer ainsi par l'issue 
que la nature lui indique , ou que des expériences réitérées 
ont fait voir être la plus salutaire dans des affections parti- 
eulicres. 



ÎNÏ'LAMMATÔIIIÊ. lîf; 

plusieurs parties où la suppuration doit alors se 
former , et où la matière cuite doit être évneuée, 
par degrés , par un ulcère qui semble coopérer 
avec les émonctoires communs ce qui fait comme 
une iàsue accessoire pour évacuer le pus surabon- 
dant. L'augmentation du mouvement produit la 
matière couenneuse dans une fièvre inflammatoire 
simple ; cette matière cuite engendre du pus , et 
le pus , ainsi produit , doit être évacué par les 
émonctoires communs, ou, s'il est trop abondant, 
par un ulcère à quelqu'une des surfaces externes 
ou internes du corps , ou aux deux ensemble 
ou successivement a lune et à l'autre : j'ai vu 
plusieurs exemples de cette succession, et je re- 
marque qu'on l'a appelée fièvre purulente. Elle 
a lieu quand quelque portion du pus a été re- 
tenue dans quelque partie du corps après la coc- 
fion , qu'il s'y aigrit de manière à produire un 
nouveau stimulus^ et à renouveler ainsi la fièvre 
qui a besoin pour lors d'une seconde coctioa 
et d'une seconde crise. 

Nous sommes fondés à croire , après des obser- 
vations réitérées , qu'une inflammation simple 
donnera des signes de coction , en quatorze jo.urs 
au plus tard , depuis la première rigueur fébrile 
et fréquemment au troisième jour et demi. Dès que 
ces signes paraissent , la fièvre tombe considéra- 
blement , parce que Xépaississement morbifique est 
€n partie cuit, et même évacué ; mais un examen 

a. 




ji6 De la Constitution' 

attentif nous fera voir que , dès qoe cette matière 
n'est pas cuite et expulsée , la fièvre ne peut pas 
être terminée. Je dis donc que la coction est com- 
mencée au premier jour de la crise; maisla cOction 
et l'excrétion doivent continuer quelques jours de 
suite , avant que la matière soit cuite , et le sang 
convenablement dépuré. 

Toute la fièvre se peut diviser en deux périodes. 
Le premier est celui qui précède la coction , et 
c'est celui de crudité ; le second est celui qui suit 
le commencement de la coction , et peut s'appeler 
état suppuratoire , état durant lequel la matière 
phlogistique est cuite ou convertie en pus, et éva- 
cuée par degrés, dès qu elle a été élaborée conve- 
nablement. Les signes de crudité reparaîtront im- 
médiatement, si l'excrétion du pus a été arrêtée 
par quelque erreur, durant l'état de suppuration- 
C'est ce dont on convient ; mais je dis encore que 
le malade éprouvera une grande perte de forces, 
et que l'on reverra des signes de crudité , si quel- 
qu'une des excrétions critiques a été portée au- 
delà d'un certain degré; ce qui montre que c'est 
.une témérité que de précipiter les opérations de 
la nature , aussi bien que de les retarder dans cet 
état , qui souvent dure au moins plusieurs jours. 
La même observation est également vraie pour 
les flegmons , soit produits par l'art avant la coc- 
tion , soit venus naturellement après. Si l'on fait 
une profonde incision dans une partie charnue. 




r S KVggft" 



INFLAMMATOIRE. il'] 

durant la crudité d'une fièvre inflammatoire, il 
n'en sortira du pus louable que quand la coctiou 
aura commencé: une ancienne issue même, d'où 
découlait un pus louable tous les jours, quand le 
sujet était en bonne santé , deviendra sèche et 
noire aussitôt que l'état de crudité de la fièvre 
inflammatoire aura lieu , et ne fournira qu'une 
sanie délayée , ou de la sérosité, jusqu'à ce que 
la coctiou de la fièvre se fasse : dès lors , cette, 
ancienne ouverture redevient moite, et le pus en 
découle librement. L'on sent une tumeur doulou- 
reuse rouge , avec battement , dans l'endroit ou 
k nature est déterminée à former un flegmon ; 
si donc on l'ouvre immédiatement , dans l'espé- 
rance d'avancer lasuppuration, bien loin d'avancer 
la cure , on produit tout le contraire ; au lieu que 
si l'on attend la coction avec patience, cette tumeur 
suppurera , rendra un pus véritable, au grand sou- 
lagement du malade. Si, d'un autre côté , l'on ap- 
plique sur ce flegraon , lorsque la matière en coule 
bien , quelques substances acres, dans l'espérance 
de procurer une grande décharge de pus , pour di- 
minuer les autres ^symptômes, il s'ensuivra un autre 
inconvénient ; c'est que l'écoulement , quoique 
abondant , ne sera qu'une sanie , et non du pus; 
au lieu que si l'ulcère est tenu chaud et mollement, 
il en découlera spontanément autant de pus quela 
nature le demande; et les forces du malade aug- 
menteront 5 plulôt que de diminuer par i'évacua^ 




ii8 De la Constitution 

lion. Un pus louable est dans son état naturel un 
fluide bénin , doux , et restera tel long-temps , si 
on ne l'inquiète point, et si on le garantit de l'im- 
pression de l'air ; mais , s'il est trop remué dans 
les vaisseaux , ou exposé au contact de l'air , il 
s'aigrit aussitôt , et devient irritant. 

La terminaison naturelle d'une inflammation 
simple est la formation d'un pus d'une nature bé- 
nigne , soit dans les vaisseaux , soit dans le tissu 
cellulaire ; et rarement ce pus produit la gangrène, 
à moins que le flegmon ne soit formé sur quelque 
partie membraneuse , rigide ou fort nerveuse ; mais 
il en est tout autrement de l'inflammation compo- 
sée , parce que le pus y est mêlé et infecté d'une 
matière hétérogène d'un nature plus acrimonieuse. 
Si , par exemple, un homme en parfaite santé et 
daus la force de l'âge , est , pendant la constitution 
inflammatoire , attaqué de quelque contagion , il 
surviei^t une fièvre inflammatoire qui peut exiger 
un traitement antiphlogistique; enfin, il se forme 
un flegraon critique , c'est-à-dire, une tumeur dou- 
loureuse brûlante , dure, rouge, avec battement. 
Mais cette tumeur, au lieu de parvenir à une sup- 
puration louable, peut incontinent dégénérer en 
vraie gangrène , ou en ulcère malin : on doit donc 
en séparer et en ôter une grande partie , avant d'at- 
tendre une suppuration convenable ; peut-être 
jTième n'y parviendra-t-on qu'après que la matière 
j^iuîilagieuse auru été évacuée; et cette matière c|ui 



II^FLAMMATOIRE. IÏ9 

en découle contiendra toujours le germe de la 
contagion originale. Si la matière morbifique est 
déposée dans les glandes de l'aine , des aisselles , 
de la mâchoire inférieure , la même doctrine aura 
également lieu. On ne gagnera rien à forcer la tu- 
meur de se décharger avant que la coction ait pré- 
cédé , c'est-à-dire , que la nature doit premièrement 
séparer cette matière offensive , des humeurs saines, 
et la déposer au flegmon , mêlée avec le pus , ou la 
matière phlogistique cuite qui s'était produite 
durant la -fièvre ; là , cette matière offensive doit 
encore subir une autre opération , avant d'être 
évacuée régulièrement et convenablement. Toutes 
les inflammations qui ont quelque malignité , sont 
analogues entr'elles , relativement à ces circons- 
tances ; et il faut toujours se rappeler que la crise 
totale ne peut pas toujours se faire par lesémonc- 
toires communs , mais qu'une partie doit s'opérer 
par un flegmon, sui gène ris , particulier aux cir- 
constances , selon la nature et la quantité de la 
matière maligne. 

On voit donc clairement qu'il y a deux choses 
à considérer dans toutes les infla«iîimations compo- 
sées : i.o le degré de l'inflammation ; 2.^ la nature 
de la cause stimulante hétérogène qui s'y joint. Je 
dis premièrement le degré d'inflammation , parce 
que c'est ainsi qu'il faut agir dans la pratique. Sup- 
posons une inflammation vénérienne assez consi- 
dérable pour produire tous les symptômes d'une 



1-20 De la CoTNSTITUTIOîf 

fièvre ardente , ne serait-ce pas une folie impar- 
donnable que de donner le spécifique avant d'avoir 
détruit l'inflammation , soit par résolution , soit 
par suppuration ? La voie que prend ordinaire- 
ment la nature dans les maladies contagieuses , 
pour se délivrer des miasmes malins , parait être 
celle-ci. Les miasmes introduits dans le corps 
humain , stimulent le cœur et les vaisseaux , les 
excitent à de fréquentes et de violentes contrac- 
tions ; ce qui produit alors certaine quantité à'épais' 
sissement phlogistique ; les miasmes en sont enve- 
loppés et embrassés , et enfin évacués sous la 
forme de pus , avec Xépaississement cuit. Telle 
parait être aussi l'origine de la gonorrhée viru- 
lente , des boutons de petite-vérole , bubons , 
parotides , etc. , par lesquels la nature se débar- 
rasse des miasmes virulens , n'étant pas capable 
àiQXk changer la qualité. Il n'est donc pas étonnant 
que le pus qui provient de tels fiegmons , soit 
maiin et contagieux , étant imprégné d'un virus 
que la force de nos vaisseaux ne peut réduire. 

La cause d'une maladie maligne est donc une 
iTtatiere offensive que nos facultés naturelles ne 
peuvent amender , mais seulement expulser, ^'t 
î'on me demande si toutes les fièvres malignes 
soiit dues à des miasmes offensifs externes intro- 
duits dans le corps , je réponds que non ; car la 
bile, le lait, les lochies et les autres humeurs 
peuvent se corrompre assez pour acquérir certain 



INFLAMMATOIRE. I2l 

degré de malignité. Toutes nos hiiraeiirs , quoique 
saines dans leur état naturel , changent aisément, 
et sont évacuées par des organes appropriés, tant 
que ces organes sont capables de faire leurs fonc» 
lions. Si elles sont retenues par quelque événe- 
ment , elles restent asez souvent dans le corps très- 
long-temps sans causer aucune fièvre , comme oa 
le voit dans les affections ictériques; mais la nature 
peut en être assez altérée par un régime et des 
médicamens peu sortables , pour acquérir des 
qualités capables de produire des fièvres malignes 
et contagieuses , telles que des fièvres pourprées 
et dysentériques. 

Quant à la manière dont il faut conduire une 
fièvre inflammatoire simple, il faut d'abord consi- 
dérer si la nature paraît disposée à former un dépôt 
local. Il y a lieu de ne pas craindre aucun flegmoa 
local , tant que la fièvre n'est pas accompagnée de 
douleur aiguë fixe , à quelque degré que mont© 
îa fièvre; cependant il est nécessaire, pour mo- 
dérer l'impétuosité de la nature , d'observer alors 
la même méthode que si l'on était menacé d'un 
flegmoa interne , vu que la violence de la fièvre 
pourrait bien mettre quelques parties tendres en 
danger , surtout le cerveau. C'est-là la vraie fièvre 
ardente inflammatoire , quoique Hippocraîe , de 
Morh, , lib. i , s, i"] ^ farjse mention d'une autre 
fièvre ardente avec les extrémités froides, laquelle 
il appelle causas , parce que toute la chaleur est 






laa De la Constitutioït 

interne. Il a aussi observé ce symptôme dans les 
fièvres bilieuses; mais elles se terminent autrement. 
Le causas inflammatoire se termine , comme une 
pleurésie , par une péripneumonie et par l'expec- 
toration d'un pus cuit , à moins que le malade ne 
périsse de la violence de la fièvre , avant que la 
nature ait eu le temps d'opérer la coction , au 
lieu que le causas bilieux se termine par un vo- 
laaissement , dans les cinq premiers jours, et par 
un flux , s'il dure plus longtemps. 

Cette fièvre ardente se peut aisément distin- 
guer des fièvres putrides par la violence du pouls, 
ia séclieresse étonnante de la peau , du nez, de la 
Louche et des intestins, et par le manque total 
des s*^crétions. Quelques symptômes semblent di- 
minuer et s'abattre dans le cours de cette fièvre ^ 
mais à peine assez pour mériter le nom de bonnes 
7émiUences\ car la dureté du pouls et le trouble 
du cerveau ne diminuent point, que la maladie 
ne commence à tomber. Depuis Gelse , les sen- 
timens ont tous été d'accord sur le traitement de 
cette fièvre. On doit persévérer dans la méthode 
antiphlogistique, conformément aux indications, 
durant tout le temps de crudité ; modérer les 
symptômes urgens; suivre de prè:^ les sécrétions 
et excrétions, en attendant patiemment que la, 
nature opère la coction; et l'on ne doit préci- 
piter ni hâter rien témérairement. On parle de la 
m-jihode aaliphlogistique, mais chacun ne la com- 



INFLAMMATOIRE. 1^3 

prend pas. Je vais donc en dire quelque chose, 
pour n'y pas revenir par la suite. 

Le véritable causas^ ou fièvre ardente, est par- 
ticulier aux sujets pléthoriques, vigoureux et jeu- 
nes; à ceux dont le sang est riche, dont les 
vaisseaux sont élastiques , et les nerfs bien tissus 
et robustes. Hippocrate regardait ce point de par- 
faite santé comme dangereux, parce que le corps 
devant nécessairement subir des changemens con- 
tinuels, l'état qui n'en peut devenir meilleur, doit 
absolument empirer. 

Il est évident qu'il doit se produire une grande 
quantité à'épatssissement phlogistique dans une 
telle complexion, s'il s'y manifeste une fièvre de 
quelque espèce que ce soit, et qu'elle dure long- 
temps. Conséquemment , la circulation deviendra 
difficultueuse , et il résultera grand nombre d'obs- 
tructions différentes. Pour les prévenir, il faut 
aussitôt vider les vaisseaux par de copieuses et 
de fréquentes saignées , jusqu'à ce que le pouls 
devienne plus mou. On tiendra le corps libre 
avec des purgatifs et des lavemens qui ne puis- 
sent rien irriter. Le sang qui reste sera délayé par 
une diète rafraîchissante. On relâchera les fibres 
par les vapeurs de l'eau tiède et le repos ; on 
adoucira, on calmera le genre nerveux par de 
douces émulsions, avec les sucs légers de fruits 
murs, par une grande tranquillité, et moyennant 
un air libre, tempéré, et un petit jour: on fera 



3^ 



i^ 



;i24 DelaCoîvstitutioiv 

t^nir le malade debout, pendant quelques heures 
au moins, tous les jours, pour précipiter aux 
parties inférieures le sang qui se porte rapide- 
ment à la tête. 

Tous les médicamens que l'on peut appeler 
antiphlogistiques , sont de doux mucilages et les 
farineux bien délayés , du petit-lait de présure 
clarifié; le sucre, le miel, les fruits mûrs, le nitre; 
le tout fort délayé : et l'on ne doit point en em- 
ployer d'autres, que la violence de la maladie ne 
soit tombée. En effet, on voit alors les symptômes 
diminuer; la moiteur du nez, de la bouche, de 
la peau, des intestins, des reins, présage l'ap- 
proche de la coction , laquelle doit avoir lieu 
nonobstant tottt ce que l'on a fait : alors la na- 
ture doit être soutenue un peu par une diète 
plus substantielle. On peut même ajouter aux 
autres médicamens un peu de chaux dantimoine^ 
et le camphre ^ si l'on voit que le pouls devienne 
lent ; mais on aiguillonnera la nature par un vési- 
catoire, au onzième ou quatorzième jour, si elle 
paraît indolente. Mais, quoique ces vésieatoires 
soient nécessaires en un petit nombre de cas, vers 
le déclin de la maladie, quand la nature est trop 
fatiguée par la violence et la durée du combat , 
cependant on ne doit pas les ranger parmi les 
antiphlogistiques : car, si on les emploie trop tôt , 
ou vers l'état de la fièvre , ils pourront faire bettii^ 
coup de mal. 



12^ 



î îf F L A M M A T O 1 R E; 

ïl paraît assez fréquemment , vers la conclu- 
sion , une sueur critique salutaire, des urines 
cuites, et des selles suivies d'un grand soulage- 
ment. Qu'on se donne de garde de les arrêter, 
ni de les pousser au-delà de certain degré. Oa 
est raaintenant assez revenu de la coutume ab- 
surde de donner des médicamens échauffans dans 
les maladies inflammatoires : les gens ne craignent 
plus tant un air libre, ni d'être levé. Mais il y a en- 
core une autre erreur à détruire, savoir : l'admi- 
iiistration des antiseptiques en place des antiphlo- 
gistiques. C'est ainsi qu'on emploie souvent les 
acides grossiers des fruits non mûrs, ceux du 
règne minéral, dans les vraies inflammations du 
printemps, parce que Ton trouve que ces acides 
modèrent la chaleur et Tanxiété des fièvres pu- 
trides de Tété; mais ceiî^es, on devrait considérer 
que le danger dans une maladie putride, pro- 
vient de la dissolution du sang et du relâchement 
des solides ; au lieu que celui que présente l'in- 
flammation, avant la suppuration, provient d'une 
cause opposée, savoir : de la contexture ferme du 
sang, et des solides. Les acides grossiers susdits, 
le quinquina et les astringens rafraîchissans con- 
viennent à un sang dissous et à des solides relâ- 
chés ; mais il faut d'autres médicamens, quand la 
texture du sang et des solides est trop ferme : les 
anticep tiques ne conviennent pas aux maladies 
inflammatoires , ni les anîiphlogistiques aux pu- 
trides. 






125 Î3e la CoNSTÎÏîTTIOîSr 

Dès que la coctiou a commencé à se faire, les 
malarles en général éprouvent un tremblement 
ou un degré àe froid Jébrile^ mais peu de rigueur, 
A ce, succède une augmentaiion de chaleur, et 
le paroxysme de la fièvre , sans quoi la crise est 
rarement parfaite. Cette chaleur ou trouble criti* 
que {perturbatio criiwa)^ est la fin du premier 
état de la fièvre ( celui de crudité ), et le commen- 
cement du second ( celui de suppuration); car la 
coction suivra ordinairement ce paroxysme criti- 
que, et le pus s'évacuera , en peu de temps, par 
les issues communes, si la nature n'est pas affai-* 
h\'\e» On ne doit donc pas arrêter cette sueur par 
des évacuations qui auraient été nécessaires au 
commencement de l'état de crudité; car on ne 
ferait que retarder les opérations de la nature ^ 
et rendre la fièvre de longue durée et anomale. 
Tout ce que Ton doit faire, c'est de délayer co- 
pieusement, afin que le pus ayant moins de con- 
sistance, passe aisément parles différens couloirs,; 
Depuis ce moment , on doit examiner soigneuse- 
ment les excrétions, et soutenir modérément la 
sécrétion qui paraît en défaut , afin de rendre la 
crise aussi parfaite qu'il est possible; faisant tou- 
jours attention en même temps de ne pas rallen- 
tir celle qui donnait d'abord le plus grand sou- 
lagement au commencement de la crise. 

La suppuration et l'expulsion de la matière 
yout quelquefois régulièrement jusqu'à la fin de 



ÏJYFLAMMATOlTlî!. 12^ 

îa crise, sans retour d'aucun frisson ; mais je ne 
me souviens pas d'avoir vu une crise parfaite qui 
n'ait pas commencé par un sentiment de froid 
obscur; froid qui est alors suivi d'une angmen» 
tation de chaleur , et enfin des signes de coction 
qui se manifestent, soit par les sueurs, soit par 
les selles ou les urines , soit même par la salive. 
C'est" là l'idée que j'ai de la résolution ; car quoi- 
que plusieurs inflammations se dissipent dès le 
commencement même, par la saignée, comme 
Sydenham le dit , sans qu'il faille attendre ou 
coction ou crise, ceci ne peut cependant avoir 
lieu qu'avant qu'il se soit formé beaucoup à'épais' 
sissement phlogislique ; de sorte que îa fièvre doit 
éprouver une espèce de coction et de crise , quand 
elle a seulement duré peu de jours. 

Il est souvent pernicieux de donner le quin» 
quina aussitôt que les signes de coction parais- 
sent , mais surtout dans les fièvres inflammatoires 
simples, spécialement quand il y a lieu de pré* 
sumer qu'elles se dissiperont par les émonctoires 
ordinaires. 

Si la fièvre est accompagnée d'une douleur fixe, 
avec battement en quelque endroit , on a de 
fortes raisons de croire que la nature médite là 
le dépôt d'une partie de la matière phlogistique, 
laquelle partie doit ensuite être évacuée par un 
ulcère. Un tel ulcère peut alors être regardé 
comme un nouvel émonctoire. Comme il supplée 



^.^8 De la Constitution . 

souvent au défliut des autres , on doit le sou^ 
tenir et l'animer, pourvu cependant que le siège 
en soit dans quelque partie qui puisse suppurer 
sans danger, comme dans Vaine ^ etc.; mais si la 
partie est membraneuse ou nerveuse, comme les 
teslicules, il faut prévenir la suppuration, résou- 
dre le flegraon ; ce qui cependant n'est que le 
moindre des deux maux; car ceci relarde souvent 
la crise ou la rend moins parfaite. Si, par exem- 
ple, il résulte une fièvre inflammatoire lente, 
pour avoir répercuté le lait, et qu'il se favsse un 
dépôt critique à une mamelle ou aux deux, l'usage 
des rcpercussifs prolonge souvent la fièvre, et 
met la \ie en danger; au lieu que si l'on met 
Tin cataplasme sur la partie, et que l'on excite 
la suppuration , tout aboutira doucement à un 
abcès qui en fera îa terminaison , pourvu que. 
l'on n'ouvre pas Tabcès avant qu'il soit bien mûr; 
à moins que Ton ne voie que le pus est résorbé 
par une fièvre heclique qui serait survenue. Quand 
il s'agit de résoudre un flegmon , ou de pré- 
venir la suppuration, on ne peut le tenter qu'en 
diminuant la force vitale , vis vitœ , ou la coction , 
par une diète peu nourrissante, les saignées, et 
en augmentant les évacuations par les émonc- 
toires comniuns. Pour cet effet, on emploie les 
diurétiques, les catbartiques comme antiphlogis- 
liques; mais ce procédé retarde les opérations de 
la nature, et l'on change par-là en maladie mo- 



INFLAMMATOIRE. lig^ 

cîerée, mais longue, celle qui était violente et de 
courte durée. Nous savons cependant, par expé- 
rience , que , dans tous les cas de flegmons 
internes, il est plus sûr d'obliger la nature à 
s'écarter de sa route et de tenter la résolution 
parce que fort souvent le pus ne peut trouver 
une issue. 

Mais c'est fréquemment sans succès que l'on 
emploie les meilleurs moyens pour résoudre un 
flegmon et prévenir la suppuration. Alors , dès 
que l'on voit que l'abcès est formé , ou que le pus 
s'est épanché intérieurement , il faut changer de 
traitement, et procurer un passage au pus , confor- 
mément au siège qu'il a pris. Quand la fièvre inflam- 
matoire est accompagnée d'une toux sèche et 
courte , de souffrance et d'oppression aux pou- 
mons, et de douleur poignante au côté, on doit 
penser que la nature médite un flegmon dans la 
poitrine, et l'intention de la cure doit être de la 
résoudre. Si , après avoir suivi le traitement anti-^ 
phlogistique , dans ces vues , pendant quelques 
jours , la respiration devient plus aisée , le pouls 
plus plein et plus mou ; que la matière cuite 
soit copieusement expectorée par une toux plus 
grande , et le malade soulagé , il est clair que la 
nature , en dépit de l'art, a produit un émonc- 
toire nouveau par les poumons. Il ne faut plus 
alors faire baisser le pouls par les mêmes saignées 
elles mêmes purgatifs que l'on suppose avoir pro- 
I- 9 



« 




'WBMI 



'i3o 



De la Cokstitûtiojn' 

curé du soulagement au commencement de l'ëtat 
de crudité de la fièvre ; mais on doit aider l'ex- 
pectoraùon par de doux pectoraux rafraichissans, 
par les vapeurs de l'eau chaude , par des fomen- 
tations , et favoriser la suppuration , en augmen- 
tant la nourriture , afin de fortifier les facultés 
concoctrices , et de les mettre en état de complé- 
ter la crise. Il faut laisser le ventre se resserrer, 
et cependant délayer abondamment. On pratiquera 
le même traitement durant la crudité, si le dépôt 
se fait au foie : il en sera de même après la coction , 
excepté que , comme dans la péripneumonie , on 
emploiera les pectoraux et les vapeurs pour net- 
toyer les poumons , on usera de doux purgatifs 
pour nettoyer le foie dans Vhépaiite. Mais il ne 
faut , ni dans l'un , ni dans l'autre cas , affaiblir 
davantage l'état du corps du sujet; c'est pourquoi 
l'on renoncera à la saignée et aux puissans anti- 
phlogistiques dans cet état de la maladie. 

Dans les inflammations simples , on distingue 
les fièvres les unes des autres , par le nom de 
l'organe sur lequel la nature paraît disposée à 
former un flegmon. Mais, dans les inflammations 
composées, les fièvres ne sont pas tant distinguées 
par le siège du flegmon , que par ses particularités, 
Su^)posons qu'un jeune sujet sanguin , d'une par- 
faite santé , ayant le sang riche , soit attaqué d'une 
fièvre contagieuse , durant les gelées et les vents 
de N.-E. , il en résulterait certainement une fièvre 




lîfFL AMMATOIRE. l3li 

inflammatoire, et il serait aisé de découvrir que 
l'inflammation netait pas simple , et qne peut-^étre 
il paraîtra une éruption ; mais on ne donnerait 
jamais à cette maladie sa vraie dénomination , 
avant que le flegmon ait paru avec ses marques 
caractéristiques. C'est ainsi qu'on distingue à peine, 
avant le septième jour de l'éruption , une petite- 
vérole bénigne, d'une petite- vérole volante d'une 
grande étendue. De même aussi, quand une fièvre 
d'accès attaque un sujet d'une constitution fort 
inflammatoire, la maladie ressemble à une fièvre 
ardente; et l'on ne peut distinguer la fièvre d'accès, 
que l'inflammation ne soit calmée en partie: c'est 
ce que l'on peut appeler l'état de crudité de la 
fièvre d'accès , lequel exige le traitement le plus 
antiphlogistique. Mais , quand l'inflammation est 
assez calmée pour permettre à la fièvre d'accès de 
se former , alors l'état suppuratoire de la fièvre 
composée commence , et le même traitement fort 

antiphlogistique n'est'plus nécessaire. Au contraire, 
il faut fortifier la diète pour favoriser la coction et 
la crise , comme je l'ai dit ci-devant à l'inflamma- 
tion simple. On doit prendre pour loi ce que la 
nature demande alors. Avant que la fièvre devînt 
intermittente, le malade ne pouvait rien souffrir 
que de léger et de rafraîchissant ; mais après 
l'intermittence , il désire des nourritures solides, 
et la nature exige quelque chose de plus substan- 
tiel pour se soutenir. Il vaut toujours mieux gra- 

Q.. 



j32 Be la Cokstittjtioi* 

duer ainsi la diète , que de donner les médicamenS 
stimulans que l'on emploie quelquefois dans ces 
lïiemes vues ; médicamens dont on ne doit user 
qu'avec nécessité , quand la nature paraît en- 

gourdie. 

Dans les cas semblables à ceux que je rapporte 
ici , j'ai toujours trouvé que les cordiaux ordi- 
naires sollicitaient l'évacuation de la matière dans 
l'état méine de crudité; ce qui fatiguait plutôt la 
nature que de la ranimer ; que l'on faisait aussi 
par-là disparaître quelquefois l'intermittence , ou 
qu'on occasionait une nouvelle inflammation , 
et qu'on se mettait dans la nécessité d'avoir recours 
de nouveau au traitement anîiphlogistique pour 
ramener la fièvre à son type. Quelques-uns ont 
recours au quinquina aussitôt que la fièvre de- 
vient intermittente ; en effet , il semble d'abord 
répondre à leurs vues {\e quinquina étant le moins 
échauffant et le plus fort restaurant de tous les 
cordiaux); la fièvre s'arrête, tout paraît assez 
bien disposé-, mais le plus souvent on a lieu de se 
repentir de sa précipitation. La matière que l'on 
a retenue par-là , cause d'autres maladies d'une 
conséquence peut-être plus mauvaise que la ma- 
ladie originale , et plus difficiles à guérir; au lieu 
que si l'on avait attendu patiemment , et sou- 
tenu le malade convenablement durant les inter- 
valles , jusqu'à ce que la nature eût pu cuire et 
évacuer la plus grande partie de la matière olfenr 



I]>rFLAMMATOIRE. 'ï33 

sive , tout serait sorti entièrement , et le quin- 
quina aurait pu être donné convenablement et 
avec avantage. 

D'autres tombent dans une erreur opposée , en 
persistant à procurer les évacuations, et à user 
du traitement antiphlogistique au second état de 
l'inflammation , comme il le fallait au premier 
état (celui de crudité). Entr'autres exemples , je 
me rappelle celui d'un médecin, qui, trouvant que 
les saignées , les purgatifs et une diète mince 
avaient, en peu de jours, rendu intermittente une 
fièvre inflammatoire , conclut précipitamment 
qu'il pouvait persister dans la même pratique 
pour évacuer toute la matière ; mais il en résulta 
que la nature ayant été troublée dans ses opéra- 
tions , il revint une fièvre continue , beaucoup 
plus mauvaise que la première. 

Le froid de l'hiver accompagné d'un temps sec, 
détruit d'une manière étonnante les acrimonies 
quelconques de nos humeurs ; c'est pourquoi nous 
voyons quelquefois des inflammations simples que 
l'on peut guérir par la saignée seule, sans attendre 
de coction ni de crise. En effet, il en est quelques- 
unes qui n'exigent pas d'autre évacuation. J'ai vu 
une fièvre pleurétique enlevée par une seule sai- 
gnée copieuse , et cela en peu d'heures. Mais si 
le froid de l'hiver ajoute une disposition inflam- 
matoire à une acrimonie déjà existante , le cas 
alors est différent , comme le dit Sydenham dans 



■*§ 



«? 



,34 ^P- l'A Constitution 

sa fausse pleurésie et péripneumonie , de l'an 1 67 5 j^ 
c. 5 , art. I. « Le temps , dit-il , fut en 1675 aussi 
» chaud qu'en été , par extraordinaire, jusque 
» ves la fin d'octobre -, et la fièvre bilieuse fit sentir 
r, sa fureur tout ce terapslà. Mais , vers la fin 
» d'octobre , la froideur et l'humidité subite de 
» l'air épaissirent toutes les humeurs , produi- 
» sirent une toux et une douleur de poitrine , 
, avec un assez grand degré de fièvre , ce qui 
» trompa bien du monde , et fit prendre cette 
» maladie pour une véritable pleurésie et périp- 
» neumonie essentielle; mais ce n'était réellement 
» que la continuation de la même fièvre bilieuse, 
» avec l'accession de ces symptômes , lesquels 
» provenaient du changement subit du temps, 
0. art. 2 ; car cela commença , comme il arrive 
» toujours, par une douleur à la tète , au dos , aux 
^ lombes , ce qui faisait les symptômes de toute* 
» les fièvres de cette constitution , excepté seu- 
» lement que la matière fébrile une fois déposée 
j, abondamment au poumon et à la pleure par 
» la violence de la toux , occasiouait les symptômes 
» paruouliers à ces parties. Néanmoins, la fièvre, 
,, autant que je pus l'observer , était la même que 
»> celle qui domina jusqu'au jour où la première 
» toux parut : ce que prouvèrent aussi les remèdes 
» qui furent suivis de succès. Quoique la douleur 
„ poignante de côté , la difficulté de respirer , la 
ï. couleur du sang que l'on lirait , et les autres 



Ï^TTLAMM ITOIRE. 'l35 

» symptômes ordinaires à la pleurésie, semblassent 
t> indiquer que c'était une pleurésie essentielle , 
3) cette maladie ne demandait cependant d'autre 
» traitement que celui qui convenait à la consti- 
*> tution actuelle , et n'admettait aucun de ceux 
» qui convenaient à la vraie pleurésie : joint à cela 
» que quand la pleurésie est la maladie primitive, 
D elle arrive sur la fin du printemps ; au lieu que 
» la maladie dont il s'agit commença dans diffé- 
» rens temps, et ne doit être regardée que comme 
» un symptôme de la constitution atrabilieuse , 
» accompagnée d'une toux accidentelle, a 

Il nous marque conformément , art. lo , sa mé- 
thode curative,à l'occasion du fils aîné de F. Win« 
dham : « Je ne le saignai qu'une fois, lui appliquai 
» un grand vésicatoire sur le dos , ordonnai des 
» clystères tous les jours , des tisanes rafraîchis^ 
3) santés et des émulsions , quelquefois du lait et 
» de l'eau , de la petite bière pour boisson , lui 
» conseillant de se lever quelques heures chaque 
» jour : par cette méthode, il recouvra la santé 
^> en peu de jours ; et une purgation coiiipléta h 
» cure. » 




DE LA CONSTITUTION 

CATARRHEUSE. 

j4près avoir ainsi donné un court exposé de l'ori- 
gine, des progrès et de la terminaison de l'inflam- 
malion simple, et décrit la nature de l'inflamma- 
tion composée en général , je passe à un détail 
succinct de ces épaississemens morhifiques ^ qui ^ 
lorsqu'ils se joignent à une disposition inflamma- 
toire , constituent les fièvres que nous voyons ici 

tous les hivers. 

J'ai déjà fait mention de la première , c'est-à-dire, 
de la fièvre d'hiver de Sydenham, comme étant le 
produit direct du commencement de la constitu- 
tion inflammatoire, et le résidu de l'atrabile. Ea 
effet , si tout Thiver est fort serein , cette fièvre 
devient fréquente et longue ; mais, vers la fin de 
janvier , quand la constitution inflammatoire a 
subsisté quelque-temps, elle fait place à un épais- 
sissement morbifique de nature différente , que 
j'appelle èpaississement catarrheux , et qui , se 
joignant à la disposition inflammatoire, se mani- 
feste sous quatre formes différentes : ce sont, i.« la 
toux ; 2 o le rhumatisme ; 3.« l'érysipèle ; 4-" 1^ 
dysenterie. Ces maladies me paraissent assez de 
la même nature, parce que, pendant les quatorze 
années dernières , elles ont régulièrement et cons- 
tamment paru en même temps , et ont exigé le 



De la Constitution citaurheuse. 13/ 
rnême régime et le même traitement. Je les ai aussi 
vues se changer l'une en l'autre par une méthode 
indiscrète ; et elles diffèrent principalement par le 
siège du flegmonoide (tumeur qui lient de la na- 
ture du flegmon ) , ou par l'organe sur lequel elles 
se jettent. Bip, de Morb, sect 4, fait mention d'un 
érysipèle des poumons avec une expectoration 
ténue , copieuse , qui produisit une péripneu- 
monie ; et il observe que la péripneumouie cessa 
dès que la matière expectorée devint épaisse. De 
vet» Med. sect. 33. 

On éprouve dans toute l'Europe cet épaississe- 
me/z^ca^a/r/zewx pendant cette saison La fluxion de 

poitrine est aussi-bien connue en France , que la 
toux catarrheuse du printemps en Angleterre. Mais 
la maladie est beaucoup plus dangereuse en Angle- 
terre , pour deux raisons : i.« à cause du passage 
subit du froid au chaud , et vice versa', 2.«àcause 
de l'humidité de notre printemps. Le premier in- 
convénient jette le trouble dans le genre nerveux; 
le second arrête la transpiration ; de sorte que dans 
cette saison nous sommes plus susceptibles d'amas- 
ser l'acrimonie appelée scorbut ; joint à cela , l'usage 
constant que nous faisons des nourritures animales 
et des liqueurs fermentées qui sont nos seules bois- 
sons. La viande et les liqueurs fermentées ont plus 
détruit d'Anglais , que l'épée , la peste et la fii mine ; 
et il est impossible dans ce pays-ci de prévenir ou 
de guérir un catarrhe dans des complexions qui en 




r 



i38 De la Constitution 

sont naturellement susceptibles, sans multiplier 

les vëtemens et affaiblir le régime. 

Il y a quatre choses à considérer dans les ma- 
ladies de cette constitution : i.o le degré d'inflam- 
mation qu'il faut modérer par un traitement anti- 
phlogistique convenable ; 2.0 le degré d'acrimonie 
qu'il s'agit de délayer et d'envelopper par une 
diète douce et rafraichissante , telle que le miel, 
le sucre , les légumes , les semences, le lait de pré- 
sure j les fruits mûrs conservés , ou secs, ce qui 
modère la douleur , et conséquemment la violence 
du mouvement et delà chaleur; 3 « l'état des solides 
soit rigides , soit relâchés; car il est bien difficile 
de détruire un rhumatisme dans les vieillards d'une 
complexion rigide , quoiqu'ils se tirent aisément 
d'une toux catarrheuse. Mais le catarrhe est de 
longue durée , et dangereux dans les jeunes gens 
qui ont la fibre délicate et les poumons tendres, 
et cela depuis dix-huit ans jusqu'à vingt-six ; 4.° l'état 
des fluides, lequel ne dépend pas toujours de celui 
seul des solides ; car j'ai vu un homme âgé , fort , 
laborieux , dont les fibres étaient fermes et élas- 
tiques , et dont le sang était en même temps acre, 
et même dissous par un régime acrimonieux, et 
par un épaissïssement{\) scorbutique. D'un autre 

(i) L'idée de M. Grant se trouve bien développée par Car- 
tlieuser. u Cet épaississement muqueux très-tenace , et qui , dans 
» cette maladie , couvre le sang d'une saignée , d'une croûte 
-» semblable à du lard, contracte , par sa stagnation conti- 



CATARRHEUSE. Î^Q 

côté , j'ai YU de jeunes filles , d'une mine délicate, 
ayant la peau tendre et d'un beau teint , avoir le 

sang fort épais. 

Ces considérations nous mènent aisément aux 
moyens nécessaires pour traiter cette espèce de 
fièvre dans les complexions différentes , jusqu'à ce 
que la nature ait eu le temps d'exécuter la coction: 
alors elle nous conduira à l'expulsion dans le temps 
propre, et de la manière qui convient le mieux à 
chaque complexion. Je suivais, en écrivant ceci le 
a3 février 1769 , trois différentes personnes atta- 
quées de fièvres erysipélateuses , et actuellement 
convalescentes après l'expectoration aisée , modé- 
rée , dline matière bien cuite qu'elles rejetèrent 
des poumons. J'ai. vu un rhumatisme aigu se ter- 
miner en partie par une fluxion sur les poumons, 
mais plus fréquemment par une dysenterie, ou par 
àc5 selles fort douloureuses. C'est peut-être ce qui 
engagea Sydenham à traiter le rhumatisme par les 
saignées et les purgatifs seuls , avant qu'il eût dé- 
couvert les effets du petit-lait de présure et d'une 
diète sévère , comme on le voit par ses derniers 
ouvrages. En effet , l'erreur que Ton commet le 
plus ordinairement de nos jours dans la manière 
de conduire toute cette constitution , c'est de ne 



» nuelle , une corrui^tion putrilagineuse ; les sels mixtes s'aîca- 
» lisent indifféremment, prennent une nature très-pénéîrante , 
1) et toute la masse muqueuse se résout en un fluide extrêmement 
); caustique. PathoL , ï. II , p. 753. 



m 



j4o De la C0]>fSTlTUTI0TT 

pas avoir assez égard à la diète. On devient même 
impatient avant les quarante jours révolus ; on 
jî observe pas la diète convenable ; on se fonde sur 
des drogues , et des recettes secrètes qui empê- 
chent souvent la coction, et rendent impossible 
la cure radicale. Au lieu que si l'on se mettait à 
îa diète de^ farineux , du pain , des fruits , des lé- 
gumes , du petit-lait de présure pendant un temps 
convenable , la nature effectuerait une coction par- 
faite , lentement , il est vrai , mais avec sûreté ; et 
Vépaississement morbifique , ayant été totalement 
cuit, pourrait être évacué aisément, librement 
et sans reste ; et certes le vrai moyen de se tirer 
d'affaires dans ces affections, c'est, conformément 
au vieux proverbe , dêtre long-temps malade. Ce- 
pendant , il faut faire attention au siège du flegmon , 
et la méthode curative doit être variée en consé- 
quence. 

Il est donc évident , par cet état du cas actuel , 
qu'il y a dans tout catarrhe quatre indications pour 
la cure : i.» de faire cesser l'inflammation ; 2.0 de 
délayer et d'envelopper Vépaississement morhifique; 
3.« de l'évacuer petit à petit , proportionnément à 
îa coction qui se fait , et cela par l'issue qui sou- 
lage le plus, tâchant en même temps de défendre 
et de garantir de sa destruction l'organe affecté; 
4.° de ramener les parties solides à leur ton naturel. 

Ce que nous avons dit du traitement anîiphlo- 
gistique, répond à la première indication. Ou rem- 



CATARRKEUSE. l/jî 

pîlra la seconde par un régime adoucissant très- 
exact , en y ajoutant les remèdes que Ton sait avoir 
quelque efficacité pour guérir l'acrimonie particu- 
lière de chaque sujet, comme sont la bile, la goutte, 
le scorbut, les dartres , les écrouelles ou la vérole. 
La troisième indication étant d'évacuer conve- 
nablement Yépaississement morbifique , il faut beau- 
coup de vigilance et de prudence , pour plusieurs 
Taisons. iP La coction est difficile , lente et par- 
tielle ; 2.0 la matière est fort acre et irritante ; 3.® elle 
n'est jamais toute évacuée par les émonctoires 
communs; il s'en décharge toujours quelque par- 
tie par le flegmon , ou par le siège où la nature 
a dirigé la fluxion. Or , le flegmon se formant 
souvent sur une partie noble , il pourrait j 
ïivoir du danger de molester cette partie-là ; de 
même que nous n'osons employer les répercus« 
sifs , de crainte d'augmenter la fièvre. J'ai même 
remarqué que les répercussifs paraissent plutôt 
augmenter le mal des parties affectées , que de l'ar- 
rêter. Il n'est donc pas étonnant que l'on commette 
plusieurs erreurs à ce période de la maladie. Le 
temps considérable qu'il faut pour conduire le tout 
comme il est besoin , la douleur de la partie af- 
fectée , l'ennui du régime , et la grande difficulté 
de porter remède aux symptômes urgens , sans 
courir le risque de retarder les efforts salutaires 
de la nature , tout concourt à rendre la cure fort 
difficile. 




2S 



1 4*? B E LA C O Pf S T T T U T I {) rf 

Quand je considère ces différentes espèces d*a*' 
crimonies inhérenles à chaque constitution , le 
nombre des maladies, les petites-véroles, les rou- 
geoles, le^ toux convulsives, et plusieurs autres 
fort communes dans cette saison là , et compli- 
quées avec la constitution caîarrbeuse épidérai- 
que; quand je vois le régime impropre, que la 
plupart des sujets tiennent pendant cette saison 
et les irrégularités où ils tombent alors; l'admi- 
nistration maladroite de médicamens très-actifs, 
je suis étonné qu'un si grand nombre de gens 
échappe à cette phthisie incurable, si fatale à la 
jeunesse des deux sexes de ce royaume. Il faut ce- 
pendant observer que ceux qui n'en sont pas 
péris, ont eu la constitution ruinée par le traite- 
ment téméraire et ignorant de ce qui avait l'ap^ 
parence cTun petit rhume. 

Il y a quelques années qu'un jeune homme ^; 
d'une bonne santé, d'un tempérament sanguin , 
fut attaqué d'un coryze, L'écoîdement du nez était 
si acre, qu'il excoria les narines et la lèvre supé- 
rieure. Il eut une petite inflammation au gosier, 
avec quelque enrouement le second jour, ce qui 
fut suivi d'un léger prurit, et de toux le troisième 
jour. On traita cette affection de rhume, et on 
le regarda comme la suite d'une transpiration ré- 
percutée. On lui fit donc prendre beaucoup de 
diaphorétiques, mais sans rien changer à sa diète. 
Il prit tous les jours quantité de mixtures hui- 









mmmm 



CATAïllUlEtJSE* l43 

leuses volailles, et de ritiit une potion avec l'élixir 
parégorique. Je le vis au troisième jour de ce 
traitement, le sixième de sa maladie. Il avait le 
gosier de couleur pourprée sombre , telle que celle 
d'un érysipèle : le gosier, à la vérité, était peu 
enflé , mais brûlant et douloureux. Toute la gorge 
était même si douloureuse, qu'il était contraint 
d'arrêter sa toux, malgré la peine que lui faisait 
le prurit. Des deux côtés, il sentait tout le lon^r 
des fausses-côtes une douleur poignante rhumatis- 
male , qui lui affectait la respiration. Il avait des 
boutons érysipélateux sur les épaules et derrière 
le cou ; de fréquentes envies d'aller à la selle, avec 
beaucoup de douleurs de colique et un ténesme : 
il paraissait avoir le visage et la télé enflée; on 
voyait évidemment qu'il ne respirait qu'avec peine , 
et qu'il était fort entrepris. Son pouls était moo , 
plutôt petit, ne passant pas cent battemens dans 
une minute, mais irrégulier : il rendait peu d'uri- 
nes, et ces urines étaient hautes en couleur et 
crues. Mais il y avait eu dans quelques-unes un 
sédiment jaune , la veille du jour que je le vis.- 
Sa peau était chaude, la bouche sèche, la soif 
continuelle; bref, il présentait tous les symptô- 
mes de cette constitution ; érysipèle à la peau , 
aux poumons, aux intestins et un rhumatisme* 
Dans ce cas, je pensai qu'il y avait eu défaut de 
sécrétion et d'excrétion , ce qui avait été cause de 
celte matière catarrheuse, et d'un degré d'inflam- 






m 



jy^ De la Constitutiojî? 

ma f ion à la membrane de (\) Schneider : je crus 
aussi que les alcalis volatils eî l'élixir parégorique 
avaient augmenté l'acrimonie et rendu Tinflam- 
mation universelle; que la difficulté de respirer 
et Fengorgement des poumons étaient directe^ 
ment la cause de ce pouls mou, petit, irrégulier, 
et que les douleurs de colique et les selles ve- 
naient en partie de la même matière acre qui 
s'était manifestée au gosier, aux lèvres, au nez 
et aux épaules. Il y avait donc une vraia inflam- 
mation compliquée, et q4i'il fallait traiter selon 
les indications ci-devant énoncées. A cet effet, 
j'ordonnai de copieuses saignées, un clysîère émol- 
lient avec du miel, et une infusion de graine de 
lin, rendue fort acide, à prendre chaude conti- 
nuellement. Sa boisson fut adoucie avec du miel, 
et les poumons furent souvent fomentés avec les 
vapeurs de la même boisson chaude. Quelques 
heures après, les tranchées augmentèrent, ce qui 
fut attribué au miel et à Tacide. Je substituai le 
sucre au miel; mais j'insistai sur les oranges de 
Séville, et j'ordonnai une purgation avec la manne 
et le tartre soluble dans une émulsion d amandes. 
Le septième, jour j'examinai le sang au malin, 
je le trouvai couvert d'une couenne jaune, épaisse; 
la sérosité en était fort jaune, et en petite quan- 
tité. Le malade, avait fait plusieurs selles durant 



(i) Fo/ez Banhol. Anat. L. III, cb. 12. 



C A T A R E II Ë U s E. ï 4^ 

la nuit, sa.ns tranchées; ses intestins étaient libres; 
le pouls devint plus p'ein et plus prompt; la 
respiration était fort soiilagée; mais la toux était 
toujours fort pénible, et les douleurs rhumatis- 
males augmentaient. Tout ceci me confirma dans 
l'opinion qu'il fallait évacuer; que l'aggravation 
de la toux et du rhumatisme n'était que l'effet 
d'une circulation plus libre. Je ne vis pas les 
urines; la douleur du gosier était diminuée, et il 
prit beaucoup de breuvages acidulés de différentes 
espèces. L'après«raidi, plus de colique, ni de dé- 
voiement ; les urines étaient plus abondantes, 
raoins colorées, mais crues. Sa grande souffrance 
était une toux dure et fréquente, et une douleur 
violente aux deux côtés. J'ordonnai une seconde 
saignée copieuse pour faire cesser ces symptômes, 
et de continuer les boissons comme auparavant, 
y ajoutant un looch d'égales parties de miel , 
d'huile et de gelée de groseilles. Le soir , le pouls 
était mou , égal et fréquent ; la respiration bonne , 
la toux fréquente , et semblait entretenir la dou- 
leur des deux côtés. J'ordonnai de fomenter aussi 
les côtés; j'ajoutai un peu de diacode au looch ^ 
et un peu de nitre avec de l'oxymel simple aux 
boissons, qui étaient une infusion de graine de 
lin, des décoctions pectorales, et du petit-lait de 
beurre. La diète était du Sagou (i), de la panade, 



(i) Voyez le Nouv. Dispens. de M. Lewis, 



I. 



10 





■■■ 




1^ 



CaV^ 



\![G De la CoNSTiTîjTiO]>r 

du gruau, du paiu avec du fruit, ou des gelëe^ 
de fruit. La couenne du second sang était plus 
ferme et plus épaisse que celle du premier ; il y 
avait dans ce second plus de sérosité , et elle 
n'était pas si jaune. 

Le matin du huitième jour , je trouvai qu'il 
avait un peu dormi, et ne se plaignait pas tant 
du gosier ni de la poitrine. Mais la douleur des 
deux côtés était excessive; ces parties semblaient 
même enflées , et douloureuses au toucher ; j'y fis 
appliquer les ventouses, et il se trouva mieux le 
soir. Le pouls ne battait qu'environ cent fois , 
mou et égal. Les éruptions du cou et des épaules 
étaient éteintes , la respiration bonne ; la peau 
n'était plus chaude , mais fort sèche. Le malade 
prit un lavement le soir , parce qu'il n'avait pas 
eu de selles. 

Ce traitement fut ainsi continué jusqu'au qua- 
torzième jour , que les douleurs rhumatismales se 
passèrent entièrement ; mais la toux persévérait 
toujours forte et sèche. Les battemens du pouls 
allaient toujours à cent environ ; les urines étaient 
variables , mais assez abondantes , et les selles 
bien régulières. Il commença à prendre uneémul- 
sion d'amandes avec le camphre , l'esprit de Minder 
et la chaux d'antimoine, et il mit plus d'oxyrael 
dans ses boissons. 

Au vingt-deuxième jour , ses crachats parurent 
un peu teints de sang, ce qui augmenta jusqu'au 



CATARRHEUSE. t47 

Vitigt-qnatrième que je lui ordonnai de quitter 
Témulsion ; il ne prit plus de drogues que l'oxy- 
niel, parce que l'expectoration était alors assez 
poussée. Je lui tins le corps libre par les lave- 
mens, fis ouvrir un cautère aux deux bras, le 
mis à la diète du lait, du fruit et des farineux. Il 
continua de tousser, cracher jusqu'au quarante- 
deuxièipe jour qu'il commença à reprendre des 
forces. La toux fut plus modérée et moins fré- 
quente; mais elle ne cessa quau soixante-cin- 
quième jour. Alors il commença à prendre un. 
peu de viande une fois par jour, quelque exer» 
cice, et l'air de la campagne. 

Il est donc évident qu'une partie de cet épais^ 
sissement morbifîque se précipita par les intes- 
tins au commencement; qu'il s'en déchargea une 
plus grande quantité par la peau, mais que l'éva- 
cuation principale s'en fit par les poumons, ce 
qui continua quarante jours pleins, avant que le 
sang fût parfaitement épuré. Il ne faut donc pas 
être surpris de l'opiniâtreté des rhumatismes , des 
fluxions et des toux qui arrivent au printemps. 

J'ai constamment remarqué que les jeunes gens 
d'environ dix-huit , dix-neuf ou vingt ans , qui 
étaient attaqués d'un catarrhe au mois de janvier 
ou février , et qui se rétablissaient en avril ou juin, 
n'échappaient jamais le retour du catarrhe au prin- 
temps suivant ( quoiqu'ils fussent bien selon toutes 
les apparences durant l'été, la moisson et rhiver)^^ 

10.. 



k.v. 



iA8 



De la CONSTITtJTIOiy 



jusqua ce qu'ils eussent passé vingt-cinq ans , â. 
moins qu'ils ne fussent bien fortifiés duran t la mois- 
son et l'hiver avec des resîaurans et des antisep- 
tiques, ou nefussentheureaseraent attaqués d'une 
fièvre d'accès , laquelle les guérissait radicalement 
du catarrhe , si elle était bien conduite. Mais , si 
on i'arrëte mabà-propos avant que la constitution 
soit entièrement changée , la maladie s'opiniâtre , 
€t, assez communément , dégénère alors en phthi- 
sie : en voici un exemple. 

Miss P. A. , âgée de dix-sept ans , après avoir 
danséquelques heures, fut saisie, en 1765, d'une 
douleur à la région du foie , à laquelle succéda 
^une jaunisse. Cette douleur fut dissipée entière- 
ment en deux mois ; mais elle en éprouvait le 
retour au premier effort violent qu'elle faisait. Au 
commencement de février 1757, elle fut prise d'un 
rhume , et d'une petite toux qu'elle négligea jus- 
qu'au onzième jour qu'elle éprouva la première ri- 
gueur réelle d'une fièvre. Les symptômes étaient , 
jj.oune toux sèche, fréquente; 2.0 une douleur cons- 
tante à la partie antérieure de la tête ; 3.° le retour 
de l'ancienne douleur de côïé ; 4-° 1^ peau très- 
çhaiidc ; 5.» un pouls fréquent, mais peu plein; 
6.^ des urines pâles et crues; 7 "le ventre resserré, 
avec grande inquiétude ; 8." la langue blanche , 
mais pas trop chargée. On traita cela de fièvre ner- 
veuse de Huxam. On donna donc à la malade la 
potion saline de ce médecin, avec ordre de garder 



tîATARRHEUSK. ï4q 

îe ht , de boîre une infusion de menthe , et du 
petit-lait fait avec da vin de Canarie. Je fusappelé 
le soir, quatorze de février , lequel était le qua- 
trième jour de la fièvre déterminée. Je la trouvai 
toute en sueur ; elle se croyait même par-là un 
peu soulagée du mal de tête. J'ordonnai de joindre 
deux gros de manne à chaque prise de sa boisson , 
et de lui donner un lavement aussitôt que la sueur 
aurait cessé. 

Le matin suivant , cinquième jour , je trouvai 
que la sueur ne l'avait point soulagée , tous les 
symptômes étant même augmentés : la langue était 
devenue chargée, quoique le lavement et la manne 
eussent procuré trois selles copieuses. Le pouls 
était devenu ferme ; le visage bouffi, avec un tin- 
tement d'oreille fort inquiétant : elle avait une 
toux fréquente , dure , sèche, et une augmen- 
tation considérable de douleur à la région du foie. 
Je fis tirer deux onces de sang. La malade s'éva- 
iiouit, revint promptement , mais le pouls ne baissa 
pas. J'ajoutai dix grains de nilre à la potion sahne , 
pour en prendre toutes les quatre heures. 

Sixième jour. :N'uit inquiète , petite sueur , point 
de soulagement; toux fort pénible. J'ordonnai une 
émulsion d'amandes , de graines de pavots, de sirop 
de limon , avec les boissons. 

Septième jour. Même état à peu près , excepté 
qu'elle ne se plaignait de la tête que quand eile 
toussait. Petite quantité d^ua sédimem blanc. 




l5o De la. CONSTITUTIOTf 

comme de la fleur de farine dans l'urine. Elle avait 
eu une selle délayée pendant la nuit ; mais elle 
n'avait pas d'envie de sortir du lit. Je continuai 
les mêmes médicamens. 

Huitième jour. Pouls un peu plus mou , quelque 
sédiment dans un verre d'urine, anxiété un peu 
moindre ; on l'avait levée pour faire le lit , mais 
elle ne le soutint pas ; toux fort pénible, augmen- 
tation de douleur de tête et de côté: mêmes médi- 
camens continués. Le soir , les règles parurent en 
petite quantité , comme il lui était ordinaire, mais 
plutôt moindre que de coutume. 

Neuvième jour. Les règles continuèrent , mais 
en fort petite quantité. Point de sédiment dans 
l'urine. Pouls fréquent et petit , mais point dur. 
J'ajoutai vingt gouttes de teint, castor, sel, volât. 
à chaque prise de la boisson : la même émulsion 
fut continuée. 

Dixième jour. Les règles étaient un peu augmen» 
tées; les urines beaucoup plus foncées : les autres 
symptômes modérés. Elle avait un peu sué, comme 
elle avait coutume , pendant la nuit ; mais n'avait 
point eu de selles depuis cinquante heures; alors 
]e lavement fut réitéré. Boisson et émulsion conti- 
nuées. 

Onzième jour. Le lavement lui procura trois 
selles et un grand soulagement. Mêmes médica- 
mens continués ; mais la diète un peu moins ri- 
goureuse. 



Catarrheuse. ^iSï 

Douzième jour. Sédiment dans toutes les urines: 
selles abondantes pultacées. Les règles cessèrent 
totalement: beaucoup de mieux à tout autre égard. 
Pouls toujours un peu fréquent. Les potions 
salines données seulement soir et matin. Une prise 
d'infusion de camomille à midi , et un verre de 
vin rouge après dîner. 

Treizième jour. La nuit du douze à celui-ci , 
deux grandes selles noirâtres ; et la malade était 
toujours mieux. Même traitement , excepté que 
lions augmentâmes l'infusion de fleurs de camo- 
mille , permîmes quelque peu de viande légère au 
dîner et un autre verre de vin. 

Quatorzième jour. Yers les dix heures du matin, 
elle semblait beaucoup mieux ; mais , à quatre 
heures après midi , elle fut saisie d'un spasme à 
l'estomac , qui paraissait, au tact , resserré en un 
dur peloton. Son visage devint violet ; le pouls 
petit. Ceci fut regardé comme un symptôme hysté- 
rique : ainsi elle prit une potion volatile avec de 
Vélixir parégor. On lui mit un emplâtre de thé- 
riaque avec de Vhu'ûe àe macis sur l'estomac. J'or- 
donnai l'eau de poulet, et le petit-lait fait avec du 
vin ; mais il n'y avait pas eu de selles pendant 
vingt-quatre heures. 

Quinzième jour. Nuit assez passable. En effet , 
la peau avait toujours été moite ; mais point de 
soulagement ; car la chaleur était grande , le pouls 
plein, très-fréquent , mais point dur. Urines abon- 



f 5à 



De LA Constitution' 

clantes ; beaucoup de sédiment dans chaque verre; 
Bouche sèche ; soif continuelle. La dureté qui 
s'était manifestée à l'estomao , s'étendait du côté 
droit , le long de la région du foie. La malade y 
sentait une oppression , et paraissait fatiguée et 
abattue. Je réitérai les potions salines avec la 
manne, ordonnai un lavement, et ajoutai un paré- 
gorique pour la potion de la nuit seulement. 

Seizième jour. Le soir de ce jour, elle empirait; 
elle eut un tremblement , après quoi parut une 
sueur abondante universelle. Un lavement opéra 
vue fois. Je ne vis point de mieux : car la douleur 
et la dureté de l'estomac persévéraient , et les yeuîC 
jaraiissaieut. La selle était fort jaune : la malade 
vomit un peu de bile, avait une soif inépuisable ; 
la langue sale et chargée, le pouls plein , fréquent, 
mou ; la peau très-chaude et moite Les forces de 
la malade se soutenaient *^tonnamment: le lavement 
fut réitéré. Elle prit, toutes les six heures , une 
émulsion avec deux onces de manne, une potion 
saline avec du sirop de violette. Elle eut trois 
selles le soir, et fut beaucoup soulagée sur les dix 
heures du même soir. Elle changea de linge après 
la sueur , parut avoir envie de dormir. Sédiment 
dans les urines. 

Dix-septième jour. La nuitprécédente, elle avait 
encore eu trois selles. Les yeux étaient plus clairs» 
la tète sans douleur ; la fièvre diminuée ; la sueur 
plus modérée ; la chaleur et la soif moindres , la 



C A T A R R II E U s E* ' 

langue assez nette , l'urine foncée et chargée , et 
ks selles n'étaient plus si jaunes; mais la toux 
revint , fut fort pénible , et lui fatiguait le côté. 
Elle expectora avec difficulté , et les crachats 
étaient tenaces : il parut une éruption à l'os sacrum 
et aux osinnominés, laquelle l'empêchait d'être 
couchée sur le dos. Elle ne pouvait , sans difficulté, 
rester sur le côté droit affecté , et point du tout sur 

le gauche. 

Dix-huitième jour. Je trouvai, le matin , qu'elle 
avait eu beaucoup de mal à l'estomac pendant la 
nuit , et qu'à l'aide de quelque peu d'infusion de 
camomille, elle avait rejeté une matière fort teinte 
de bde ; après quoi, le lavement hit réitéré : elle 
eut deux selles. Mêmes potions continuées. Elle 
se trouva fort à l'aide : le pouls se modéra ; il parut 
par tout le cou et l'estomac une éruption mihaire 
considérable. La fièvre revint à la nuit , quoique 
non aussi violente qu'auparavant. L'éruption aug- 
menta ; toux modérée ; vésicatoires appliqués sur 
le dos ; potions continuées. 

Dix-neuvième jour. Nouveau mal à l'estomac ; 
vomissement d'une manière en grande partie jaune; 
après quoi , quatre selles de même espèce. Potions 
continuées , et beaucoup d'eau de poulet, très- 
légère. On ota les vésicatoires à midi : beaucoup 
de mieux apparent à huit heures du soir. L'urine 
âvail été fort épaisse tout le jour , et déposa um 
sédiment copieux. 



k.^. 



^^4 De la Constitution 

Vingtième jour. Ce matin , je trouvai qu'elle 
avait assez bien reposé ; que la fièvre était peu de 
chose , le pouls mou et grand. Elle avait cependant 
été assez incommodée , avait vomi , et avait été 
purgée comme le jour précédent ; mais le soir elle 
fut délivrée de sa douleur et de son mal d'estomac. 
Vingt.et-unièmejour. Elle continua de se trou- 
ver mieux ; mais elle fut purgée , et vomit comme 
atiparavant. J'ajoutai donc une teinture vineuse 
de rhubarbe 2iu^ potions. Le soir, elle put se tenir 
ievée, dit qu'elle se sentait un peu d'appétit. Elle 
laangea donc un peu de poulet du pot, et avec goût. 
Vingt-deuxième jour. Le mieux continuait au 
matin. J'ajoutai aux potions d'hier quelques gouttes 
de teinture de quinquina de Huxara. Le vomisse- 
ment reparut de bonne heure dans la matinée , 
quoiqu'elle eût eu une très-bonne nuit. A midi , 
elle se trouvait fort à l'aise. Les urines étaient 
toujours jaunes , mais avec moins de sédiment. 
On fit passer l'a malade dans une plus grande 
chambre ; après quoi elle eut deux ou trois selles 
tous les jours , se refaisait petit à petit jusqu'au 
vingt-six que la fièvre revint le soir , avec diffi- 
culté d'avaler; mais elle se passa par degrés, moyen- 
nant quelques selles abondantes, vers le vingt-sep- 
tième et le vingt-huitième ; durant tout lequel 
temps mêmes potions et même diète. 

Vingt-neuvième jour. Deux selles copieuses ce 
jour-là. La malade parut mieux. 



CATATIIIHETJSE. ï 5 J 

Trentième jour. Point de mal d'estomac, de 
toux, de douleur, qu'en avalant. En examuiant 
le gosier, je remarquai des aphthes blancs , d'une 
apparence de lard. Mêmes potions, même diète, 
jusqu'au trente-troisième jour que les aphthes de- 
vinrent très-incommodes. Jordonnai alors une 
décoction de quinquina avec un gargarisme de 
jus de navet, de miel rosat et d esprit de soufre. 
Ceci fit disparaître les aphtes en quatre jours. 
Après quoi la malade parut se refaire d'un jour 
à l'autre; les mois revinrent comme de coutume 
le 4 d'avril; et au commencement de mai elle fut 
parfaitement rétablie. 

En examinant soigneusement cette fièvre, je 
crois avoir raison de conclure que l'on avait né- 
gligé beaucoup de choses qui méritaient atten- 
tion, surtout la toux légère, et le rhume qui avait 
précédé la fièvre déterminée, comme ses avant- 
coureurs , terrentia morbi. Quand un jeune sujet 
est pris au printemps des symptômes ordinaires 
de rhume, tel que de coryze ^ douleur au gosier, 
toux avec prurit, et autres semblables , il faut les 
considérer comme les avant-coureurs d'une fièvre 
catarrheuse : ainsi l'on doit réduire la diète dès 
l'instant. Les malades doivent être garantis de l'air 
de la nuit, se coucher de bonne heure, et rester 
le matin au lit un peu plus que de coutume; 
s'abstenir aussi de tout fort exercice, jusqu'à ce 
que ces symptômes tombent; mais , s'ils ne s'abat- 



'^m 



i56 De la Constitution 

tenl point sous quatre jours, il faut une saignée' 

le malin du cinquième, et prendre un vomitif le 

soir. Si les symptômes persistent, il faut purger 

le matin du sixième , et donner un lavement tous 

les jours, jusqu'à ce que la chaleur diminue enfin, 

ou qu'il paraisse une expectoration douce, aisée; 

pendant ce temps-là, il ne faut pas que le malade 

reste au lit tout le jour, ni pousser les sueurs du 

matin, quoiqu'il résulte beaucoup de soulagement 

d une douce transpiration naturelle pendant les 

heures ordinaires du sommeil. Mais, dans le cas 

détaillé ci-devant, l'on avait tenu la malade dans une 

transpiration abondantecontinuelle, depuis lèpre- 
niier jour de la fièvre jusqu'au quatrième, par le 
moyen de la chaleur du lit, du pelit-lait de vin , des 
boissons salines et d'autres médicamens sembla- 
bîes, sans,au préalable, avoir fait précéder aucune 
évacuation. Le quatrième jour, celui où je la vis 
la première fois, la sueur était excessive; je crai- 
gnis même de la troubler : j'ajoutai cependant la 
manne aux potions, et je lui lâchai le ventre par 
un lavement; mais je différai la saignée jusqu'au 
matin suivant, au lieu delà faire changer de lin ^^e, 
et de la saigner immédiatement : eni^uite on au- 
rait dû donner un vomitif purgatif, et, le matin 
suivant, un doux purgatif. Du cinquième jour, 
nous passâmes assez bien au septième. Les symp- 
tômes paraissaient beaucoup diminuer ce jour-ci; 
il y eut des signes de coctioa , tant par une 



CATA RrxUEUSE. i^-j 

petite expectoration, que par un petit dépôt dans 
les urines. Le huit, les signes de coction parais- 
saient encore plus caractérisés par ce sédiment 
des urines , par le faible flux des règles avec 
grande diminution des symptômes; mais il n'y 
eut point de selles, ni ce jour, ni le précédent. 
Le neuf, le ventre était toujours resserré; l'urine 
devint plus foncée et plus crue.' Dans cet état, 
au lieu de lâcher le ventre par un lavement , 
comme nous l'aurions du pour enlever la ma- 
tière morbîfique par la voie qui avait soulagé, 
nous ajoutâmes vingt gouttes de teint, castor, et 
autant de sel volaL pour solliciter les règles. 
Le dix, cependant nous découvrîmes notre er- 
reur; nous donnâmes un lavement purgatif qui 
fit faire trois selles, et produisit de favorables 
apparences le onze. Le douze, tout allait bien; 
mais, non conîeos de cela, nous lui fîmes pren- 
dre six onces d'infusion de camomille comme 
fébrifuge, et l'augmentâmes jusqu a neuf onces le 
treize et le quatorze, ordonnant en même temps 
quelques nourritures animales un peu solides, 
et un verre de vin à midi. L'effet fut un spasme 
à l'estomac, et plusieurs autres symptômes de 
fièvre putride; car la matière morbîfique avait été 
retenue, au lieu d'être évacuée après la coction; 
la viande et les amers l'avaient même aigrie. Le 
seize, il est viai, il en sortit une partie par les 
selles, mais li y en avait encore de mêlée avec 



' Jr, 




]53 T)E LA GoKSTJTUTIOîq^ 

la niasse du sang» et qui fut déterminée par îa 
nature à se jeter sur l'os sacrum et les os inno- 
niinés, en forme d'érysipèle : une autre partie se 
jeta sur le foie, où elle causa de l'enflure et de 
la douleur. Il en revint un peu sur les poumons, 
et la tous- en fut augmentée. Le dix-huit, il parut 
de soi même un vomissement : on le soutint 
convenablement, et on lâcha le ventre à propos 
par un lavement. Cela fut suivi d'une éruption 
miliaire; mais tout cela procura un grand sou* 
laidement. Nous tombâmes néanmoins dans une 
autre faute ; car , attendant grand avantage de 
cette éruption, nous voulûmes la soutenir pré- 
férableraent aux autres évacuations; nous appli- 
C|uâraes donc un vésicatoire. La nature prit néan* 
moins une bonne voie : le dix-neuf au matin, les 
vomissemens et les selles reparurent; ce qui dura 
en partie jusqu'aux 20, 21, 22, 23, 24, 20, 26, 
27 et 28.^ La douleur de gosier vint ce dernier 
jour , comme l'avant-coureur des aphthes qui em- 
portèrent îa fièvre entière , le trente-troisième 
jour : ce fut alors que la malade prit le quinquina 
et commença à se refaire de jour en jour. 

Je suis maintenant convaincu que la malade 
ne serait jamais retombée, si elle avait été traitée 
convenablement du huit au quatorze, et que l'on 
pouvait même tout prévenir dès le commencement; 
et, quoique son rétablissement parût entier, je 
soupçonne cependant qu'il resta toujours quel- 



I 



càT/Irriieuse; jScj 

que faiblesse au foie et aux poumons; ce qui 
peut-être ne put jamais être guéri par la suite. 
Depuis ce moment-là, je résolus de traiter les 
fièvres catarrheuses autrement. Cette jeune fille 
fut attaquée , l'année suivante , vers la même 
saison, d'une fièvre semblable. On la saigna aus- 
sitôt; on lui donna un vomitif le même soir, 
un lavement le matin suivant, et on lui tint le 
ventre libre : on fit usage de médicamens rafraî- 
chissans et laxatifs durant toute la fièvre. Elle 
n'était pas encore alitée de jour, ne prenait plus 
de viandes. La fièvre devint bientôt inîermit^ 
tente, et, en neuf jours, régulière intermittente. 
On commença l'usage du quinquina le quinze; il 
arrêta bientôt la fièvre. Mais la toux persévéra 
plusieurs semaines ; et je me repentis d'avoir fais 
usage de ce remède. La malade se rétablit cepen-. 
dant en juin par une diète appropriée, l'air de 
îa campagne et l'exercice. 

La même fièvre revint le printemps suivant 
avec plus de violence que jamais. Le même îrai^ 
tement anliplilogistique la rendit intermittente. 
Mais on demanda alors s'il fallait l'arrêter, ou la 
laisser aller? Après bien des raisons, on résolut 
de la laisser suivre son cours. Mais les gens s'im- 
patientèrent. Chacun proposait des remèdes pour 
cette fièvre, et nous fûmes contraints de donner 
une décoction de quinquina : cette fièvre inter- 
mittente fut plus obstinée que la première. I^ous 





jQg De la Constitution 

ajoutâmes donc le quinquina en poudre à la décoc- 
tion : il arrêta la fièvre , mais la toux resta fort 
pénible. L'été , la diète au lait et l'air de la cam- 
pagne appaisèrent la violence de la toux ; mais il 
en restait toujours assez le matin , pour que lirn- 
tation des poumons causât un crachement de sang, 
même après que la malade eut recouvré sou em- 
bonpoint et sa couleur pendant l'été. On le fit 
cesser par la saignée faite à propos , le fruit , le 
lait de beurre. La petite toux persévérait cepen- 
dant; elle tut confirmée par le retour de la fièvre 
calarrheuse da printemps, et se termina enfin en 
une vraie phthisie pulmonaire. En vain essaya-l-on 
tous les remèdes pour cette maladie , il nous fut 
impossible de la sauver ; elle mourut en octobre 

suivant. , 

Qu'on se souvienne donc de cette preuve des 
xnauvaiseffets du quinquina dans une fièvre de prin- 
temps, accompagnée d'une fluxion sur es pou- 
mons : j'en ai vu plusieurs autres semblables Cest 
pourquoi j'ai abandonné depuis plusieurs années 
le traitement que je suivais, et en ai pris un autre 
avec plus de succès. Un enfant de sept ans , fils de 
M F etc., lut attaqué au printemps dernier 1:69, 
d'une coqueluche (.}: après une die.e et des évacua- 

, (0 Quoiqu'il soi. fauK que l'estomac soi, toujours le siège 
ae ces .eux convulsives , on pourrait croire par le détail de 
M. Graut, que ce n'était pas ici d'abord une affection essen- 
lielle des poumons. * 



CATARRHEtfSE. ï6t 

tîoris convenables, il parut une fièvt'e intermiltente 
qui devint bientôt double-tierce régulière. Une des 
deux fièvres se passa après de fréquens petits vomis- 
seraens , une diète végétale exacte , et en tenant le 
ventre libre. Il resta une simple-tierce fort vive 
avec la coqueluche. Je fus d'avis d'abandonner la 
maladie à la nature ; mais , comme elle pouvait 
durer plusieurs mois, je conseillai de prendre 
l'avis de M. Guillaume Duncan. Il fut démon avis; 
la même diète fut donc continuée , et l'on aban- 
donna l'enfant aux accès qui revenaient de deux 
jours l'un , et ce pendant troi^ mois. Les deux ma- 
ladies se 'passèrent en juin, sans laisser de mauvais 
effets. On vit après , que les poumons n'avaient 
point souffert ; car , en septembre suivant , 
l'enfant fut pris d'une mauvaise sorte de rougeole, 
d'une toux violente , et était comme suffoqué* 
Après la première saignée , qui fut copieuse , il 
eut une expectoration libre et abondante; après 
la seconde , la toux et la rougeole se passèrent 
ensemble fort doucement : or , si les poumons 
avaient été offensés par la coqueluche , cela ne 
serait probablement pas arrivé , vu qu'il n'y a 
point de maladie si propre que la rougeole à pro- 
duire une suppuration , s'il y a obstruction , ou 
tubercules aux poumons. 

Dans tous ces cas , on doit considérer le catarrhe 
dans les jeunes gens , comme la maladie la plus 
dangereuse , et la fièvre d'accès du printemps 
I. II 



igvj "De la. Co]>rsTil:TTTioir 

comme une suite peu importante , quand elie cîa-' 
rerait même plusieurs mois : principe qui était 
bien connu avant qu'on eût découvert les vertus 
du quinquina. Je ne suis pas fâché de voir une 
fièvre d accès dans les jeunes gens sujets aux ca- 
tarrhes du printemps , parce que j'ai lieu d'espérer 
de guérir radicalement le catarrhe à l'aide de la 
fièvre, si l'on suit exactement mes ordres. Mais, 
quand il n'y a pas de fièvre pour détourner la 
matière des poumons , qu'il y a une fluxion de 
matière acrimonieuse à enlever par la toux et l'ex- 
pectoration , que le sujet est jeune , qu'il a les 
poumons faibles , et fait beaucoup de sang , il y a 
tout à craindre qu'il n'arrive une phthisie , sur- 
tout dans notre climat. 

Si le catarrhe du printemps n'est pas bien 
conduit , il produira des obstructions , des tuber- 
cules , une suppuration et des fièvres hectiques; 
ce que l'on ne voit que trop midheureusement eu 
mai. Au lieu que si on le conduit bien, tant en 
procurant les évacuations convenables , qu'en 
observant rigoureusement une diète légère et adou- 
cissante , il finit en éié comme s'il n'avait jamais 
existé. On doit cependant se souvenir qu'il re- 
viendra le printemps suivant , et qu'ainsi durant 
l'été, l'automne et Thiver , on doit fortifier l'habi» 
tude du corps et les poumons par des voyages , le 
quinquina , les martiaux , les bains froids ; mais 
il faut toujours observer la même diete antisep- 



CAtARRMFtJStî. l63 

tîqneet adoiicissrinîe. Ces remèdes susdits sont fort 
puissans , et peuvent prévenir le retoiir d^ la ma-^ 
Jadie quand elle a été entièrement domtée ; mais 
ils perdront infailliblement le malade , si on ks 
emploie trop tôt , ou avant que le catarrhe soit 
entièrement passé. 

Il y a un moyen toujours plus efficace de pré^ 
venir le retour de cette maladie ; savoir , les climats 
fort chauds. Mes malades se sont très-bien trouvés 
des îles des Indes occidentales t c'est là que je les 
envoie, et qu'ils doivent rester jusqu'à ce qu'ils 
aient passé vingt-cinq ans. J'ai envoyé des malades 
dans toutes les parties de l'Europe : il en est ré* 
chappé quelques-uns ; mais le plus grand nombre 
est péri. Au lieu que ceux qui ont passé dans ces 
îles, se sont tous rétablis, excepté M. Louis Gordon, 
qui avait une phthisie confirmée avant de partir. 
Mais Guillaume Gordon , son frère , se rétablit à 
la Jamaïque , après avoir été condamné comme 
incurable. M* Malcom , un autre de mes malades, 
se refit dans les îles Françaises. Il était cependant 
hors de tout espoir par la force de son hétisie , la 
perte considérable de son embonpoint et de ses 
forces ; ce qui avait été la suite du quatrième re- 
tour d'un catarrhe du printemps. Mademoiselle 
Grant , fille d'un de mes amis , se rétablit à Anti- 
goa , après même que moi et tous ceux qui l'avions 
vue, eussions pensé qu'elle était dans une consomp- 
tion décidée. Elle avait été attaquée d'un catarrhe 



îi.* 



i64 3De la CoNSTiTUTioî>r 

trois ans auparavant ; il revenait régulièrement touà 
les printemps , et l'avait réduite à cet état, mal- 
gré les eaux de Bristol , et tous les soins possibles. 

Il faut faire beaucoup d'attention aux vents et 
au temps , en traitant un catarrhe confirmé , durant 
les mois de mars , avril , mai et même juin. JS^ous 
avons, durant cette saison-là, quelques vents secs 
et froids de nord-est , ce qui peut rendre la saignée 
nécessaire; quelques passages subits de cette tem- 
pérature à un temps humide, chaud et étouffant , 
ce qui peut obliger de donner de légers vomitifs, 
qui sans cela ne seraient pas nécessaires. Le malade 
ne doit pas non plus aller trop tôt à cheval , ni 
même avant que la fièvre soit tombée ; car il n'est 
pas besoin d'autre mouvement que la fièvre, tant 
qu'elle persévère : mais aussitôt qu'elle est tombée, 
le cheval devient le meilleur médecin , s'il reste 
une toux , en y joignant , si l'on veut , le lait d'ânesse. 

Avant que l'expectoration soit copieuse, ou 
proportionnée à la toux et autres symptômes , il 
faut un air chaud pour l'exciter; mais l'air ouvert 
de la campagne devient le meilleur remède pour" 
fortifier les poumons , quand la coction et l'ex- 
pectoration ont été copieuses. Le lait pur de toute 
espèce quelconque est trop fort pendant que la 
fièvre s'accroît considérablement : le petit-lait de 
présure, s'il n'est pas trop salé , et les concora- 
J)res sont plus convenables (i). Les acides rainé- 



(i) Le docteur Mussel , de Berlin , guérit une jeune femme , 



catarrheushJ i65 

raux ne sont pas non plus si convenables que les 
fruits et les acides végétaux, jusqu'à ce que tout 
ce qu'il y a d'inflammatoire dans la maladie 
soit assez bien dissipé; ce qui arrive en juillet, 
quand la constitution putride a lieu, et rend 
plus sûr et même nécessaire l'usage des forts an- 
tiseptiques. Mais, durant la saison de la synoque 
non putride, c'est-à dire , entre le printemps et l'été, 
le catarrhe participe de la même nature , et s'y 
mêle aisément : c'est ce qui fait croire à quelques 
sujets, qu'ils sont dans une consomption décidée, 
tandis qu'ils ne sont incommodés q«ie d'une fièvre 
humorale compliquée avec le restant de la toux 
d'un catarrhe du printemps; ou que d'autres pen- 
sent avoir guéri une phthisie pulmonaire/ou une 
consomption réelle et confirmée, quand pareille 
maladie n'existait point. 11 y a une grande diffé- 
rence entre les chaleurs du soir , les sueurs salu- 
taires nocturnes de la fièvre humorale , et les 
sueurs colliquatives abondantes qui ont lieu le 
matin, dans la consomption confirmée, et ne 
proviennent que d'un pus résorbé qui avait été 
formé et accumulé dans des parties internes et 
inaccessibles. Mais c'en est assez de la constitution 
catarrheuse épidéraiqué, et de l'effet que la fièvre 
d'accès peut y produire. 



d'un catarrhe confirmé , en l'obligeant de vivre de paîn et de 
concombres , pour toute nourriture , et de ne boire que de 
Veau froide. Voyez ses Observ, méd. 




§2 



*vv^vvv^v»'Vvvvv^v^v^\*v^vVUv^Vl'Vvvvv*v^.v\.vvv*v*v*^v^.vvvvv»,v*vv^vv^vvv»v1i 

DE LA SYNOQUE 

-^O'N PUTRIDE. 

Je vais considérer présentement la constitution 
qui a lieu régulièrement tous les ans vers la fin 
de la saison inflammatoire, et qui est si générale 
en certaines années, qu'elle peut être appelée 
épidémiqae. Depuis que Huxham a écrit son Essai 
sur les Fièvres lentes nerveuses, plusieurs person- 
nes l'ont regardée comme une fièvre nouvelle. 
Mais ceci ne vient que de ce qu'on n'a pas fait 
attention à ce que les anciens avaient dit sur ce 
sujet. Hippocrate s'inqniétait fort peu des noms. 
Il marquait les choses comme il les voyait dans 
la pratique, et rappelait la même observation dans 
différentes fièvres , tant à l'égard du diagnostic , 
que du pronostic. Mais, en examinant soigneu- 
sement ses successeurs, on verra que Xépiale ^ la 
ûèvre pUuiteuse , la synoqtie non putride , et la 
fièvre humorale sont la même que la fièvre de 
Jiuxham, laquelle a quelquefois lieu ici en mars, 
et dure très-long-temps, souvent même jusqu'au 
solstice d'été. Les anciens distinguaient les diffé- 
I entes espèces de cette fièvre : i.« par sa durée, 
de sorte que la synoque simple ne durait que 
quatre jours, ou sept au plus; 2.« par les symp- 
tômes particuliers qui l'accompagnaient dans les 
fJifféreiUes constitutions. Telles étaient celles qu'ils 



De la. Synoque non putride; 167 
appelaient typhodes , assodes , lyngodes ^phricodes ^ 
pituiteuse et lipyrie. Mais leur pratique ne chan- 
geait pas pour cela; ils suivaient la nature, et 
l'aidaient. 

Un ancien médecin du premier ordre avait ob- 
servé qu'un nouveau traitement changeait toujours 
une fièvre ancienne en une nouvelle : je me rap- 
pelai cette observation en lisant les douze com- 
mentaires du docteur Glass ,mv les fièvres; traité 
dont on doit lui savoir tant de gré. Je ne trouve 
ide différence dans ces fièvres , que celle qui vient 
des différens usages, du cUmat et de la manière de 
traiter. 

Mais , outre la constitution dominante , qui a 
lieu particulièrement dans une saison , on doit 
encore considérer les variations que les vents et 
le temps occasionnent dans cette saison. Or, nous 
avons en cela l'autorité même d'Hipp. Aph. sect. 3 , 
n.o 5 , que Gelse nous a interprétée, liv. 2 , ch. î : 
Les longues pluies causent des fièvres , lâchent la 
ventre , relâchent le genre nerveux , etc. Le vent du 
midi rend Vouïe dure , émousse les sens , cause des 
maux de tête , lâche le ventre , rend tout le corps 
stupide , humide , languissant ; et ailleurs , sect. 3 , 
ii.<^ '2 : Si les vents du nord ont régné pendant un 
hiver sec boréal , que le printemps ait été accom' 
pagné des vents du midi et de pluies , les yeux de^ 
viendront probablement chassieux ; on sentira des 
tranchées \ il y aura des fièvres ^ surtout dans les. 



Ksm 



î63 De la Synoque 

sujets dune constitution molle ; sect. 3, n.° 19 : 
Non quen tout temps , en toute saison , les sujets 
de tout tempérament ne puissent être attaqués de 
toutes les espèces de maladies , et nen meurent ; 
mais d y aura plutôt telle maladie quune autre. 
Ceci semble confirmé par la présente constitu- 
tion épidémique de mars 1769. Je ne me rappelle 
pas d'avoir entendu parler des fièvres lentes ner- 
veuses , avant les chaleurs du commencement de 
ce mois-là ; j'en vis alors plusieurs. En compa- 
rant soigneusement les symptômes de cette fièvre 
avec ïhémitritée et la tritœophye des anciens , avec 
ceux de la fièvre de Hongrie ^gast/ique , cholérique^ 
mésentérique , et avec ceux de la fébricule et de la 
fièvre lente des modernes, elles me semblent toutes 
venir d'une même cause ; et les premiers symp- 
tômes de toutes ces fièvres me paraissent être iden» 
tiques avec ce que les anciens nous ont donné 
comme les signes d'orgasmes dans les premières 
voies , jnateriœ turgentis. 

La matière turgescente dans l'estomac fou dans 
la partie supérieure du canal intestinal , était , 
selon Ilippocrate , accompagnée de ces symptômes; 
savoir: lassitude universelle, faiblesse subite, trem- 
blemens , langue sale , goût amer , dégoût , lan- 
gueur , malaise à la région du cœur , gonflement 
à l'estomac , lequel cédait aisément à la pression, 
respiration serrée ou oppression de poitrine, dou- 
leur à l'estomac et au côté , au-dessous du di^- 



JfON PUTRIDli'. 169 

phragme , pourvu qu'il n'y eût pas d'inflammation ; 
ensuite froid des extrémités , pesanteur , douleur 
par toute la tête , étourdissement , nu^iges devant 
les yeux, abattement d'esprit , défaillance , inquié- 
tude , anxiété , agitation , pourvu toujours qu'il 
n'y eût pas de violente inflammation. Ces symp- 
tômes ne varient pas beaucoup , que la matière 
turgescente soit une bile jaune , verte ou noire , 
ou toute autre espèce de pituite , soit acide , soit 
putride , pourvu que l'humeur morbifique logée 
dans l'estomac soit acrimonieuse et piquante. Dans 
tous ces cas l'éraétique élait ordonné comme la 
voie la plus courte pour évacuer la matière offen^ 
sive. Mais , quand la matière turgescente est dans 
le bas-ventre au-dessous de l'estomac , alors , dit 
le même , il y a pesanteur aux genoux , douleur 
aux lombes , tension au ventre, borborygmes , 
tranchées : les selles sont claires , liquides, fétides 
et acrimonieuses. Dans tous ces cas , les purgatifs 
étaient ordonnés, comme le seul moyen d'éva- 
cuer la matière morbifique , et conséquemment 
de soulager les symptômes , tant qu'il n'y avait 
pas d'inflammation considérable. 

]N''est-ce pas là un exact abrégé de la fièvre lente 
nerveuse de Huxham , durant les cinq ou six pre- 
miers jours , si l'on excepte le pouls et les phéno- 
mènes des urines? Quant au pouls, Hippocrate 
ne paraît pas l'avoir connu si bien; mais il décrit 
l'urine de la fièvre pituiteuse assez exactement, 






170 



De la SYI?fOQTJ'E 

pour s'accorder avec les observations de Hiixham, 
et, par là , pronostique la durée , la coction et la 
crise. Les symplônn?s se montrent presque les 
mêmes au commencement des fièvres bilieuses , 
quand il y a orgasme dans les premières voies, 
quoique HIppocrate ait observé quelque différence. 
Si cette humeur amère , dit- il , que nous appelons 
bilejaunp, s'amasse dans l'estomac ou dans les intes- 
tins , quelle chaleur , quelle anxiété , quelle lan- 
gueur ne produit-elle pas l Si l'estomac est infesté 
d'une humeur mordiodute , acre , verdâtre , quel 
aocabieraeut d'esprit , quelle angoisse , quelles 
douleurs aiguës , quoique passagères , ne cause- 
t-elle pas! Il remarque aussi l'urine jaune, occasio- 
née par Yépaississement bilieux ; les urines pâles 
et crues, et l'urine trouble , causée par la pituite. 
H décrit là bile comme une viscosité chaude et des- 
sicative. Un causas , dit-il, ou fièvre ardente, 
provient de ce que les vaisseaux sanguins dessé- 
chés ont attiré ces humeurs acres et bilieuses ; la 
fièvre est alors violente , les selles bilieuses , la 
soif très grande , et la bouche amère. Un épaiS" 
sissement bilieux occasionne alors une grande cha- 
leur , une grande anxiété , de la faiblesse , une 
soif extrême , un goût amer dans la bouche , des 
selles bilieuses et des urines jaunes ; au lieu que 
la matière pituiteuse cause un accablement de 
l'a me , un abattement d'esprit , des douleurs aiguës, 
passagères, une bouche pâteuse, le froid des extré^ 



NON putride; 17' 

mités , une soif légère , des urines pâles ou crues, 
et troubles en même temps. Ainsi s'énonce Hippo- 
crate : on peut y ajouter que la matière pituiteuse 
succède à la constitution inflammatoire , et précède 
la putride. Il semble que c'est la gradation de Tun 
à l'autre extrême. Le froid de l'hiver , durant la 
constitution inflammatoire , a détruit l'acrimonie 
bilieuse ou jaune des humeurs , et a produit le 
flegme pituiteux ou clair , qui n'est pas acre 
d'abord , mais le devient, s'il est long-temps re- 
tenu, et produit la plupart des symptômes delà 
bile la plus rance. Cette matière morbifique est 
plus commune au printemps , au lieu que la 
constitution bilieuse l'est plus en automne , quand 
la. chaleur a exalté les huiles et les sels du corps, 
a dissous toutes les humeurs , et les a rendues 
acrimonieuses; de sorte que la matière bilieuse est 
aisément mise en mouvement. C'est pourquoi, dit 
Hippocrate , si le malade n'est pas purgé de lui- 
même par les selles dans une fièvre bilieuse, qu'il 
se purge par bas avec de doux médicamens. De 
Jffect. 5J9. Il ordonne encore d'user defréquens 
lavemens d'infusion àmhapsia. Celse(i),en traitant 
expressément des vomitifs et des purgatifs dans le 
cas de bile , assure qu'il ne faut pas user de médi- 
camens drastiques pour remplir ces intentions. 
Cela est vrai de la bile , non pas tout-à-fait de la 



(i)L. I, c. 3; et L. II, c 18. 



^7^ Ï^E LA Synoque 

pituite : comme elle est une matière tenace , elle 

demande des médicamens plus actifs. 

Galien observe, Method. medendi^ a qu'U y a 
>^ àtii sujets qui commencent à sentir de la fièvre 
» avec un malaise à l'orifice de l'estomac , par 
» q'ielque indigestion ou autre chose semblable: 
i> Les hypocondres s'élèvent ; le ventre paraît 
» enflé ^ les malades ont le visage pâle, tirant 
» quelquefois sur le sombre, et livide ; le pouls 
» est toujours plus faible qu'on ne devrait l'at- 
» tendre du degré de chaleur de leur chair; il est 
j) obscure et inégal. Avec ces symptômes, le ma- 
^ lade est près de se trouver faible à la moindre 
3> occasion ; car la nature étant opprimée et in- 
3) capable d'expulser les humeurs excrémenteuses 
» morbifiques fort épaisses, abondantes ou très- 
D visqueuses , soit que les passages soient obstrués , 
» soit par la faiblesse même de la nature, la ma- 
» tière, ainsi retenue long-temps enfermée, doit 
» nécessairement se corrompre ; car aucune autre 
» humeur, même en cet état , ne peut rester long- 
» temps la même qu'elle était au commencement: 
» à plus forte raison , si elle est viciée au point 
^ de ne plus pouvoir être entièrement amendée. » 

Baglivi nous a rendu la même idée avec beau- 
coup d'étendue, dans son chapitre de la fièvre 
maligne mésentérique. « Les médecins en général , 
» aussi-bien que le vulgaire ignorant, sont trop 
» prompts à déclarer que telle ou telle fièvre est 






SOH PUTRIDE. 

» maligne , parce qu'elle est accompagnée de dif- 
» férens mauvais symptômes qui deviennent d'an- 
» tant plus à craindre que la fièvre avance dans 
» ses périodes. Je ne nie pas que certaines fièvres 
y ne soient produites par quelque ferment veni- 
» meux ; mais cela est rare. Les fièvres malignes 
» de nos contrées viennent de quelque inflara- 
» mation, ou d'humeurs puantes, crues amassées 
» dans les premières ou secondes voies. J'ai rare- 
» ment vu des fièvres malignes dans les malades 
» que j'ai traités dès le commencement de leur 
» maladie : au contraire, j'ai remarqué mille dif- 
» ferens symptômes qui n'étaient point produits 
» naturellement par la maladie , quand d'autres 
» médecins avaient commencé à les traiter sans 
X. suivre les indications de la nature ou les pré- 
.. ceptes d'Hippocrate. Quelques fièvres , comme 
» je l'ai souvent observé, deviennent fort dan-^e- 
» reuses , presque dès le commencement : ce sont 
» celles-là que le peuple appelle malignes; et 
>. conséquemment à ce venin qu'il y suppose, il 
» a recours aussitôt à des aromates, desaiesiphar- 
» maques, enfin à des médicamens chauds, vcJa- 
» tds de différentes espèces : par ce moyen il 
» augmente le danger qu'il voulait prévenir. Nous 
» remarquons souvent à Rome des amas d'hir- 
» meurs viciées, crues dans les premières voies 
» lesquels produisent ces fièvres que j'appelle 
» mésenténqucs : mais ces humeurs ne sont pas 
» Si souvent dans le sang. 



174 



t)E LA Synoqtje 
„ Voici, d'après une exacte observation, les 
„ signes qui dénotent particulièrement quelque 
„ amas de ces humeurs dans les premières voies: 
y, amertume et très-mauvais goût dans !a bouche, 
» langue sale, mal d'estomac, suilout le matin ; 
, h,.leine mauvaise , dents sales et gluantes, selles 
, et vents très-fétides; la tête est quelquefois pe- 
» santé, le malade peut à peine la soutenir. Dans 
„ un autre temps, il a grand mal de tète avec pe- 
» santeur et pulsation aux tempes ; symptômes 
» qui le fatiguent plus après le dîner et le souper : 
y, il éprouve du bruit dans les oreilles ; l'urine 
„ est naturelle, ou presque telle. La fièvre aug- 
„ mente aussi après le dîner et le souper, et suit 
„ le type d'une double-tierce continue. Le malade 
, sent une chaleur dans le creux des mains, pa 
» sous la plante des pieds , ou vers les hypo- 
',. cendres; il perd l'appétit, est pâle et resserré. 
» lî faut remarquer surtout que, dans ces aitec 
>, lions, la tête souffre plus que le mésentère qui 
» est le siège de la maladie. Les symptômes sont 
, beaucoup plus mauvais dans les sujets hypo- 
,, condriaques , et dans ceux qui ont un eslo- 
» mac faible ; car, dans ces sujets, si les humeurs 
>, sont fort corrompues, la langue noircit des les 
„ premiers instans, le pouls est petit et les extré- 
„ mités froides ; ils éprouvent une anxiété qui 
„ les accable : on attribue communément ces 
,, symptômes à la malignité de la maladie; mais 



& 



» c'est à torr qu'on le fait chez «oit?, parce que 
» ces symplômes s'évanouissent aussitôt qu'on a 
» corrigé et expulsé les humeurs qui intestaient 
>> l'estomac. » Ainsi s'explique Baglivi. 

En 1661 , et plusieurs autres années, Sydenliam 
vit la même fièvre ( qu'il regardait comme la plus 
vraie de toutes celles qu'il avait jamais observées )y 
accompagnée de disposition au vomissement, de 
saleté et de sécheresse sur la langue, de manque 
subit de forces, d'urines troubles ou claires, deux 
signes de crudité. Au déclin de la maladie, il sur- 
venait une diarrhée qui opiniâtrait la maladie, 
faisait plus long-temps souffrir le malade , à 
moins qu'on ne la prévînt au commencement 
par un vomissement. Cette fièvre passait rarement 
quatorze ou vingt-et-un jours , et cessait alors par 
une douce moiteur de la peau. Voici la méthode 
curative de l'auteur: « Quand la fièvre est viru- 
lente, le malade jeune et fort, je saigne ; après 
la saignée, je m'informe exactement si le malade 
a vomi ou a eu de fortes envies de vomir quand 
la fièvre Ta pris. Si cela est, j'ordonne un vomi- 
tif, à moins que l'âge tendre du malade ou quel- 
qu'autre faiblesse notable ne le défende. Il est si 
nécessaire de donner l'émétique quand ces envies 
de vomir ont précédé, que si l'on n'évacue pas 
les humeurs qui les ont occasionées, il en pourra 
résulter plusieurs dangereux symptômes qui em- 
barrassent beaucoup le médecin durant tout le 



l'jG De LA Syjs'^oqûe 

temps de la cure, et exposent beaucoup la vie da 
malade. Le premier et le principal est une diar- 
rhée, qui, le plus souvent, paraît au déclin de 
la fièvre , dans les cas où l'on aurait omis l'éméli- 
que quand il était indiqué au commencement. » 
« En effet , quand la nature a déjà , pendant les 
progrès de la fièvre , réduit dans l'estomac une 
partie de l'humeur maligne, et la charriée dans les 
intestins , ceux-ni sont si irrités par le flux conti- 
nuel de cette humeur mordicante qui tombe du 
ventricule , qu'il doit absolument survenir une 
diarrhée. Le danger de cette diarrhée est que le 
malade étant déjà fort épuisé par la maladie, il est 
encore par-là beaucoup plus abattu ; et les douces 
sueurs qui ont coutume de terminer ces fièvres en 
sont aussi prévenues et empêchées. Pour prouver 
que cette humeur logée dans l'estomac produira 
en peu de temps cette diarrhée , à moins qu'on 
ne le prévienne , on trouvera toujours , en exa- 
minant les cas où une diarrhée accompagne cette 
fièvre , que le malade a eu des envies de vomir an 
commencement de la maladie , et qu'on ne lui a 
point donné de vomitif. On trouvera encore que 
la diarrhée cessera en grande partie, en donnant 
Tin vomitif , quoique les envies de vomir soient 
déjà passées depuis long-temps. J'ai souvent été 
surpris comment les malades en étaient si fort 
soulagés; car tous ces graves symptômes, savoir, 
maux d'estomac , anxiété , agitations , profond» 



ià 



WOW PUTRIDE* ly-j 

Soupirs, noirceur de la langue, etc. ; ces symp- 
tômes (îis-je , qui vexaient les malades , effrayaient 
les assistaus , diminuaient et disparaissaient ordi- 
nairement dès que le vomissemenl était passé ; et 
le malade soutenait le reste de la maladie avec 
courage. 

j) 11 faudrait donner un vomitif au commence- 
ment de la fièvre , si nous avions le choix ; car 
on se met par-là en garde contre ces terribles 
.symptômes qui proviennent d'humeurs viciées, 
surabondantes dans lestomac et les parties voisines; 
on étoufferait même à sa naissance la maladie , 
qui, autrement, ne peut qu'augmenter, et se 
prolonger au grand danger du malade. La mala- 
die étant entretenue par ces humeurs offensives 
qui sont ou transmises en substance par les vais- 
seaux , et confondues ainsi avec le sang , ou consi- 
dérablement dépravées , ou au moins envenimées 
par le long séjour qu'elles ont fait dans les pre- 
mières voies , communiquent de là leurs vapeurs 
malignes au sang. Nous avons un exemple de ceci 
dans le choiera morbus ; car , si nous arrêtons raaî- 
à-propos le vomissement dans cette maladie , les 
humeurs acres et corrompues qui auraient dû être 
évacuées, étant par-là renfermées, exercent toute 
leur fureur sur lesang, allument wnç; fièvre que l'on 
ne peut à peine dissiper qu'en donnant l'émétique, 
quoique le malade n'ait aucune envie de vomir 
parce que cette fièvre est d'une nature maligne 

ï* 12 



î^g De la SypfOQTJE 

et accompagnée de symptômes très - dangereux. 

Mais s'il arrivait que nous fussions appelés trop 
tard , ce qui n'est que trop fréquent , et que nous 
n'eussions plus la commodité de donner l'éraé- 
tique au commencement de la fièvre , je pense 
certainement qu'on devrait le donner en tous les 
temps de la maladie , pourvu qu'il n'y eût pas 
d'inflammation , et que le malade pût le soutenir. 

» Quand le vomissement est passé , j'ordonne un 
lavement s'il faut encore s'opposer à la violence 
de la fièvre ; et si l'effervescence du sang est trop 
grande, je le répète chaque jour, ou tous les deux 
jours 5 selon le besoin , et même jusqu'au dix de 
la maladie. Mais , si le malade a perdu beaucoup 
de sang , ou est avancé en âge , je ménage les la- 
vemens , quand l'effervescence du sang serait même 
très-grande; car il y a à craindre qu'ils ne dimi- 
nuent la force du sang au point de rendre la nature 
incapable de se- délivrer de la maladie par une crise 
convenable. Mais, après le dixième jour , quand 
les évacuations convenables ont fait cesser le dan- 
ger des symptômes occasionés par la grande effer- 
Yescence , je tâche de faire resserrer le ventre du 
malade. Comme les humeurs tendent alors à se sé- 
parer , je pense que l'on devrait donner avec moins 
de réserve des médicamens chauds , ou des cordiaux 
qui poussassent la coclion, et avançassent plus tôt 
la crise , ce qui généralement arrive vers le qua- 
torzième jour par cette méthode. Mais , si l'on a. 



MÉ 



NON PUTRIDE. 1 79 

employé trop tard les rafraîchissans , et que \ effer- 
vescence CD ait été modérée , il ne faut pas s'étonner 
si la fièvre va jusqu'au vingt-et-un , et même plus 
loin dans de faibles constitutions que l'on a mal 
traitées. Il faut encore observer que le trop fré- 
quent usage des lavemens , ou d'autres purgatifs 
prescrits mai-à-propos au déclin de la maladie 
paraissent quelquefois soulager un peu le malade, 
quelquefoismêmeledélivrer de tous les symptômes 
fébriles; mais sous un ou deux jours, on voit s'al- 
lumer une nouvelle fièvre qui suivra le même train 
que la première , à moins qu'elle ne se change en 
intermittente. » 

Huxham pensait que le morbus cardiacus de 
Celse, dont le siège était certainement dans l'es^ 
tomac, était une espèce de fièvre lente nerveuse. 
Il nous en donne la principale idée(i), page 82: 
« Il me semble évident, dir41 , qu'une des causes 
» conjointes de la fièvre nerveuse , est la trop 
» grande viscosité des sucs lymphatiques, et des 
j> autres humeurs trop exaltées du corps. Comme 
» la sérosité une fois coagulée par la chaleur 
)) fébrile ne se résout jamais en fluide propre aux 
yt usa^^es de l'économie animale , mais se tourne 
» en une putridité acrimonieuse , de même aussi 
» je conçois que la lymphe visqueuse stagnante 
j) passe par degrés à une putridité ichoreuse qui 



(i) P. 125 de l'Ed. fr. de Cavelier, 1765. 



12.. 



'^' 



■jri 



4So Î3e la Synoqîîê 

» doit être expulsée du corps par les issues or** 
» dinaires, ou par quelques dérivations artificiel- 
» les. » De sorte que Glass et Huxham ne diffèrent 
que sur la partie du corps où cette lymphe vis- 
queuse se forme premièrement , et sur la ma- 
nière convenable de l'évacuer quand elle pro- 
duit un orgasme dans les premières voies, avant 
qu'elle ait eu le temps de se trop dépraver, et 
d'être reprise dans le sang. En effet , Huxham re- 
commande très-fort les vomitifs dès le commen- 
cement, et ensuite les lavemens tous les deux ou 
trois jours (i); et quoiqu'il défende les forts pur- 
gatifs, spécialement quand dès le commencement 
il y a orgasme dans l'estomac , cependant il ne 
réprouve pas la rhubarbe, la manne, etc., après 
le vomissement , s'il est besoin. 

Il fait aussi mention dans sa dissertation de Feh, 
nervosâ, du soulagement qu'il a procuré, même 
au déclin de la fièvre, par les vomitifs et les pur- 
gatifs, ayant vu une fièvre continue se changer 
heureusement en intermittente. Baillou nous 
donne une exacte description des symptômes dûs 
à une pituite acre, corrompue, amassée dans 
Testomac, et conclut que la petitesse du pouls, 
l'abattement des esprits et l'extrême faiblesse sont 
la cause de la pratique abusive qui néglige les 
évacuations nécessaires. « Comme dans les fièvres 




^i) ï», iik de l'Ed. fr. de Cavelier , 1765. 



ma 



NON PUTRIDE. 181 

» tierces de la moisson , dit-il , les faiblesses sont 
X causées par une bile acre, de même dans les 
» épiales du printemps , les défaillances et Fabat- 
» tement des esprits ne sont dûs qu'à une pi- 
» tuite visqueuse; et toute maladie qui a son 
» siège dans l'estomac , est toujours accompagnée 
» d'une grande prostration de forces. Les fièvres 
I) qui viennent de pituite, ont coutume de pa- 
» raître par degrés quand elles sont vraiment de 
» cette nature, et avec l'alternative de petits fris» 
» sons et de faibles chaleurs. » Voilà certainement 
la description de la fièvre nerveuse de Huxham; 
et je suis convaincu, par ce que Glass a dit, et 
par ce que j'ai observé pendant plusieurs années, 
que la fièvre lente nerveuse de Huxham est la 
fièvre flegmatique des anciens; que l'ancienne, 
méthode de la traiter telle que nous l'a donnée 
Galien le premier, ensuite Baillou, Baglivi et 
Sydenham, ne demande pas un grand change- 
ment; que, quand on adopte un autre traitement, 
ou qu'on néglige les évacuations dès le premier 
abord , on peut s'attendre à la même fièvre que 
Borelli décrit dans sa lettre à Malpighi, ou à celle 
que nous avons lieu de voir ici tous les jours, la- 
quelle est appelée Vdniot putride , tantôt nerveuse; 
quoique les symptômes de fièvre putride ou ner^ 
veuse viennent en grande partie de Tignorance 
des assistans, plutôt que de la nature de la ma^ 
i^die ; et que bien des maladies uq soieat pas 



182 De la SyrfOQUE 

d'une natures! différente qu'elles paraissent l'être , 
coaséquemment aux symptômes différens qui les 
accompagnent, comme Boèrhaave l'observe bien , 
Aph. io56: «r II paraît que ces maladies, infinies 
» dans leur variété relativement aux symptômes, 
» n'ont pas une origine si compliquée, et qu'elles 
» n'exigent pas un si grand nombre de médica- 
» mens, ni des traitemens si différens. » 

Pour se former une juste idée de cette cons- 
titution épidémique, il faut rappeler ici, que quoi» 
qu'elle ressemble, à plusieurs égards , à la constitu- 
tion bilieuse de la moisson, tant que le siège de 
la maladie est fixé dans les premières voies , la 
matière en différencie cependant les symptômes, 
vu qu'elle est d'une espèce flegmatico-glaireuse , 
et qu'il faut, par conséquent, que la méthode 
cnrative soit en partie différente. Elle est plus 
souvent compliquée au commencement avec l'in- 
flammation , que la fièvre bilieuse, et ne demande 
pas de si fréquens purgatifs après le déclin. La 
vérité de ces observations est confirmée par Sy- 
denham, Contin. Feb, 1661 , etc., art. 34 •* « Mais 
» il faut observer qu'il n'est pas si nécessaire de 
» purger après les fièvres du printemps qu'après 
3> celles d'automne , parce que , etc. » Il s'explique 
de même, art. l\i , relativement à la méthode anti- 
plilogistique qu'il trouvait plus nécessaire dans les 
fièvres du printemps que dans celles d'automne , 
yarticuliôrement les saignées réitérées et copieuses. 



jZZ 



NON PUTRIBE. 

Je pense que cet épaississement morhifique n'est pas 
produit dans les intestins par indigestion , mais 
que c'est plutôt un flegme ou une pituite excré- 
menteuse , séparée du sang , et déposée dans l'es- 
tomac et les intestins; parce que j'observe toujours 
que les avant-coureurs, terrentiamoTbi .^véceàeuX 
les signes de l'orgasme , tiirgentis materiœ. Si , du- 
rant ces préludes, on donne un vomitif , et ensuite 
un purgatif , tous les deux procurent du soulage- 
ment ; mais par-là, je n'ai jamais enlevé ce que 
Huxham compare :xn frai de grenouille. Je réitère 
le vomitif quelques jours après : quand les signes 
d'orgasme sont décidés , le flegme sort en grande 
quantité , se précipite même par bas de lui-même, 
ou est aisément entraîné par une purgation. C'est 
pourquoi je diviserais cette constitution en cesdif- 
férens périodes-ci : i.° les avant-coureurs de la 
maladie ; a.« les symptômes qui paraissent quand 
elle est fixée dan? les intestins ; 3.o quand une 
partie de la matière turgescente est résorbée dans 
le sang , quoiqu'il en reste une partie considérable 
crue et viciée darsles premières voies; 4-^ quand 
les intestins sont entièrement débarrassés , et que 
toute la crudité est dans le sang ; 5.« quand le sang 
commence à se dépurer lui-même , soit par un flux 
de salive, une éruption miliaire , des sueurs , soit 
par une dysenterie putride. Il semblerait que ce 
serait la viscosité catarrheuse du commencement 
du printemps, laquelle n'ayant pas été entièrement 



^°^ De la Sïjyoque 

évacuée par les crachats , etc. , durant cette saison , 
aurait été déterminée par la nature vers les glandes 
et les lacunes du gosier , de l'œsophage , etc., desti- 
nées à l'évacuation du flegme, et du mucus, pour 
y être évacuée. î^ous pouvons même observer qu'il 
iaut tous les ans quelqu'une de ces évacuations aux 
sujets flegmatiques, de même que dans la saison 
que Sydenham appelle Vmer.aHe du printemps à 
lele ; de sorte que si l'on considère la pituite du 
printemps et la bile de l'automne, on peut voir la 
raison de l'ancienne coutume de notre pays , de 
purger à chaque printemps , et à la chute des 
teuilles, pour prévenir les fièvres. 

Madame Prior de Twyford , âgée de quatre-vingt. 
sept ans , était sujette aux fièvres de printemps , 
Il y a environ cinquante ans. Le docteur Haies de 
1 wyford , son neveu , lui fit prendre une méde- 
c.ne assez active , composée de rhubarbe , jalap, 
et crerae de tartre , à quatre différens périodes du 
printemps : une vers la mi-mars , une vers la fin 
du même mois , une dans M premiers jours 
d avril , et une vers le milieu d'avril. Il réitéra la 
même chose à chaque moisson ; une vers la fin 
de juillet, deux dans le mois d'août , une vers le 
commencement de septembre ; et c'est à ce irai- 
tement qu'elle se disait redevable de la parfaite 
santé dont elle a toujours joui depuis. 

Je vais à présent donner quelque détail de ce 
«"e j ai observé à Londres pendant quatorze at;s. 



"NON PUTRIDE. iSo 

dansles différons états de cette constitution, parmi 
des gens riches et fort à leur aise. 

i.° Dès que la nature commence à séparer du 
sang la pituite , et la dépose dans les glandes et 
les intestins, le malade se plaint de trouble et d'agi- 
îation dans le lit , de langueur , et de ne plus sentir 
ce rafraîchissement que procure ordinairement le 
sommeil. Quand il se lève , il a la bouche pâteuse, 
est fatigué par les grands efforts qu'il fait pour ar- 
racher le flegme de son gosier et de la gorge. Il perd 
la sensation de la laim , quoiqu'il mange assez co- 
pieusement aux heures du repas. Mais , incontinent, 
il s'appesantit , s'assoupit , se plaint de plénitude 
et d'indolence , de flatulence et de constipation : le 
pouls est lent , plutôt petit, l'urine ou pâle ou fort 
chargée , trouble, mais crue. Il se plaint rarement 
de soif ou de chaleur ; la langue est le plus souvent 
&ale le matin. Tels sont les préludes de la maladie, 
et qui en font le premier période. Mais il est certain 
que l'on peut aisément aider la nature à exécuter 
convenablement cette dépuration, selon la consîi^ 
tiition et la manière de vivre de chaque sujet. 

2.^ Le second période se distingue plus aisément, 
parce qu'il ressemble à ce que les Français appellent 
indigestion , ou à ce que Sydenham appelle sur^ 
charge, ann. 1669 ^ ch. 2 , art. i. c. Il y a aussi une 
» indisposition causée par une jWAC/^«A^e; ce qui 
» arrive en tous les temps de l'année , et ressemble 
^ par ^t^ symptômes au cholera-morbus , cède au 



101 



j86 ï>e la Synoque 

V même traitement, et est cependant d'une espèce 
» différente. » Dans d'autres sujets , il est accom- 
pagné de quelques-uns des symptômes d'orgasme 
à l'estomac ou aux intestins, ci-devant mentionnés, 
et demande aussitôt des évacuations selon le siège 
de la matière turgescente. Mais , dans quelques 
autres , la matière est d'une nature inactive, réside 
dans le duodénum , empêche l'excrétion de la bile , 
de manière à causer la jaunisse , ce qui est bien 
plus commun en cette saison qu'en tout autre 
temps. Quelquefois la matière devient acrimo- 
nieuse , produit une espèce de diarrhée avec 
colique , et flatulences, et qui , selon Sydenham, 
ne peut se guérir sans vomitifs. J'ai vu le ventre si 
distendu par les vents et la pituite , qu'on aurait 
quelquefois pu prendre la maladie pour une tym- 
panite, et d'autres fois pour une liydropisie ; tout 
se passa cependant en peu de temps par lesvomis- 
semens , les purgations, une diète apéritive et un 
peu d'exercice. La colique sèche avec constipation 
opiniâtre , si fréquente dans cette saison , paraît 
venir de la même cause , et cède aux mêmes trai- 

temens. 

La maladie peut aller jusque-là sans produire une 

grande altération dans le pouls; c'est pourquoi on 
ne peut encore l'appeler fiè^^re déterminée, Cest 
cependant un état de crudité universelle , un trou- 
ble général des sécrétions et excrétions naturelles ; 
les règles sont obstruées chez les femmes 3 la goutte 



KON PUTRIDE. 187 

ne prend pas de détermination ; les cautères se 
salissent; et, au lieu d'hémorroïdes critiques, il 
n y a que des tumeurs douloureuses et aveugles : 
symptômes qui disparaissent dès que la viscosité 
offensive est évacuée; car la circulation reprend 
son libre cours dès que l'obstacle est levé , les 
fonctions naturelles s'exécutent selon les diffé- 
rentes complexions. Si , au contraire , on laisse se 
corrompre cette matière excrémenteuse , la partie 
]a plus ténue est résorbée dans le sang, et il sur- 
vient une fièvre. 

3.« La fièvre, dit Sydenham , est la voie ordi- 
naire que prend la nature pour chasser toute acri- 
monie du sang; et le commencement de toute 
fièvre est un frisson Tous les symptômes qui ont 
précédé ce frisson, et la rigueur fébrile, ne sont 
que les préludes; et l'on ne doit regarder comme 
fièvre déterminée, que le premier froid, après 
quoi la chaleur vient naturellement pour opérer 
la coction. Si cette coction se f^iit sans qu'il sur- 
vienne une nouvelle matière, l'évacuation criti- 
que de la cause morbifique est alors régulière et 
constante. Mais, s'il survient une nouvelle ma- 
tière durant la chaleur fébrile, il y aura encore 
un nouveau frisson , au lieu d'une évacuation 
critique. Ces alternatives de froid et de chaud 
qui se succèdent souvent l'un à l'autre sans une 
évacuation considérable, efficace et critique, cons- 
tituent la fièvre épiale des anciens, laquelle est 



j88 De la Synoque 

rapportée dans Hipp. 1. de A. L, et Jq, 4 , 7. 1. 4 , 
.Epicl 10, 9. 1. de Supers, 29, 3, et décrite par 
Galien 1. 2. û?e diff, Febr. Tel est 1 état dans lequel 
je suppose que la matière morbifiqueest en partie 
dans les premières voies, en partie dans le sang; 
ce dont voici un exemple. 

Madame G. de P. G. Street fut saisie d'une fièvre 
avec les symptômes suivans : alternative de froid 
et de chaleur, faiblesse et anxiété, douleurs pas- 
sagères à la tête, au dos, au ventre. Elle était ea 
province où un apothicaire lui donna une potion 
saline. Voyant, trois jours après, que les urines 
étaient bourbeuses, et que les symptômes dimi- 
nuaient fréquemment, il supposa que c'était une 
double-quotidienne, et lui donna le quinquina. 
Une once qu'elle en prit , fit disparaître la remit- 
lence, et la fièvre devint beaucoup plus mau- 
vaise. Elle repassa à la ville, où je la trouvai toute 
abattue ; une sueur gluante lui couvrait tout le 
cou et la poitrine ; le pouls était petit et fort fré-? 
quent ; elle poussait de fréquens soupirs ; elle avait 
la bouche sale et pâteuse, la peau fort chaude, le 
ventre enflé , une anxiété et une agitation conti-. 
lîuelle , douleur à la tète , au dos, au ventre , aux 
hanches et au creux de l'estomac, mais point d'en- 
vie de boire; les urines ne venaient qu'en petite 
quantité, de couleur de petit-lait, mais crues: 
ci}pendant point de signes d'inflammation, ni 
d indication pour la saignée. J'ordonnai donc un. 



vomitif: qt vin ipécacuan. une once; vin antiinon. 
îine drachme : mais n'en ayant point vu d'effet, 
je lui fis prendre, une heure après, vin ipéca- 
cuan., àemi-once ioximelscillit., deux drachmes. 
Alors elle commença à vomir, rendit beaucoup da 
pituite vitrée en buvant copieusement de l'infu- 
sion de raifort avec de l'hydromel Le soir, elle 
prit un lavement, une potion faite de manne , de 
tartre soluble et de rhubarbe. Le matin suivant, 
je trouvai que la potion n'avait rien fait, et que 
les douleurs des lombes et des hanches étaient 
excessives , et le ventre distendu; qu'elle avait, 
mais inutilement, de fréquentes envies d'aller à 
la selle : le pouls n'était cependant pas si petit, 
1 estomac était plus à l'aise; elle commença à 
prendre un peu d'hydromel avec un peu d'oxymel 
dedans. J'ordonnai de réitérer le lavement, et de 
lui donner une tisane purgative à prendre d'heure 
en heure jusqu'à ce qu'elle allât à la selle. Ceci 
réussit; car toutes les douleurs disparurent après 
quatre selles copieuses : elle dormit une heure 
de suite, et assez souvent, pendant la nuit. 

Le pouls battait environ cent douze fois par 
minute, plus plein, et régulier. Les yeux étaient 
plus clairs ; le visage reprit sa couleur ; la bouche 
devmt plus nette ; elle but copieusement, et était 

mo.nsabattue. L'urine était couleur de paille assez 
pâle, toute crue, et abondante. J'ordonnai de 
prendre, toutes les six heures, un gros de selpo/fc 



jçj^ De la Synoqîje 

Cela lui tint le ventre libre pendant deux jours , 
après quoi la maladie fut abandonnée à la nature 
et à une diète convenable. Trois jours après, elle 
lut saisie d'un frisson dans la soirée ; il dura une 
heure, fut suivi d'une forte chaleur, de sueurs 
plus abondantes et universelles qui durèrent six 
heures. Elle fit alors deux grandes selles pulta- 
cées , et la fièvre la quitta. Alors elle commença 
à prendre de l'infusion de fleurs de camomille, 
ce qu'elle continua quinze jours environ, et n'eut 
pas de mal depuis cela. 

On voit, dans ce cas-ci, qu'il fallait un fort 
vomitif pour faire vomir la malade, tandis que 
la pituite surchargeait Testomac , et un fort pur- 
gatif lorsqu'elle surchargeait les intestins ; que 
quatre scrupules de sel polyc. suffirent pour 
tenir le ventre libre quand cette surcharge fut 
dissipée; qu'après le septième jour , les premières 
voies se trouvèrent nettoyées , et toute la matière 
lïîorbifique fut passée dans le sang; que cette ma- 
tière ayant été cuite, en quatre ou cinq jours de 
pUis , elle fut entièrement évacuée par une crise 
parfaite , sans l'aide d'aucun médicament. 

Pendant que je traitais cette dame, son fils, âgé 
d'environ quatorze ans , fut ramené de sa pensioa 
au logis , malade de la même fièvre , mais avec des 
signes évidens d'inflammation. Il fut donc saigné 
copieusement. Le sang n'avait point de couenne 
visqueuse, mais était d'une texture ferme et forte 



jy ON PU TRI DE. jgr 

quand il était refroidi. Le pouls devint mon vers 
le soir. Il se plaignait de grands maux de cœur , 
abhorrait sa boisson ; il prit un vomitif, ensuite 
une purgation , et tous deux firent un bon effet. 
Le jour suivant , il commença à prendre le sel 
pol/c. trois ou quatre fois par jour ; et , en 
quatre jours de plus , la fièvre se termina par 
une sueur critique. Mais , comme il n'allait plus 
à la selle, il fut purgé avec la rhubarbe et la crème 
de tartre , et reprit bientôt ses forces et une bonne 
santé. 

Je pourrais multiplier ici les observations de 
même espèce, s'il était nécessaire; mais j'observerai, 
i.° que tous ceux qui eurent des sueurs critiques 
au quatrième jour après les évacuations , eurent 
une crise parfaite au septième , après quoi la fièvre 
les quitta totalement, ou devint une intermittente 
régulière; 2.« que l'urine trouble du commence- 
ment devint claire après les premières évacua- 
tions, et continua ainsi jusqu'à ce qu'il arrivât 
quelque chose de critique ; 3.» que toutes les 
crises parfaites furent précédées par un frisson 
qui fut suivi de chaleur, de sueurs , d'urines 
troubles et de selles molles ; 4.0 que quand les 
intestins sont nets , et que toute la crudité est 
dans le sang , les symptômes sont , conformément 
au traitement , exactement comme les a décrits 
Sydenham ; c est-à-dire , que si l'on a évacué à 
temps, d'une manière convenable, et que ces 



évacuations n'aient pas été portées trop Idin , la 
fièvre se terminera régulièrement au quatorzième 
Jour , ou même avant , peut-être même au septième, 
comme il est arrivé au fils de la dame C. , ci-dessus 
mentionné. Mais , si l'on a néglige les évacuations, 
la fièvre sera de longue traite , et se terminera 
irrégulièrement. On peut, au contraire, s'attendre 
à tous les symptômes dangereux des fièvres mi- 
îiaires , ou même des fièvres pétéchiales et putri- 
des , si l'on a persisté dans l'usage des médica^ 
mens écliauffans, au lieu de taire les évacuation* 
à leur temps , et d'une manière convenable. Si l'on 
a continué la méthode antiphlogistique au-delà 
de certain terme et de certain période de la fièvre, 
on doit s'attendre aux signes de débilité, et que 
la nature ne pourra plus faire la coction ; à une 
fièvre de longue durée, à l'enflure des jambes, et 
à une très-longue convalescence : en voici un 
exemple. 

Je vis M. J. B. dans le Strand,la première fois, 
le 3 d'avril 1769 , c'était le vingt-quatre de sa 
fièvre. Il avait dès l'abord été copieusement saigné ; 
quelque-temps après , il prit un vomitif : on 
lui avait toujours tenu le ventre libre, et , dans 
les jours intermédiaires, il avait pris Vesprit de 
Minder^ le nitre et autres choses semblables. La 
diète avait été très-légère, et les boissons aqueuses 
abondantes ; par ce moyen , il évita les symptômes 
elfrayans , si communs dans cette fièvre quand on 



À 



NON PUTRIDE. 193 

emploie un traitement contraire , quoique la 
coction en eût cependant été retardée. Il n'avait 
pas beaucoup de maux de cœur , ni la bouche 
sale , ni selles violentes , ni tranchées , ni éruption 
railiaire, ni délire. Le pouls était fort bas, petit, 
fréquent, depuis cent pulsations , jusqu'à cent 
dix'huit en une minute. Son visage était pâle et 
tiré : il avait la peau très chaude par intervalles ; 
point d'appétit , point de soif, point de sommeil ; 
malaise constant ; symptômes qui augmentèrent 
considérablement; grand mal de tête régulière- 
ment tous les jours depuis deux heures après 
midi , ce qui durait toute la nuit : ce paroxysme 
se passa en grande partie sans aucune évacuation 
critique , à moins qu'on ne prenne pour telle une 
décharge extraordinaire d'urines pâles. On avait 
essayé le quinquina , qui fit perdre la rémittence , 
et augmenta beaucoup tous les symptômes. 

J'ordonnai donc que le malade fut assis sur son 
lit une partie du jour , qu'il prît dès le matin un 
verre de décoction de gruau avec de l'orange e£ 
du vin , et de tâcher de dormir ensuite ; mais 
qu'il faudrait le tirer du lit, s'il ne dormait pas, 
ou au moins s'il ne transpirait pas avant neuf 
heures. J'ordonnai pour midi une écuelle de 
bouillon léger fait avec du boeuf, avec un verre 
de vin de Madère par-dessus , ce qui était environ 
deux heures avant le paroxysme ; qu'en retournant 
au lit , il prendrait une bonne dose de petit-laii 
I. i3 



ig4 I^E LA SynOQUE 

fait avec du vin, se tiendrait tranquille, et pren- 
drait, toutes les six heures, la potion suivante : 

Oj. Julep de camphre , 
Esprit de Minder , 

de chacun , trois drachmes. 
Eau de Menthe , simple , 

une once. 
Chaux dantim, non lavée , 

huit grains. 

Il continua ce traitemerit sans aucun avantage, 
jusqu'au vingt-huitième jour que j'ordonnai un 
doux vomitif avant midi. Après cela , le paroxysme 
revint plus tard , mais parut le vingt-neuf à l'heure 
ordinaire. J'ajoutai un peu de rhubarbe à la 
potion de cette nuit, parce qu'il avait été plusieurs 
jours sans aller à la selle ; cela eut son effet le 
matin du trentième: mais point de changement à 
la fièvre qu'au trente-deuxième. Je fis alors apoli- 
quer un vésicatoire entre les deux épaules , et 
j'ajoutai un peu à'espr, volât, aromat. aux potions. 
Ces remèdes augmentèrent la chaleur, et la rémit- 
tence disparut de nouveau pendant deux jours. 

Trouvant donc que toutes mes ordonnances 
étaient sans effet , que quelques-unes même 
avaient fait du mal , je renonçai aux médicamens, 
et tâchai uniquement de varier sa diète selon le 
pouls et les symptômes. La fièvre revint ensuite à 
l'ordinaire, et le malade reprenait tous les jours 



ik 



NON PUTRIDE. IqS 

(le nouvelles forces. Je me hasardai de le faire 
passer à la campagne le trente-neuf; au bout de 
dix jours, il fut délivré de la fièvre , quoique son 
rétablissement lût si gradué que je ne pus remar- 
quer aucune crise. J'ai depuis essayé le même 
expédient dans d'autres cas ; et, après avoir bien 
nettoyé les intestins et quitté tout médicament, 
j'ai beaucoup mieux réussi que je n'avais jamais 
fait auparavant dans cette fièvre : la coction s'est 
faite en moins de jours, et la crise a été plus par- 
faite, soit que la fièvre se fût entièrement passée, 
soit qu'elle se fût changée en fièvre d'accès. 
Sydenham avait donc raison de dire que la nature 
est fort active dans cette saison , et demande rare- 
ment d être aiguillonnée. 

Après les premières évacuations convenables et 
efficaces , le pouls doit devenir plus mou et plus 
grand, l'urine claire et crue , de trouble et crue 
qu'elle était; les choses restent telles pendant 
quelques jours ; alors l'urine redevient trouble , 
et la crise est près de paraître. Mais , pour réussir 
dans cette méthode , il faut bien être attentif à la 
diète, tant à l'égard du temps du manger, que 
des nourritures et des breuvages appropriés à la 
cure que Ton se propose. On peut régler la fièvre 
aussi-bien que par d'autres moyens, de manière à 
opérer la coction , et à retenir la fièvre dans de 
justes bornes , conformément au précepte de 
Sydenham. « Je ne saurais m'imaginer, dit-il , ce 

i3.. 






jqQ DelaStjvjoque 

7) que les médecins entendent par les fréquens 
j) préceptes qu'ils nous donnent pour Fadminis- 
1) tration des remèdes nécessaires à l'avancement 
» de la coction de la matière fébrile , de laquelle 
» ils nous parlent même au commencement de 
j) la maladie. Il faut évacuer au commencement 
I) pour modérer l'impétuosité de la nature ; mais, 
j) vers la fin, il faut nourrir et soutenir pour 
» mettre la nature en état d'exécuter la crise. 
» contin. Fehr. i66î , et art. 27. y* 

On voit donc que c'est plutôt empêcher qu'effec- 
tuer la cure, que de persister dans un traitement 
antiplilogistique rigoureux à tous égards, au-delà de 
certain degré et de certain période de la maladie. 
« Il faut remarquer , dit encore Sydenham ( loco 
» cit» art. 18), que quoique le malade paraisse un 
» peu soulagé par les lavemens ou des purgatifs 
» donnés mal à-propos à la fin de la maladie , et 
» peut-être même totalement délivré de sa fièvre , 
» cependant , un ou deuxjours après, la première 
» fièvre ne paraît pas tant revenir , qu'une nou- 
» velle lui succéder; car celle-ci est précédée par 
» le frisson et le tremblement qui sont bientôt 
» suivis de chaleur, et d'une fièvre qui prend le 
» cours ci-devant mentionné, à moins qu'elle ne 
» devienne intermittente. » 

J'ai souvent vérifié cette observation pendant 
mon séjour en France , où j'ai vu persister trop et 
trop long-temps dans les saignées , les purgatifs et 



NON PUTRIDE. 197 

dans une diète rigoureuse. Mais on donne plus 
souvent à Londres , aussi-bien que par toute 
l'Allemagne , dans un excès opposé. M, de Haen 
s'en plaint avec beaucoup de raison et de justice. 
Il semble que les progrès de la chimie sont cause 
de cette pratique pernicieuse de l'Allemagne. Les 
phénomènes nouveaux et surprenans de la chimie 
ont porté plusieurs personnes à substituer des 
hypothèses aux expériences, et leur ont persuadé 
qu'il était possible de corriger , séparer, expulser 
ou précipiter quelques-unes des parties constitu- 
tives des humeurs d'un animal vivant, avec autant 
de facilité et de certitude qu'on le ferait d'une 
liqueur dans un flacon. Cette illusion se trouve 
malheureusement d'accord avec l'intérêt de bien 
des marchands qui vendent ces prétendus médi- 
camens , et d'imprudens et ignorans charlatans 
qui , à la honte des lois , commettent leurs meur- 
tres avec impunité. Mais la vraie pratique de la 
médecine est fondée sur la connaissance exacte 
des maladies, des opérations de la nature , et de 
ce que requiert le temps, la patience et l'obser- 
vation. 

Je connais deux médecins, tous deux fort en 
pratique , et honnêtes gens , qui ont constam- 
ment traité cette fièvre par des méthodes .tout 
opposées, et avec erreur. L'un persévérait trop 
longtemps dans la méthode antiphlogistique , et 
lautre trop peu ; l'un évacuait trop librement et 




i 



^'2 



ïqS De la Synoque 

trop souvent , l'autre trop peu et trop rarement ; 
l'un ne donnait jamais ni cordiaux , ni opiates , 
ni bonne nourriture; l'autre n'ordonnait que cor- 
diaux , opiates et diète animale après les quatre 
premiers jours : un composé des deux aurait fait 
un excellent médecin. Leur erreur n'était cepen- 
dant pas également funeste. Les malades du pre- 
mier mourraient rarement, mais leur rétablisse- 
ment était lent et imparfait; ils avaient les jambes 
enflées, grande faiblesse, défaut d'appétit, et tout 
le cortège des symptômes qui viennent d'une fibre 
lâche. Ceux du second mouraient souvent ; et 
ceux qui se tiraient d'affaire , avaient été si mal- 
traités par la violence de la fièvre , qu'ils étaient 
ensuite sujets à la goutte , aux rhumatismes , à 
Vimpétigie y et à d'autres symptômes provenant 
d'humeurs acres et d'obstructions des viscères: 
U erreur phlogistique , si je puis parler ainsi, est 
donc plus dangereuse que l'antiphlogistique dans 
les fièvres du printemps, même de l'espèce des 
fièvres pituiteuses,C^%\'^^àQ\\\\2ca\ que j'ai toujours 
suivi pour guide à l'égard de ces fièvres. Je me 
suis quelquefois écarté de sa pratique , mais 
toujours avec cette défiance, et avec les précau- 
tions que doit inspirer son savoir. 

C'est avec cette modération que je vais consi- 
dérer les questions suivantes : \P Quand le traite- 
ment antiplilogistique est-il nécessaire ? à quel 
degré doit-on le porter ? et combien doit-on y 




r 

TfONPUTRIDi:. 199 

persévérer ? 2.« A quel période de la fièvre faut-il 
prendre un autre traitement ? à quel degré doit-oa 
porter cette méthode restaurative ou cordiale ? et 
combien doit-on aussi y persister ? 

En répondant à ces questions , je ne parlerai 
pas des symptômes irréguliers ou étrangers qui 
viennent d'une pratique erronée , parce qu'ils 
n'appartiennent pas à la maladie, à proprement 
parler , mais aux médicamens précipitamment 
administrés sous la dénomination spécieuse d'allé" 
Tans , à' alexipharmaques , àe fébrifuges , de spéci- 
fiques. Je me renferme dans les progrès d'une 
fièvre en tant que telle ^ei que j'ai toujours trouvée 
régulière et uniforme , excepté peut-être par rap- 
port au temps. J'ai même souvent eu occasion 
d'apprécier cette différence , en considérant la 
variété des constitutions et des autres circons- 
tances du malade. 

Je pose en fait comme une chose certaine , 
qu'il faut certain traitement antiphlogistique dès 
le commencement de toutes les fièvres communes, 
mais particulièrement du printemps. La nature 
exige , dans la plupart de ces dernières , de co- 
pieuses saignées, conséquemment aux signes évi- 
dens d'inflammation ; une diète bien réduite, vu 
le dégoût des alimens ; de délayer abondamment, 
vu le désir ardent qu'ont les malades de prendre 
des liqueurs aqueuses acidulés : dans les progrès 
de la maladie, la nature demande aussi de bonne 




aoo De la Synoqtte 

heure un vomitif , ou une purgation , ou tous 
les deux, Vu les signes d'orgasme, ou de turges- 
cence dans l'estomac ou dans les intestins; signes 
auxquels on ne peut se méprendre. Ainsi le trai- 
tement anliphlogistique doit commencer, s'il est 
possible, au plus tard, dans les quatre premiers 
jours. S'il arrivait que le médecin n'eût été appelé 
qu'après ces premiers jours, ce qui n'est pas rare, 
il faudrait, malgré cela, le pratiquer, dès qu'on 
est appelé, si les signes d'inflammation ou l'or- 
gasme l'exigeaient (i). 



(i) Les sentimens étaient partagés du temps de Sydenham y 
sur le vrai temps delà saignée, dans les fièvres accompa- 
gnées -de matière turgescente dans les intestins, et sur le 
temps où cette matière devait être évacuée. Ceux qui fon- 
daient leurs raisonnemens sur les lois connues des tuyaux 
capillaires de l'hydraulique, assuraient qu'en vidant les vais- 
seaux avant d'avoir bien nettoyé les intestins , on augmentait 
la succion des vaisseaux lactés , et qu'on excitait la résorbtion 
des congestions morbifiques des intestins dans le sang. Mais 
Sydenîiam avait appris par l'expérience, qu'une saignée con- 
venable animait au contraire toutes les sécrétions et excré- 
tions ; que la peau et la bouclie devenaient plus moites, les 
urines plus colorées ; que les vomitifs et les purgatifs agis- 
saient avec plus de liberté , et faisaient plus d'effet. Le fait 
est vrai ; en voici , je crois , la raison : 

La santé parfaite de tout animal n'est qu'un certain degré 
de clialeur et de mouvement. Toutes les opérations de la vie 
commune s'écartent plus ou moins de ce point; mais l'habi- 
tude y accoutume si bien, qu'on n'y pense même pas. Il est 



HOTC PUTRIDE. aOÎ 

Le degré d'évacuation et la réduction de la 
diète doivent dépendre de la violence des symp- 
tômes, de l'effet des premières évacuations, de la 



cependant vrai qu'un curieux observateur peut sentir que sa 
chaleur ou son pouls , ou tous les deux ensemble , varient 
sans cesse, et qu'ils ne restent jamais au point de parfaite 
santé, mais vont et viennent au-delà ou en deçà de ce terme , 
en fort peu de temps. Si l'écart devient considérable par quel- 
que événement , malgré soi l'on est obligé de réveiller son. 
attention; et l'on s'aperçoit alors de ce que les Grecs appe- 
laient ©ojSspa , ou, selon Celse, terrenlia morbi , c'est-à-dire, 
les avant-coureurs de la maladie , qui devient décidée si 
cela dure qnelque-temps. 

Tant que le degré de chaleur et de mouvement va et vient 
au-delà , et en deçà de ce point de parfaite santé , sans trop 
rester de l'un ou de l'autre côté , toutes les fonctions natu- 
relles s'exécutent suffisamment pour tous les besoins ordinaires 
de la vie; les sécrétions et excrétions se font comme de cou- 
tume, et, par conséquent, ne réveillent pas l'attention : telles 
sont celles de la salive , de l'urine , de la bile , de la trans- 
piration , etc., constantes, régulières et ordinaires. Mais, si, 
par hasard , la quantité de chaleur et de mouvement aug- 
mente , ou diminue au-delà de certain point, et persévère 
ainsi trop long-temps, on éprouve une sensation désagréable, 
et quelques-unes des fonctions natareîles en sont lésées ou dé- 
truites. Les sécrétions et excrétions deviennent en même temps 
irrégulières, les unes sont trop poussées, tandis que les autres 
sont retardées ou arrêtées ; et ces désordres de l'économie 
animale continueront jusqu'à ce que le degré de chaleur et de 
mouvement se rapproche davantage du point de parfaite santé. 
Nous comprenons sous le nom de chaleur ^ le degré de chaud 
et de mouvement qui nous est salutaire et agréable. S'il es- 



202 De la jSyivoque 

constitution, de l'âge, de la force, de la manière 
de vivre du malade, du temps, des vents et de 
la saison. Plus le solstice d'été sera proche, moins 



cède, les Latins V appellent œst us ; s'il est moindre qu'il ne 
faut , on l'appelle froid. Les deux extrêmes sont également 
pernicieux aux sécrétions et aux excrétions. C'est ainsi qu'il 
y a un degré de chaleur qui pousse la transpiration insensible 
jusqu'au degré de la sueur , et que nous pouvons appeler 
point de la sueur , au-dessous duquel il n'est pas encore pos- 
sible de suer. Mais ce qu'il y a ici de plus surprenant , c'est 
que si l'on pousse la chaleur fort au-delà du point de la 
sueur , ou si on la soutient long-temps au point même de la 
sueur , la peau se durcit et se dessèche ; et l'on ne peut plus 
rappeler la transpiration naturelle , que la chaleur ne soit 
ramenée au-dessous du point qui avait d'abord produit la 
sueur. La même chose est vraie de toutes les glandes du 
corps ; et si l'on considère chaque surface externe et interne 
du corps, non comme un filtre passif qui laisse tout passer, 
ou qui , pour mieux s'expliquer , transmet tout conformément 
au calibre de ses pores , mais comme une vraie glande orga- 
nisée, qui exécute une sécrétion et une excrétion particulière, 
sui generis , et qui lui est propre ; alors on pourra compren- 
dre comment la saignée poussera, loin de les retarder , et les 
sécrétions et les excrétions de tout genre, dans tous les cas 
où elle est nécessairement indiquée. Supposez que le corps 
ait déjà une chaleur trop grande , et que j'augmente encore 
cette chaleur par l'irritation d'un purgatif, les parties glan- 
duleuses des intestins lâcheront- elles ce qu'elles contiennent 
aussi doucement que si je rafraîchis auparavant par la sai- 
gnée , et que je donne ensuite un purgatif? 

Il y a un certain degré de spasme au commencement de 
toute fièvre , ce qui fit dire à Hoffman que la fièvre était ua 



ix"ON putride; 2o3 

il sera nécessaire de saigner copieusement, mais 
les vomitifs et les purgatifs peuvent être, et sont 
le plus souvent également nécessaires, surtout si 



spasme universel. Une saignée convenable et faite à propos , 
a'^it en plusieurs cas pareils , comme un antispasmodique, et 
détend les serremens qui pouvaient autrement empêcher les 
opérations de la nature , dans les efforts qu'elle fait pour éva- 
cuer la matière turgescente. J'ai vu, dans quelque fièvre , le 
vomissement et la purgation (i) venir naturellement après la 
saignée, et nettoyer ainsi ciitiquement lés premières voies. 
D'après la raison et une expérience constante, je recommande 
celte observation de Sydenham, savoir : que , durant la cons- 
titution putride , temps où il faut beaucoup évacuer dans les 
sujets sanguins, il est besoin de tirer d'abord plus ou moins 
de sang, selon les forces du malade et les circonstances; en- 
suite on procède aux autres évacuations : or, si cela convient 
dans la saison de la constitution putride , cela devient certai- 
nement d'une absolue nécessité dans une constitution inflam- 
matoire. 

(i) Je puis ajouter à ce que dit M. Grant, un exemple sur l'effet de 
la sai'^née, lequel a surpris plusieurs personnes. Une femme de quarante- 
cinq ans environ , vint chez mon hôte , il y a trois mois. Il me fit appeler 
pour la voir , comme une de ses connaissances : elle me dit qu'elle avait 
été mère de quinze enfans , et qu'à son premier, elle avait été incommodée 
d'un lait répandu dont elle n'avait jamais été bien guérie; que, depuis 
six mois, elle n'avait plus ses règles; qu'elle avait été depuis plusieurs 
années dans l'état fiévreux où je la trouvai. Le pouls était prompt, petit, 
et l'artère extrêmement roide ; le ventre très-tendu et fort dur, l'estomac 
prominant un peu. Je la fis saigner avant de passer outre. Immédiate- 
ment après , elle rendit, excepté les vers, tout ce qu'on peut jamais rendre 
par le vomissement et par le bas. Les urines coulèrent a-assi une heure 
après avec abondance, et fort fétides. Le chirurgien me vint trouver. Je 



2 









-*■*". 

V.-' 



►î-. 



i*"-* 



2o4 De la Synoque 

les vents d'ouest ou de sud soufflent avec un temps 
mou et pluvieux. On peut alors s'attendre à voir 
le sang se dissoudre un peu ; les solides plus mous 
et les fièvres du printemps faire place à différentes 
constitutions épidémiques, dans lesquelles il faut 
absolument des lavemens et de doux purgatifs; 
mais, au premier abord du printemps, et durant 
les vents de nord et d'est, il peut être nécessaire 
de réitérer plusieurs fois la saignée , de réduire 
la diète aux seules boissons, et de tenir le ventre 
libre pendant certain nombre de jours de suite, 
avant de faire cesser tous les symptômes d'inflam- 
mation et d'orgasme. C'est ainsi que j'entends Sy- 
denham, quand il dit qu'il est besoin, ou qu'il 
peut être besoin de dix jours pour cet effet. J'ai 
cependant quelquefois vu cela se terminer en 
quatre jours, et souvent en sept; mais rarement 
il en faut plus de dix. Je fixe donc ce dernier 



lui dis que ce n'était rien, et lui conseillai ce que je crus propre aux 
cil-constances. Les règles reparurent trois jours après, mais en petite quan- 
tité, et s'arrétèreut le surlendemain. Je n'ai plus revu cette femme, qui , 
obligée de travailler, ne voulut pas se médicameater davantage. 

Ce cas pourrait paraître singulier à ceux qui n'ont pas lu , ou ne se 
rappelleraient pas ce que dit Baglivi d'une fille de vingt-tiois ans; voici 
ses propres termes : 

Narn c/uo tempore exlhat sanguis ex apmâ ( pedls ) ^enâ , eodem pror- 
sîis tempore flatus infiniti emittehantur per ahum pedendo. Vomebat quoqiie , 
et diarrhœa eo actii correpta fuit; •vixque finito sansuinis exitu , Jlatu , 
■vomicu propter apertam venam sapeinmièntibus , statiin Uberata est a do- 
iorilfus, etc. 



205 



IN' O N PUTRIDE'. 

terme, comme le plus souvent requis pour faire 
cesser l'inflammation, et chasser la matière tur- 
gescente de l'estomac et des intestins dans toute 
fièvre pituiteuse ordinaire, qui a été convenable- 
ment traitée dès l'abord ; après quoi , elle doit 
aussitôt ou se passer totalement , ou devenir inter- 
mittente, ou se changer en vraie fièvre critique 
réguHère, en quatorze jours au plus, ou même 
auparavant. Alors il est besoin d'un traitement 
antiseptique pour soutenir la nature , et la mettre 
en état d'opérer la coction et la crise nécessaires, 
d'une manière différente. 

Voici comme Sydenham répond à la seconde 
question : « Quand les symptômes d'inflammation 
» sont passés , qu'il n'y a plus de signes de matière 
» turgescente dans les intestins, et que les ré- 
» œittences sont longues et assez régulières, il y 
» a lieu de croire que toute la matière morbifi- 
» que est dans le sang; que la nature a com- 
» mencé la coction , et qu'elle se prépare à opé- 
» rer une crise par la peau : alors je laisse un 
» peu resserrer le ventre, et j'ordonne une diète 
5) plus cordiale. » Son cordial était de la forte bière 
qu'il permettait d'ajouter à la petite bière, accor- 
dée auparavant pour boisson ordinaire; outre 
cela, un peu de viandes légères, une fois par jour. 
Il est vrai que quelquefois la nature peut de- 
mander quelque stimulus à ce période de la ma- 
ladie; mais rarement, je pense. Je trouve que le 




^i^ 



206 DelaSynoque 

reste cîe la fièvre suffit ordinairement pour effec- 
tuer la coction, à moins que les évacuations pré* 
cédentes n'aient été trop abondantes, ou la cons- 
titution fort affaiblie; et je trouve même alors 
que la nature est mieux soutenue par une diète 
douce et nourrissante, que par les médicamens. 
Quant au choix de la diète, je trouve qu'il y a 
souvent un grand avantage à consulter le malade: 
il est étonnant ce que l'instinct fait dans ces cir- 
constances. 

Une histoire singulière, mais que je ne puis 
passer, parce qu'elle me fournira ici quelques 
observations utiles, mérite de trouver sa place. 
Un médecin qui pratiquait en Westphalie , traitait 
un jeune homme de ce pays-là , dans une syno- 
que non putride du printemps. Le malade avait 
coutume de manger du lard cru, selon l'usage 
du pays. Le médecin traita cette fièvre par des 
saignées et des purgations copieuses et fréquen- 
tes, jusqu'au quatorzième jour, que le malade 
demanda à toute force du lard cru. Le médecia 
s'y opposa de même; cependant les gens de la 
maison se rendirent à l'envie du malade. Il mangea 
le lard, la fièvre augmenta, et il se fit une crise 
parfaite. Quelque temps après, le même médecin 
traita un soldat français dans une fièvre de même 
nature; il ordonna, au quatorze, qu'on donnât 
du lard cru au malade; le pauvre soldat fut étonné 
et révolté à la seule idée de viande crue : néan- 



H* 



HOPÎ PUTRIDE. 2i07 

moins il fallut obéir, et le lard lui fut donné en 
présence du médecin. Le docteur revint le matin 
suivant, s'imaginant très-fort qu'il trouverait son 
malade hors d'aifaire; mais, à son grand étonne- 
ment, il le trouva mort : de-là conclut le docteur, 
dans le récit qu'il fit de cette fièvre : « J'infère 
» de là que le lard cru sauve un Westphalien 
» au quatorze , mais tue infailliblement un Fran- 
» çais. » 

Conclusion téméraire; cependant la coction 
avait déjà eu lieu dans le Westphalien, et l'envie 
de manger (i) en était la marque. 

Le lard agit alors comme cordial, c'est-à-dire, 
produisit une fièvre momentanée, et la crise fut 
achevée. Au lieu qu'il n'y avait pas eu de coction 
dans le soldat quoiqu'au quatorzième jour; et que 
le malade avait eu plutôt du dégoût qu'envie de 
manger, ce qui était un signe de crudité. Consé- 
quemmentle cordial était un poison pour lui en 
mouvant ce qui n'était pas encore cuit. Si le mé- 
decin avait réfléchi sur le précepte d'Hippocrate ^ 
coda sunt movenda^ non incocta , il aurait vu qu'un 
cordial convenait au Westphalien et ne se serait 



(i) M. Zimraermann s'explique aussi comme M. Grant, sur 
quelques événemens semblables. ( Traité allem. de VEa:per^ 
du Médecin, ) Mais observons , en passant , qu'un appétit 
inopiné et considérable est un signe mortel dans les maladies 
aiguës , quand il paraît sans causç manifeste. 



2 



:io8 De la. Synoque 

peut-être pas opposé au lard. Il aurait vu aussi les 
signes de crudité du soldat, et aurait attendu par 
conséquent le temps propre pour administrer ce 
cordial, ou tout autre. Le pauvre soldat mourut, 
non parce qu'il était Français, mais parce que le 
docteur hasarda prématurément un remède trop 
fort. 

Je ferai deux observations sur cet événement: 
i.o aucun médecin sensé ne doit régler sa pra- 
tique sur des faits attestés par le peuple , toujours 
ignorant relativement à la nature des maladies* 
Le peuple peut bien connaître les faits , les rap* 
porter même fidèlement , mais il n'est pas en 
état de discerner les circonstances qui les distin- 
guent , et sans la connaissance desquelles il n'est 
pas possible de rien statuer pour la pratique ; 
iP les alimens d'une difficile digestion agissent 
comme les cordiaux : les uns et les autres causent 
une fièvre momentanée avec chaleur, pouls fré- 
quent : observons cependant que l'effet d'une 
potion volatile est prompt et de courte durée, au 
lieu que celui d'un morceau de viande est lent, 
mais permanent ; car il agit sans cesse tant qu'il 
est dans l'estomac sans être digéré ; ce qui dure 
long-temps si le sujet est en santé , mais encore 
plus de temps s'il a la fièvre ; parce que les fonc- 
tions naturelles sont ralenties par la force de la 
maladie. Les Indiens de la baie de Hudson boivent 
de l'huile de baleine comme cordiale , pendant la 



ÉIÉ 



NOS PUTRIDE* 209 

rigueur de leur dur hiver, et nous voyons com- 
ment cela peut répondre à leurs vues. Il j a cepen- 
dant de la différence entre une potion cordiale 
et une diète cordiale. La potion agit aisément, 
mais sans donner aucune nourriture après que 
1 accroissement de la fièvre est passé ; de sorte 
qu elle cause de grandes pertes sans donner aucun 
nouve aliment au corps .• au lieu que la diète 
cordiale fatigue durant la digestion , mais nourrit 
et soutient quand la digestion est faite. Voilà 
pourquoi une diète nutritive est, dans les cas de 
replét.on et avant les évacuations , le plus mau- 
vais de tous les cordiaux; et peut, au contraire, 
devenir plus avantageuse que bien des stimulans 
actifs, quand il y a eu de grandes évacuations, 
et après des fièvres de longue traite. C'est aussi 
la raison pourquoi la diète au lait ne convient 
absolument pas dans les fièvres aiguës, mais dans 
les fièvre» lentes et dans l'acrimonie des humeurs - 
le lait de vache est trop fort, et ne peut avoir 
heu que dans les cas où les forts cordiaux sont 
indiqués; au contraire, le lait de jument, de cha- 
meau , d'ânesse, etc., mais surtout le lail de 
beurre, ou le lait dépouillé de son huile, et dont 
la texture est brisée , peut se hasarder de bonne 
heure dans les fièvres putrides. Comme tous les 
cordiaux ne sont pas de la même nature, il est 
de grande conséquence de les bien choisir; etie.s 
désirs des malades nous indiquent souvent les 

14 



iBi>r>Tii 



^10 Be la Synoqùe 

plus propres , comme on le voit dans les fièvreâ 
putrides, où les sujets demandent des breuvages 
froids, à\x poncho fort aigre, du vin , de la bière. 
En effet, ces liqueurs ont toutes les qualités du 
cordial; il s'y trouve un esprit inflammable, qui 
agit dès qu'il est avalé. Il y a une certaine con- 
sistance qui les rend un peu difficiles à digérer , 
particulièrement la bière; conséquemment elles 
entretiennent la chaleur pendant quelque-temps. 
Quand la digestion en est faite, elles fournissent 
une sorte de nourriture à laquelle sont accoutu- 
més ceux qui en boivent , et dont le palais , l'es- 
tomac et les nerfs éprouvent une sensation agréa- 
ble , pour ne rien dire de leurs qualités antisep- 
tiques. J'avoue donc que je ne trouve jamais de 
meilleurs cordiaux que le ponche, le cidre, le vm , 
la bière, dans Vexigence des cas, et donnés selon 
les désirs ou la coutume des malades. Un médecin 
ne doit jamais se refuser précipitamment aux envies 
des malades; c'est ordinairement la nature qui 
s'explique dans leurs désirs : il doit cependant 
régler et diriger la dose conformément à l'effet; 
car les liqueurs fermentées sont si agréables à 
l'estomac, au palais, aux nerfs de certains sujets, 
que l'on doit en prévenir l'excès. Les cordiaux 
ne sont nécessaires que quand la nature est ac- 
cablée , et incapable de s'acquitter de .ses fonctions , 
comme le dit Sydeniiam : « Quand la fermenta- 
» tion est trop laible , et vers la fin de la mala- 



H* 



WO]Y PUTRIDE. 2.1Î 

j> die; quand la nature est fatiguée de la durée 
» de la fièvre , et par les évacuations précé- 
» dentés (ann. i66r, art. 3ï); mais, quand la 
» fermentation ne va pas à un degré ni trop haut 
» ni trop bas, je la laisse dans cet état, sans rien 
i) ordonner. » 

Mais, comme il l'observe encore, la nature 
n'est pas toujours totalement épuisée quand elle 
est incapable de faire son devoir : au commen" 
cément de la maladie, elle est déconcertée et 
opprimée par la pléthore, l'inflammation , la ma- 
tière turgescente des premières voies. Levez ces 
obstacles comme il le faut , elle reprendra bientôt, 
fera ses efforts , et exécutera ses fonctions. 

La diète cordiale doit être continuée, augmen« 
tée ou diminuée, selon le degré de fermenîaîiou 
qu'elle produit, ce qui peut se déterminer par 
le degré de la fièvre, de la sueur de la nuit, et 
par la durée de la rémittence du jour suivant. On 
doit en faire usage pendant les rémitlences : la 
chaleur et le paroxysme qui suivront, auront de 
l'augmentation; mais cela sera sans mauvaise con- 
séquence ; c'est le trouble critique, lequel cessera 
moyennant la sueur de la nuit , poussera la coc- 
tion , comme on le verra le jour suivant, par les 
excrétions qui auront lieu durant la rémittence. 
Si, au contraire, la chaleur élant beaucoup aug- 
mentée , la sueur ne paraît pas avec de bons signes 
de coction, et une meilleure rémittence le jour 

14.. 



■^tû B Ê L A s Y ?f O Q Û E 

suivant, alors les corrllaiix ne conviennent pas ^ 
ou on a forcé la dose. On peut appeler ceci le 
second période de la fièvre , ou l'état suppura- 
toire; état qui dure toujours quelques jours, selon 
le traitement qui aura précédé , et selon d'autren 
circonstances du malade. 

Ces circonstances reparaissent toutes les nuits 
avec chaleur et fièvre, cessent avec une sueur de 
nuit modérée, et laissent une bonne rémittence 
avec des signes de coction ; savoir : urines trou* 
blés , moiteur de la bouche et humidité des in- 
testins. Les grandes évacuations sont dangereuses 
pendant que la coction se fait , et que ces éva- 
cuations vont petit à peliL On doit même plus 
les craindre que les soutenir quand elles se font 
naturellement, parce qu'elles affaiblissent plutôt 
la nature, que d'enlever la cause morbifique; car 
la matière morbifique ne peut être expulsée qu'a- 
près la coction , c'est-à-dire , que quand elle est 
réduite et séparée des humeurs saines, et prépa- 
rée ainsi pour l'expulsion. Hous voyons constam- 
ment que les sueurs abondantes de longue durée, 
crues, les selles copieuses, aqueuses, délayées et 
crues, une grande quantité d'urines pâles et crues, 
enfin toute espèce d'éruptions crues, sont de 
mauvais symptômes. 

M. J M. fut saigné, prit un vomitif et un pur- 
gatif dans les sept premiers jours d'une synoque 
putride. Il parut une sueur abondante qui sembla 




^ 



NON PUTRIDE. 2l3 

Jabord critique, mais devint fatale pour avoir 
été continuée. Il en résulta bientôt une inflam- 
inalioa au cerveau , et il mourut frénétique 
furieux ; comme si la grande quantité de breu- 
vages aqueux qu'il prit, eût été repompée immé- 
diatement après, et que le reste fût devenu de 
plus en plus épais et visqueux. 

Un homme , d'une complexion délicate , fut saisi 
d'une synoque non putride , en avril, il y a quelques 
années; il y avait beaucoup d'inflammation : de 
sorte même que trois saignées ne lui changèrent 
en rien le pouls , et que le sang de la dernière 
saignée était aussi couenneux que le premier , et 
tel que celui d'une pleurésie. Le quatrième jour, 
il prit un doux émétique , rendit beaucoup de 
matière pituiteuse vitrée, ce qui fit cesser les sou- 
lèvemens de l'estomac, la douleur de tête , et le 
goût désagréable de la bouche. Une purgaîion 
douce dissipa, le jour suivant, les douleurs du dos 
et des lombes. On lui tint le ventre libre pendant 
sept jours, après quoi survint une agitation conti- 
nuelle , chaleur considérable , malaise , délire , 
dégoût pour les boissons. On proposa de donner 
Xémético-cathar tique de M. Tissot , ce qui causa 
une forte purgation , au lieu du vomissement que 
l'on attendait : le malade en fut si abattu , qu'il 
tomba de jour en jour , et mourut le matin du 
onzième. J'infère de là que les grandes évacua- 
tions faites durant les jours de suppuration et 



^i:,;7(^ 



2i4 Ï)e la Sykoqîje 

coction , épuisent la nature , et en troublent les 
opérations , qu'il vaudrait mieux , selon moi ^ 
régler par la diète , selon l'exigence du cas. 

Un autre sujet était presque réduit au même 
état par une médecine donnée mal-à-propos ; il 
fut sauvé par les vésicatoires , et les médicamens 
diaphorétiques camphrés qui firent une révulsion, 
attirant la matière des intestins; mais le rétablis- 
sement fut fort long et pénible. 

Jusqu'ici les meilleurs praticiens s'accordent 
enlr'eux; maison demande encore si les éruptions 
miliaires sont salutaires et critiques , ou sympto- 
matiques et nuisibles ? On peut dire, en général, 
que toute éruption qui arrive après la coction et 
l'orgasme, et procure du soulagement, est salutaire, 
et ne doit jamais être répercutée. Mais toute érup- 
tion qui paraît auparavant , et sans soulager , est 
symptoraatique , et , par conséquent , ne doit pas 
être soutenue; on ne doit même y faire attention 
qu'autant qu'elle est comprise avec les autres 
symptômes dans la maladie originale. Un célèbre 
médecin de ma connaissance , gngna une fièvre 
miliaire auprès d'un de ses malades , homme de 
qualité. Il se tira d'affaire par une éruption cri- 
tique qui fit immédiatement tomber la fièvre et 
tous les symptômes ; mais il fallut des efforts réi- 
térés pour compléter la crise, qui ne fut parfaite 
que quand l'éruption lui eut couvert toutes les 
jambes. Coramuoément , les éruptions miliaires 



NON PtJTEIDE. ^l5 

que j'ai eu lieu de voir n'étaient pas de celte espèce, 
mais uniquement les symptômes de la malignité 
de la maladie , ou les marques d'une pratique in- 
considérée. 

Les fièvres dans lesquelles j'ai rencontré ces 
éruptions rouges et blanches, sont la fièvre de 
lait ( ou \ inflammation de T utérus de Hoffraan), 
la fièvre bilieuse de la moisson dont il est parlé 
en son lieu, la fièvre putride d'été dont je vais 
bientôt parler, et cette fièvre du printemps dont 
il s'agit maintenant, et dans laquelle il arrive 
aisément une éruption miliaire , par le régime et 
les médicamens chauds à tout période de la ma- 
ladie. 

Les femmes en couche sont communément, 
vers le troisième jour de l'accouchement , saisies 
de légères rigueurs suivies d'une petite augmen- 
tation de chaleur, du pouls, de soif, de douleur 
et de tension aux deux seins : le lait s'y porte 
manifestement sans beaucoup diminuer les écou- 
lemens de Vuterus. Si l'on tient la malade fraî- 
chement, et qu'on lui donne quelques boissons 
légères, rafraîchissantes, le lait commence à cou- 
1er , et les seins s'amollissent : à proportion que 
le lait augmente , les écoulemens de Vuterus dimi- 
nuent , et cessent enfin. Si Ton répercute le lait, 
la fièvre revient souvent; les écoulemens de Pute- 
rus augmentent et continuent plusieurs jours; la 
matière de forgasme est en grande partie évacuée 



^'^ Oe la Syjvoque 

par cette voie, aussi-bien que par les selles, les 
sueurs, et quelquefois par un grand écoulement 
d'urines laiteuses, ce qui est cependant rare : il 
faut néanmoins plusieurs jours pour cette évacua- 
tion , de quelque manière qu'elle se fasse. Mais 
SI, au lieu d'un régime rafraîchissant, on observe 
line diète échauffante , on use de médicamens 
semblables, que l'on tienne les chambres closes 
et le ht fort couvert, pour pousser tout, ou une 
grande partie, par la peau, il en doit résulter (r) 
une inflammation , et ensuite une éruption miliaire 
crue. 



(i) Malgré ce qu'observe ici très-bien M, Grant, on peufc 
aussi entretenir les sueurs quand la nature prend cette voie : 
Toici un cas dont je viens d'être témoin. La femme d'un de 
nos voisins relève actuellement de couches, bien portante. 
Elle m'avait demandé le lendemain de l'accouchement , à cause 
des tranchées violentes qu'elle souffrait. Je m'informai pour 
lors du traitement qu'elle pratiquait ordinairement dans ses 
couches. Elle me répondit que c'était par les sueurs que son 
lait se passait ordinairement, avec une bonne partie des 
autres humeurs; que la nature avait pris cette voie d'elle- 
même à la première couche , et que, depuis, elle-même avait 
aussi pris ce parti avec les plu$ heureuses suites. Je la laissai 
faire; et portai moii attention vers les tranchées seules. Un 
linge quadruple bien trempé dans une forte décoction de 
fleurs de sureau, de camomille, et de feuilles de mélisse, 
appilrjué sur le ventre, la soulagea bientôt; les sueurs vinrent 
le lendemain, et la malade se rétablit comme à ses quatre 
autres premières coi^chts. C'est la troisième femme que j'ai 
^yue daus ce ciis-ia. 



îiON PUTRIDE. 217 

Je suis fâché de dire que cette pratique était 
autrefois fort commune à Loudres, et qu'elle l'est 
encore parmi les ignora us. Je fus une fois appelé 
chez une dame dont le lait avait été répercuté , 
et qui avait une vraie pleurésie avec une érup- 
tion miliaire : on la saigna; le sang était aussi 
couenneux qu'il peut l'être. On lui tint le ventre 
libre chaque jour avec la manne et le tartre so- 
luble, jusqu'à ce que tous les symptômes de la 
fièvre eussent disparu. Dès que la douleur de 
côté eut cessé, les évacuations de Yuferus, qui 
s'étaient arrêtées, reparurent; l'urine devint trou- 
ble et la peau moite ; l'éruption miliaire fut re- 
gardée avec indifférence, parce qu'elle ne soula- 
geait pas : le sang n'était donc pas dissous ici, ni 
l'éruption critique (i). 



(i) M. V, le jeune, se sentit pendant plusieurs jours quel- 
que dérangement à l'estomac et dans les intestins, pendant 
de grandes chaleurs du mois de juin : il regarda cela comme 
■ane bagatelle dont il ne devait pas se plaindre, et prit le 
parti de faire passer cela en dansant dans une assemblée. îl 
dansa donc toute la nuit, sua beaucoup, but une grande 
quantité de liqueurs déliées , chaudes, se couclia à six ou sept 
heures du matin, s'attendant à bien dormir et à se relever 
en bonne santé. Mais il fut bien trompé : il lui prit une grande 
douleur à la tête , au dos , beaucoup de malaise à l'estomac ; 
il sentit une grande chaleur, de l'agitation, et il poussait 
des soupirs continuels, il fut saigné copieusement le jour sui- 
vant : on lui tint le vendre libre avec les sels et la manne; 



21 8 De LA Synoqtje 

Mais pour revenir à la synoque non putride , 
je ne la vis jamais se passer par aucune éruption 
critique; de petites ébullitions, ou boutons autour 

ensuite il prit des potions salines , avec beaucoup de liqueurs 
légères et rafraîchissantes. Le quatrième jour , parut une 
sueur douce , vaporeuse , qui continua vingt-quatre heures , 
mais soulagea peu. Le pouls seulement devint moins dur, 
mais la bouche fort sale; et les autres symptômes continuè- 
rent. Vers le soir du septième , on lui donna un vomitif. Il 
prit dans sa boisson un peu de chaux d'antimoine : il vomit 
à trois reprises, et il alla à la selle pendant la nuit. Le huit, 
les douleurs de tête et des lombes diminuèrent ; la bouche de- 
•vint plus nette, peut-être à cause de la grande quantité de 
groseilles rouges qu'il avait mangées : il parut , pour la pre- 
mière fois, avoir assez bien dormi pendant la nuit. Le soir 
du même jour, on joignit un peu àe julep de campJir. dans 
ses potions, avec la chaux d'antimoine. La nuit du neuf, 
on ajouta quinze goutles de teinture d'opium aux potions 
seules de la nuit. Il sua beaucoup , et il parut une éruption 
miliaire considérable. Le dix , les douleurs avaient cessé , la 
bouche était moite, et la peau plus fraîche; mais il avait des 
étourdissemens ; l'urine était pâle et crue , le pouls petit , fré- 
quent : il se plaignit de faiblesse. Il eut une bonne selle le 
matin , et même tous les jours régulièrement. Sa diète fut for- 
tifiée ; la dose du vin fut augmentée dans ses breuvages. On 
lui ordonna de continuer l'usage des fruits mûrs à volonté, et 
de prendre les mêmes potions ; et , le soir , les anodins comme 
auparavant. Cette nuit et le matin du onze , il sua de nou- 
veau : l'éruption miliaire augmenta beaucoup ce jour-là aux 
épaules, au cou, à la poitrine, aux bras et autre part. La 
sueur continua tout le onze : on le changea fréquemment pen- 
dant ce temps-là. Il parut soulagé, et dit de nuit qu'il se 



NON PUTllïDE. îil9 

de la bouche , ou sur la peau , sont des signes de 
coction , et par conséquent des phénomènes salu- 
taires ; mais , quant à la nature de toute la fièvre, 

croyait hors d'affaire , et que la sueur ne l'avait pas affaibli. 
Il continua les potions salines, se trouva assez bien le douze 
et le treize,- mais les urines étaient toujours pâles et crues, 
et le pouls fréquent- Le quatorze, il fut saisi d'un froid avec 
tremblement ; cela dura une heure , et fut accompagné d'une 
assez grande rigueur : ensuite vint un accès de chaleur fort 
vif, avec une grande rougeur de la peau, ce qui dura deux 
heures, et fut suivi d'une sueur abondante; mais point d'érup- 
tion miliaire nulle part. Cette sueur tomba en cinq heures 
environ : alors il fit une selle copieuse, pullacée, rendit beau- 
coup d'urines bien cuites, et présenta tous les signes d'une 
coction et d'une crise parfaite : bref, c'était une simple tierce 
régulière. Le quinquina l'a guérie au troisième accès. Ce jeune 
homme se rétablit beaucoup mieux et pins prorapteraent que 
d'autres qui eurent la même fièvre dans le même temps, mais 
sans fièvre d'accès* On continua trop long-temps dans ceux-ci 
le traitement antiphlogistique , c'est-à-dire , jusqu'au quatorze -, 
et l'on avait usé trop tôt des diapborétiques avec noire jeune 
homme ( le neuf). Je trouvai donc que le onze , comme le 
pratiquait Sydenham, est en général le plus convenable pour 
faire ce changement, en procédant alors par degrés, et sans 
ajouter l'opiate qu'au quatorze , à moins que les symptômes 
de faiblesse ne soient urgens ; dans lequel cas, je trouve que 
l'opium , joint au camphre , est le plus efficace de tous les 
cordiaux. 

Il y a quelques années que ce cas est arrivé. Je fis là-dessus 
quelques observations dans mon journal : en voici la copie. 

Ne peut-on pas conclure que le principe de cette fièvre était 
une congestion de flegme , de pituite ou d'autre matière ana- 








29.0 De la SYPfOQUE 

cela se passe toujours par degrés. Plus je vois cette 
espèce de fièvre , et plus j y pense , plus je me 
persuade qu'il est toujours mieux de la traiter tout 

îogue quelconque , ramassée dans le ventricule et les intestins , 
laquelle occasiona le sentiment d'oppression et de pesanteur, 
c'est-à'dire , les préludes de ia maladie, terrentia Jebris ? et 
que cette matière ayant été atténuée par le mouvement et la 
cîialeur de la danse , ensuite bien délayée par de copieuses 
boissons chaudes , elle fut en partie absorbée dans le sang , et 
y produisit une fièvre ardente qui fut abattue par la saignée eÈ 
les raédicamens laxatifs ; et que , quand les intestins furent 
décliargés par les vomitifs et les purgatifs , les signes de ma- 
tière qui y était turgescente , disparurent ; tels que la dou- 
leur de la tête , des lombes , la faiblesse du pouls , etc. : la 
circulation reprit un libre cours , et la coction commença à 
s'opérer ; que c'était donc bien mal à propos que les forts dia- 
pborétiques avaient été administrés avant que les signes de 
coction fussent bien certains: telle fut la cause de l'éruption 
lïiiliaire et crue. Cette éruption fit évacuer , il est vrai , une 
partie de la matière morbiiique par des efforts réitérés ; mais 
la vraie évacuation critique n'arriva que le quatorzième jour, 
après que tout eut été mieux préparé vers le douze ou le 
treize. Le seul accès d'une fièvre tierce parut alors avoir plus 
fait en peu d'beares , que plusieurs jours d'une fièvre continue 
ne pouvaient faire. Ce cas nous fait voir , en passant, com- 
bien il est nécessaire d'observer les changemens des vents et 
du temps ; car l'air fut rafraîclii par une forte pluie le qua^- 
torze de cette fièvre : j'ai vu même différentes fièvres d'accès 
simples , qui n'avaient été précédées d'aucune autre fièvre , 
quoique la saison fâl fort avancée. 

INe pouvons-nous pas aussi inférer qu'une éruption miliaire 
no dénote le plus souvent qu'unie cpction partielle , et de- 






non pvTtiîDt, 22f 

simplement. Quand elle a été réduite par les éva- 
cuations nécessaires au commencement , comme 
je l'ai dit; qu'elle s'est modérée , et que les ré- 
mittences en sont devenues régulières , on doit 
seulement faire attention au régime ; et , par ce 
moyen , on la maintient dans un état propre à 
opérer la coction. Quand le second période de 
la fièvre a paru , il ne faut tenter aucune évacua- 
tion considérable , que la coction ne soit faite. 
On ne doit pas non plus troubler la nature par 
des drogues que l'on suppose faussement favoriser 
la coction , parce qu'elles sont toutes stimulantes 
et échauffantes. Dès que la coction est faite , la 
nature tente toujours l'expulsion de la matière 
morbifique par quelques-unes des voies ordinaires, 
mais surtout par la peau , dans cette fièvre ; et je 
ne vois jamais de crise parfaite , que les sueurs ne 
commencent de nuit à paraître doucement. Si la 
nature se trouve capable d'exécuter l'opération , 
nous ne devons pas nous en mêler , ni lui dé- 



mande beaucoup d'efforts avant qu'elle produise une crise 
complète ? Si cela est , ne soyons donc pas surpris qu'une 
lièvre de celte espèce soit longue et pénible. Qu'avons-nous 
donc besoin de forcer une éruption qui n'est pas critique , 
par de violens médicamens échauffans ? Ne vaudrait-il pas 
mieux attendre auparavant la coction avec patience ? Une 
diète restaurante antiseptique vaut certainement mieux en 
pareil cas , (jue des cordiaux échauffans* 






222 De la Synoque 

roberson temps. Si elle ne l'est pas, soutenons-la 

convenabiement et avantageusement , surtout en 
faisant bien attention de favoriser cette évacua- 
tion par ies voies qui la soulageaient le plus, mais 
non pas précipitamment ni trop long-temps. Après 
le second période de cette fièvre , c'est-à-dire , 
quand les rémittences sont longues et régulières, 
je ne trouve pas que les purgatifs soient avanta- 
geux avant qu'il y ait un fort sédiment dans l'urine. 
On peut donner en passant un lavement , vu que 
le ventre est souvent resserré; mais cela est même 
rarement nécessaire. 

La coction étant donc absolument nécessaire 
avant de tenter convenabiement l'expulsion dans 
toute fièvre qui n'est pas vraiment maligne , il est 
de grande importance de développer ]es signes de 
cette coction. Le premier précurseur de cette 
opération , est la diminution des symptômes; 
car, la matière crue étant acre, et stimulant trop 
la nature, les symptômes d'irritation doivent conti- 
nuer jusqu'à ce que la cause irritante ait été chan- 
gée ou expulsée. Mais , dès que le pouls devient 
plus lent , mou , grand ; que la chaleur brûlante 
et sèche de la peau , et la sécheresse de la bouche 
ont diminué , que l'anxiété n'est plus considéra- 
ble , que le visage paraît plus tranquille , on peut 
être sûr que l'acrimonie est en partie adoucie, 
et conséquemment que l'irritation n'est plus si 
grande. C'est pourquoi Tou doit à ce période exa* 






ÏVOJN PUTRIDE. 2*23 

HÙuer attentivement les excrétions , la salive , 
l'urine , les selles , avant de passer outre. Si Ton 
en trouve quelqu'une de cuite , c'est un second 
signe de véritable coction ; et si le pouls se sou- 
tient , on peut conclure que la nature est capable 
d'exécuter ses opérations , qu'ainsi elle n'a pas 
besoin de cordiaux actifs. Si , au contraire , les 
symptômes sont visiblement diminués, et que le 
pouls soit mou , très-petit et fréquent , on peut 
inférer que la nature commence à décheoir , et 
demande un cordial , comme un verre de vin , ou 
autre chose de plus actif, ou même un vésicatoire. 
Par ces moyens , on peut stimuler la nature, lui 
faire faire quelqu'effort ; on maintient la fermen- 
tation , comme dit Sydenham, jusqu'à ce que la 
coction soit opérée. Mais un des signes décidés 
de coction , c'est l'envie de manger; or , dans cette 
situation les alimens sont le meilleur cordial ; il 
faut en accorder au malade , mais en bien régler 
la quantité. Il vaut mieux pécher par le moins; 
car , en pareil cas , je vois que l'appétit est tou- 
jours plus grand que les forces digestives. 

Mais on n'est pas encore tout-à-fait victorieux 
pour avoir vu quelques signes de coction. Il reste 
encore deux opérations , l'une de disposer la ma- 
tière cuite à l'expulsion , et l'autre l'expulsion ac- 
tuelle , comme je l'ai déjà dit ailleurs. Les signes 
seuls de coction n'autorisent donc pas à forcer 
violemment aucune évacuation ; il suffit de tenir 




« 



5? 



>'i-\ 



11ll\ De la SYWOQTjr 

\es, voies libres , d'attendre qiïe la nature y trans- 
porte les amas , et donne des signes de tnrges^- ' 
cence. Maintenant donc le signe certain de tur- 
gescence , après la coction , est cette sensation 
que nous distinguons par le nom de léger frisson. 
Après cela le pouls monte , la chaleur augmente ; ^. 
il ne faut plus que délayer ; ce qu'indique ordl* 
naireraent la nature par l'augmentation de la soif: 
cet état dure quelquefois assez long-temps, mais 
il n'y a rien à craindre. Il s'ensuivra certainement 
quelqu'évacuation par les sueurs, la saiive , les 
urines, les selles, ou par quelque éruption ; éva- 
cuation qui , à certain degré, sera infailliblemenfi 
critique. C'est une évacuation de la matière mor* 
bifique cuite et turgescente, que l'on ne doit dono 
pas réprimer , mais soutenir avec douceur. Dans ce 
cas , la fièvre aura une grande rémittence , ou 
deviendra intermittente, ou cessera entièrement: 
Je ne présente pas ceci comme une hypothèse? 
mais comme une vérité incontestable , après 
avoir examiné le sujet long-temps et soigneu- 
sement , et trouvé mes principes confirmés sans 
exception par l'expérience. Les jours indicatoires 
et ceux de la crise s'accordent , généralement 
parlant , avec les observations des anciens dans 
cette fièvre. 

Je suivis dernièrement un jeune homme S. H. 
qui , après un malaise de trois jours , terrentia 
morhl ^ fut saisi d'un violent accès avec frisson, 



îrON PUTRIDE. 225 

f îgiieur , et les autres symptômes de cette fièvre; 
de sorte qu'il ne se ressouvenait même pas d'avoir 
été saigné le premier jour. Il commença à se re- 
connaître après le vomitif; ensuite il fut purgé ; je 
lui tins le ventre libre le troisième et le quatrième 
jour : il se sentit alors un froid aux jambes , et 
présenta quelques signes de coction. La fièvre 
augmenta après cela , mais non au point d'exigcF, 
une autre saignée. Il semblait alors que tout ea 
restait là jusqu'au septième jour, qu'il lui survint 
un tremblement plus fort, lequel fut suivi d'une 
crise parfaite , et qui ouvrit la voie à toutes les 
autres sécrétions et excrétions. Il ne resta après 
cela qu'un petit crachement de matière cuite ^ 
une toux légère ; le ventre fut libre pendant plu- 
sieurs jours ; la sueur était douce pendant la nuitj, 
et naturelle , mais point de fréquence dans le 
pouls, ni d'autre symptôme fébrile. L'urine parut 
moins chargée de jour en jour. 

La synoque non putride peut être jusque-là re- 
gardée comme semblable à la fièvre simple inflamw 
matoire , avec cette différence seulement que , 
dans la synoque, les intestins sont toujours char-( 
gés , et qu'il passe par cette voie une plus grande; 
partie de l'amas morbifique , que dans la fièvre 
ardente ; comme le dit Hippocrate : « Il y a une 
» saison(commedepuis juillet jusqu'à novembre) 
j> où la cause irritante semble être toute au dessous 
» du diaphragme : ensuite elle monte ( comme 



I, 



i5 



Zi 



2^6 De la Syjyoque 

» depuis novembre jusqu'à mars), après quoi 
» elle commence à descendre. )> 

Mais il y a une différence plus considérable dans 
la manière de disparaître : car , lorsque la fièvre 
ardente se termine par résolution , elle le fait com- 
plètement en une fois , à moins qu'elle n'ait été 
troublée par négligence , ou par une mauvaise 
pratique ; au lieu qu'il faut des crises réitérées 
pour conduire la synoque à une parfaite termi- 
naison. Le frisson, la chaleur , les évacuations doi- 
vent revenir souvent , de sorte qu'elle ressemble 
si fort à une vraie fièvre d'accès , sans cependant 
en mériter toujours le nom , que je ne suis pas 
étonné de voir les anciens l'appeler fréquemment 
iritœos et hemltriiœos , double-tierce , ou quoti- 
dienne prolongée. Sydenham les croit tellement 
semblables , qu'il les dit être de même nature. En 
effet elles sont si confondues l'une dans l'autre , et 
se produisent réciproquement si souvent, que son 
observation me paraît très-bien fondée. C'est par 
ceci qu'il réglait sa pratique dans les fièvres d'ac- 
cès du printemps, et jamais il ne les arrêtait avant 
que le temps employé dans les paroxysmes fébriles , 
sans y compter les intervalles de l'intermittence , 
ne se montâtà deux cent trente-six heures, ce qui 
fait quatorze jours , espace de temps qu'il avait 
trouvé nécessaire pour cuire cette matière particu- 
lière par une fièvre continue. Or, la fièvre d'accès 
5e guérit, en général, d'elle-même durant ce 



NOUf PUTRIDE, 227 

temps-là , si on Fabandonne à la nature et à un 
régime convenable. 

Quand la synoque non putride prend de longues 
rémittences , et qiie les paroxj/smes commencent 
par nne sensation de froid , et de tremblement 
sur le soir , avec des sueurs pendant la nuit , le 
sommeil le matin , l'appétit à midi ^ bon courage 
et augmentation de forces , de manière que le 
malade soit levé la meilleure partie du jour , on 
a lieu d'être tranquille ; il n'y a plus de danger: 
tout cessera enfin bientôt par des rémittences 
toujours plus longues, ou par une fièvre d'accès 
bien formée de printemps. 

Quand , durant ces rémittences et avant de voir 
un parfait sédiment dans l'urine , j'ai tâché d'em- 
pêcher le retour du paroxysme par des purgatifs 
et une diète fort mince , ou plutôt par un régime 
antiphlogistique , j'ai toujours vu s'ensuivre une 
grande perte de forces, des amas de crudités , et 
le retour d'une fièvre continue non rémittente, 
ou contineme. Mais, quand j'ai attendu ce sédiment, 
une purgation avec la rhubarbe faisait bien à mon 
malade, et l'appétit augmentait plus tôt. Rarement 
je tire quelqu'avantage , en tâchant d'empécher le 
retour du paroxysme , en mêmes circonstances ^ 
par l'usage du quinquina pendant les intervalles. 
Quelquefois même la rémittence disparaît , et les* 
excrétions deviennent plus crues. Quelquefois la 
tension fébrile se passe , l'appétit augmente, 1^ 

i5.. 





22& De la SyjNOQUE 

courage se relève , et tout paraît aller le plus heu- 
reusement pendant cinq ou six jours ; alors la 
bouche commence à se dessécher, les urines de- 
viennent crues , l'appétit tombe > le sommeil est 
interrompu , et l'on voil les symptômes de la 
plus fâcheuse obstruction , qui ne peut se lever 
qu'avec le temps et le génie ie plus adroit. 

En revoyant plusieurs cas dans lesquels cette 
pratique avait été mise en usage , je suis surpris 
d'y voir si peu de parfaits réîablissemens. Je ne 
donne pas le quinquina dans la vraie synoque 
non putride , comme fébrifuge , parce que je 
trouve que la fièvre est nécessaire pour compléter 
la cure ; mais , comme tonique dans les cas de 
grande faiblesse , je ne conoais pas de meilleur 
remède. C'est le meilleur cordial , et le moins 
échauffant. En petite quantité, il réveille l'appétit, 
donne un peu de force au pouls sans en augmen- 
ter la fréquence ; et la meilleure préparation en 
est la poudre toute simple. 

Quand cette fièvre devient intermittente , avec 
des excrétions bien cuites , et absence de fièvre 
dans les intervalles , les évacuations ne sont pas 
si| pernicieuses. Au contraire, on rencontre sou- 
vent une matière tur^rescente dans l'estomac et les 
intestins , laquelle peut avoir besoin du secours 
de l'art : après quoi , il faut augmenter convena- 
blement les alimens, faire prendre Tair au malade, 
y joindre un exercice proportionné à ses forces 



îVoiY PUT ni DE. aig 

pour le fortifier. Quelques sujets s'accommodent 
bien des bains froids pendant les intervalles. Je 
traite actuellement un jeune homme , qui me 
consulta , il y a deux ans , pour des tumeurs 
scrofuleuses fort grandes et fort dures tout au- 
tour du cou , aux glandes de la gorge et de la 
mâchoire inférieure. Après quelques évacuations 
ordinaires , je lui fis prendre du sel polyc. et de 
l'éponge brûlée , pendant un temps considérable. 
Cela n'eut pas de succès. Je lui donnai l'extrait de 
ciguë en grande quantité. Pendant l'usage de ce 
remède , deux de ces tumeurs vinrent à une 
espèce de suppuration , et s'ouvrirent enfin par 
le long usage des cataplasmes. Le chirurgien eu 
dilata les orifices et les pansa plusieurs semaines. 
Elles se réduisirent à une petite ouverture , d'où 
il découlait une matière glaireuse ; mais le fond 
en était toujours étendu et dur , les parotides et 
les glandes sous-maxillaires restaient danslemême 
état. On l'envoya, l'été dernier, se baigner à la mer, 
et en boire de l'eau pendant six semaines , ce qui 
rapprocha les chairs , et parut cicatriser les deux 
ulcères. De retour, il fut mis au quinquina, mais 
inutilement. Au mois de mars dernier , il fut atta- 
qué d'une synoque non putride , qui se termina 
par une double-tierce bien formée ; quelques jours 
après , elle devint tierce simple : alors les tumeurs 
commencèrent à s'affaisser visiblement après 
chaque accès. Il fat mis à une diète antiseptique 



23o D~E LA SynOQUE 

et au sel pol/c, jusqu'au commencement de juin, 
que toutes les tumeurs disparurent ; mais sa cou- 
leur avait disparu , et son embonpoint était aussi 
considérablement tombé, quoiqu'il travaillât tous 
les jours dans le magasin: il commença a^.ors à 
prendre une infusion de fleurs de camomille 
comme un amer , mangea de la viande , et but 
du vin. Tous les matins , il prenait ce bain froid 
de tort bonne heure ; le visage devenait meilleur, 
le courage se ranimait ; mais la fièvre revenait 
tousles jours régulièrement. Au premier de juillet, 
il prit le quinquina à forte dose entre les accès; 
la fièvre ne cédait pas aisément : ce qui me fit 
encore augmenter la dose, y ajoutant des fleurs 
de camomille en poudre , avec soixante gouttes 
environ d'élixir vitr. acid. tous les jours , et conti* 
iîuant sa diète restaurante et le bain froid. Tout 
céda enfin : il est, je pense , radicalement guéri 
de ses écrouelles, et la fièvre est totalement arrêtée. 
Quant aux fièvres d'accès du printemps en gé- 
néral, mon idée s'accorde si bien avec celle de 
Sydendam , que je rapporte ici ses propres termes, 
chap. 5, art. ii : « J'ai déjà observé que les inter- 
>i mittentes du printemps sont rarement de lon- 
» gue durée , et toujours salutaires ; de sorte que 
» les sujets âgés et infirmes en ont à peine quel- 
» que chose à craindre que par un traitement 
» maladroit»; et art. i6 : « J'ai toujours pensé 
» qu'on pouvait entièrement abandonner à la 



23i 



NON P 11 ï n I D E. 

» nature les intermittentes du printemps, n'ayant 
» jamais vu personne en périr. Au contraire, j'ai 
» remarqué qu'on ne faisait que les rendre plus 
» opiniâtres en clierchant à les guérir sans les 
» mesures convenables, o II pouvait ajouter que 
la conséquence en- est funeste, comme il arriva 
au docteur W. G. qui arrêta une fièvre tierce sim- 
ple, contre mon avis et mon opinion. Il en souf- 
frit plusieurs années les mauvais effets. Mais pour- 
suivons avec Sydenham , art. 27 : a Après les par- 
» ticularités que je présente ici, et qui, je pense, 
» sont raisonnables et bien fondées, il ne paraîtra 
» pas étrange que je ne propose d'autre méthode 
w de guérir les intermittentes , que celle qui sem- 
)> ble nécessaire dans ces fièvres continues pour 
» finir leur dépuration , par le, moyen d'une effer- 
:» vescence limitée à certain période; quoiqu'elles 
^) puissent différer entr'elles dans la manière de 
s> l'exécuter. » 

Je puis même assurer , d'après l'expérience , que 
le jnême traitement recommandé dans la syno- 
qne non putride, réussira également dans les fiè- 
vres d'accès qui ont été intermittentes dès le com- 
raencement ou peu de temps après. Peu de ces 
fièvres de printemps passeront neuf accès, si on 
les traite ainsi. Quand elles le font, je donne une 
infusion de fleurs de camomille, avec le sel pol/c. 
entre les accès , et je tiens l'estomac net suivant 
le besoin. Si la sueur est trop forte, j'ajoute Yék'x, 



'^3i De la. Synoque 

vitr. à l'infusion. Si elle manque, j'emploie le sel 
ammon, au lieu du sel polyc. Je ne défends dans 
la diète que les viandes salées, famées, grasses, 
et le beurre. Je permets la petite-bière, quelques 
verres de vin; recommande l'air et l'exercice; 
quelquefois le bain froid , selon la coutume des 
anciens. Je dois cependant convenir qu'il y a des 
gens trop faibles pour soutenir les assauts de tant 
d'accès ; et notre air est souvent si chargé d'hu- 
midité dans cette saison, qu'il est nécessaire d'ar- 
rêter une intermittente même de printemps : ce 
qui nous fait alors recourir aux cordiaux, parmi 
lesquels le quinquina tient le premier rang. 

La plupart des autres maladies de cette saison 
se guérissent par la même méthode , avec quel- 
que modification seulement, selon le siège de la 
maladie; comme îa diarrhée, la dysenterie, la 
colique, la jaunisse, excepté la migraine qui est 
aussi une maladie plus fréquente au printemps 
qu'en aucune autre saison ; quoique je l'aie remar- 
quée dans toutes. 

Elle ressemble ( la inigr. ) à la synoque non pu- 
tride, à quelques égards; car elle est toujours ac- 
compagnée d'amas de matière crue et turgescente 
dans l'estomac, et ne se guérit pas aisément sans 
vomitifs; après quoi elle prend une intermittence 
régulière, et peut toujours se guérir par les anti- 
spasmodiques. Le choix de ces médicamens dé- 
pend de la saison de l'année, et de la constitu- 



NON PUTRIDE. ^^^ 

tion ëpidëmiqiie avec laquelle elle est corapliqaée. 
Il faut cependant bien la dislingiier des autres 
maux de tète qui viennent d'autres causes, et lui 
ressemblent par les sympJômes. Tels sont ceux qui 
viennent d'un dérangement des solides , d'affec- 
tions hystériques, de fièvres rémittentes et inter- 
mittentes, du scorbut, de vérole et semblables; 
La vraie migraine intermittente n'est accom- 
pagnée d'aucune fièvre, que de celle que cause 
la douleur, qui, dans ce cas, est excessive. Elle 
est ordinairement fixée d'un côté de la face ou 
de la tête. La chaleur n'y fait ni bien ni mal. Sou- 
vent elle affecte les yeux , y produit une forte 
inflammation, et les rend extrêmement tendres: 
ce qui cesse dès que la douleur de la face a cessé. 
L'histoire de la m-aladie se verra mieux par des faits 
que par aucun détail qu'on en puisse donner. Je 
dis donc qu'en général , j'ai remarqué que mes 
malades se trouvaient soulagés au printemps, mais 
jamais en automne, quand je commençais par la 
saignée. Un vomitif modérait toujours l'accès sui- 
vant ; un purgatif augmentait le troisième , à moins 
que je ne donnasse un anodin après. Ces évacua- 
tions faites, j'ai quelquefois eu du succès pendant 
îa moisson, en donnant une infusion de fleurs de 
camomille avec l'élixir de vitriol ; mais ce fut 
toujours inutilement au printemps que je m'y 
pris ainsi. Quand la camomille et l'élixir ne me 
réussissaient pas dans la moisson, j'ai souvent eu 





^34 De la Synoque 

lieu de me louer du quinquina; mais il m'a aussi 
souvent manqué dans le printemps, quoiqu'à 
forte dose entre les accès, et donné très-long- 
temps. Les sangsues aux tempes, et les vésica- 
toires derrière les oreilles soulagent souvent, mais 
ne guérissent pas la maladie. Les fortes liqueurs 
fermentées irritent toujours le mal : les racines 
et les légumes ne font pas de mal; mais la meil- 
leure diète est de manger des viandes maigres. 
Lelectuaire suivant m'a toujours réussi dans un 
grand nombre de cas où je l'ai donné. Il faut ce- 
pendant avoir soin de varier les ingrédiens ou 
leur proportion, selon la saison de l'année, le 
temps, l'âge, la complexion et autres circonstan- 
ces du malade, comme on le verra par les exem- 
ples suivans. 

^ Racine de Falér, sauvage^ 
une once. 
Quinquina , 

demi-once. 
Thériaque , 

deux gros. 
Sel d Absinthe ^ 

un gros. 
PJuiharhe ^ 

un scrup. 
Sirop de safran, s. q, f. élect. 
J'en fais prendre ordinairement un bol toutes 
les trois heures, de jour et de nuit, jusqu'à ce 



NOjy PUTRIDE. ^^^ 

que la douleur cesse. J'ai souvent vu prendre 
toute la quantité en un jour; les deux tiers le 
lendemain; moitié le troisième jour, ainsi de 
moins en moins, jusqu'à ce qu'on le quitte tota- 
lement ; sans quoi les récidives sont fort com- 
munes. 

Première observation. 

Un homme âgé d'environ quarante-six ans , 
M. J.D., fort et bien portant à tous égards, si l'on 
excepte un accès régulier de goutte qui revenait 
en février, prit en mai une dose de poudre détain 
pour le tœnia^ et quelques doses de jalap après 
ces poudres. Les vers sortirent en différentes 
pièces; il se trouva bien jusqu'en septembre sui- 
vant. Il fut alors éveillé de nuit par une douleur 
à la partie prominente de la jone; cette douleur 
augmenta par degrés chaque nuit, et devint si 
considérable de tout le même côté de la face et 
de la tête , qu'il était tout hors de lui. Cela le 
tenait plusieurs heures, et semblait augmenter 
toutes les nuits, lant en violence qu'en durée. 
Apres avoir nettoyé les intestins, il prît en un 
jour une once de valériane, et une demi-once de 
quinquina en électuaire. Il se trouva beaucoup 
mieux la nuit suivante : il en prit cependant 
même quantité le lendemain, ce qui fit cesser 
toute la douleur. Il diminua la dose par degrés, 
comme je l'ai prescrit, et fut entièrement hors 








i 




^36 i)E LA Syjvoque 

d'affaire. Il passa à sa maison de campagne, fut 
mouillé étant à se promener dans un moment de 
pluie. Il eut ensuite une diarrhée qui dura huit 
jours; il prit pour cela un vomitif, et fut purgé. 
Insensiblement il sentit le mal de tête revenir^ 
il l'eut enfin au même degré, mais non si long- 
temps. Il reprit son électuaire , sans beaucoup 
d'effet le premier jour. La dose du quinquina fut 
augmentée, mais la douleur continua jusqu'à ce 
qu'on y joignît la tîiériaque. Alors la maladie fut 
bientôt guérie. î^e peut-on pas, à juste litre, 
appeler cela une fièvre d'accès à la tête ? 

Il.^^e Observation. 

Un sujet plus âgé , P. O. , qui était aussi gout- 
teux, et avait été sujet à la gravelle, homme d'une 
constitution épaisse et flegmatique , après une 
goutte qui l'avait long-temps retenu chez lui au 
printemps, eut une forte attaque de gravelle; une 
forte fièvre s'y joignit. Il fut saigné , et traité avec 
les anliphlogistiques durant sept jours Pendant ce 
temps ' là , on lui tint le ventre libre avec des la- 
vemens , et de doux purgatifs huileux ; il but 
beaucoup d'infusion de graines de lin et de mauve, 
avec Vesprit de nitre didcifié ; il prit beaucoup de 
bains , et on lui fit de fréquentes fomentations, 
jusqu'à ce que tout le gravier sortît peu à peu. Peu 
après , il fut saisi d'une migraine très-douloureuse ; 
on le fil vomir avec ïipécacuanha que l'on fit agir 



IVON PUTRIDE. 287 

av^c une infusion amère , à laquelle on ajouta uu 
peu de fleur de moutarde ; il prit pour boisson 
ordinaire une infusion de genièvre , édulcorée 
d'un peu de miel , et un électuaire composé de 
poudre de valériane, d'une petite quantité de quin- 
quina , et d'une bonne dose de sel cl absinthe ^ ce 
qui le guérit bientôt. 

III.ï"^ Observa Tioiv. 

Les cours de ventre du printemps étaient fort 
communs ici, quand une jeune damej, d'une cons- 
titution délicate , et sujette à des affections ner- 
veuses , fut saisie d'une vraie migraine. Elle prit 
Vipécacuanha en poudre , et vomit : elle fui pur- 
gée avec partie de rhubarbe et de crème de tartre ; 
après quoi elle prit un électuaire de poudre de 
valériane , et d'une petite dose de rhubarbe ; et , 
après chaque dose , quatre cuillerées de julep de 
camphre , avec quelques gouttes d'esprit volatil 
aromatique-, ce qui la guérit immédiatement. 

Aucun desdits malades n'a eu de récidive depuis, 
quoiqu'il y ait déjà plusieurs années. Je pourrais 
rapporter grand nombre d'autres cas semblables; 
mais ceux-ci suffisent pour exposer la nature de la 
maladie , la méthode curative ,et ce que j'entends 
par varier les ingrédiens et leur proportion ^ selon 
les circonstances. Cependant le grand point est dp 
s assurer de la réalité de la maladie , et de la dis- 




i 




238 De la Synoque 

tingiier de tonte autre qui lui ressemble par les 

symptômes; ce qui est quelquefois difficile. 

M. Barry , apothicaire, me fit appeler , il y a 
quelques années , pour voir un homme que l'on 
me dit attaqué dune migraine, et qui avait déjà 
bien consulté inutilement. Trois circonstances me 
firent voir que c'était des Yacvs (i). i.oLa douleur 
occupait toute la partie de la tète couverte ordi- 
nairement par le chapeau ; 2.^ il se trouvait plus 
mal quand il s'échauffait dans le lit , et n'était pas 
beaucoup inquiété quand il en était dehors ; 3.° il 
avait sur la tête et les épaules des éruptions de 
couleur de rouille , et assez semblables à de petites 
framboises non mûres, que l'on disait être la suite 
des vésicaloires qu'on y avait appliqués. Après 
qu'il eut pris une boisson de forte décoction des 
bois sudorifiques, et sué dans un bain chaud, on 
vit ce que c'était , et je le guéris conformément. 

Quelques années après, le même apothicaire me 
fit encore appeler pour un autre jeune homme 
qui avait eu une vérole, avait été traité par la sali- 
vation , durant trois semaines , par un habile chi- 
rurgien. Après quelques purgations , il sortit de 
chez le chirugien ; peu après , il fut saisi d'un mal 
de tère périodique très-violent , que l'on soupçon- 
nait être un reliquat de sa maladie. Je trouvai que 



(i) Lavoisien décrit assez bien cette maladie. Foyez son 
dictionnaire. 



JVON PUT n IDE. 239 

ce mal Je léte revenait régulièrement à sept heures 
du soir , et se bornait à un côté seul de la tète. 
Les deux yeux , il est vrai , étaient enflammés, 
mais surtout celui du côté douloureux. J'ordonnai 
donc un bol de camphre 2LYeQ un peu d opium pour 
cette soirée-là , ce qui modéra beaucoup raccès. 
Le matin suivant il prit un vomitif, dès que la 
douleur fut bien passée ; aussitôt il commença 
l'électuaire , et la douleur ne revint plus. L'inflam- 
mation des yeux disparut peu après ; il y parut 
beaucoup de boutons et de pustules. Il but pour 
cela quarante bouteilles de décoction de salsepa- 
reille, et fut bien rétabli. 

Il y a peu d'années que je fus appelé dans un 
cas de migraine , avec M. Johnston de Bread Street 
HilL Une jeune femme , d'une bonne santé par le 
passé, mit au monde, au printemps , un enfant 
malade , qui mourut bientôt, de sorte qu'on lui 
fit passer le lait. Elle consulta ensuite un chirur- 
gien , pour ce qu'elle appelait une espèce de sur- 
charge chns l'estomac; mais on découvrit aisément 
que la maladie était une vérole. On la mit au 
mercure. Huit jours après , elle fut saisie d'une 
douleur terrible de tête , et les deux yeux s'en- 
flammèrent. Cette douleur se relâcha , mais ne se 
passa p^s. Je trouvai le pouls fréquent , un peu 
dur, quoique petit; la langue chargée , l'haleine 
puante , l'urine bourbeuse et crue , la peau très- 
chaude : une sueur continuelle et visqueuse lui 



r*?»^>-rv:'/:"r«islB 



ii^ 



240 De la Syjn^oque 

couvrait le cou et la poitrine; le ventre était res- 
serré , elle avait quelque soif. J'ordonnai aussitôt 
un lavement purgatif, et de prendre fréquera- 
Tijent plein une cuillère à café d'un looch fait de 
manne , tamarin et miel , parties égales , et de 
boire beaucoup d'eau d'orge, et une prise de lait 
de soufre ySo\T et matin. Elle continua cette ordon- 
nance quatre jours, pendant lesquels elle alla trois 
ou quatre fois par jour à la selle. La bouche devint 
nette et moite ; le pouls lent et régulier , et la 
douleur de tête intermittente , avec un sédiment 
cuit dans les urines rendues pendant les intervalles. 
Elle prit ensuite le quinquina , et la racine de valé-^ 
riane préparée , avec un peu de sel â! absinthe et 
de la thériaque ; après quoi la douleur se passa 
dans une nuit. L'usage du même électuaire lui 
rendit l'embonpoint, et la ranima; l'appétit revint, 
les yeux se trouvèrent aussi mieux. 

Mais la vérole persévérait , et les symptômes 
augmentaient. Je donnai pour ceci le sublimé , 
avec une décoction de salsepareille. Il parut bien 
faire pendant cinq jours ; mais elle fut purgée le 
six avec beaucoup de tranchées , et le jour suivant 
la migraine revint avec l'inflammation des yeux. 
Elle fut alors purgée avec la rhubarbe et la magné' 
sie, et le soir suivant elle reprit l'électuaire comme 
auparavant. La migraine et l'inflammation cessè- 
rent en peu de jours; elle en fut débarrassée pen» 
dant trois semaines, mais la vérole augmentait. 



J'ordonnai pour lors une petite quantité de chaux 
mercUrielle à prendre avec l'électuaire de quin- 
quina et de valériane : ceci parut bien faire pendant 
dix jours , mais la même évacuation revint comme 
auparavant. J'ajoutai la thériaque pour larrêter , 
mais en vain. La migraine revint , et nous fûmes 
obligés d'abandonner tous les mercuriels avant de 
pouvoir l'arrêter. Je lui conseillai de passer à la 
campagne , vu qu'il faisait fort chaud à la ville ; 
de laisser-là la vérole , en empêchant cependant 
ses progrès avec les décoctions. 

Elle passa à Sydenham, s'y trouva bien unese» 
maine ; on lui conseilla de boire de ces eaux , 
pour ce qu'elle appelait surcharge. Les eaux la 
purgèrent trois ou quatre jours de suite ; la mi- 
graine , etc. , revint, mais fut bientôt dissipée par 
l'électuaire. Je lui défendis alors tout autre médi- 
cament que la décoction de salsepareille , en at- 
tendant les premières gelées. Comme il y a rare- 
ment des maladies putrides dans cette saison-là , 
j'espérais dissiper la vérole par les frictions , et les 
sueurs dans une étuve. En attendant , les ulcères 
furent traités avec égale partie d'un doux digestif 
et ai onguent bleu : en conséquence , dès le com- 
mencement de décembre suivant, on la fit saliver 
par degrés; et elle fut guérie entièrement sans 
accident. Elle but sa décoction de salsepareille 
jusqu'à ce qu'elle eût repris sa couleur , son em'! 
bonpoint , et l'appétit. 

I. ]6 



ireffjiki 




4.\v^t^vt^*l*^lvtVlv^v^^Tvtvv^^viv^1/^vl^vvvvvvvv^Vl.v^l^v^v^l■vvv\'vv^v^vv'V*v* 



5k 



T 



PUTRIDE. 

IL est probable qu'il existe et flotte dans le sang 
de tout animal bien portant, une humeur' dun 
jaune pâle ^ dont la bile est principalement for- 
mée , et que le principal organe destiné par la 
nature à cette opération est le foie. Dans un état 
sain 5 cette humeur n'est pas acrimonieuse, même 
après que le foie en a fait la sécrétion, et qu'elle 
a passé dans le conduit hépatique, comme nous 
le connaissons par le goût ; mais elle devient fort 
acrimonieuse quand elle est ramassée dans la vési- 
cule du foie, qualité qui augmente en raison di- 
recte du temps qu'elle y reste. Tant que cette 
humeur flotte dans le sang, on peut l'appeler 
suc biliaire \ quand elle a été séparée, et qu'elle 
passe dans le conduit hépatique , on l'appelle 
hile hépatique \ et ensuite bile cyslique ^ ou fiel ^ 
quand elle s'est rendue dans la vésicule. 

Tant que le suc biliaire conserve ses propres 
qualités, et reste en quantité convenable, il est 
toujours l'ingrédient le plus utile pour la com- 
position de nos humeurs. Dès qu'il n'est phis dans 
l'un ou l'autre de ces deux rapports, il s'altère, 
et devient l'origine de diverses maladies auxquelles 
on a donné différens noms : i.« quand il est su^ 
rabondant, ténu et acre , il devient le principe 



L 



De la Constitution putride. ^43 

3e la constitution putride ; 2." quand il est sura- 
bondant, épais et acre, il produit la constitu- 
tion appelée communément bilieuse; '6p mais, 
quand il est fort visqueux et d'un jaune sombre, 
on l'appelle suc atrabilaire ^ comme flottant en- 
core dans le sang, et il donne naissance à la 
fausse péripneunionie ; mciis quand ce suc atra- 
bilaire est séparé du sang , qu'il est déposé ou 
forme une fluxion sur les viscères , on peut, pour 
le distinguer, l'appeler humeur mélancolique^ parce 
qu'il est la cause la plus commune de la mélan- 
colie , des affections hypocondriaque et hysté- 
rique avec matière. Quand ces obstructions se 
résolvent, la matière qui se décharge ressemble 
au goudron ; c'est pourquoi on l'appelle ijAo^lvcx, 
X^M, ou atrabile. 

Telles sont les altérations que subit le suc bi- 
liaire dans ce pays-ci tous les étés et durant la 
moisson. Nous nous proposons donc d'examiner 
les maladies qui en résultent, telles que nous les 
trouvons actuellement, régulièrement et in^^aria' 
hlement. Nous verrons aussi ce qui résulte de les 
^ avoir négligées, et les différentes méthodes adop- 
tées par les praticiens pour les traiter; par -là, 
nous tâcherons d'en découvrir la nature et la 
meilleure manière de les traiter. 

Il faut bannir toute théorie ou conjecture dans 
lin sujet de cette importance, ne point régler la 
pratique par aucune hypothèse, n'admettre au- 

16.. 



244 Î^E LA GûIYSTITUTlO?f 

cune expérience qui ne soit prise du corps 
même; enfia il faut s'e^rréter aux faits seuls. Ce 
point une fois assuré, l'on peut sans inconvé* 
nient y joindre une théorie bien réfléchie, pour 
confirmer ce que l'on en peut juger, et pour 
aider la mémoire : Yoilà pourquoi j'ai hasardé 
quelques digressions, afin de mieux développer 
mes idées. 

L'humeur bilieuse est naturellement fort fluide 
et fort pénétrante, comme on le voit par la cou- 
leur qu'elle répand souvent sur le blanc des yeux; 
c'est pourquoi elle est encore séparée à certain 
degré par d'autres glandes que le foie : et il n'y 
a rien qui prouve mieux la surabondance de cette 
humeur dans le sang, que la couleur jaune qu'elle 
donne à l'urine; couleur qui disparaît dès que 
cette humeur est évacuée en tout ou en grande 
partie. En effet, quand cette humeur est déposée 
dans les gros intestins, et conséquemment hors 
du cours ordinaire de la circulation , l'urine perd 
sa couleur jaune, quelquefois devient pâle, comme 
il est ordinaire en bonne santé. 

On peut cependant dire en général que tout 
régime qui rend l'urine jaune et pénétrante , aug- 
mente l'acrimonie de Xhumeur biliaire ; et qu'au 
contraire l'acrimonie de cette humeur diminuera 
toujours , selon que le régime rendra l'urine pâle 
et douce. 

Une bouche sale , une haleine forte, sont des 



L_ 



putride; ^^4^ 

signes certains de la surabondance et de l'acri- 
monie de riiumeur biliaire. C'est pourquoi tout 
régime qui nettoie la bouche et rend l'haleine 
douce, doit être censé corriger les vices de cette 
humeur ; et , au contraire , tout ce qui rend la 
bouche mauvaise et l'haleine forte , doit être re- 
gardé comme irritant , et augmentant les vices 
de cette humeur ; et on doit s'en abstenir jusqu'à 
ce que ces symptômes soient dissipés ; après quoi , 
il faut changer le régime, de peur qu'en persévé- 
rant trop long-temps dans l'usage du premier ré- 
gime , on ne donne dans un autre extrême , et 
qu'on ne rende la bile trop inerte pour exécuter 
la chylification. 

Quand on vit de farineux , de fruits , de végé- 
taux, le ventre est libre, l'urine est pâle et douce; 
mais surtout si l'on ne boit que de l'eau : le miel 
et le petit-lait de présure font cet effet particuliè- 
rement. Si, au contraire ,ron mange beaucoup de 
viandes, l'urine devient forte, haute en couleur, 
la bouche sale et l'haleine insoutenable. Tous ces 
phénomènes s'accroissent par les boissons spiri- 
tueuses et fermentées. 

La bière même fait plutôt cet effet que le vin ; 
nais surtout les épices de toutes espèces, et l'usage 
des plantes que l'on appelle alcalines. On peut y 
ajouter les choux verts , particulièrement le chou 
cabus , les asperges et les artichauts. L'opium 
donne une haute couleur à l'urine , en augmente 



^^f^^^srrz/:^ Via>j4i 



246 De la Constitutioît 

l'acrimonie , rend la bouche sale , la peau fort 
chaude , resserre le ventre plus qu'on ne le pen- 
serait, ou qu'on ne l'attendrait de la petite quantité 
qu'on en donne en une fois. La même chose est 
vraie des vésicatoires et de la plupart des subs- 
tances alcalines ou putrides. 

Ces seules observations peuvent nous aider à 
bien régler la diète qui convient durant les mala- 
dies produites par ces vices de la bile, et peuvent 
être d'une grande conséquence pour le traitement. 
Les médicamens purgatifs qui teignent beaucoup 
l'urine , sont plus capables d'irriter que de cor- 
riger l'acrimonie de ïhumeur biliaire : ceci est 
d'expérience. Il en est de même de tous les amers ; 
c'est-là peut-être la cause du peu de succès qu'ils 
ont , tant que la matière acrimonieuse n'a pas été 
corrigée ou évacuée ; mais , dans le cas débile 
inerte , ils sont du plus grand avantage. 

Après avoir donné une idée générale de cette 
classe de maladies , je vais les considérer l'une 
après l'autre dans l'ordre qu'elles se succèdent 
entr'elles , régulièrement et prochainement , cœteris 
paribus , selon les saisons de l'année. Je ne m'ar- 
rêterai pas à un détail minutieux de toutes les alté- 
rations et de tous les phénomènes qu'une mau- 
vaise pratique peut y produire : cela ne finirait 
pas. Je me bornerai à l'histoire de la maladie 
même , à ses progrès naturels lorsqu'ils ne sont 
pas interrompus , et à ce que j'ai été capable 




d'observer relativement à la manière de les traiter 
avec avantage. Je toucherai en passant la mauvaise 
pratique , me proposant ici d'exposer le caractère 
de la maladie , de montrer la cause de la variété 
infinie des symptômes qu'on a remarqués dans 
chacune de ces affections , et qui peuvent embar- 
rasser de jeunes praticiens ; quoiqu'eu effet ces 
symptômes soient pour la plupart les effets des 
niédicamens et du régime , et ne doivent par 
conséquent pas être rangés parmi les vrais symp- 
tômes spécifiques de la maladie. Du moins ne les 
remarque-t-on jamais avec un traitement conve- 
nable. 






5^ 



DE LA SYNOQUE 

PUTRIDE. 

il PRÈS avoir donné une idée de la constitution 
épidémique qui règne dans la saison que Syde- 
nham appeilelV^z/Ae-Je^^-du printemps et de l'été, 
je vais considérer ce qui arrive durant le fort de 
l'été , quand les solides sont le plus relâchés , le 
sang plus dissous que dans toute autre saison ; 
particulièrement si le temps est pluvieux et l'air 
liuraide. Dans la synoque non putride , les solides 
n'ont pas encore perdu leur ton , ni le sang la 
liaison de sa texture. De là la coction et la crise , 
suivant Hippocrate : «Le principe vital des parties 
3) solides , et la force vivifiante qui émane du 
3) cœur , sont la cause efficiente dé la coction. jj 
Galien dit aussi, « que la coction des humeurs se 
)> fait par les solides sains du corps , et que c'est 
» l'ouvrage de la nature. Comment. i A. i , Ëpid, 
» apud Lacun. » Si les solides n'ont plus leur 
force naturelle, et que la texture du sang soit dé- 
truite , alors il n y a plus de coction parfaite. Voici 
comme Hippocrate rend son idée sur ce sujet : 
;« La fièvre est comme un abcès général des veines, 
5) ne différant que par le lieu : ce qui est pus hors 
î> des vaisseaux , est hypostase dedans. » Ainsi , 
quand le pus d'un ulcère était louable, il con- 
ç\\im que les solides et les fluides élaieut en boîi 



De la Synoque putride. 249 

ordre. Si, au contraire, il voyait que la décharge 
de l'ulcère fût mauvaise , il concluait que le sang 
était dissous et les solides relâchés , ou qu'il y 
avait quelque défaut de CQiie force vivifiante ^ qui 
émane du cœur. Si pareillement l'hypostase était 
louable dans les affections accompagnées de fièvre, 
ii concluait que les fluides et les solides étaient en 
bon oidre; mais, si l'hypostase n'était pas louable, 
alors il appelait la fièvre putride ^ c'est-à-dire , «-si la 
» putridité de l'humeur l'emportait, ouqu'ellefût 
» considérable ; qu'il ne se fît pas de pus louable, 
» et qu'il n'eut pas ses marques caractéristiques.» 
Galien l'explique ainsi dans son commentaire : «Le 
» pus est la production d'un bon sang et d'une 
» parfaite coction ; au lieu que la sanie et Vichor 
» sont celle d'un mauvais sang et de la putré- 
ï faction. » 

Ainsi, leur idée sur la putréfaction semble avoir 
é^é un état des solides et des fluides, tout opposé 
h. l'état inflammatoire. Quand les solides étaient 
sains et la texture du sang bonne ou en partie 
tenace, ils observaient qu'un ulcère rendait un 
pus louable, et que l'incarnation se faisait bien; 
mais quand les solides étaient faibles et le sang 
dissous, alors ils remarquaient que l'ulcère ne 
rendait qu'une sanie aqueuse et sanguinolente , 
ou un ichor aqueux, acre; de sorte que l'incar- 
nation ne se faisait pas bien; que l'ulcère était 
sale, fétide, et s'étendait davantage. 





200 De la Synoque 

Si pareillement un homme d'une bonne santé 
et d'une constitution bien saine , ayant aussi les 
solides bien élastiques , le sang d'une forte texture , 
était pris d'une fièvre par quelque événement, 
cette fièvre était régulière et de courte durée; la 
coclion parfaite , et Vhypostase louable. 

Mais si la même fièvre avait lieu dans un sujet 
de mauvaise constitution , et dont les solides 
fussent faibles, le sang dissous ou même acrimo- 
nieux, alors il observait que cette fièvre était 
anomale, longue et mauvaise. La coction en était 
partielle et inefficace; l'hypostase n'avait rien de 
louable. Cette idée qu'Hippocrate et ses sectateurs 
s'étaient formée des fièvres putrides, n'était pas 
tant prise de la cause qui produisait immédiate- 
ment la fièvre, que delà condition de la cons- 
titution dans laquelle la fièvre était produite ; 
et Galien semble penser qu'il n'y aurait pas de 
fièvre putride, s'il ne précédait un pareil état du 
corps. « On ne voit pas, dit-il, de fièvre conti- 
i) nue dans un âge froid , ni dans un tempérament 
^ froid, soit qu'il fût tel d'abord, soit qu'il le 
» fût devenu : on n'en voit pas non plus dans les 
» sujets minces, ou dont le corps n'est point 
» compacte. » Méth, méd., l. 9, c. 3. 

Il y a quelques années qu'on me demanda pour 
mademoiselle Cop , âgée de dix ans. M. Fisher 
l'apothicaire, médit qu'elle avait eu la fièvre trois 
jours, et qu'elle avait pris les potions salines, 



20t 



PUTRIDE. 

avec de la confect. cardiaq. , ne présentant cepen- 
dant aucun mauvais symptôme. On m'envoyait 
chercher pour voir si je pourrais arrêter un sai- 
gnement de nez et de bouche qui avait été rebelle 
à tout remède que l'on eût tenté. Les linges pou- 
vaient faire croire qu'elle avait perdu beaucoup 
de sang. Je trouvai le pouls fréquent et assez 
plein , sans dureté; la peau fort chaude et pres- 
que couverte de pétéchies ^ dont quelques-unes 
étaient de la largeur d'un écu , de figure irrégu- 
lière, d'autres comme des morsures de puces; 
l'urine était trouble, la langue sale, et l'haleine 
forte. Je la fis saigner aussitôt : on tira huit onces 
de sang avant que le pouls tombât. J'ordonnai 
un lavement purgatif qui procura une grande 
selle, comme il arrive sc^oveot quand la saignée 
a précédé. On lui donna à boire beaucoup d'eau 
d'orge, rendue acidulé avec Y esprit de soufre^ avec 
ordre d'être tranquille, légèrement couverte, et 
placée à un courant d'air au milieu de l'été, et 
au fort de la constitution putride. Je considérai 
ce cas comme une surabondance de sang acri- 
monieux dissous dans une jeune fille d'une tex- 
ture délicate. Je crus qu'il était inutile d'attendre 
une fièvre régulière et une crise, c'est poiirquoi 
j'ordonnai une légère décoction de quinquina 
SiYecVélixirvilr. et un peu de dlacode , et de conti- 
nuer la boisson précédente. J'ordonnai ce quin- 
quina , non comme un fébrifuge , mais comme 




2^2 T>E LA SyJTOQUE 

un tonique , pour ranimer les fibres et rétablir 
h texture du sang. J'attendais par-là que la nature 
deviendrait en état d'opérer la coction de la ma- 
tière morbifîque. 

Le matin suivant, je trouvai le sang tiré la veille 
fort dissous, le saignement de nez arrêté , le pouls 
raodéré ,1a soif abattue, et plusieurs taches, qui, 
de livides , étaient devenues d'un jaune foncé: 
L'urine était bourbeuse, de différentes couleurs, 
et fort abondante. J'ordonnai de continuer les 
boissons , de manger des groseilles , avec une 
tasse de lait , du beurre le matin , à midi et le soir ; 
par ce moyen, les taches diminuèrent chaque 
jour. On lui tint régulièrement le ventre libre ; 
elle commença à dormir un peu , et ses forces 
reprirent. Le 9 elle eut une sueur critique et uni- 
verselle ; ensuite trois selles abondantes , très* 
féûdes et noirâtres , et la fièvre la quitta. Ceci 
semble s'accorder avec ce que dit Galien : a Cette 
3J pourriture n'est pas simplement pourriture , 
:» mais il y a quelque coction avec. Car, comme 
» il reste encore aux vaisseaux quelque force 
ùi pour opérer la coction , Fhumeur putrescente 
» est conduite à cette altération. « On mit alors 
la malade à la diète de lait de beurre , de fruits, 
de pain , de riz , d'orge ; elle continua le quin- 
quina et l'élixir vilriolique en petite quantité : 
quelques semaines après, elle prit les bains froids 
tous les matins pendant long-temps. Mais au bout 



1 



' \ 



PUTRIDE. 253 

de quelques semaines , elle négligea ce régime , se 
sentit beaucoup d'appétit ; et ceux chez qui elle 
était lui accordèrent tout ce qu'elle voulut manger: 
elle quitta aussi l'usage du bain ; mais les taches 
bleues de retour en furent la conséquence. Il n'y 
avait cependant point de fièvre; je la remis au 
même régime ; en six semaines , elle fut rétablie. 
Ce cas nous présente la nature d'une fièvre pu* 
tride , quand elle est simple et sans mélange d'au- 
cune autre acrimonie, sinon que V humeur biliaire 
est un peu exaltée. Mais on rencontre souvent 
une fièvre putride compliquée avec d'autres ma- 
ladies ; c'était le cas de notre jeune fille. Un an 
après, sa mère résolut de faire inoculer tous ses 
enfans ; mais je m'opposai à ce que cette jeune 
personne fût inoculée, croyant sa constitution 
peu propre à cette opération. Plusieurs jours après, 
je fus cependant obligé de céder aux importu- 
nités de la mère et de la grarid'mère, à condi- 
tion que la jeune fille serait tenue à un réf^ime 
rigoureux, très-long-temps auparavant ; espérant 
lui affermir entièrement la santé : ce qui parut 
avoir réussi; et elle fut inoculée avec les autres 
enfans, par M. Hayward. Les autres enfans allè- 
rent comme à l'ordinaire , et se trouvèrent bien 
en peu de temps. Mais, cinq jours après l'opé- 
ration, les piqûres faites au bras de la jeune fille 
commencèrent à rendre une sanie sanguinolente, 
devinrent bleues , et s'enflèrent tout autour. Le 




^54 D E L A S Y :^f O Q U E 

septième, la fièvre vint avec tous les symptômes 
de la fièvre pétéchiaîe antérieure, excepté le sai- 
gnement de nez. Je la mis au même régime et 
à l'usage des mêmes remèdes que dans sa pre- 
mière malade. Le dix , la petite-vérole parut îrès- 
disciète et bénigne en apparence. Mais la plupart 
des boutons devinrent d'abord pourprés, ensuite 
noirs, quoique la fièvre tombât évidemment, et 
que la malade reprît ses forces. Elle fut levée 
tout le jour, fut en état même d'aller faire un 
tour au jardin; le dix-huit de l'opération, les 
boutons furent desséchés, et elle se trouva bien. 
Il n'y eut que ses bras où il s'était formé deux 
vilains ulcères, qui ne guérirent que plusieurs 
semaines après. Elle fut depuis tenue au même 
régime , et jouit depuis d'une parfaite santé. 

Quiconque lira Sydenham attentivement, sur 
ce qu'il appelle fièvre varioleuse ^ trouvera qu'il 
décrit la constitution putride épidémique en ce 
îemps-là, et ensuite la même fièvre avec la réu- 
nion de la contagion varioleuse. Quand je consi- 
dère les épidémies de Sydenham , je vois que la 
succession des fièvres marche dans cet ordre-ci , 
savoir : au premier abord du printemps, et durant 
les vents de nord et nord-est, la pituite ramassée 
dans les viscères produisait une espèce de fièvre 
inflammatoire , qui formait une fièvre régulière 
( homotone ) rémittente après les saignées conve- 
nables, et quand on avait nettoyé les premières 




25 



^â 



î^ tJ T R r D E. 

voies; et qui se terminait criliquement , ou de- 
venait une intermittente bénigne. Je vois aussi 
que l'inflammation diminuait par degrés, et que 
la saignée devenait moins nécessaire à propor- 
tien que la chaleur de la saison augmentait, que 
lorsque les vents venaient du sud et de l'ouest, 
que la saison s'échauffait, que le temps devenait 
pluvieux et humide (an mois de juillet), la même 
congestion d'humeurs produisait une fièvre pu- 
tride , pétéchiale, qui n'aboutissait pas, comme la 
précédente, à une coction et à une crise régu- 
lières, mais traînait irrégulièrement (soit qu'elle 
montât, soit qu'elle tombât, ou pour parler le 
langage des Grecs , êpacmaslique , anabatique ou 
paracmastique ,) si la matière morbifique n'était 
pas évacuée dès le commeocement, tant par les 
vomitifs que par les purgatifs. 

Je vois encore qu'en 1667, i^^S, 1669, cette 
constitution putride était compliquée avec la con- 
tagion ^arioîeuse, et qu'il en résulta la petite- 
vérole pourprée. En comparant ensemble ces deux 
fièvres, la synoque non putride et la putride, 
Sydenham vit qu'il fallait que sa pratique fût va- 
riée. Dans la synoque non putride, vers la fm 
de la fièvre, il parlait de bière forte, de chauds 
cordiaux , de médicamens stimulans, pour avancer 
la suppuration et compléter la crise. Mais il dit, 
ann. 1667, etc., art. 6 : cr Dans cette espèce de 
» fièvre ( synoque put! ide ) , nous ne rencontrons 



k^ irSftMk' 





«Qri 



2,56 De la Stin^oql'E 

:» pas une matière grossière qui exige une Coc- 
» {ion avant d'être expulsée, comme il arrive 
» dans la fièvre intermittente ci-devant mention* 
» née; c'est donc un travail inutile que de tâcher 
2) d'augmenter Fébullition pour opérer cette es- 
» pèce de coction. Ce procédé , au contraire ^ 
5) expose à augmenter la maladie , dont l'essence 
» consiste dans une très-violente inflammation ; 
» procédé d'autant moins convenable ici , que 
» la nature n'a destiné aucune évacuation pour 
» cette fièvre par les éruptions , comme noua 
» le voyons dans les fièvres pestilentielles et la 
» petite -vérole , quoiqu'à d'autres égards elle 
» ressemble à la dernière. Il suit donc de-là que 
» toute la cure doit consister à arrêter l'inflam^ 
V raation et à donner des rafraîchissans. » Il nous 
dit, art. 7, ce qu'étaient ses rafraîchissans. Ce 
n'était pas le nitre ni les potions salines, ou autres 
remèdes capables de dissoudre le sang; mais le 
Iruit, l'acide des limons, ajouté à la salade de la 
saison. Je dirai même qu'il édulcorait la boisson 
et la diète avec le si/op de limon , et défendait en 
même temps toutes les viandes, même le bouillon 
de poulet. 

Plus je médite les écrits de ce grand homme, 
plus je l'admire. Il se garde bien de recom- 
mander les forts acides dans la synoque non pu- 
tride , où il pouvait se trouver un sang épais 
et une pituite visqueuse, parce que ces acides 



coagulent les humeurs. J'ose avancer qu'il ne se 
serait pas opposé aux sels neutres y aux doux aci- 
des, aux fruits mûrs, au petit-iait, ni à d'autres 
choses semblables» Mais quand il parle de l'état 
de dissolution du sang, il ordonne le» forts acides 
tels que le limon, les pommes d'hiver, ou de 
coing ; et ensuite il dit que le 6 de juillet 1765 
il fut obligé d'avoir recours aux acides minéraux 
îes plus forts, dans un cas de colliquation consi- 
dérable, ou de putréfaction du sang; après quoi, 
art. 8,1. c. , il donne cet excellent avis, de tirer 
le malade du Ht, de le changer de linges, et de 
l'exposer à un air libre. Enfin, art. 9, il justifie 
sa pratique par la raison et par une expérience 
infaillible. 

Si donc l'on compare là pratique de Sj^denhara. 
avec ce qu'Hippocrate a dit de la fièvre qu'il ap- 
pelle typhus ^ de iniern, affect. , c, [\i , on verra 
combien ces deux .«grands hommes sont d'accord. 
Celte fièvre y dit Hippocrate, exerça sa fureur 
durant la canicule, et fut accompagnée d'une cha- 
leur mordante dans les chairs, de prostration, 
d'impuissance à se mouvoir, d'accablement d'es- 
pritj de douleur de ventre, de selles fétides, c© 
qui provenait de la résorbtion d'une bile acre , 
et rendue fétide par la chaleur de la saison , et de 
l'état putride des humeurs en dissolution. Or, il 
dit que pour la guérir il faut des boissons froides 
copieuses, des vins blancs acides , légers, du vin^ 
.1,: 17 









^ 



1 

5? 



■^i 



^58 De l ^ Sytîoqtj-b 

roTJge pur, austère, et appliquer des éponges 
trempées dans Teau froide. 

En 1729, au mois de juillet, Huxham, jeune 
praticien alors, vit cette fièvre à Plymouth (de 
Jere et Morb. epid., p. 33, 34- )= « ^^^^ attaquait 
y> surtout les enAms, les femmes et les sujets 
> faibles. La tête, l'estomac, les lombes en étaient 
» affectés de même que si c'eût été la petite-vérole 
» qui eût voulu paraître ; et ces symptômes étaient 
» accompagnés d'une oppression de poitrine, de 
» soupirs et de grande faiblesse. L'urine était en 
» grande partie crue, et déposait un sédiment 
» furfuracé : le sang tiré n'était pas visqueux. La 
» langue était peu sèche , mais paraissait couverte 
» d'une espèce de mucus visqueux brunâtre. Vers 
» le déclin delà maladie, il arrivait un dévoiement 
D et quelquefois une dysenterie, qui surtout, si 
» Ton avait omis les vomitifs au commencement, 
» devenait excessive et même fatale à quelques- 
S) uns. Plus ce sédiment de Turine était parfait, 
3) plus il y avait d'espoir de les tirer d'affaire. » 
Il décrit ensuite le traitement qu'il mit en usage ^ 
et l'on voit qu'il n'était pas encore bien au fait 
de cette maladie. Il dit « que la saignée devenait 
» rarement avantageuse , à moins qu'on ne la fit au 
» commencement ; et que les vomitifs étaient très- 
y> nécessaires.» C'est bien jusques-là ; mais immé- 
diatement après il conseille de cc/réquens vésica* 
■-^ toires,ei, par degrés, les cardiaques y le cinabre 



PUTRIDE. aSg 

i> et les opiates. » En tout ceci il a tort. Après cela , 
il dit : « Le petit-lait de vin de Canaries, les dé- 
» layans , les liqueurs acidulés prises copieu- 
» sèment, furent d'une grande utilité. » Alors il a 
raison , de mêrae qu'en disant : « Yers la termî- 
» naison de la fièvre, aussitôt que les signes de 
» coction parurent , nommément le sédiment 
w dans les urines, avec une rémitlence de la 
» fièvre, le quinquina aida admirablement la 
» cure. » 

Cependant le même Huxliam,qui, en 1729, 
proposait de guérir les fièvres putrides au mois 
de juillet, par ans vésicatoires gradués ^ \e& car- 
diaques ^ le cinabre , les opiates , se corrigea par 
la suite. Conformément donc, il fait, en Î74B5, 
les observations suivantes , après une grande 
expérience des fièvres putrides: « Mais je suis as- 
» sure que l'usage des sels et des esprits volatils 
» et alcalins est fort préjudiciable, en ce que 
» certainement ils augmentent Téîat putride des 
3> humeurs, et agissent comme autant d'aiguillons 
» qui accélèrent la destruction. » Ensuite il dit , 
relativement aux vésicatoires ; « Je pense qu'ont 
» les applique souvent mal-à-propos , quand 
» la fièvre monte considérablement et ne de^ 
)) mande pas d'autre stimulant. » D'ailleurs les 
sels de ces mouches agissent comme des sels 
alcalins, et tendent à avancer la dissolution et la; 
putréfaction. J'aurai encore occasion de dire autre 

17- 




N&^ 





RI 



2G0 - Î3e LA Synoqûê 

chose sur cet article en traitant de la cure dé 

celte fièvre. 

Quelques-uns se sont imaginés, par l'usage que 
l'on fait du mot putride, pour dislinguer celte 
fièvre de toute autre, que les humeurs sont préa- 
lablement dans un état de putréfaction , et exi- 
gent les remèdes qui , d'après l'expérience, empê- 
chent les viandes de se gâter. Cette notion donna 
naissance à l'acception du mot antiseptique , et 
a été cause d'une grande partie de la mauvaise 
pratique qui a prévalu depuis même qu'on a 
préféré l'étude de la chimie à la connaissance des 
maladies. Mais les anciens, qui n'étudiaient que 
îa nature et les phénomènes que les maladies pou- 
vaient offrir 5 se servirent de ce mot putride, 
d'après trois observations; i.*^ que cette fièvre 
donnait une odeur forte et fétide à tous les excré- 
mens, à la sueur, l'urine, l'haleine; 2.^ que les 
cadavres des sujets morts de ces fièvres se pou- 
rissaient presque , aussitôt que les malades mou* 
raient ; de là ils inféraient que cet état des humeurs 
était plus susceptible de putréfaction que tout 
autre; 3.° que le sang qui avait été tiré de ces 
malades se couvrait , en refroidissant , d'une mem- 
brane verdâtre , semblable à la couleur d'une 
^'iande gâtée. Mais nous savons que c'est l'effet , 
et non la cause de la fièvre. Car si nous exarai* 
lions le sang tiré au commencement, il a la cou- 
leur brillante du vermillon ; quand il est froid ^ 



.. ^. "- - - — 



^ -^■— ^'-^■^-*-**"^ 



PUTRIDE. 261 

il se sépare de lui-même ea caillot et en séro- 
sité, à moins qu'il ne soit très-corrompu ; con- 
serve la vivacité de sa couleur , et paraît bon à 
tous égards, excepté qu'il est trop tendre. Si l'on 
veut tirer le caillot hors de la sérosité, il s'échappe 
dans les doigts et teint la sérosité; au lieu que 
quand le sang n'a pas perdu sa texture, il s'y 
trouve un fort principe gluûneux, comme je l'ai 
dit au chapitre de l'inflammation. Un sang dissous 
ne formera pas de couenne vraiment inflamma- 
toire ; mais quand la fièvre est tombée pendant 
quelques jours, on trouvera, en examinant le sang, 
qu'il a perdu de sa couleur. Quand il est froid , 
il se couvre de cette membrane verdâtre que 
les anciens prenaient pour un signe de putréfac- 
tion , quoiqu'il soit noir et dissous au-dessous. 

Il semblerait donc que la nature tendrait au 
même but dans wn sujet dont les vaisseaux sont 
élastiques , le sang tenace , et dans un sujet faible 
et exténué , dont les solides sont lâches et le sang 
dissous , c'est-à-dire, d'expulser la matière morbi- 
fique dans les deux cas parle moyen d'une fièvre; 
que la fièvre produit dans les deux la matière 
couenneuse , parle secours de laquelle la matière 
niorbifique est embarrassée , et enveloppée , si 
l'on peut parler ainsi. Cette fièvre produit une 
forte viscosité dans le sujet robuste , laquelle est 
propre aux fins que la nature peut se proposer ; 
au lieu que , dans le sujet faible , elle est aussi 





^ 



^62 De la Synoque 

très*faibîe , et n'a guères d'efficacité , en obser- 
vant cependant qu'il s'opérera à la longue dans 
le sujet faible , ce qui se fera en peu de temps 
dans le sujet robuste. 

Pour expliquer la nature de la constitution pu- 
tride , telle que nous la voyons tous les ans , et 
régulièrement ici , il faut la diviser. i.° Il y a un 
état de dissolution du sang qui arrive à peu près 
à chaque individu , ou à un plus ou moins grand 
nombre vers le commencement de judlet , et 
continue même pendant une partie du mois 
d'août , c'est-a-dire , jusqu'à ce qu'il soit remplacé 
par le choleia-morbus ^ lequel , suivant Sydenham , 
ann. 1669 , c. 2 , ait. i , a arrive aussi constam- 
» ment à la fin de l'été et vers le commencement 
i> de l'automne , q«je les hirondelles au commen- 
» cément de l'été , et le coucou vers le milieu 
» de la même saison. » 

S'il ne se joint rien à cette dissolution du sang, 
le changement de la saison le corrige par degrés , 
et rétablit la texture des humeurs, et on ne s'en 
aperçoit pas. Mais si par événement un sujet est 
saisi d'une fièvre durant ce période, la fièvre étant 
alors compliquée avec cette dissolution du sang, 
elle est toujours d'une espèce putride , à moins 
que le sujet ne soit extraordinairement vigoureux 
et bien portant, 

Xous voyons par expérience qu'il y a quatre 
états dilférens du sang, i.^ Il y a une espèce de 






sang dont les globules rouges sont très^denses et 
fort nombreux. Tout le sang est fort pesant, mais 
la cohérence des globules est faible ; de sorte qu'on 
peut le comparer à cet égard au mercure , n'ayant 
pas la ténacité requise. Il est fréquent, dsns les 
jeunes sujets d'un teint vermeil depuis dix-huit 
ans jusqu'à vingt-cinq , ce qui les rend si sujets 
aux hémorragies tant du nez que des poumons , 
à la moindre occasion. 2.« Il y a nn sang visqueux 
et tenace ^ celui de la constitution inflammatoire. 
3.0 11 y a une espèce de sang léger dans lequel les 
globules rouges sont en petit nombre. Il abonde 
en mucosité et en sérosité, comme dans la cons- 
titution leuco'flegtnatique , et dann la glatineuse 
spontanée ; 4." un sang dissous de consîimtion 
putride , ce qui , selon Huxham , est l'effet de 
quelque acrimonie qui détruit le principe de la 
liaison des globules , rend le caillot plus tendre , 
et la sérosité plus rouge qu'elle n'est naturellement, 
et ressemblante à du vin de Bourgogne. 

Il y a quatre sortes d'acrimonies : l'acrimonie 
sabne , l'acrimonie rance , l'acrimouie putride , 
et cette espèce d'acrimonie particulière à quelques 
animaux , plantes, fossiles , qu'on appelle poisons, 
parmi lesquels on peut comprendre les miasmes 
morbifiques des maladies. 

L'acrimonie saline se subdivise en trois: l'acide, 
l'alcaline, la muriatique. On sait que l'acide coa- 
gule le sang dedans et hors du corps. 



ï:S5 




®^4 Be la Synoqîje 

MM. Johnston et Joîly , chimistes , me consul- 
tèrent pour un de leurs manipulateurs qui se plai. 
gnait de scorbut à la bouche, et dont il souf- 
frait cruellement. Cet homme éîait entièrement 
défait , toute sa graisse fondue , sa peau sèche e£ 
dure, sa langue semblable à un morceau de boeuf 
cru ; il avait les gencives rouges , rudes , âpres, 
inégales. Le pouls était lent et irréguiier, mais ni 
petit , ni mou ; les mains et la peau étaient froides, 
et il se plaignait d'un frissonnement perpétuel; le 
■yçntre était un peu dur et prominent; les selles 
étaient acres ; il sentait de fortes douleurs dans 
les intestins , avait un faux appétit ; mais tout ce 
qu'il mangeait s'aigrissait si fort sur son estomac, 
que quand il en sortait quelque chose en rotant, 
cela lui enlevait de la peau du gosier : l'urine étaig 
plutôt pâle, mais si mordante qu'elle lecorchait. 
Elle fermentait vivement avec les sels alcalins, et 
en salurait une grande quantité. Je lui ordonnai 
TûD élecîuaiiede rhubarbe et de magnésie, à pren^ 
dre souvent durant la journée , de manière qu'il 
en fut purgé ; de boire de Veau de craie froide , 
de manger le maigre de la viande un peu morti-, 
fié , lui permettant fort peu de pain et de sel, dé- 
fendant le lait, les végétaux et les liqueurs fer- 
menlées. Son sang était d'une couleur vive , ne 
îormait pas de croule visqueuse ; mais le caillot 
était fermement lié , et la sérosité toute claire. 
Quelques jours après, le ventre était devenu mou 



PUT RIPE. 265 

et moins volumineux ; alors il commença à pren^ 
dre Télectuaire suivant : Prenez confection cardia- 
que , poudre décailles d huîtres , de chaque une 
once; rhubarbe el sel de tartre^ de chaque unq 
drachme, et en poudre , toutes les six heures, 
gros comme une muscade. Trois fois par jour il 
prit trois cuillerées de la mixture suivante : Prenez 
infusion amère , six onces ; teinture aromatique^ 
ÎLine once. Il se tira d'affaire par ces remèdes ; il 
était chimiste de profession , et , ayant été ainsj 
instruit de la maladie ^ il varia sa diète comme il 
le crut à propos. De là je conclus que l'acrimo-^ 
ïiie acide ne dissout pas le sang , et ne le rend 
pas susceptible de putréfaction , quoiqu'elle soit 
extrêmement abondante. 

L'acrimonie muriatique , quoique regardée ordb 
nairement comme n'étant qu'un sel marin , peut 
c^ependant comprendre la plupart des autres sels 
neutres , tels que le nitre , le sel ammoniac , qui 
s'accordent tous en ce qu'ils peuvent dissoudre le 
sang , quoique différens dans leurs parties cons^^^ 
titutives. Ils semblent , comme le dit Huxham , 
diviser et séparer les globules du sang par leurs 
pointes salines ; c'est pourquoi ceux qui sont le 
plus aisément altérés par l'énergie de nos vais- 
seaux , sont à cet égard les moins dangereux. C'est 
de là peut-être aussi que vient une partie de leur 
«tilité dans les maladies inflammatoires. Les an- 
ciens se servaient d'eau de mer et de sel marin 




.^. 



^'^M^-atr^ 



m 



26G De la. Sykoque 

pour vomitifs , purgatifs et altérans. Je ne sais 
pourq'.ioi on les a négligés long-temps, quoiqu'on 
les ait rappelés à présent dans l'ordre des médi- 
camens, avec grand avantage. Le sel marin passe 
pour la principale cauv^e du scorbut de mer , qui 
ravage les équipages , quoique les provisions salées 
ne produisent pas le même effet dans les garnisons 
à si haut degré , à cause de Teau fraîche qu'on a 
sur terre, l^ous savons que l'acide de tous ces sels 
pris Solitairement , rétablit la syncrasie du sang; 
de sorte que leur vertu dissolvante paraît résider 
dans le principe alcalin et amer du mixte. Quand 
on donne ces sels dans l'intention de résoudre un 
fiegmon , et de discuter une matière visqueuse , 
on les donne dans l'état de neutralité. Mais si l'in- 
tention est de modérer la chaleur , de tempérer 
la fermentation , de rétablir la texture du sang dis- 
sous , alors les acides seuls répondent mieux à 
l'intention, en les délayant de manière à les rendre 
sgréables à l'estomac : le palais des malades est , 
dans ce cas , le meilleur indice que l'on doive 
suivre. Ainsi le sel est antiphlogistique , et l'acide 
pur ou solitaire antiseptique. 

Les substances alcalines portées dans le sang, 
en détruisent la texture, et causent des maladies 
putrides. C'est l'opinion que les meilleurs prati- 
ciens ont en général adoptée; mais, depuis quel- 
ques années, plusieurs personnes bien intention- 
nées se sont abusées elles-mêmes, en concluant 



PUTRIDE. 267 

d'expériences faites à ce sujet sur la chfiir d'ani- 
maux morts. On a trouvé, par exemple, que le 
sel marin, le salpêtre, les gommes, les épiées, 
les amers, les aromates, la chaux vive, et les sels 
alcalins pouvaient servir à embaumer les subs- 
tances animales, et les conserver très-long-temps 
sans altération : de là on a précipitamment conclu 
que ces matières étaient propres pour des mala- 
dies auxquelles on appliqua, par analogie, en les 
nommant putrides ^ l'idée qu'on avait de la putré- 
faction des substances animales mortes ; mais on 
devait considérer que ces matières n'agissent sur 
les chairs mortes qu'en condensant les fibres, en 
exaltant les sels et les huiles, et en détruisant ce 
doux mucus qu'elles font fondre, et mêlent avee 
la saumure. Ces expériences et ces observations 
nous apprennent seulement l'art de préserver, 
confire, et assaisonner les viandes, mais non pas 
à guérir les maladies des corps vivans. On ne peut 
avoir de vraie connaissance médicale des antisep- 
tiques, qu'en recherchant les propriétés des subs- 
tances, qui, d'après l'expérience, rétablissent le 
ton que les solides peuvent avoir perdu, corri- 
gent Tacrimonie prédominante, rendent au sang 
sa liaison et sa texture, sans exalter les huiles 
et les sels, sans brûler ou détruire le mucus na- 
turel et essentiel , en augmentant la force de la 
chaleur ou la cause qui la produit. Si nous exa- 
minons, sur ce principe, les effets des substances 








^?^ 



Q.GS De la Synoque 

alcalines introduites dans le sang, nous trouve- 
rons qu'elles dissolvent en altérant sa texture, de 
manière à le rendre plus susceptible d'affections 
putrides. On sera convaincu de ma proposition , 
en lisant l'épître de Lewenhoeck à Wren ou Arbu- 
not, sur la diète, p. io6, ou le détail que Hux* 
liam nous donne du personnage de Cornouaille, 
dans son Essai sur l'état putride et dissous du 
sang. Je puis en donner plusieurs preuves, mais 
nne suffît, 

Le colonel M... était d'une constitution vigou- 
reuse et brillante, mais fort sujet aux affections 
inflammatoires. Je le mis à l'usage de la lessive 
de M. Blackrye , pour des douleurs de gravelle (i); 
il en prit pendant une bonne partie de l'été, et 
s'en trouva fort soulagé. îl eut par hasard un 
petit rhume qui fut suivi d'une fièvre légère en 
apparence , mais qui augmenta en peu de jours. 
Son sang était tout dissous ; je le vis s'abattre avec 
des signes de putréfaction , au point de m'alarmer. 
Je vis à ce sujet M. Guillaume Duncan , qui lui 
sauva la vie à force d'acides , en persistant long- 
temps dans une diète de fruits et de végétaux. 
L'eau de chaux n'est pas , à beaucoup près, si dan^ 
gereuse. Le docteur Rutherfort, d'Edimbourg, nous 

(i) Voyez Tin petit Traité intitulé : Recherches sur les Médi- 
camens lithontriptiques ^ imprime il y a environ quatre ans^ 
chez Wilson , dans le Sîrand. 



tîit eîans une de ses leçons cliniques , qu'il avait 
bu de l'eau de chaux pendant jDlusieurs années, 
sans inconvénient , et avait empêché par là le 
gravier de se former dans ses reins j que, dès 
qu'il avait quitté cette eau , il s'en était senti 
attaqué. 

Le docteur Alston fit la même chose pour des 
douleurs d'estomac; comme je le fais aussi actuel- 
lement pour des aigreurs , et je m'en trouve tou- 
jours bien. Mais ce ne sont ici que des preuves 
particulières pour les cas où la constitution est 
sujette à une acrimonie acide. Je ne voudrais 
pas(i) cependaiTjt conseiller même l'eau de chaux 
aux sujets portés naturellement aux affections pu- 
trides ou bilieuses : ces sujets ne se plaignent 
jamais d'acides dans leur estomac , même qnaod 
ils déjeûnent avec du beurre chaud et du thé , 
mangent des groseilles inconsidérément avec du 
lait , boivent du ponche fort aigre , et autres choses 
semblables. 



(i) M. de Haën {Rat. med. p. 2 , c. 12) rapporte une cure , 
dans laquelle il dit avoir fait prendre dix-sept livres de savon 
de Venise , quinze cents livres d'eau de chaux , et autant de 
lait ; et demande ensuite , sed usas tantus alcalinorum an solu? 
tionem humorum putridissimam non minitetur ? Il répond , id 
Whylt , aliique cum illo observarunt nunquam : neque in meo 
homine siinile quidquam apparuiu Je crois que les réflexions 
de M. Grant sont plus sages que cette réponse. M, de Haën , 
fort exact d'ailleurs dans le rapport des faits , n'est pas toujours 
^ss€z attentif aux exceptions qu'il faut faire» 



^MtMMi 





I 



^70 BelaSyiyoouî; 

Les épices , les semences , les racines chaudes, 
oîU paru présenter quelque ressemblance avec les 
sels alcalins , et, pour cette raison , on les a ap- 
pelées plantes alcaîioes ; mais elles ne sont pas de 
beaucoup si pernicieuses. Leurs parties les plus 
actives résident dans leur huile essentielle , de 
sorte qu'elles sont comme des savx>ns végétaux. 
Cependant , dans les pays chauds où l'on en use 
beaucoup, on les corrige en partie par la quantité 
des fruits , et de liqueurs acides que l'on boit avec; 
ce qià en grande partie en lave l'acrimonie , ea 
passant continuellement dans ce torrent des hu- 
meurs. Mais on a observé que le pauvre peuple 
de Bengale , qui vit surtout de fruit , dé riz et 
de lait , n'est pas si sujet aux fièvres et aux dysen- 
teries , que les riches et les voluptueux qui se 
livrent à la bonne chère , et font un grand usage 
de mets de haut goût. En effet , les gens qui man- 
gent beaucoup de viandes , et prennent peu d'exer- 
cice , ont besoin d'épices , de vin , pour aider la 
digestion» 

On remarque que les Français gardent pour la 
plupart leurs viandes jusqu a ce qu'elles soient 
îïiéme plus que mortifiées , et ensuite les corri- 
gent avec le sel , les végétaux et les acides. Les 
viandes que j'ai vues en Bourgogne ne se putré- 
fiaient pas si vite que chez nous. Elles prenaient 
une couleur verdâtre , qui y formait une espèce 
de croûte tout autour , et semblait les préserver» 



-'-*^-'-^ - "' -' - -' -- •"--*■ *^"-^~-^ — - 



Quand elles étaient accommodées, le jus en était 
fort brun, parce qu'il s y dissolvait une partie de 
la fibre ; et le maigre en était fort tendre. Je 
m'accommodais fort bien de ces viandes , ayant 
été toute ma vie sujet aux aigreurs. Mais, parla 
même raison, elles auraient été trop putrides pour 
des sujets d'une constitution différente; et je pense 
que si nous imitions les Français en ce point, et 
que nous négligeassions nos appartemens, comme 
ils le font, les maladies putrides seraient plus com- 
munes chez nous qu'elles ne le sont à présent. 
Leur climat sec ne demande pas des appartemens 
si propres, ou des provisions aussi fraîches que 
chez nous. 

L'acrimonie putride est particulière aux subs- 
tances animales; car, quoique les végétaux nou- 
veaux et frais se pourrissent quand on les com- 
prime , et qu'enfin ils rendent un sel alcalin , et 
fermentent avec les acides , comme on le voit 
souvent des tas de foin , cependant c'est plutôt 
un alcali ûxe , produit de combustion^ que l'alcali 
volatil fétide , qui est le produit des substances 
animales en putréfaction. La putréfaction semble 
donc être dans les substances animales , ce qu'est 
la fermentation dans les végétaux , savoir , une 
opération par laquelle les parties constitutives 
sont séparées, la viscosité naturelle détruite , les 
huiles sont atténuées et deviennent rances , les 
sels fétides , volatils , alcalins , et les fibres solides 



272 



De la SYNdQUE 



se dissolvent. Autant que je sache , les meillénrà 
chimistes sont d'accord sur ces opérations de pu^ 
tréfaction. Si cela est, nous pouvons inférer que 
ce dernier produit de la putréfaction est un sel 
fétide(r), volatil, alcalin. La fermentation produit 
d'abord une liqueur douce , ensuite un esprit 
inflammable ; ce qui est le dernier terme de la fer- 
îTientafion vineuse , dont le principe est contenu 
dans la levure. Alors commence une autre fer- 
mentation , appelée acéîeuse , dont le dernier 
terme est le produit d'un pur acide fermenté. Le 
principe de la fermentation acéteuse est contenu 
dans ce nuage que l'on appelle la lie supérieure , 
ou, selon l'Anglais, mère ^ parce que quand elle est 
mêlée avec la décoction d'une plante , elle hâte 
beaucoup l'opération par laquelle le vinaigre s'ef- 
fectue , de même que la levure le fait de la fer- 
mentation vineuse. 

Ces substances putrides communiquent la même 
mortification à toutes les substances animales avec 
lesquelles elles sont en contact , comme les bou* 
chers l'observent souvent dans leurs boutiques. 
Les vapeurs qui s'en exhalent, produisent souvent 
des fièvres putrides et malignes, dans lesquelles le 
sang est fort dissous , comme cela se voit ordi- 
nairement après les sièges et les batailles. La même 



(i) Oui ; mais il disparaît à mesurée que la putréfaclioû 
s*achèYc« 



1^7^ 



PiJTiiinE. 

chose est arrivée par la puanteur d'insectes morts 
et pourris , comme l'a remarqué F. Hoffman. Ce- 
pendant les causes les plus communes des affec- 
tions putrides sont, j.° le défaut de sécrétions et 
d'excrétions naturelles , destinées à charrier hors 
du corps les parties putrides et récrémenteuses 
des humeurs; 2.0 manger des substances putrides; 
3.0 respirer un air stagnant et imprégné des exha- 
laisons des matières putrides, ou de l'haleine et 
de la transpiration de plusieurs animaux fermés 
ensemble dans un endroit clos. 

Tous ces inconvéniens se réunissent contre les 
gens de mer. L'humidité empêche leur transpira- 
tion ; le mouvement continuel les constipe : ils 
dorment dans un air renfermé , corrompu par 
les exhalaisons de la sentine , et imprégné des 
molécules qui s'échappent du corps de chacun 
d'eux. Joignons à cela le manqua ou le peu de 
bons breuvages , de racines , de végétaux frais , 
la constitution putride de leurs viandes et de leur 
eau, les changemens subits du froid et du chaud, 
de la sécheresse et de l'humidité . à quoi ils sont 
continuellement exposés : nous pourrons rendre 
compte de leur scorbut, sans rapporter le tout à 
la quantité du sel dont ils usent. Ainsi, le scorbut 
de mer est (i) un état de dissolution du sang , pro- 



(i) Ces réflexions de M. Grant répondent à bien des diffî* 
cultes que M, de Haën s'est faite» à lui-même , sans rien rc- 
I. 18 



K» IT! 




^ 



M 



'2"^4 33k tA Synôqué 

venant d'une acrimonie putride , jointe a une acrîv 
monie saline; au lieu que le scorbut commun de 
nos Anglais est un état de dissolution du sang pro- 
venant du mélange d'une acrimonie putride avec 
une acrimonie rance. L'humidité naturelle et les 
changemens subits de l'air empêchent beaucoup la 
transpiration; l'usage continuel des viandes dis- 
pose nos humeurs à certain degré de putréfaction. 
Nous mangeons la graisse et le beurre au point d'ex- 
céder toutes les forces de l'estomac : ces substances 
se rancisent donc, et nous nous en apercevons quel- 
quefois avant même qu'elles soient sorties de l'esto- 
mac ; mais elles passent fréquemment dans les vais- 
seaux, se mêlent avec le sang, et sont déposées dans 
différentes parties du corps ; c'est ce qui rend gras, 
bouffi et ventru. Alors elles restent en stagnation, 
se corrompent , produisent le scorbut, la goutte 
et autres maladies. Si par hasard il survie.nt une 
lièvre quelconque, elles la rendent très-dange- 
reuse. 

Je me rappelle ici ce que j'entendis un jour dar^s 
une consultation. Ce qu'on y dit , quoique plau- 
sible, n'en était pas moins mal fondé. Un de mes 
amis pensait alors que la digestion des substances 
animales se faisait dans l'estomac par la putréfac- 
tion , et celle des végétaux par la fermentation; 



$ou(3re de précis. Fojez ses Obs. sur le Scorbut ; d'autres ont 
mieux examiné celle matière. 



t»tJTRIl)Tî. ^7^ 

que ces deux opérations se détruisaient l'une 
l'autre. Ainsi il concluait que les substances ani- 
males et végétales ne pouvaient bien se digérer 
lorsqu'elles se trouvaient ensemble ; de sorte que 
celui qui mange des viandes ne devait pas prendre 
de pain en même temps , et vice versa, il ne faut, 
pour réfuter cette opinion , que l'expérience 
journalière : on mange continuellement l'un et 
l'autre ensemble , et cependant on les digère , on 
se nourrit. 

On peut néanmoins prouver que les substances 
animales ne sont pas digérées par putréfaction. 
Yoici une expérience : qu'on remplisse bien un 
chien de charogne , et qu'on le tue une heure 
après , pour examiner son estomac , on y trouvera 
la viande qu'il avait prise , corrompue , exempte 
de la moindre marque de putréfaction , au lieu 
d'être encore plus gâtée après une heure de di^ 
gestion. 

Celle des végétaux n*est pas non plus opérée 
par la fermentation. Qu'on ouvre une brebis, on 
trouvera dans le premier ventricule les végétaux 
mêlés avec une humeur glaireuse , mous et ma- 
cérés. On les trouvera, dans le second ventricule, 
dans un véritable état de digestion après îa rumi- 
nation , mais sans aucun signe de fermentation; 
Ainsi la digestion est donc une opération égale- 
ment différente de la fermentation et de la putré- 
faction ; ni l'une ni l'autre ne peuvent avoir lieu 

î8.. 




E LA S Y r^" O Q U E 

dans un estomac sain , tant que les organes son! 
en bon état; de sorte que toute flatulence, pulri- 
àité , ou aigreur de l'eslomac , sont un signe de 
mauvaise digestion, et les avant-coureurs de mille 
désordres , si l'on n'y remédie promptement. 

Le mercure est de tous les minéraux celui qui 
a le plus grand effet pour dissoudre le sang ; il le 
rend putride à certain degré , comme il est évi- 
dent par la puanteur de l'haleine , de la sueur et 
de la couleur de l'urine qui ressemble à l'urine 
trouble des fièvres putrides. J'ai lieu de croire 
que la partie réguline de lantimoine produit le 
même effet. C'est pourquoi ses prétendus effets 
salutaires dans les fièvres putrides , me paraissent 
plutôt douteux , à moins qu'il n'opère comme 
émétique , ou qu'il ne soit bien corrigé. 

Il est plusieurs végétaux qui dissolvent sensi- 
blement le sang ^ tels que le jalap , Xaloës , l'eau 
distillée du laurier-cerise ^ la ciguë aquatique^ et 
la plupart des purgatifs résineux , ou peut-être 
tous. La plupart des poisons animaux produisent 
cet effet à un très-grand degré; tels que le poison 
porté dans le sang par la morsure de certains 
animaux , celui de différens insectes mêlés avec 
les alimens , la puanteur d'insectes morts , des 
corps corrompus ou des viandes putrescentes ; 
mais surtout les miasmes morbifiques de certaines 
fièvres pestilentielles : ce qui a été observé par les 
lïieiUeurs auteurs qui en ont parlé. Galen. 1. l ^ 



PUTRIDE. ^77 

Epist. I , de Feh, diff. c. 4. Forest Ohser^. 1. k.obs, 
II et 26. Hoffm. 7!ie^. /^^ T. I. , p. ^291. Slahl , 
Fund. Chym. T. 11 , part. //, ^ec^^ / , c. 5. 

La signification du mot putride appliqué aux 
maladies , diffère donc à certain point de l'accep^ 
tion commune qu'on lui donne quand on parle de 
corps morts , en tant que cette putridité provient 
d'une disposition morbifique des humeuss , pro- 
duite par diverses causes. Quoique cet éîat ne 
puisse pas encore être vraiment appelé putride 
avant la mort, cependant, en certains cas , il en 
approche autant que cela peut s'accorder avec 
l'état de vie. L'expérience de plusieurs siècles 
nous a prouvé que cette disposition est surtout 
fréquente en juillet et août dans ce pays-ci. H est 
vrai qu'il peut y avoir une disposition putride 
en toute saison. Il en est différentes causes , telles 
que les camps , les prisons , les hôpitaux , les 
vaisseaux , les sièges des villes. 

Mais je m'arrête à la fièvre de la constitution 
épidémique qui revient régulièrement tous les 
ans , c'est-à-dire , à la fièvre d'été de Londres , 
comme je l'ai remarquée ces quinze dernières 
annces'ci. Je dois auparavant féliciter mes conci- 
toyens de ce que les maladies putrides ne sont pas 
si fréquentes, ni si violentes ici que je les ai vues 
dans quelques autres grandes villes , ni même 
autant qu'elles l'étaient ici par le passé. Il est vrai 
que les gens qui visitent nqs prisons , nos hôpi^ 




f 



s 



Se 



V. 



^73 De la Syiyoque 

taux, en emportent souvent la contagion dans 
leurs habits, et peuvent quelquefois la répandre. 
Mais , la plupart du temps , cette contagion ren- 
contre un sang riche et sain , capable de lui ré- 
sister. 

Quand Erasme quitta l'Angleterre , il écrivit 
un éloge sur Fhospitalité , et la grande attention 
qu'on avait eue pour lui à Londres , déplorant 
en même temps le malheur des habitans qui 
étaient alors exposés au retour réguher d'une 
fièvre maligne qui commençait tous les printemps, 
exerçait sa fureur tout l'été, et une partie de la 
moisson. Cette fièvre faisait périr plus de pauvre 
monde, étant due, suivant Erasme, aux causes 
suivantes : i .« la disette d eau , car , dit-il , « il y a 
^) peu de conduits plus près que Laml?'s , à une 
i) grande distance de la ville , c'est-à-dire ( Hed 
» Lyon, Street Holboum)\YQ2i\i de rivière étant 
» portée sur le dos des gens , est si chère , que 
» les pauvres ne peuvent n'en procurer assez pour 
» se laver , et tenir leurs maisons propres; 2.» ces 
3J maisons étant bâties de bois, sont très-froides du- 
>> rant l'hiver , ce qui les oblige de remplir de paille 
» leurs appanemens. Or, ne la pouvant pas chan. 
;j ger souvent, elle s'y corrompt , et devient fort 
» nuisible. )j Que cet honnête homme verrait avec 
plaisir l'état présent de. cette grande ville , qui 
jouit aujourd'hui de tous les avantages de l'art et 
ae la nature! L'empiacemeat en est sec et graves 



m 



PUTRIDE. *79 

leux , coupé par les quatre rivières Tyhurn, Hol- 
boum , TFalhiook, Tower. Il y a à chaque maison 
nu escalier par lequel on descend à l'une ou à l'au- 
tre de ces rivières, un bon égout sous terre , et un 
canal au-dessus pour emporter par là toutes les im- 
mondices et les ordures. Les égouts sont lavés deux 
fois par jour par la marée , et les canaux par un 
courant d'eau continuel , qui entretient un mou- 
vement constant dans l'air. Outre cela , le flux et 
reflux de la Tamise produit une ventillation régu- 
lière dans toute la ville. Chaque maison a plus 
d'eau même qu'il ne lui en faut , des provisions 
excellentes et toujours fraîches ; pain , fruit , et 
autres végétaux ; air libre , rues espacées , maisons 
commodes, élégantes , bons appartemens; et tout 
le monde y est propre à l'envi dans sa personne, 
son lit , son ameublement. Le régime des citoyens 
est antiseptique , si l'on excepte la quantité de 
viandes grasses et de beurre qui se consomme 
parmi eux. Le pauvre même a de bonsbreuvages^ 
la bière, le cidre, le ponche. La plupart de nos 
eaux de source sont imprégnées d'un acide nitreux 
fort agréable , et salutaire aux geus d'une consti- 
tution putride , quoiqu'il ne convienne pas aux 
estomacs faibles. 

Telles sont les raisons pourquoi l'on est à pré- 
sent ici moins sujet aux fièvres malignes que nos 
ancêtres : en examinant même mes journaux , je 
^e remarque de constitution putride qu'au moi» 



i:^ 1rs 




^^^ De la Syjyoque 

de juillet. Ces fièvres malignes que j'ai vues en 
iKai et juin , avaient été rendues telles , parce 
que l'on avait mal traité la synoque non putride, 
excepté qtielques cas dont je pourrais donner l^es 
raisons particulières. Quoi qu'il en soit, il est vrai 
que ceux qui ont eu une synoque non putride vers 
la fin de mai , et ont été traités comme je viens de 
le dire , c'est-à-dire , par des saignées faites au be- 
soin , un vomitif , les acidulés, les sels neutres , 
l'oxyrnelcornmun.eilei, Im^emens jusqu'au dixième 
jour , et qui , ayant eu alors les meilleures appa- 
rences , ont été abandonnés à la nature et à une 
diète convenable jusqu'au quatorze, dans l'attente 
d'une crise parfaite par les sueurs , etc. , laquelle 
a eu lieu et a élé suivie de selles; ceux-là , dis-je, 
n'ont pas eu de crise parfaite comme au commen- 
cement de la saison ; au contraire, leur pouls est 
devenu petit, fréquent; la peau est restée fort 
chaude , la bouche sale , l'urine haute en couleur 
épaisse , mais acre , semblable à de la forte bière* 
passée, comme dit Huxham ; leur sommeil était 
fort inquiet , les sueurs considérables toutes \e& 
nuits, sans qu'on ait retiré aucun avantage, ni 
des sueurs , ni des selles ; de sorte que la rémit- 
îence en devenait plus courte. Dans ces cas-là , la 
maladie avait tout l'air d'une fièvre putride , quoi- 
qu'elle n'eût point été telle au comipencement , 
lorsque le sang était visqueux ; mais la maladie 
,?yai^ changé son type par la durée de la fièvre. 



IL 



PUTRIDE. î^8t 

la chaleur du temps pluvieux, et des vents du sud. 

C'est ce qui arriva à M. Belson , jeune homme 
que je traitai , kii ordonnant ah^rs d'aciduler 
toutes ses boissons avec Vesprit de soufre ^ et de 
prendre, deux jours après, une décoction de quin- 
quina : je hii dis aussi «aèe manger des iraises , 
d'ajouter un peu de vii\ et de jus de limon à ses 
panades et ses gruaux , ce qui , avec le petit-lait, 
fit toute sa diète jusqu'au dix huitième jour que 
je lui permis un peu de bouillon avec du jus de 
limon à son dîner. Je regardai cette fièvre comme 
critique, vers le vingt-et-un dejuin. Je vis plusieurs 
mêmes cas en même temps, mais un suffît. 

Peu après, je fus demandé par différentes per- 
sonnes, toutes saisies d'une douleur insupportable 
et d'une chaleur brûlante au creux de Testomac et 
sous la pointe du cartilage xiphoïde. Plusieurs 
avaient une grande chaleur et nue grande fièvre, 
la langue tiès-sale, Je ventre tendu ; douleur aux 
lombes, à la tête ; perte de forces et d'appélit ; 
grand abatlemeut d'esprit ; une agitation consi- 
dérable ; une sueur continuelle et sans soula^ 
gement. D'autres présentaient tous ces symptômes 
à moindre degré , mais sans grande fréquence dans 
le pouls , et sans chaleur brûlante. Ces derniers 
mauvais symptômes s'y joignaient bientôt , pour 
peu que Ton s'y prît mal , ou même qu'on négîi» 
geât de quelques jours les évacuations nécessaires. 
C'est donc ici que commence la première appa- 




kSwmmiaK» 



À 



a.^: 



ji 



282 De la Synoque 

rence de la constitution putride , décrite par Sy^ 
denharn sous le nom de fièvre varioleuse , aisée à 
guérir au commencement par le traitement conve- 
nable , mais très-dangereuse et difficile , si on la 
néglige ou qu'on s'y prenne mal. 

Plusieurs personnes ont mal-à-propos attribué 
ces maladies aux fruits de Tété, lesquels commen- 
cent alors à paraître ; tandis que réellement la 
Providence semble alors avoir destiné ces fruits 
comme un remède contre ces funestes maladies. 
J'ai examiné avec tout le soin possible et sans 
préjugé cette matière ,et je me suis convaincu que 
le général du genre humain peut se garantir de 
bien des maladies putrides par un libre usage des 
fruits mûrs seuls , quoique les estomacs faibles, 
tels que le mien, ne s'accommodent pas d'une 
certaine quantité de fruit. Il ne faut pour les autres 
d'aulres précautions que la vraie maturité de ces 
fruits ; les manger avant les repas , et boire nn 
grand verre d'eau fioide par-dessus. J*ose même 
dire qu'un homme vigoureux, d'une constitution 
scorbutique ou bilieuse, qui ne travaille pas beau- 
coup, devrait, durant trois ou quatre mois de l'été, 
ne vivre que de pain , de fruits (i) , de lait de 



(1) Quand on s'est cliargé Testoînac de viandes , et qu'on le 
surcharge ensuite de fruits, c'est certainement lui préjudicier , 
comme Celse l'a observé : « Poma nocere quidam putant quœ 
>* immodlcè toto die sic assumuntiu' , ut nequid ex densiorc 



m 



PUTRIDE, 283 

Leurre ,de salade, avec très-peu de viande maigre; 
prendre le grand air , et qu'il s'en trouverait plus 
fort, plus vif, que s'il mangeait les mets les plus 
gras , et buvait les plus fortes liqueurs. Je ne vois 
rien de plus absurde que nos grands repas d'été, 
où l'on sert les viandes les plus substantielles, et 
les plus fortes liqueurs qu'on devrait réserver 
pour les froids humides de l'hiver. 

La vraie constitution putride est épidémique, et 
peut , par«là , être compliquée avec d'autres ma- 
ladies. Quand elle est solitaire , elle tombe à mesure 
que la cause originale disparait. Mais, quand elle 
est compliquée , il faut d'abord attaquer l'épidé- 
mie ; alors l'affection sporadique disparaîtra dans 
son étal naturel , et doit être traitée en consé- 
quence. Je vais donner quelques exemples de 
l'une et de l'autre , pour montrer combien Sj-» 
denham a exactement observé cette constitution; 
et , si les dates des cas qu'il nous rapporte sont 
exactes j on verra que la fièvre varioleuse est la 
première apparence de la constitution putride , et 
k fièvre dysentérique la dernière , précédant im- 
médiatement le choiera- morbus , ou la première 




>j ciho remittatur, Ita non hœc , sed consummatio omnium 
» nocet ; ex quibus in nullo tamen minus , quàm in his noxa 
* est» Sed his ult non sœpiiis quàm alio cibo conveniu Denique 
> aliquod densiori çibo , ciun hic accidit , neccssarium est 
» demi,» 



.\. 



i 



I 



284 De la Synoquk 

apparence de la constitution bilieuse ( ou fièvre 
de la moisson), qu'il appelle /Zme nouvelle dans 
son Schedula monitoria^ comme on le verra en 
son lieu. 

Première Observation 9 

sans fiè\>re, 

M. Bennington fut saisi d'une douleur au creux 
de l'estomac, et avec tant de sensibilité, qu'il 
ne pouvait souffrir qu'on l'y touchât. Je ne me 
rappelle pas d'avoir vu le même symptôme ab- 
solument dans d'autre maladie : ainsi on peut 
l'appeler signe pathognomonique-^ 2.^ il y avait pe- 
santeur de tête, quelque chaleur; point de fré- 
quence dans le pouls, ni de pétéchies; 3.° une 
petite soif; 4'" la langue était comme en santé, 
sinon qu'elle était un peu blanche le matin, mais 
rarement sèche, et jamais sale; 5.<* sueur spon-= 
îanée, et qui ne soulageait pas; 6.<* un sédiment 
louable dans les urines. Que l'on compare avec 
ceci Sydenham, c. Z.contin, Feb, ann. 1667, etc. 
Je fis donc tirer un peu de sang , et donnai en- 
suite un vomitif. Il se sentit aussitôt soulagé de 
sa douleur; mais il lui restait encore du trouble 
à la tête et quelque douleur aux lombes. Son sang 
était fleuri sans être couenneux : la sérosité eu 
était jaune. J'ordonnai des apozèmes purgatifs, 
upe tasse d'heure en heure, jusqu'à ce qu'il y 



PUTRIDE, 28S 

eût quelqu'effet; j'ordonnai de réitérer la même 
chose tous les matins, jusqu'à ce que les syra- 
tomes disparussent. Je lui interdis toute substance 
animale, ne lui permettant que des fruits mûrs 
et de l'eau froide. Il fut bien au bout de quatre 
jours. La fièvre déterminée fut ainsi évitée par les 
évacuations faites à temps et un régime conve- 
nable. 

Il.'^e OBSERVATIOIf , 

avec fièvre, 

La Concierge de M. Muir fut prise àes mêmes 
symptômes, le 2 de juillet 1769; elle prit pour 
cela les potions salines et les diaphorétiques. La 
première fois que je la vis, elle était dans une 
sueur considérable, et se plaignait, î.^ d'une 
violente douleur au creux de l'estomac qui était 
fort sensible au toucher, et un peu tendu ; 2.0 de 
douleur à la tête et aux lombes, avec faiblesse et 
abattement d'esprit; le corps était très-chaud; il 
y avait de grandes taches pourprées sur la mal- 
léole externe droite, et quelques taches à la jambe 
gauche; les taches de la jambe droite étaient dou- 
loureuses et un peu enflées, mais celles de la 
gauche unies et sans douleur; 3.o elle ne se plai- 
gnait pas de soif, mais elle était fort molestée par 
un mauvais goût pâteux dans la bouche; 4.» la 
langue était blanche au milieu , livide vers les 



i 



f^ 



m 



I 



Q.?>(î De la SY:xoQm 

bords, rarement sèche et jamais blanche ; 5.° elle 
éprouva des sueurs spontanées abondantes de- 
puis le corameneeraenî; et ces sueurs ayant été 
trop favorisées 5 elles aigrirent les autres symptô- 
Tïîes; 6.0 le pouls était très-fréq\ient ^ ni petit, ni 
dur; 7.0 le visage était boufii , rouge, de même 
que le cou et les bras; 8,° elle rendait beaucoup 
d'urines troubles qui ne soulageaient pas plus que 
les sueurs. Je la fis donc saigner; j'ordonnai Fémé» 
tique, et d'aciduler toutes ses boissons avec l'oxy- 
niel simple; de prendre aussi Tesprit de soufre 
assez souvent dans ses potions; d'ouvrir toutes 
les portes et les fenêtres, d'ôter quelques cou- 
vertures du lit, d'ouvrir les rideaux petit à petit, 
et de manger quelques groseilles rouges. Le len- 
demain , je trouvai le sang fleuri , écumeux, mais 
trèS' tendre. J'augmentai l'esprit de soufre dans les 
potions; j'ordonnai une purgation de tartre so^ 
lubie et de manne ^ recommandant à la malade de 
se lever et de se tenir à l'air libre tout le jour. 
La purgation fut réitérée de deux jours Tun ; et, 
le neuf de la fièvre, le 12 de juillet, la malade 
fut en état de vaquer aux affaires de la maison : 
il na parut rien de critique , sinon qu'elle reprit 
par degrés, après la première purgation. 

Dans le même temps, Madame R... fut attaquée 
de la même maladie, et se trouva si bien le trois, 
après les premières évacuations de la saignée, et 
après le vomitif et les purgatifs, qu'elle se leva 






et alla se promener aiix environs. Elle eut grancF- 
fa!m, et mangea de bon cœur d'une poule bouillie: 
le matin suivant, elle eut une rechute, se plai- 
gnit de grande faiblesse, quoiqu'elle eût aussitôt 
été soulagée par le vomitif et les purgatifs. îs^éan- 
moins elle n'eut point de symptômes de fausse 
couche; car elle était grosse. Cette douleur d'es- 
tomac était si grande dans plusieurs jeunes filles, 
quelle leur causait des mouvemens hystériqiîes 
très-violens. Mademoiselle Ch... était pâle et sans 
parole la première fois que je la vis, et pressait 
toujours une main ou les deux contre le creux 
de l'estomac, ce qui me fit soupçonner que le 
siège de la maladie était là. Je la fis saigner, ce qui 
fit cesser ses accès. Alors je prescrivis im vo- 
mitif : peu après qu'elle eut pris i'éraétique, l'accès 
revint, et dura une heure : le vomitif fit son effet 
quand l'accès eut cessé, et elle rejeta une grande 
quantité de flegmes de différentes couleurs; ce 
qui la soulagea beaucoup. Alors elle prit des apo- 
zèmes purgatifs, fut délivrée de sa douleur après 
la seconde évacuation; mais la fièvre dura cinq 
ou six jours. Pendant ce temps-là, elle vécut de 
petit.Iait de présure et de jus de limon , de fraises; 
et on lui lâcha le ventre tous les matins avec les 
mêmes apozèmes. 




^ IfSHDk: 




M 



De la Synoquk 



^ 



lîl^me Observation, 
avec complication de petile^vérole. 

Vers le même temps, je fus appelé à Putney, 
pour M. Heiiville, saisi des mêmes symptômes que 
ci'dessos; je vis avec plaisir que M. Rose, apo- 
thicaire du lieu, lui avait tiré huit onces de sang, 
et lui avait ensuite donné un vomitif. Le sang 
était fleuri, non couenneux, mais d'une fort bonne 
texture. Je lui ordonnai une purgation de tartre 
sohil?leet de manne, et de la réitérer tous les ma- 
tins jusqu'à ce que les symptômes disparussent ; de 
vivre de petit-lait de présure, de fruits mûrs, de 
gruau léger, ou de panade avec du jus de limon. 
Le trois, la petite-vérole parut extrêmement épaisse 
sur toute la face, le cou et ailleurs. On le tira du 
lit^ et on le plaça à un courant d'air libre g\. frais, 
La même diète fut continuée ; on lui tint le ventre 
libre par des lavemens donnés de temps en temps. 
Comme quelques taches parurent bleuâtres, toute 
sa boisson fut acidulée avec l'esprit de soufre; je 
ne lui permis le lit de jour, quau sixième de l érup- 
tion. Le huit, le pouls devint mou et petit; alors 
il prit, toutes les trois heures, cinq grains de bon 
quinquina, comme cordial : c'est ainsi que nous 
pn^cédâmes durant toute la maladie. Il ny eut 
jamais de petite-vérole confluente qui semblât 
menacer de plus grand danger : il soutint l'assaut 
fort aisément; et, quoique les boutons ne suppu- 



t^tlTRIDli:* 2^9 

tassent qu'au onzième jour de Téruption ou le 
quatorze de la maladie, il n'eut cependant pas 
la tête enflée, ni une salivation si abondante qu un 
le voit en pareil cas. Il n'eut les yeux fermés que 
trois jours. Ses mains et ses piedv n'enflèrent pas 
considérablement : les croûtes tombèrent promp- 
tement, et il fut en parfaite santé. 

Peu après, je fus appelé pour voir M. Gordon: 
il était, depuis peu de jours, de reiour d'un long 
Toyage de mer. Il fut, au commencement , saisi 
des mêmes symptômes avant l'éruption d'une pe- 
tite-vérole fort confluente; on ne l'avait pas fait: 
évacuer aussi abondamment que M, Henville. Je 
le vis le huit de l'éruption , et je le mis au même 
traitement. Il fallut seulement diminuer la dose 
du quinquina, et augmenter les purgatifs. Il alla 
assez bien pendant la maladie, sinon que sa tête 
était prodigieusement enflée. Il eut une salivation 
incommode; ses mains et ses bras furent très- 
enflés; mais ses pieds ne s'enflèrent pas. Il eut les 
yeux fermés huit jours, quoique son visage fût 
souvent humecté avec de l'eau de tripe. ( Je dirai 
en passant que je n'ai pas encore vu de meilleure 
fomentation pour amollir les croûtes desséchées.) 
On lui appliqua sur les yeux quelques cataplas- 
ines de temps à autre pour donner une libre issue 
à la matière. Peut-être même que ses jambes ne 
s'enflèrent pas , et qu'il n'eut pas de seconde 
lièvre, que parce qu'on lui baigna fréquemment 




l%f&baBI 



vsisn^ 






?>?t 



.590 De la. Syïtoqîje 

la matière avec une éponge fort douce. Comparer 
ceci avec ce que Sydenham écrivit au docteur 
Cole , art. 8 , 9 , i o 6^ 1 2 ( i ). 

Celte douleur au creux de l'estomac n'est pas 
tant un symptôme de la petite-vérole que de la 
constitution épidémique commune dans cette 
saison-là, et peut par conséquent s'y compliquer, 
ou avec toute autre fièvre accidentelle, et à la- 
quelle il faut d'abord faire attention dans la mé- 
thode curaîive. D'ailleurs il y a dans cette saison 
une collection putride dans tes premières voies, 
laquelle diffère en partie de la bile , comme on 
peut le voir par la couleur, quand les sujets vo- 
missent. Si ou l'évacué promptement au commen- 
cement sans solliciter les sueurs, toute la maladie 
tombe promptement en peu de jours. Le même 
traitement s'accordera en général avec tous les 
sujets, aussi long-temps que cette constitution 
prévaut, quoique les symptômes différent en par- 
tie dans différens sujets. 

Madame S-N... futsîjjette plusieurs années à 
une espèce particulière de toux; on la prit pour 
une affection nerveuse, et, conséquemment, ou 
la traita avec les médicamens appropriés à ces 



(i) « Eîi accordant que ce soit là la véritable histoire de 
y, ceUe maladie , il est manifeste que le bon ou le mauvais 
» succès dépend de la manière dont on en a commencé la 
i> cure, etc. » 



PUTRIDE. îigî 

affections, les opiats, les eaux minérales; mais 
en vain. Elle avait, avec cette toux presque con- 
tniuelle, une extinction de voix, un grand abat- 
tement d'esprit, une douleur constante et un ser- 
rement à travers la poitrine vers l'insertion du 
diaphragme. Sa langue était saîe, le pouls plein , 
dur et un peu fréquent : tel était son état quand 
on me vint consulter pour elle au mois de jan- 
vier. Je regardai la maladie comme inflamma- 
toire , et je la guéris par la saignée , la diète au 
petit-lait, les fruits secs, les végétaux, une pe- 
tite quantité d'esprà de soufre bien délayé dans 
une décoction pectorale prise tous les jours. Le 
3 de juillet, elle éprouva le retour de sa toux et 
des autres symptômes avec douleur au creux de 
l'estomac et sous le cartilage xiphoïde : douleur 
qui était épidéraique dans cette saison, comme je 
l'ai décrite. La langue était sale, le pouls n'était 
pas trop fréquent; ^\\e n'avait point de grande 
chaleur. On lui tira dix onces de sang, et on lui 
tint le ventre libre avec le tartre soluble et la 
manne, ce qui modéra la toux et la violence de 
la douleur. Son sang était assez couenneux. Le 
lendemain, on lui tira encore environ six onces 
de s^jug, et on la purgea de nouveau. Sa diète fut 
réduite aux cerises précoces , aux fraises qui 
étaient alors très-mûres ; et toute sa boisson fut 
acidulée avec du jus de limon. Le second sang 
fut fleuri, mais moins couenneux. Après cela les 

19.. 







1 



>r 



K 



I 



'^^1 De là SYTfOQtîi: 

symptômes diminuèrent de beaucoup. Elle cotH- 
mença à prendre de l'esprit de soufre toutes les 
heures en potion , et continua et la diète et la 
boisson pendant quatre jours. Durant ce temps-là , 
on lui tint le ventre libre; la maladie cessa. 

Je conclus de là que l'épidémie était la princi- 
pale maladie , et que là toux était une disposition 
particulière du sujet. Sjdenham fait une remarque 
trop intéressante pour ne pas la rapporter ici : 
a Ces particularités nous montrent combien il est 
» difficile en général de déterminer l'espèce d'une 
» fièvre par ses signes concomitans. Mais on peut 
3) la connaître suffisamment en faisant attention 
» aux autres maladies qui paraissent dans le même 
» temps, et par les symptômes particuliers à la 
» fièvre stationnaire , autant qu'ils dépendent 
» d'une espèce particulière d'évacuation. Si Ton 
» examine d'ailleurs attentivement la méthode et 
» les médicamens auxquels elle cède aisément, 
» on tirera beaucoup d'avantage pour découvrir 
» quelle est l'espèce de la fièvre. Mais , comme 
» les fièvres qui paraissent dans ce mois de juillet 
» doivent être rapportées aux qualités sensibles 
j) de l'air , de même aussi les différens symptômes 
» (qui sont tout-à-fait étrangers à leur nature, en 
» tant qu'ils dépendent de telle constitution gêné- 
» raie) doivent se déduire des qualités manifestes 
» que l'air peut avoir particuliereiDent dans ce 
» mois-là. Cest de là qu'il arrive que dans ces 



PUTRIDÏ?. ^9^ 

i) années où les fièvres attaquent un grand nombre 
» de sujets dans ce mois , elles sont accompagnées 
V de différens nouveaux symptômes , outre ceux 
>, qui leur sont particuliers, en tant que procédant 
» de la constitution générale. « Cependant ces 
fièvres sont toujours les mêmes , quoique l'igno- 
rance les regarde comme autant de nouvelles fiè- 
vres, à cause de la différence de leurs symptômes 
çoncomitans. Mais ces symptômes concomilans ne 
durent que très peu , au lieu que les symptômes 
propres et particuliers qui les accompagnent 
comme stationnaires, continuent jusqu'à la fin. 

J'étais à écrire ce morceau de Sydenham , 
quand tout-à.coup je fus interrompu par une 
douleur considérable au creux de l'estomac et au 
cartilage xipboïde. Je pensai que ce pouvait être 
la conséquence d'un flegme acide dont je suis 
ordinairement rempli. Je pris une teinture amère 
de rhubarbe. J'en avais été souvent soulagé; mais, 
dans cemoment-là , elle augmenta beaucoup ma 
douleur , jusques là même que je n'y tenais plus. 
Je piis un vomitif le plus tôt possible , et j'en fa- 
vorisai l'action avec de l'eau de gruau légère. Je 
rendis un flegme amer , mais qui n'était pas plus 
jaune que la rhubarbe ne pouvait l'avoir rendu. 
Je me sentis l'estomac et la poitrine soulagés par 
ce vomissement , mais j^éprouvai du trouble aux 
intestins : je commençai à prendre une solutior^ 
de manne et de tartre soluble , jusque ce que^ 



\ 




^94 DelaSyin-oque 

j'allasse à la selie, délayant beaucoup avec une 
infusion de menthe et d'eau de poulet. Je me sentis 
des^Iors un grand trouble a la tête ; ma peau de- 
Vint fort chaude , et le pouls très fréquent. 

Ces symptômes diminuèrent après six selles. Je 
me couchai ; j'eus un sommeil de quelques heures, 
mais pénible, et je suai abondamment. A mon 
réveil , J'avais la bouche pâteuse , la peau très- 
chaude, la tête troublée , la langue sale , le pouls 
irequent ; mon urine était jatiue et chargée. Je 
trouvai mes selles glaireuses, mais non jaunes. Je 
me levai , changeai de linge, m'habillai , recom- 
mençai l'émulsion purgative , et continuai jusqu'à 
ce que j'eusse fait cinq à six selles copieuses. Elles 
étaient orangées , et me soulagèrent beaucoup. 
J'entretins ce cours de ventre trois jours , buvant 
de mon injusion de menthe, de l'eau de poulet, 
cîu bouillon léger de mouton , avec du jus de' 
limon , de Feau de gruau , et semblables , avec 
lin peu de vin du Rhin dans une infusion de 
menthe. 

Pendant tout ce temps-îà , mon urine fut très- 
colorée, ce qui ne pouvait venir de ma diète, ni 
des fruits que je mangeais ; savoir , quantité de 
groseilles et de cerises qui ne s'aigrissaient plus 
sur mon estomac , comme il m'arrive quand je 
jouis de ma santé ordinaire. J'infère de là que 
cette matière morbifique résistait aux acides , cor- 
rigeait même ma disposition naturelle à produire 



PUTRIDE. '^9^ 

des acides dans les premières voies. Je continuai 
les fruits avant mes repas , et ne sentis plus ces 
ardeurs d'estomac pendant plusieurs jours. 

La même chose arriva à un de mes amis , qui 
me dit que, pendant trente ans , il avait été beau- 
coup incommodé d'acides dans les premières 
voies ; ce qui l'empêchait de manger des fruits et 
de laphipartdes végétaux, et l'obligeait même 
de s'abstenir de lait , de vin de France et de li- 
queurs fermentées ; qu'il y a environ deux ans , 
il avait eu une fièvre de longue traite pendant 
l'été; que , depuis ce temps-là , il n'avait pas res-; 
senti d'ardeurs d'estomac , se trouvant bien sur- 
tout des acides de toute espèce. On peut donc 
conclure que la matière de cette fièvre est plutôt 
de nature alcaline , et se corrige mieux par les 
acides, comme je l'ai expérimenté en bien des cas. 
Cependant le premier point de la cure est de net- 
toyer les premières voies , et de répéter ces éva- 
cuations autant que le cas Texige ; d'abord par 
des vomitifs, si l'amas est ou en tout ou en partie 
dans l'estomac ; ensuite par de doux purgatifs 
donnés en lavage , si Tamas est plus bas ; ce der- 
nier cas est plus commun vers la (in de juillet , 
quand le siège de la douleur est au nombril oii 
auprès, et ordinairement du côté droit. Je crois 
pouvoir confirmer ici par mon expérience ce 
qu'îlippocrale a observé de son temps : « l'acide 
» du vinaigre est plus avaatatageux aux bilieux, » 



^a5 





^9^ De la SyjyoQTjE 

de Ratio Vict, inacuL, et, un peu plus bas , lî 
en donne Ja raison : « par ce moyen les amers 
» sonl dissous et convertis en pifuite. « 

Le second état de celte constitution est ce que 
Sydenham décrit sous le nom de colique bilieuse. 
Cetle maladie peut être avec ou sans fièvre consi- 
dérable; mais il a le plus souvent quelques avant- 
coureurs , tels qu'un froid léger , pesanteur et 
autres choses semblables pendant un ou deux jour^ 
auparavant. Le siège de cette colique est autour du 
nombril et des conduits biliaires , comme je l'ai 
dit plus haut de la colique pituiteuse. Mais le cas 
est différent , comme la bien remarqué Hippo- 
crate, de JSat, Hom. : «La pituite s'amasse pendant 
» l'hiver, et le sang augmente au printemps , la 
* bile en été , et l'atrabile en automne, r» Il est 
donc évident que la colique du printemps est de 
sa nature plus mflammatoire , et conséquemment 
demande des saignées plus fréquentes et plus co- 
pieuses ; mais des acides moins pénétrans , des 
vomitifs et des purgatifs plus actifs , parce que la 
pituite engendrée en hiver est d\ine nature inerte, 
et souvent fort visqueuse ; au lieu que la bile en 
juillet n'est pas encore épaissie, et peut, par 
conséquent , être remuée aisément par ce doux 
médicament : je ne vois pas non plus qu'il soit 
nécessaire de faire de grandes et fréquentes sair 
gnées ; mais il faut toujours donner les acides 
comrqe correctifs , îaut que dure la maladie. J^ 







'putride. 297 

vais exposer la nature de cette maladie par un 
exemple; on pourra par-îà la distinguer plus aisé- 
ment de toute autre quelconque qui pût lui res- 
sembler par les symptômes. 

M. Beuzeville de Walthamstow, homme corpu- 
lent , de moyen âge et de bonne mine , était sujet 
à un asthme chronique. On m'appela chez lui le 
11 juillet 1769. Je trouvai qu'il s'était d'abord senti 
indisposé avec quelque peu de fièvre , ce qui avait 
été suivi de douleur vague , et de beaucoup de fla- 
tulences dans les intestins. Il avait en conséquence 
pris une petite purgation , et s'était trouvé mieux: 
le même soir de cette opération , on lui conseilla 
de manger du poulet pour empêcher les vents de 
s'amasser dans son estomac : le matin suivant , la 
douleur revint avec une fois plus de force ; elle 
diminuait par intervalles et recommençait bientôt. 
Cette douleur était d'abord autour du nombril et 
un peu plus du côté droit. Avec cette douleur , 
il se sentait aussi grand mal d'estomac , et il avait 
vomi tout ce qu'il avait mangé le goir précédent, 
avec une quantité de flegmes , mais point de bile. 
Il avait d'abord eu le ventre retiré en dedans , 
mais alors il était gonflé et tendu. L'anus était 
beaucoup remonté ou rentré intérieurement ; le 
pouls était dur , et battait cent vingt fois dans 
une minute ; la langue était fort chargée et de 
couleur jaune verdâlre ; l'urine jaune et abon- 
dante; la peau était très^chaude ; l'esprit abattu, 
et le malade fort agité. 




■Jl 



298 De la SYI^^OQUE 

Je lui fis tirer douze onces de sang ; j'ordonnai 
un lavement purgatif, mais il ne put le prendre , 
vu la rétraction et le serrement considérable de 
l'anus. Il commença donc à prendre des apozè^ 
mes de manne ^ tamarin^ tartre soluble et teinture 
de séné ^ ce dont son estomac s'accommoda assez 
bien. Quand il en eut pris environ huit onces , il 
lâcha un petit vent ; on en profita pour lui don- 
ner le lavement bien chaud. Alors la purgation 
eut son effet, et je soutins la purgation avec une 
décoction de tamarin et autres liqueurs acides 
édulcorées d'un peu de miel, .suivant le précepte 
d'Hippocraîe : Corpora uhi qiiis pargare volet ^ 
facile fluentia reddere oportet. Il ne prit aucune 
nourriture. Plus vous nourrissez un corps sale , 
plus vous lui faites de tort. 

Le lendemain, la douleur diminua; le pouls 
n'allait qu'à cent pulsations , mais il était toujours 
dur et plein. Le ventre n'était pas encore vidé ; 
la langue était sale; l'urine jaune; le sang épais, 
semblable à du vieux suif. J'ordonnai encore de 
tirer huit onces de sang; d'entretenir le cours 
de ventre avec la solution de manne et de tar- 
tre soluble ; de continuer les boissons délayées ; 
de donner un lavement émollient le soir, comme 
anodin. Je défendis tout cordial, tout aliment 
solide , hormis le fruit. Je trouve que le fruit mûr 
est le vrai savon naturel propre à dissoudre la 
bile. Je ne permis non plus ni vin, ni viandes, 
ni opiats. 



vu 



PUTRIDE. 299 

Je ne trouve pas les opints avantageux dans 
ce cas-ci, jusqu'à ce que toute la matière ait été 
évacuée ; et je suis sûr que c'est retarder la cure , 
que de les donner trop tôt et fréquemment. J'ai 
également essayé Vopiiun avec Xextrait cathart. , 
comme on le fait ici à présent ; cela m'a réussi 
dans quelques coliques pituiteuses , aprèa de 
grandes saignées Mais, dans les coliques bilieuses , 
j'ai mieux réussi avec de doux purgatifs en lavage ^ 
après la saignée, quand il fallait purger; et je ne 
sache rien qui augmente l'acrimonie de la matière 
jaune morbifique, autant que V opium, excepté 
les sels alcalins et les substances grasses. Quand 
je considère l'abondance de matière jaune rendue 
en vingt-quatre heures par les vomissemens et 
les selles dans certains cas, j'ai peine à croire 
que tout ait été séparé par le foie, et transrais 
par le conduit commun. Je pense plutôt que toutes 
\q?> humeurs du corps prennent une teinte jaune 
dans cet état malade. La même chose arrive au 
sang et aux urines ; et pourquoi cela n'arrive- 
rait- il pas aussi aux sucs gastriques et à l'intérieur 
de la bouche? La même pituite qui était blanche 
au commencement du printemps, jauniîen juillet, 
îe fait plus en août et en septembre,' et prend 
enfin en octobre et novembre une couleur jaune 
SI foncée, qu'on peut la regarder comme noire. 
Quand la pituite était blanche, elle causait une 
synoquc non putride ^ et pouvait, après certaine 



§ 



i«u£kai 



& 



^ 

^ 



Ja 



3oo De la Synoqub 

coction , sortir par la peau ; mais en ce temps-ci 
elle est jaune , et elle ne peut sortir que par les 
intestins qui sont l'égoût commun des matières 
grossières. Elle est même devenue si pénétrante , 
que, si on ne l'évacué pas proraptement et sou- 
vent, elle corrompra toutes les humeurs, et pro- 
duira celte formidable maladie anomale, savoir, 
la lièvre putride et maligue; ce dont j'ai vu bien 

des exemples. 

Mais, pourreveniraM.de Beuzeville,le second 
sang n'était pas si épais ni si jaune que le pre- 
mier. Cette seconde saignée l'avait beaucoup sou- 
lagé ; les médicamens le purgèrent alors douce- 
ment et bien, occasionèrent un cours de ventre 
qui acheva la cure en peu de jours , à l'aide des 
groseilles et d'une diète végétale acidulé. Si l'on 
compare ce cas (r) avec celui de Madame R..., on 
verra aisément la ddïérence. La cause de la ma- 
ladie, dans les deux cas, était Tépanchement qui 
s'était fait sur les intestins, d'une matière mor- 
bifique jaune que j'appellerai , suivant l'idée d'Hip- 
^OQv:Kle .viscosité jaune , plutôt que bile. Dans Ma- 
dame K..., le siège de la maladie était dans l'esto- 
mac ; c'est pourquoi elle rejela beaucoup de cette 
matière , et ïu t mieux après le vomissement ; au lieu 
que M. Beuzeville ne tira aucun soulagement du 
vomissement, et que ce qu'il rendait n'était pas. 



(i) Voyez au second cas, ci-devant. 



jaune. Le sîége de la douleur élait plus bas, peut- 
être dans le duodénum. Le sang de Madame R... n'é- 
tait pas épais, c'est pourquoi elle n'eut pas besoin 
d'une seconde saignée. Mais M. Beuzeville, au con- 
traire, ayant le sang épais, eut besoin d'une seconde 
saignée pour relâcher celle tension universelle, 
avant que la matière morbifique pût se séparer. 
Tous les deux, cependant, exigeaient des purga- 
tifs, et ne pouvaient être guéris que par une diar- 
rhée artificielle, et par l'usage des fruits acides 
pour corriger tout le sang; ils persévèrent encore 
dans l'usage de ce même régime, aussi bien que 
vingt autres de mes malades qui ont la même 
indisposition ; ils sont même sensiblement affectés 
quand ils prennent des substances animales pen- 
dant un ou deux jours seulement. Je ne puis dire 
combien (i) ils garderont ce régime ; mais je pense 
qu'ils devront s'y tenir long-temps avant que leur 
disposition puisse se changer, à moins qu'ils ne 
prennent régulièrement les eaux purgatives, ou 
qu'ils ne se baignent à la mer et n'en boivent de 
l'eau, ce que j'ai souvent trouvé un remède ex» 
cellent ^ans cette saison-là pour ces sortes de 
constitutions, aussi-bien que pour l'atrabile de 
l'arrière saison. 

Quand Sydenham écrivit son Essai sur celte 



^ 



(i) C'était en 1769, temps ou j'écmais ceci. 



ilA^ïSSI 



M 



ï 



T>^. 



Se^ 



3o2 De la s y no que 

colique, eu 1670-71 -72, il fit mention de la coli- 
que hysrérique ou spasmodique , sous laquelle 
dénomination il décrit évidemment la douleur et 
le spasme q?ji résultent des pierres de la vésicule 
et des concrétions bilieuses , sect. 4, chap. 7, art. 1 7. 
« La douleur se passje, dit-il , en un jour ou deux, 
» mais revient peut-être sous peu de semaines , 
» est aussi violente que jamais, avant que Taccès 
» finisse : elle est quelquefois accompagnée d'une 
» jaunisse remarquable qui disparaît en peu de 
» jours. » Que des symptômes semblables à ceux-ci 
puissent avoir lieu, cela est vrai; mais, comme 
la méthode de guérir les spasmes est tout-à-fait 
opposée à celle qu'il faut pour les concrétions 
bilieuses, on doit savoir faire un discernement 
bien juste de ces deux affections. Pour en mar- 
quer la différence, voici un exemple de chacun, 
quoiqu'étrangers à mon sujet. 

Il y a environ trois ans que Madame B... fut 
attaquée d'obstructions aux conduits biliaires ^ ce 
qui lui causa la jaunisse et l'hydropisie. Elle a 
environ qiiarante ans; elle est corpulente, et a 
ia âbre lâche ; mène une vie sédentaire : c'était 
auparavant une grande mangeuse. Elle mangeait 
abondamment des viandes grasses, rôties et bouil- 
lies; buvait de la bière et du vin de Porto, sans 
abuser cependant de ses boissons. J'ordonnai donc 
la mixture de Storck : 



-ioc 




P t) T R î T) «. 

^ Jalap en poudre^ 
Sel polycr, , 
Racine de Valériane sauvage , 

de chaque une drachme; 
OxjmeL scilL , quatre onces , 

dont elle prenait plein une coiilère à bouche le 
matin , à midi et le soir, pour lui tenir le ventre 
libre tous les jours. Je lui interdis les viandes, le 
beurre et la forte bière. En six semaines , elle 
parut guérie , mais retomba au bout de six mois; 
les mêmes médicamens, la même diète la tirèrent 
encore d'affaire. 

. Elle se trouva bien pendant un an moyennant 
Texercice qu'elle prit, quand tout à coup elle 
fut saisie des symptômes d'une colique bilieuse, 
devint toute jaune, quoiqu'elle eût rendu par 
le vomissement et les selles, une grande quan- 
tité de bile. Ces accès revenaient tous les deux 
ou trois jours comme une fièvre irrégulière, et 
commençaient par un frisson; ensuiie venaient 
la chaleur et la sueur. Mais je vis bientôt la dif- 
férence ; car le vomissement ne cessait pas avec 
le frisson; il continuait même durant la chaleur 
et la sueur. La sueur et les selles bUieuses jaunes 
allaient ensemble. Elle n'avait pas de fièvre dans 
les jours d'intermittence; l'urine était jaune, même 
noire encore un jour après l'accès; elle s'éclaircit 
le second jour. La mixture de Storck eut alorg 
peu d'effet. 





^^ 






So4 De ii Syînoque 

Je lui conseillai donc de (aire un long voyage 
dans la province; de ne vivre que de fruit, de 
petit-lait et de végétaux ; de boire de la petite- 
bière, du cidre, de là liiûonade avec du miel; 
de se tenir le ventre libre avec des sels neutres 
apéritifs et de la manne. On lui donna d'autres 
avis en province. Elle passa à Bath où elle prit 
le quinquina; d'abord elle se crut mieux, mais 
sentit bientôt sa méprise. A son retour, j'exami- 
nai ses selles, et j'y trouvai quelques concrétions 
bilieuses en forme de pierres , ce qui me con-^ 
firma dans ma première opinion. Elle prit nouvel 
avis, elle fut purgée tous les matins, mais avait 
toujours un opiat de prêt pour l'instant où l'accès 
reviendrait. Cela n'eut pas de succès; je persistai 
toujours à lui conseiller les fruits, le pelit-lait, 
les végétaux et les sels neutres, avec le miel , la 
manne et un exercice constant, lui interdisant 
tout opiat et toute nourriture animale. Elle y 
consentit^ et se rétablit peu à peu. Il est bon 
de remarquer que, dans ce cas-ci, un verre à via 
plein du jus d'une orange de Séville , enlevait la 
douleur et le spasme mieux qu'un opial. Elle alla 
se baigner à la mer , en but de l'eau pour assu- 
rer sa guérison, et jamais elle n'a eu de récidive 

depuis. 

L'été dernier, environ vers le même temps, 
(en août 1768), l'on me demanda chez M. Hay- 
:^vard de ïlackney ; il me priait de voir une de ses 







PUTRIDE* 3oD 

hialades. C'était une jeune Dame que l'on croyait 
incommodée d'une colique bilieuse, pour laquelle 
on l'avait traitée comme à l'ordinaire. Mais les éva- 
cuations augmentèrent les douleurs plutôt que de 
les diminuer. Toute la peau de Y abdomen était fort 
sensible , et les douleurs de coliques devenaient 
quelquefois assez violentes pour alarmer. Le pouls 
était cependant mou , sans être fréquent ni fort. 
La langue était nette , l'urine pâle ; elle se plai- 
gnait d'un froid aux pieds , quoiqu'elle fut au lit. 
J'ordonnai un lavement anodin , et de donner la 
potion suivante , toutes les quatre heures , jusqu'à 
ce que la douleur s'appaisât : 

^ Sel voL c. c. ; Castor, en poudre , de chaque 
cinq grains ; 

Confect. cardiaq., un scrup. ; 

Eau Alexitere simple , une once et demie 

Teint, d opium ^ cinq grains; 

Sirop de safran , une drachme M. 
A la troisième prise , les symptômes se modérèrent , 
et , en peu de jours, l'usage continué de la mêraq; 
potion lui fit reprendre le dessus. Ensuite elle prit 
de la limaille d'acier , enfin les bains froids , et 
n'eut pas de rechute depuis. La différence de ce 
cas, et de celui de madame B. est si grande, que 
je ne dois pas m'y arrêter. 

Quant à la colique de Poitou , la colique sèche, 
la colique de Devonshire, et la colique flaiulente 
qui provient d'indigestion , elles sont toutes de 




I. 



20 



ïwmmi 





fi'. 



"iG 



I 



S^ 



30i> De la Synoque 

la nature de la colique bilieuse, et demandent à 
peu près le même traitement. La colique des Pein- 
tres , ou celle qui provient d'astringens forts et 
grossiers, ou du poison, exige un traitement ap- 
proprié à la nature de la matière olft nsive dont il 
faut bien s'assurer auparavant. Il est quelquefois 
difficile de distinguer une colique néphrétique 
d'une colique bilieuse ou d'une colique hystérique, 
îl est certains symptômes qui peuvent alors servir 
de guides : dans la colique bilieuse , l'urine est 
de couleur jaune , au lieu qu'elle est pâle dans 
les coliques néphrétiques et hystériques , à moins 
qu'elles ne soient compliquées avec la bile ; dans 
lequel cas on doit les traiter toutes deux comme 
bilieuses, jusqu'à ce que la bile soit évacuée ; après 
quoi on peut les distinguer aisément l'une de 
l'autre. La colique néphrétique est extrêmement 
inflammatoire , et accompagnée des symptômes 
d'une grande inflammation : le pouls est plus plein 
que dans toute autre colique; le visage n'est pas 
si pâle, le malade si découragé, ni \q^ extrémités 
si froides que dans la colique hystériqtie Mais , 
dans tous les cas où les intestins sont affectés , soit 
primitivement, soit par sympathie, il y a certaines 
règles de pratique que Ion doit se rappeler. 

L'erreur considérable que j'ai vu commettre en 
traitant les douleurs des intestins, ne vient en gé- 
néral que de ce que l'on prend l'effet pour la cause 
de la maladie. Sydenham en était si persuadé , 



PUTRIDE. 307 

qu'oprès avoir traité de la colique hystériqne en 
1676, il vit , après dix ans d'expérience, qu'il 
devait changer d'avis. Conformément, il reprend 
le même sujet dans une lettre au docteur Cole , 
en 1682 , et fait les observations suivantes sur les 
coliques spasmodiques : « Mais, à moins que les 
i) douleurs occasionées par le vomissement ne 
» soient intolérables , il faut prendre garde de 
» ne pas les modérer par un opiat, avant d'avoir 
» fait les évacuations convenables , art. 121. C'est 
yj pourquoi je pense , d'après une longue expé- 
» rience , qu'il faut f;ure les évacuations conve^ 
» nabîes avant de donner Vopium sous forme 
y* quelconque, art. 122. m 

Les intestins sont fort membraneux et nerveux * 
voilà pourquoi ils sont si sensibles, que , quand 
ils sont affectés, le désordre se répand dans tout 
le système nerveux ; le cœur devient faible , et , 
conséquemment , la circulation irrégulière et lan- 
guissante; ce qui abuse les ignorans qui pensent 
alors qu'il y a inanition ou manque de forces ; 
tandis que le mal ne vient probablement que 
de réplétion ou d'oppression. Il est très-évident 
que quand les intestins souffrent, il faut qu'il y 
ait une cause irritante, La nature fait communé- 
ment pour l'éloigner , les efforts nécessaires , soit 
par le vomissement , soit par un ténesme : bien 
des gens ordonnent aussitôt un vomitif pour aider 
la nature, ou une purgation selon l'idée qu'ils se 

20.. 



iMICaS 




L^m; 





3o8 De la Sy]\-oque 

forment du siège de la matière turgescente. En 
bien des cas ils réussissent; mais, quand l'altaque 
est violente , et le spasme universel, la confusion 
ou le trouble est si général , qu'aucun purgatif ne 
fera son effet naturel , à moins que le tumulte 
n'ait premièrement cessé. 

C'est ce qui avait engagé d'abord Sydenbam à 
user trop tôt de Vopium dans ces maladies ; mars 
il s'aperçut ensuite du mauvais effet qu'il avait , 
en ce qu'il empêchait toute évacuation pendant 
plusieurs heures ( même jusqu'à douze) ; mais il 
pensait qu'il fallait absolument un anodin , afin 
que les évacuans pussent rester dans le corps assez 
de temps pour faire leur effet. Cependant la ré^ 
flexion et une plus longue expérience lui montrè- 
rent qu'une saignée abondante remplissait, à tous 
égards, l'intention de l'opiat, avec cet autre avan- 
tage qu'elle aidait l'opération des purgatifs , l'ac- 
célérait même , et donnait à la nature les moyens 
de lever l'obstruction ; outre que cette saignée 
faisait encore cesser le vSpasme. 

En effet, j'ai souvent vu avec éionnement à 
quel point une seule saignée, faite à propos, ré- 
tablissait les fonctions naturelles, rendait au pouls 
son assiette et sa régularité. Si la saignée ne ré- 
pond pas aux vues que l'on peut avoir, l'anti- 
spasmodique que l'on doit ensuite mettre en usage, 
est une fomentation émolliente extérieure fort 
chaude dont on doit même user intérieurement; gq 



PUTniDK. 3o9 

qui, après une saignée copieuse, rt^ussil fréquem- 
ment. Si cela ne fliit pas d'effet, le bain chaud 
manque rarement de procurer quelque répit suf- 
fîsant pour faire passer les médicamens. Ainsi, 
Vopiuni sera le dernier des antispasmodiques que 
l'on emploiera dans ces douleurs, et quand tous 
les autres auront élé inutiles, 

Sydenhara remarqua donc deux avantages que 
l'on retire de cette méthode : i.» o il est des sujets 
y> si remplis de sang et d'humeurs, surtout les, 
» femmes sanguines et robustes, que les plus 
» puissans opiats réitérés deviennent inefficaces. 
» La saignée leur devient indispensable, et l'on 
» doit faire suivre une purgation. Quand ceci a 
» été bien fait, avant de procéder l'usage du lau- 
» danum^ lopiat qui avait été inefficace à large 
» dose, remplira l'intention, à dose modérée; 
» 2.0 d'ailleurs une longue expérience m'a appris 
» que quand le malade s'est peu à peu familia- 
» risé avec le laudanum, sans avoir au préalable 
» fait les évacuations convenables, il est contraint, 
» par rapport au retour de la douleur qui revient 
» dès que la vertu de l'opiat ne se fait plus sentir, 
» de répéter le même remède chaque jour pen- 
» dant plusieurs années, en augmentant peu à 
» peu la dose. De sorte qu'à la fin, il lui est 
» impossible de le quitter, quoique toutes les 
» facultés destinées à la digestion en soient aîlé- 
3î rées, et que ks fonctions naturelles en soient 




k%m 



^MfTkS^ 




:«> ■ » >> TS- 



3lO 



De la Synoque 



i) aussi affaiblies. Je ne vois cependant pas que 
» l'usage du laudanum nuise immédiatement au 
V cerveau, aux nerfs ou aux facultés animales. » 

Le troisième état de cette constitution est la 
dysenterie putride, qui est ou simple ou com- 
pliquée avecia fièvre.Dans cette saison, leshumeurs 
deviennent acrimonieuses, et se jettent aisément 
sur les intestins, où elles causent beaucoup de 
chaleur et de malaise , avec des envies, fréquentes 
d'aller à la selle. Si en même temps nous exami- 
îicKS les urines , nous les trouvons de la couleur 
qu'elles étaient dans la colique bilieuse. Ces in- 
dispositions viennent donc d'une cause homo- 
gène, quoique différente à certains égards. En 
effet, on s'aperçoit qu'il y avait un peu de cons- 
tipation durant la colique; au lieu que dans la 
dysenterie la douleur est suivie de selles ou d'en- 
vie d'y aller ; car , après une selle ou deux , la 
quantité de matière évacuée est peu de chose 
dans une dysenterie. Un malade me dit qu'il avait 
fait vingt selles dans une nuit; que cependant la 
quantité de matière qu'il avait rendue, excepté les 
urines, n'allait pas à un demi-selier. J'ai néan- 
moins remarqué que les douleurs et la fréquence 
des selles étaient moindres à proportion que les 
selles étaient plus copieuses , et vice versa. 

Je m'imagine que la matière est plus acre dans 
la dysenterie, parce que le malade se plaint plus 
de perte de forces, et que le pouls est plus prq- 



PUTRIDE. 3ll 

fond ; ce qui indique un grand besoin de délayans, 
et plus d'acides qu'il n'en fallait dans la colique. 
De là aussi le grand danger d'arrêter tant soit peu 
l'écoulement de celle raaUère acrimonieuse ; car 
si elle ne passe pas librement par les intestins, 
elle se rejeté aisément dans le sang par la cha- 
leur du temps, et la propension naturelle à lai 
sueur. Dans ce cas, elle infecte toutes les humeurs, 
et s'y mêle si intimement, qu'elle ne peut ensuite 
en éîre que très-difficilement séparée. 

Yoilà ce qui donne naissance à la fièvre dy- 
sentérique de Sydenhani, laquelle est toujours de 
mauvais caractère. L'art de traiter une dysenterie 
consiste, i,° à procurer des selles abondantes tous 
les jours, selon la quantité de matières à évacuer; 
2.0 à user, pour ces vues, de médicamens qui 
puissent délayer et envelopper l'acrimonie de la 
matière qu'il faut chasser. Le sang se dépure peu 
à peu par ce moyen, tandis que les intestins sont 
garantis de toute excoriation. Je puis assurer par 
une expérience certaine, qu'il y a peu de dysen- 
teries provenant de cette cause , qui ne cèdent à 
ce traitement, pourvu seulement, i.° qu'on s'y 
prenne de bonne heure; a.^ qu'on le conduise 
bien ; 3.° qu'on y persiste jusqu'à ce que la cause ait 
disparu; 4." qne la éièle soit réglée de manière à 
corriger la matière morbifique, et à n'ajoiiter rien 
qui puisse nourrir et soutenir la maladie, même 
lorsque l'appétit commence à revenir. La meilleure 




ilOfibSI 



itsmik: 




«? 



5^ 



3i2 DelaSynoque 

diète sera le pain, l'orge, le riz, le fruit; le tout 
rendu agréable avec un peu de jus de limon, du 
sucre, ou du miel quand le malade s'en accom- 
mode, ou la crème de tartre. 

Bien des gens ont regardé les vomitifs comme 
spécifiques dans la dysenterie ; je ne doute pas 
qu'ils ne soient d'un grand service pour débar- 
rasser l'estomac au commencement; mais j'en ai 
guéri grand nombre sans vomitifs. Quand je vois, 
la bile couler librement par de doux purgatifs, 
et que le malade m'en paraît ensuite soulagé, 
rareiBcot je prescris un vomitif, à moins qu'il 
ny ait signe de matière turgescente dans l'eslo- 
inac. Mais si je vois des selles aqueuses, et sans 
le soulagement que j'en espérais, je soupçonne 
alors que les conduits biliaires sont paresseux, et 
je donne un vomitif un peu vif; ensuite la bile 
coule plus librement. 

J'ai été obligé de réitérer le vomitif tous les 
deux jours, dans quelques constitutions atrabilai- 
res, et cela trois ou quatre fois avant de pro- 
duire l'effet que je désirais. Mais je vois que cette 
méthode est plus nécessaire en septembre et en 
octobre, que dans les premières (i) dysenteries 
de juillet, parce que la bile jaune est plus déliée , 
fort acrimonieuse, et est plus aisément remuée; 
outre que les groseilles, les framboises , les ce« 



j^î) Voyez chapitre de i'atrab. 



^ 



PUTRIDE.^ 3 1 3 

rises sont assez mûres alors pour pouvoir seules 
dissoudre la bile, et la inellre en état d'être re- 
muée. On est enfin revenu du préjugé que l'on 
avait contre les fruits mûrs, par le concours des 
témoignages des plus habiles gens de lart; je ne 
m'y arrête donc pas. 

La purgation que je donne ordinairement est 
la manne, le tartre soluble que l'on dissout dans 
de l'eau d'orge, ou une émulsion que je fais pren- 
dre tasse par tasse à chaque heure, jusqu'à ce 
que l'on fasse de vraies selles. Alors je m'arrête 
jusqu'au matin suivant que j'en fais encore au- 
tant. Je procède ainsi tous les malins, jusqu'à ce 
que la maladie tombe, sans opials ni astringens; 
j'ordonne une prise de quelque doux breuvage 
acidulé, à prendre après chaque selle, de jour et 
de nuit. 

Le premier signe de rétablissement est TabsenGe 
de douleur avant d'aller à la selle . l'augmentation 
et l'élévation du pouls, et l'augmentation du cou- 
rage, ensuite de pouvoir rester au lit toute la 
nuit sans être obligé d'aller à la selle, après quoi 
les selles prennent quelque consistance; l'appétit: 
vient, on veut des alimens solides; enfin, il vient 
des rapports aigres de l'estomac, selon l'observa- 
tion d'Hipp. aph. 5,6, epid.^ lih, i, s. 2. « Si dans 
y> de longs cours de ventre ( il se sert du mot 
» lienterie) il survient des rots acides qui n'y 
î) avaient pas lieu auparavant , c'est ua bon 
» signe, jj 



iiyi£is<i 



^'SM^m: 



itsmié: 




fe 



I 



3f4 I^^ ^^ Syiyoque 

C'est alors que la rhubarbe peut être vraiment 
utile; que les opiats chauds ne feront pas de tort, 
s'ils sont indiqués. Mais, après des expériences 
réitérées, je n'ai pas trouvé que ni Tune ni Ls 
autres réussissent bien au commencement de cette 
raaladie, quoiqu'ils puissent être utiles pour for- 
tifier les intestins, après que la matière morbi- 
iique a été évacuée par de doux purgatifs, et cor- 
rigée par des fruits mûrs et acides. Il faut être 
très-attentif à la diète pendant quelques jours, 
prendre de l'exercice, et l'air de la campagne 
quelques semaines, sans quoi les rechutes ne sont 
pas rares. Je ne prétends pas traiter ici de toutes 
les différentes dysenteries, ni donner la méthode 
praticable dans tous les cas possibles : mon but 
n'est que d'exposer la nature de la dysenterie, 
qui est ici fréquemment épidemique en juillet et 
août. Je ne fais donc mention dans cet ouvrage 
que du plan général de la cure , pour donner une 
idée de la m;jladie. 

vSes premiers phénomènes sont un sentiment 
de pesanteur, de plénitude et d'oppression ; en- 
suite un petit froid suivi de quelque chaleur , dou- 
leur de tète au dos ou dans les membres : cette 
douleur s'appaise , est suivie d'une autre douleur à 
l'estomac et au bas-ventre. Quelques heures après, 
il vient des selles qui enlèvent la plupart de 
ces symptômes; dans ce cas-là , ce n'est qu'une 
simple dysenterie. Si au contraire Iqs symptômes 




PUTRIDE. 

susdits augmenlent et accompagnent les selles 
dans tout leur cours, alors c'est une fièvre dy- 
sentérique; ce qui fait le dernier état de cette 
constiuilion, La grande prostration de forces et 
l'abattement d'esprit, qui accompagnent souvent 
celte fièvre, l'ont fait regarder comme maligne; 
et la grande propension que les malades ont à 
suer peut induire en erreur, en faisant croire que 
la nature tâche d'expulser la matière maligne par 
la peau , comme il arrive dans les fièvres pestilen- 
tielles. 

Mais rexpérience prouve uniformément que les 
sueurs qui arrivent de bonne heure, sont symp» 
tomatiques dans celte fièvre, ne soulagent pas; 
et que les intestins sont en général la voie par 
où la matière doit être portée au dehors, et le 
moyen de soulager le malade aisément et con- 
venablement, aussi long-temps que cette fièvre 
n'est pas compliquée avec d'autres maladies de 
différente nature. « J'ai toujours pensé , dit Sy- 
» denham , que se tirer avec la vie sauve, n'est 
» pas toujours une preuve suffisante de l'exeel- 
» lence d'une méthode curative dans les maladies 
)) aiguës, parce qu'il y a des gens qui ont été 
» guéris par des femmelettes ignorantes : il faut 
» encore que la maladie soit domtée avec aise, et 
» cède d'une manière convenable à sa nature. » 

Quand les selles que la nature seule procure, ne 
font pas tomber la fièvre, je conclus que la nature 



ini^ibiai 





Jl 



De la Syin-oque 

est dans un trop grand trouble, ou que les selles 
lie sont pas assez abondantes. Pour lors je fais tirer 
du sang s'il y a indication « et j'ordonne de délayer 
abondamment pendant plusieurs heures. Après 
cela j'examine s il ne serait pas besoin d'un vo- 
mitif, suivant les symptômes que me présente le 
siège de la matière turge cenîe, et je suis l'indica- 
tion. Ensuite je fais prendre, chaque heure , une 
tasse d'apozèmes purgatifs, jusqu'à ce que les selles 
vraiment excrémenteuses aient paru. Je recom- 
mence alors à délayer, prescrivant une diète ri- 
goureuse végétale et acidulé. Je ne défends pas 
là petite bière , le faible cidre , ou l'eau fraîche , 
si l'on en veut boire. Le matin suivant, j'ordonne 
une solution de manne et de tartre soluble, comme' 
ci-devant, et je suis ce train tous les matins jus- 
qu'à ce que les symptômes s'abattent : rarement 
il est besoin de réitérer la saignée j ou même le 
vomitif. Il est vrai que quelquefois il y a une 
douleur sourde et quelque plénitude dans le bas- 
ventre, que la purgation ne fait pas cesser; alors 
j'ordonne de fréquens lavemens avec du miel ou 
de la manne, et fort chauds, suivant ce que Sy- 
denham dit avoir observé , quil fallait des lave- 
mens chauds , quoique la boisson dût être froide. 
En effet, je puis confirmer par expérience tout 
ce que Sydenham a dit de cette fièvre. 

Si l'on suit cette méthode depuis le commen- 
cement j elle cesse ordinairemeut eu une semaine, 




PUTRIDE. 3 I 7 

ne laissant rien après soi qu'une petite faiblesse 
aux intestins , laquelle disparait par une diète 
convenable , le grand air , l'exercice , et eu ajou- 
tant un peu d'acides minéraux aux boissons. Quand 
la violence est une fois tombée, je n'empêche pas 
le malade d'être au lit ; je ne m'inquiète phis de 
prévenir les sueurs , pourvu qu'elles viennent 
spontanément. Mais les sueurs forcées font tou- 
jours du mal dans cette fièvre , même après les 
premières évacuations. Les amers (^i) ne convien- 
nent pas non plus , quand on les donne pour faire 
cesser la faiblesse qui reste aux intestins ; mais on 
donnera avec avantage les eaux martiales. 

Je fus demandé , il y a quelques années , pour 
une jeune dame prise d'une colique bilieuse. Elle 
avait un ténesme continuel, mais à peine aucune 
évacuation. Après la saignée , elle se plaignit de 
mal et de pesanteur à l'estomac ; on lui donna 
pour cela un doux vomitif. Elle commença Fapo- 
zème purgatif , qu'elle prit jusqu'à ce qu'elle eût 
eu plusieurs selles. Je lui fis prendre la crème de 
tartre, le petit- lait , l'eau d'orge, le gruau, ou une 
panade avec le suc de limon , avec ordre d'être sur 
son séant tout le jour. Le malin suivant, la tisane 
fut réitérée; on continua la même diète et la même 



(i) Il y a ici une espèce de contradiction avec ce que l'auteur 
dit plus haut sur l'usage de la rhubarbe. On peut dire cepen» 
dant que les eaux martiales méritent la préférence. 



llU&2:>ai 



trisMHK: 




I^ 



I 



I 



jé 



3 I 3 D E L A S Y N O Q U îî 

boisson , y ajouîant quelques fruits mûrs. En troi^ 
jours elle parut assez bien , fut envoyée à Isling- 
ton (i) , pour y prendre les eaux , l'air et l'exer- 
cice. Dès qu'elle fut hors de la ville , elle négligea 
sa diète, se plaignit de trouble aux intestins; ce 
que l'on regarda comme des symptômes de vers. 
On la mit en conséquence aux remèdes vermi- 
fuges ; l'effet fut une fièvre rémittente fort mau- 
vaise , pour laquelle on me rappela. Après beau- 
coup de douleur et de danger , elle fut enfin 
sauvée par une éruption d'aphthes qui suivaient 
l'ordre d'une fièvre quarte ; c'est à-dire , qu'après 
une réraittence de deux jours, il arrivait un fort 
paroxysme qui se dissipait par une nouvelle érup- 
tion d'aphthes entassées ensemble. Durant les jours 
intermédiaires , la matière s'en détachait avec sali- 
vation , ou plutôt en bavant : il y avait aussi 
quelques selles spontanées dans ces njomens ; et 
l'on prit garde de rien troubler. 

Les paroxysmes commencèrent à la longue par 
un froid léger; l'urine devint plus bourbeuse, le 
pouls plus mou et plus lent , tandis que la matière 
offensive se vidait de plus en plus par haut, 
et même par bas , comme j'eus des raisons de 
le croire. La fièvre tombait aussi vers les jours 
d'intervalle. Mais la malade était si épuisée , que 
je crus pouvoir lui donner le quinquina , ce qui 



(i) Village près de Londres, 



p u T Fi 1 1) tî. 3 r () 

eippecha le reîour du paroxysme. jYous crûmes 
alors que la maladie était jugée ; mais quelques 
jours après, lors même qu'elle avait déjà repris 
de ses forces , il lui survint «ne douleur cruelle 
au nerf ischiatique : la cuisse et la jambe s'enflè- 
rent énormément ; et il fallut plusieurs mois, et 
bien de la peine, pour feirecesser ces nouveaux 
symptômes. 

Si l'on réfléchit sur ce cas-cî , l'on Verra clai- 
rement que la matière jaune originale , qui donna 
naissance à la première fièvre , et aux douleurs 
d'intestins, n'avait pas été suffisamment évacuée 
et corrigée avant que la malade eût quitté la ville; 
que le reste avait été irrité par les vermifuges , et 
avait ainsi donné lieu à une fièvre maligne; que, 
plusieurs jours après, une partie de cetfe matière 
fut séparée du sang, et déposée à la surface interne 
du gosier; que cette éruption d'aphîhes , quoi- 
qu'imparfaite , fut critique, et modéra la fièvre; 
que la pousse réitérée de ces aphthes convertit 
la fièvre en une espèce de quarte régulière; que 
le quinquina arrêta cette fièvre intermittente, 
mais sans chasser ou corriger la cause de la fièvre, 
et qu'elle ne fut jugée que quand la matière mor- 
bifique eut été déposée dans le tissu cellulaire de 
la cuisse et de la jambe (i). 



(i) Demande. Le quinquina fut-il de quelque secours 
dans cette maladie ?..>.» 



iiMs^ai 



k^mmK» 



w 



K 



s^ 



^n. 



3io De la Synoque 

L'année suivante , il m'arriva d'aller chez uo 
ami : on me pria d'y voir un de ses enfans , ma- 
lade depuis plusieurs jours. L'apothicaire qui 
avait traité cette maladie de fièvre intermittente , 
l'avait purgé avec de la rhubarbe , et avait envoyé 
quelques potions fébrifuges. Je trouvai le petit 
garçon avec une forte fièvre, et ayant de la peine 
à avaler. Je ne vis rien d'extraordinaire au gosier; 
les amygdales n'étaient même pas enflées. Je dé- 
fendis ces potions, ordonnai de le purger avec 
de id manne, etc. Le jour suivant, on me dit 
qu'après l'effet de la purgation , la fièvre avait 
beaucoup augmenté ; que l'enfant avait été brû- 
lant et agité jusqu'au matin , qu'alors il était 
resté tranquille, et était devenu plus frais. Durant 
la nuit il avait pris beaucoup de boisson acidulé. 
J'examinai donc le gosier; j'y vis des aphlhes dans 
le fond, et regardai la maladie comme une fièi^re 
aphlheuse ^ que je traitai exactement selon la mé- 
thode de Boërhaave. Ces aphthes furent irrégulières 
durant ces quatorze premiers jours ; et la fièvre 
en était alors au vingt-et-unième jour : alors elles 
reparurent régulièrement tous les trois jours. De- 
puis ce moment-là , il ne prit aucun médicament 
de quelque efficacité ; et nous fumes d'avis de lui 
tenir de temps en temps le ventre libre , en faisant 
aussi une sérieuse attention à la diète. Au trente- 
deuxième jour, la maladie était sensiblement di- 
minuée ; après quoi les accès devinrent très-régii- 



PUTRIDEo 321 

liers. Le malade reprit des forces et de l'appétit 
dans les jours intermédiaires. Le tout fut parfai- 
tement jugé le quarante-sixième jour. L'enfant n'a 
pas eu de rechute depuis ; il est gaillard et en 
bonne santé. 

En comparant ce cas avec plusieurs autres de la 
même espèce, je me suis convaincu que Catelar a 
raison , et que l'on ne doit pas s'opposer aux aph- 
thes, quand elles modèrent les symptômes de fièvre; 
que souvent elles deviennent peu à peu salutaires, 
quoique d'abord elles puissent paraître de peu de 
conséquence; qu'elles sont critiques (i), quoique 
de longue durée, et qu'on ne doit pas les arrêter aveo 
le quinquina niavec les astringens, tant que le ma- 
lade a assez de force pour les pousser au-dehors; 
qu'elles sont plus fréquentes dans les fièvres qui 
affectent les intestins, et que la nature semble pous- 
ser par-là une matière morbifique particulière, qui 
passerait avec peine par aucune autre voie. C'est 
pourquoi je conclus qu'il ne faut pas arrêter la 
bave , ni les petites selies qui arrivent dans les 
jours intermédiaires. Cela paraît former une partie 
des évacuations critiques , et diminue bientôt au 
retour du paroxysme, et d'une nouvelle éruption. 



(i) Le lecteur doit comparer avec les réflexions de M. Grant, 
ce que M. de Haèn a dit à ce sujet, partie VIII , chap. 3 , 
page 8i et suiv. , pour voir comment on peut rapprocher ces 
deux savans médecins. 



I. 



aï, 



lllfi:kSI 




1^ 




>r 



I 






322 DelaSynoqite 

Il ne faut pas non plus être curieux de modérer 
la violence du paroxysme par la saignée , ni d'autres 
évacuations, parce qu'il est critique , et tombera 
après l'éruption, 

Cest un bon signe quand le paroxysme com- 
mence par un froid léger, et celui qui a de plus 
longs intervalles est le plus efficace. J'ai vu de 
mauvais effets du fréquent usage de l'opium et 
des astringens ; on ne doit pas en charger beau- 
coup les gargarismes ou les loochs. Les diapho- 
rétiques sont tous des remèdes dangereux. J'ai 
toujours mieux réussi dans ces maladies en me 
fixant principalement sur la diète. On peut en 
effet, remplir toutes les vues en la réglant bien, 
jusqu'à ce que la nature ait eu le temps d'achever 
la crise par la voie qu'elle veut prendre. Je ne 
me souviens même pas d'avoir jamais vu aucun 
avantage à tâcher de substituer une autre voie 
aux évacuations en place des aphlhes. 

C'est ordinairement par la couleur des aphthes, 
leur étendue et l'épaisseur de la croûte, que l'on 
juge des mauvais symptômes que cette maladie 
présente, outre ceux qu'elle a de commun avec 
d'autres fièvres; mais j'ai toujours observé que la 
fièvre était l'unique indice par lequel il fallait 
juger des aphthes. On doit toujours soutenir, pous- 
ser les aphlhes qui soulagent dans la fièvre; et, 
quoique leur couleur puisse d'abord paraître plus 
fcombre, plus foncée que de coutume, cependant 




rériiptîon prochaine pourra se mieux présenter 
en les traitant avec prudence. 

J'ai toujours trouvé que c'était un mauvais signe, 
dans ces affections, quand la bouche devenait 
sèche et noire, quand la bave cessait tout d'ua 
coup, quand les paroxysmes duraient long-temps, 
et qu'ainsi il n'y avait que de courts intervalles; 
qu'il en était de même quand il y avait une espèce 
de tympaniteou de météorisme , qui ne cédait pas 
aux purgatifs ni aux lavemens ; quand la respi- 
ration était courte et diffîcultueuse, comme si la 
matière eût été transportée aux poumons. Le 
moyen le plus assuré de faire cesser ces symp- 
tômes, est de favoriser ces aphthes de la gorge 
et de la bouche par de douces fomentations; ce 
que j'ai vu réussir en quelques cas, lors même 
que les choses avaient pris une mauvaise tour- 
nure pendant quelque peu de jours. 

Je trouve que , dans le cas d'aphthes où il faut 
solliciter l'éruption, on doit délayer les acides 
plus qu'en aucune autre fièvre putride; car la 
nature demande beaucoup de temps pour séparer 
cette matière du sang : les forces ayant d'ailleurs 
été fort épuisées par la durée de la fièvre pré- 
cédente, les faibles efforts que font les vaisseaux 
fatigués deviennent inutiles, pour peu qu'on in-î 
terrompe le dépôt qui se fait de la matière sur la 
membrane de la bouche et du gosier. C'est pour 
cette raison que les boissons tiédes conviennent 



ilAl^ËkSI 



àSM^mTVHI^ 




1^ 



» 



J, 



324 T)e L k SrnoQVE 

mieux dans cette fièvre que dans la plupart des 
autres fièvres putrides, et qu'elle demande de doux 
cordiaux, tels que des vins doux, et du petit-lait 
fait avec du vin. Le meilleur acide que j'aie trouvé 
jusqu'ici, est l'oxymel commun, et le petit-lait 
fait avec du vinaigre ou du jus de limon, en y 
ajoutant un peu de vin de Canarie. J'ai essayé de 
la mixture acide de Tissot, avec Tesprit de soufre 
au lieu d'oxymel, dans cette saison-ci; mais elle 
n'a pas si bien répondu à mes vues, laissant bientôt 
la bouche sèche ; je retournai à l'oxymel. 

J'observai cependant que les acides minéraux 
ne resserraient pas le ventre ; mais qu'ils empê- 
chaient sensiblement de baver et semblaient gué- 
rir la bouche trop vite ; ce qui me rappela l'obser- 
vation de Sydenham , Sched mon, art. 11. « Je 
j> n'ajoute pas, dit-il, d'esprit de vitriol à aucun 
3) de ces médicamens , quoiqu'il rafraîchisse beau- 
» coup , parce qu'il est trop styptique : voilà pour- 
» quoi il ne convient pas dans les maladies où 
» il faut purger, pour ne rien dire ici de la na- 
» ture minérale de cet acide. » Mais j'ai recours 
à cet esprit dans la fièvre dysentérique , quand 
la chaleur est excessive et le pouls trop petit , et 
cela avec succès , surtout si la peau paraît moite , 
et la propension aux sueurs symptomatiques con- 
sidérable. J'en fais autant, après le dixième jour, 
dans quelques fièvres bilieuses, c'est-à-dire, dans 
la nouvelle fièvre de Sydenham , décrite dans le 







PUTRIDE. 323 

Sched. mon., et dans les cas où les évacuations 
convenables ont été commencées à temps , et que 
l'on y a persisté jusqu'à ce jour-là. On doit réviter 
au commencement de toutes ces maladies, pour 
les raisons que Sydenham a données. Je crois aussi 
que si la fièvre se change en aphthes, les acides 
minéraux n'auront de succès que pour guérir 
légèrement, quand l'escarre menace d'empêcher 
la déglutition. Mais on peut donner, comme un 
vrai spécifique, et qui n'est pas si astringent que 
l'esprit de soufre, le médicament suivant : eipn^ 
de sel mann tiré avec le bol , mêlé avec un peu 
de miel rosat^ à la manière de Yan-Swielen , ou 
avec de Veau de navet , en forme àe mixture y et le 
répéter souvent. 

J'ai souvent rencontré des aphthes chroniques 
obstinées , telles sont celles que nous appelons 
black thrusk, lesquelles, après avoir résisté à plu- 
sieurs remèdes, ont été guéries en prenant toutes 
les boissons acidulées avec l'esprit de sel marin tiré 
avec le bol. Je puis aussi assurer, d'après mon expé- 
rience, que le quinquina ne réussira pas, à moins 
que la fièvre n'ait pris le type d'une intermittente; 
et alors le danger est presque passé , quand même 
on laisserait la fièvre prendre son cours; surtout 
si le malade est bien soutenu entre les accès , et 
qu'il y ait une assez bonne apyrexie ; pourvu aussi 
qu'on le tienne hors du lit les jours du mieux , 
ou même qu'ii se tienne sur son séant le plus qu'il 



ilM£riBI 




If» 

I 



326 De la Synoque 

pourra, sans trop se fatiguer. Mais on peut voi^ 
là-dessus les règles que j'ai données dans les fièvres 
intermittentes (ij. 

La première fois que je rencontrai le vrai colera- 
morbus dans cette saison , fut le 10 août 1 769. On 
me demandait alors chez trois personnes le même 
matin. Le i5 du même mois, j'en vis encore deux 
autres , savoir , le capitaine C. et M. S. , et le ao 
je vis M. Jean B-N., tous gens forts , pleins de santé 
et jeunes. Je crus alors avoir raison de croire que 
cette maladie était arrivée selon ce que dit Syde- 
nham , secU 4 -> cap. 1 , « que le coler a- morbus 
i> a lieu à la fin de l'été et vers le commencement 
» de l'automne, aussi certainement que les biron- 
» délies au commencement du printemps , et le 
>j coucou vers le milieu de l'été. » Mais la dysen- 
terie et la fièvre dysentérique n'étaient pas encore 
passées ; car j'avais encore plusieurs personnes 
incommodées de l'une et de l'autre en même temps, 
et quelques autres malades de colique bilieuse. 

En effet , le colera-morbus semble être de 



ji 



(i) Les aphthes sont plus fréquentes dans la dysenterie et dans 
la fièvre dysentérique , que dans toute aut'-e maladie. La cause 
la plus commune de ces affections vient de ce qu'on a négligé 
de purger convenablement au commencement de la fièvre , 
ou de l'usage précipité de l'opium et des aslringens donnés 
ïHal-à-propos. La méthode qu'il faut suivre pour traiter les 
aphtiies , expose en même temps la nature de la dysenterie , et 
toutes les deux doivtm se irailet' d'une semblable manière. 




PUTRIDK. 327 

même nature , et provenir de causes presque les 
mêmes que celles de la colique bilieuse , sinon 
premièrement que la matière est arrêtée dans la 
colique bilieuse , au lieu que dans le vrai colera- 
morbiis , il y a un débordement de bile. Secon- 
dement , le colera^morbus paraît avoir plus lieu 
dans les sujets dont le sang et les vaisseaux sont 
en bon état , et conséquemment la coction et la 
crise s'y font plus parfaitement , et se complètent 
plus tôt que dans la colique. Troisièmement, il n'a 
pas besoin d'aiguillon , car la nature y est fort dili- 
gente et fort active. Tout ce qui reste à faire à l'art , 
c'est de délayer abondamment avec de douces bois- 
sons et de semblables lavemens , jusqu'à ce que la 
matière morbifique soit épuisée entièrement ou 
presque en totalité. Après cela , Vopium deviendra 
efficace, mais non auparavant. Il ne faut pas s'ar- 
rêter aux crampes , ni aux spasmes : c'est l'acri- 
monie de la matière jaune qui est cause de tous 
ces symptômes; ils cesseront dès qu'elle sera dis- 
sipée. 

L'un de mes premiers malades susdits demandait 

une saignée abondante. Son sang était visqueux et 
jaune. Je n'ordonnai aux deux autres qu'une bois- 
son copieuse d'eau d'orge , de gruau léger ou de 
l'eau de poulet toutes les fois qu'ils vomissaient, 
et de prendre , toutes les beures , un lavement de 
seize onces de la même liqueur chaude. Quand ils 
s'aperçurent que les selles n'étaient ni fétides , ni 




if^ 



J , 



828 De la Syjn*ooue 

de couleur sombre , que les vômissemens n'étaient 
pl'is amers ou sans couleurs, je les mis à la mix- 
ture de Van Swieten, n.^ 3 , jusqu'à ce que le vq. 
inissement s'arrêtât. Mais, si le vomissement s'ar- 
rêtait fie lui-même , alors ils ne prenaient pas 
d'opiat , lors même que les évacuations conti- 
nuaient par les selles. Il y en eut donc un qui en 
eut besoin , et la troisième cuillerée lui affermit 
l'estomac. 

J'ai cependant vu des cas où il en fallait beau- 
coup plus , et j'ai ouï dire aussi que , dans les 
Indes Occidentales , il s'était vu des occasions où 
Ton avait été obligé de donner une grande quan- 
tité d'opium dans cette maladie , avant de pouvoir 
faire cesser la crampe universelle ; ce qui me sem- 
ble, n'est pas extraordinaire parmi nous. Le matin 
suivant , je leur fis prendre un apozème purgatif 
fort doux, avec ordre de prendre, tous les matins, 
de la manne et du tartre soluble pour se tenir le 
ventre libre , jusqu'à ce que la langue parût très- 
nette , la peau fraîche et le pouls lent. Durant ce 
tempsdà ^ ils ne prirent pas de viandes ni de fortes 
boissons , mais du fruit mûr , du petit lait et de 
doux breuvages. Conséquemment à ce traitement 
il n'y eut point d'accident ni de rechute. 

Le 20 d'août , même temps, je vis trois autres 
sujets malades d'une vraie fièvre bilieuse : l'estomac 
n'était pas beaucoup affecté ; il n'y avait point de 
douleur ni de plénitude dans les intestins , ni 




P T7 T R T T) 15. 3 ^ 9 

aucun signe de rel chemml <li' ventre. Cepenrlant 
la langue était tellt- q le datis la lièvre dysenté- 
rique : il en était de nièmr des urines et du s.ii;g, 
La douleur de tète et des h.-mhHS éiatt considé- 
rable : les malades éprouvaient nue grande <ha- 
leur et urje agitation excessive. Deux Je ces fièvres 
se passèrent aisément , à la minière ordinaire ; 
l'autre traîna jusqu'au quatorzième jour , et se 
changea en double-tierce. Je ne sui\is ce malade 
que jusqu'au douzième de la fièvre : Tair était fort 
rafraîchi par les pluies ; le vent tourna au nord 
le vingt-deuxième , et les soirées étaient un pea 
froides. Le vingt quatre , l'air fut glacial au soir : 
c'est de la que je commence à dater la fièvre 
d'accès de la moisson. 

« Les intermittentes , dit Sydenham , prennent 
» leurs dénominations de finîervalie des deux ac- 
» ces, et sont par-là suffisamment distinguées, 
5) pourvu qu'on ait égard aux deux divisions de 
V l'année dans lesquelles elles ont lieu, savoir , le 
)) printemps et l'automne. Cependant il y a quel- 
» ques fièvres de la vraie nature des intermittentes, 
» mais qui ne présentent point de signe visible 
)) qui les puisse faire discerner. Quand, par exem- 
» pie , les intermittentes d'automne se inanifes- 
» tent de bonne heure , comme en jrHllet , elles 
2> ne prennent pas surde-champ leur vraie forme, 
» comme le font les intermittentes du printemps 
» en général ; mais elles ressemblent si fort aux 



Il II III il 




mMsak 



à 



^ 



S6 



33o De la Synûque 

» fièvres continues à tous égards, qu'il n'est pas 
» possible de les distinguer sans une attention fort 
» scrupuleuse. A la longue, elles paraissent mieux 
y) caractérisées , quand la constitution prédomi- 
» nante est un peu affaiblie. » Sect. i , c. 2 , art, 14. 
J'ai moi-même fréquemment vu la fièvre com- 
mencer en juillet , et ne devenir intermittente 
qu'en août. Mais Sydenham dit aussi , sect. i , 
chap. 3 , a qu'il vit Finlermittente commencer en 
» juillet, et être dans toute sa force, c'est-à-dire, 
» devenir épidémique en août. » Comme la 
fièvre du printemps a commencé quelquefois 
en février , et s'est trouvée accompagnée de la 
synoque non putride , espèce de fièvre dépura- 
îoire, jusqu'à la fin de juin; de même la fièvre 
d'accès de la moisson a aussi commencé en août 
par la fièvre bilieuse ou la nouvelle fièvre , et en 
a été accompagnée jusqu'au commencement de 
la constitution inflammatoire , qui a lieu en no- 
vembre et décembre. II y a peu de vraies fièvres 
d'accès pendant le fort de la constitution inflam- 
matoire ; elles sont également rares au fort de la 
constitution putride, mais se font surtout sentir 
vers le déclin de ces deux constitutions. 

Les fièvres d'accès des deux saisons diffèrent 
principalement en ceci : celles du printemps, suc- 
cédant au fort de la constitution inflammatoire , 
se trouvent confondues avec elle, de même que 
toutes les fièvres du printemps; celles de la mois? 




son, succédant à une constitution putride, en par- 
ticipent de même , comme toutes les fièvres de la 
moisson. On voit par-là qu'il est nécf^ssaire de 
bien saisir le vrai genre de la constitution putride . 
de juillet , d'où résulte la fièvre de la moisson , si 
l'on veut bien saisir la méthode de traiter les inter- 
mittentes de cette dernière saison. Ainsi , la 
meilleure introduction que l'on puisse faire à un 
essai sur les fièvres d'accès de la moisson , c'est 
d'exposer les maladies du mois de juillet. On sera 
donc plus en état de traiter la fièvre bilieuse, 
qui est celle de la moisson , soit simple, soit com- 
pliquée avec une fièvre d'accès , quand on sera 
sûr de la méthode de traiter la fièvre putride. 

Tout ce que j'ai pu apprendre de la lecture atten- 
tive des meilleurs auteurs, des conversations que 
j'ai eues avec les meilleurs médecins , et par ma 
propre expérience , m'a convaincu que les fièvres 
et les affections fiévreuses de la constitution que 
nous appelons putride , ne peuvent être mieux 
traitées que par les règles que nous a laissées Sy- 
denham ; que d'ailleurs ces maladies sont aujour* 
d'hui les mêmes que de son temps , comme les 
plantes de son temps sont également les mêmes , 
et qu'il en sera toujours de même. « Chaque espèce 
7) de maladie , dit-il, a , comme celle des animaux 
» et des végétaux , ses propres qualités particu- 
» Hères et univoques , résultantes de sa propre 
» essence; elles doivent donc être permanentes^ 



iMéhËkSI 



vsKaNK 





^ 



kl»- 



332 De la Syin^oque 

» quoique cela passe les bornes de notre imagi- 

w nation. On peut néanmoins rechercher avec 

:» avantage la meilleure méthode de traiter ces ma- 

j) hdks , quoique nous en ignorions les causes, 

i> parce que la cure de la plupart des maladies ne 

j) dépend pas de la connaissance des causes, mais 

3) d'une méthode convenable et fondée sur l'expé- 

» rien ce. » 

Quoiqu'il soit impossible de donner une mé- 
thode pour traiter les maladies qui résultent de 
la constitution putride , sans être obligé de faire 
des exceptions , je crois cependant que les règles 
suivantes auront leur avantage. 

Règle L^e Quand la saignée est nécessaire , ce 
doit être la première évacuation ; les autres se 
feront après avec plus de sûreté et plus d'effet. 
RiiGLE II. Plusieurs sujets ont besoin d'un vo- 
mitif, parce que la matière est turgescente dans 
l'estomac. 

RÈGLE m. La purgation est toujours nécessaire. 
Il faut aussi tenir le ventre libre durant toute la 
maladie. 

RÈGLE IV. Il est toujours désavantageux de suer 
avant la coclion. Il faut modérer les sueurs par 
les acides minéraux, quand elles sont immodérées. 
Règle V. Le malade ne doit rester au lit de 
jour que quand on voit les signes de coction. 
{^ Règle \l. Les fruits mûrs et acides sont les 
vrais dissolvans et les correctifs de la matière 
morbiiique. 




PtlTRIDE. 333 

RiîGLE VII. Tous les aliaiens pris dû règne ani- 
mal sont pernicieux avant que la violence de la 
maladie soit tombée. 

RÈGLE YIIL Tous les opials , les alexiphar- 
maques et les vésicatoires sont employés mal à 
propos, et même préjuciables avant que le pouls 
tombe. 

Règle IX. Les sueurs modérées qui arrivent 
spontanément de nuit sont avantageuses après la 
coction, et vers la fin ^ si la fièvre a été bien 
traitée dès le commencement ; mais non au- 
trement. 

Règle X. Le quinquina est utile après des signes 
de coction et une crise partielle, spécialement 
quand le pouls semble devenir profond, et que 
la bouche n'est pas trop sèche. 

Règle XL Quand il y a dans cette fièvre une 
douleur de tête opiniâtre, la saignée soulage plus 
que les vésicatoires et le camphre. On peut tirer 
du sang par les ventouses, si le pouls est petit. 

RÈGLE XIL La boisson doit être froide , les 
lavemens chauds; et l'on ne doit pas négliger de 
tenir le malade sur son séant pendant le jour. 

Comment donc a-t-il pu se faire qu'on tienne 
si souvent une pratique tout opposée à celle-ci ? 
que des gens même qui ont lu Hippocrate et Sy- 
denham suivent aussi cette pratique abusive? On 
a lieu de s'en étonner d'abord; mais si l'on con- 
sidère la patience et l'attention qu'il faut pour 



i«U£»5l 




s».-? 



334 I)e la Sy^gqvt. 

suivre la nature dans sa marche lente, on n'en 

sera plus surpris. On nous dit précipitamment, 

coniraria adkihenda; Wfaut opposer les contrairei 

Mais Hippocrate dit ; « Il faut opposer les contraires 

^> petit à petit, et s'arrêter par intervalles; je 

» crois qu'il est plus dangereux de tomber entre 

3> les mains d'un médecin qui ne sait pas être 

3) tranquille, qu'en celles du médecin qui ne 

» sait pas employer les contraires ; car celui 

» qui ne sait pas s'arrêter ne connaît pas non 

» plus les occasions où il faut opposer ces con- 

» traires; il ne saura donc pas non plus en 

» user. Cependant celui qui ne sait pas user des 

» contraires, et est néanmoins prudent, sait être 

» tranquille; et par-là, s'il ne peut être utile 

y> du moins ne nuira-t-il à rien. Mais le vrai mé- 

» decin est celui qui, joignant le savoir à la pru- 

» dence, sait se hâter lentement^ donner les se- 

» cours requis selon l'exigence du cas et des 

» circonstances de la maladie; employer les moyens 

» les plus avantageux dans l'occasion, et rester 

» tranquille dans un autre moment, » 

C'est en suivant et en épiant les progrès de la 
nature, que Sydenham parvint à cette grande 
connaissance qu'il eut des maladies aiguës. « Je ne 
» crois pas, dii-il, devoir rougir, en avouant que 
» dans la cure des fièvres, je n ai jamais rien faii 
» quand je ne voyais rien paraître qui m'indiquât 
» ce qu'il y avait à faire. Par cette conduite , j^ 




j) veillais même au salut de mes malades, et à 
» ma propre réputalion. En effet, pendant que 
» je suivais ainsi d'un oeil attentif mes malades, 
» pour apprendre comment je pouvais les guérir, 
» ou la fièvre se passait d'elle-même, ou parve- 
» nait à un état qui me faisait voir quels médi- 
» camens je devais employer pour la détruire. 
3> Il est en vérité déplorable que des malades en 
» général ne sachent pas qu'il est des occasions 
» où ne rien prescrire , c'est être aussi grand 
» médecin que d'administrer dans d'autres les 
» puissans remèdes. Si le médecin se conforme aux 
» préjugés des malades, qui supposent qu'il y a 
» toujours quelque chose à faire immédiatement, 
» ces malades sont privés des avantages qu'ils 
» auraient pu tirer d'un traitement légitime, et 
» honorable pour le médecin ; mais celui ci est 
» souvent traité de négligent ou d'ignorant, s'il 
» a assez de vertu et d'honneur pour ne pas se 
y) prêter à leurs demandes , et compromet ainsi 
» son caractère vis à-vis d'eux. Les plus ignorans 
» empiriques savent accumuler remède sur re- 
» mède, aussi-bien que le plus savant médecin,' 
» et le font même encore plus ordinairement, etc.» 
« S'imaginer, dit-il ailleurs, que la nature est 
» incapable de guérir les maladies , c'est un blas- 
» phème , parce que ce serait imputer une im« 
» perfection à la Divinité qui nous a donné tant 
jt de choses pour conserver la vie animale ]>[ous 



ifci 



ir<98siik:^BSki 



è 




kk^ 

m 



335 De la Si'NOQTjE 

» sa%^ons tous que la nature exécute la coctîoo 
D de la matière morbifique, mais aucun ne corn- 
» prend comment. Ce lïesl donc que par hasard 
» quon peut l'aider; mais, si nous connaissons 
» la maladie, nous savons alors par quelle évacua- 
» tion la nature expulsera le plus efficacement 
» la maiière quand elle sera cuite; c'est là que 
» noms pourrons être utiles. » 

Bref, je trouve que l'art et les praticiens de 
nos jours sont justement ce qu'ils étaient du temps 
de Sydenhara. Je vais rapporter dans le même 
ordre ce qu'il a dit sur ce sujet. Peut-être que 
je combattrai par-là certains préjugés avec plus 
d'avantage que si je proposais mes propres ré- 
flexions. On a supposé, dans la spéculation , que 
la saignée, avant la purgation, pouvait augmenter 
la résorbtion des amas qui sont dans les intes- 
tins; mais l'expérience nous a enfin prouvé qu'elle 
avance même les évacuations par les selles. 

« Mais il faut (i) bien prendre garde de ne pas 
» purger avant la saignée , au premier état des 
yi maladies épidémiques. C'est ce que je puis sou- 
» tenir, quoique la pratique actuelle soit de purger 
» auparavant, ou, ce qui est même plus dange- 
» reux, sans saigner. Bon gré mal gré, il faiU con- 
» venir qu'une purgation agit avec plus de mo- 
» dération, prise immédiatement après la saignée; 



(i) Réponse à la lettre du docteur Brady , art. 8i. 



-"J-^ 



L 



■>(» 



PtlTRlBE. ' 337 

qu'elle agîte moins que quand elle est prise 
» auparavant. Je pense même que grand nombre 
» sont moris par l'ignorance de ce princi[>e, ou 
» pour ne pas l'avoir assez mis en usage. Cest ce 
» que j'ai api)ris par une longue expérience , guide 
» le plus sûr en pareil cas; et il vaudrait raieux 
» abandonner l'art, si l'on ne veut pas régler ainsi 
» la pratique. Car on se joue trop de la vie des 
» hommes. D'un côté, ce sont des empiriques qui 
» ignorent absolument l'histoire des maladies, la 
» méthode curative , et ne sont pourvus que de 
5) recettes. De l'autre, ce sont des partisans oisifs 
» qui ne se fondent que sur leur théorie. Voilà 
» pourquoi les uns et les autres font périr plus 
» de malades que si on les avait abandonnés à 
j) eux-mêmes. Mais la méthode, la seule méthode 
» qui soulagera le malade, est celle qui déduit 
» ses indication! des signes pathognoraoniques 
^ de la maladie, et les confirme ensuite par l'ex- 
î) périence ; ce qui a mérité tant d'estime au grand 
3) Hippocrate. 

» Si l'art de la médecine nous avait été trans- 
» mis de cette manière, en accordant m^me q*je 
» le peuple eût connu par-là la cure d'une on 
» deux maladies , l'art en aurait exigé des gens plus 
» prudens et plus adroits qu'aujourd'hui , il n'au- 
» rait pas perdu son crédit. Car ces opérations de 
» la nature , sur l'observation desquelles seules la 
>> vraie pratique est fondée , exigeant , pour être 



?.l 




lW2:i0 



'^^s 




jjD De tA SYîrOQtJE 

» discernées, beaucoup plus de génie et de péné- 
» tration, que celle d'aucun autre art établi sut* 
2) l'hypothèse la plus probable , il est conséquent 
» que la science de la médecine surpasse une capa- 
» cité ordinaire , et qu'il faut plus d.^ génie pour 
» en saisir l'ensemble, que pour tout ce que la 
î) philosophie peut enseigner. 

» Nous en avons une preuve dans les fièvres , 
» qui font les deux tiers de l'occupation du raé- 
» decin; et j'en appelle ici dans mon assertion à 
» tout homme qui pense. Mais l'empirique le plus 
» ignorant conviendra t-il qu'il n'est pas capable 
» de gi/érir une fièvre, si , conformément à l'opi- 
» oion générale , on ne doit envisager que ces 
» deux indications, savoir , d'expulser la matière 
» morbifique par les sudorifiqucs; secondement, 
» de soulager dans les symptômes qui suivent ces 
» sortes d'évacuations? Car ce charlatan est sûr 
» que la ihériaque de Venise , les poudres de 
» Gascoin , l'eau anti-pesliîeniielle et semblables , 
» prises intérieurement et accompagnées d'un ré- 
» gime échauffant , produiront des sueurs ; ce qui 
» est tout ce qu'il se propose dans la cure de celte 
j) maladie, surtout s'il a jamais entendu prononcer 
y> le mot malignité. 

„ Quant à la manière dont il soulage lessymp- 
» tomes , il court vite au diacode pour faire dor- 
» mir au cas d'insomnie ; il donne un lavement 
» quand le ventre est resserré , etc. Mais dira-t-il 



» 011 défertïiinera-t-il par ses drogues quelle est 
» l'espèce de fièvre qu'il entreprend de guérir ? 
» Non , si nous croyons , comme la postérité lé 
» croira peut-être certainement , qu'il y a diffé- 
» rentes sortes de fièvres , dont la plupart veulent 
» être traitées différemment des autres; bien plus, 
j> que la même fièvre individuelle , ou d'une espèce 
» quelconque , demande au commencement un 
w traitement , qu'il faut quitter et changer dans ses 
3) différens périodes , tant qu'elle continue. Si 
» donc l'on ignore l'histoire naturelle d'une mala- 
>^ die , connaissance qu'on ne peut obtenir que par 
)) la vraie méthode curative , comment sera-t-on en 
» état de déduire les indications curatives des 
y> symptômes les moins sensibles fort souvent , 
» lorsqu'on n'est pas capable de juger s'ils pro- 
i) viennent de la méthode curative ou de la mala- 
» die même ? si 

Les médecins spéculatifs condamnaient aussi la 
purgation avant la coction ; mais ce préjugé a 
heureusement cessé : je n en parlerai donc pas. 
Sydenham dit que le précepte incocta non movenda 
n'était applicable (r) qu'aux sueurs , et qu'il est 



(i) Quoique M. Grant aît jugé à propos de garder le silence 
sur le sentiment des systématiques, il est encore des gens à 
préjugés , et qui se font un devoir de les entretenir en croyant 
bien faire. Je crois donc pouvoir placer ici quelques réflexions 
que tout lecteur ne se donnerait pas la peine de faire. Ce n'est 
pas être médecin que de guérir sans pouvoir se rendre compîe 

22.. 



b 



yquii — i? 




■ 



34o De la Synoqîïe 

avantageux dans la plupart des fièvres , et presque 
dans tous leurs périodes, de tenir le ventre libre, 
surtout dans celles qui sont bilieuses oti putrides. 

de sa conduite : tlnsl il ne suffit pas de bien traiter , il faut 

encore le faire avec connaissance de cause. 

Ce sentiment de Sydenbam , qui paraît être celui de 

M. Grant , malgré ce qu'il a dit page 207 el ailleurs , m'a 

A' 
paru mériter d'autant plus d'attention, que les grands hommes 

entraînent assez ordinairement les autres par le poids de l'auto- 
rité , et que ee sentiment se trouve encore aujourd'hui contre- 
dit par un médecin, surtout dont le savoir, l'expérience et la 
réputation pourraient en imposer. 

Je ferai donc ici deux questions: i.° Sydenham était-il bien 
fondé à donner aux termes d'Hippocrate un sens dont ils pa- 
raissent d'abord si peu susceptibles? 2.0 Est-ce avec raison que 
quelques médecins ont avancé que cet aphor, 11 , liv. i , dont 
il s'agit, ne contenait qu'un précepte vague , confus et obscur, 
dont on n avait jamais connu le vrai sens ? 

Je réponds , i.*> que l'autorité de Sydenham me paraît si 
grande, qu'on ne peut , sans l'évidence même , s'écarter de 
son sentiment , et que quand il a restreint la maxime d'Hip- 
pocrate, il avait sans doute les raisons les plus graves et les 
motifs les plus prépondérans pour le faire. Ce vrai esprit d'ob- 
servation , qui depuis Ilippocrate ne s'est encore vu dans aucun 
médecin à un si haut point que dans Sydenham , le mettait en 
état d'épier et de saisir la marche de la nature avec beaucoup 
plus d'avantages qu'Hippocrate, qui n'avait pas les secours que 
les découvertes de la physique et de la chimie présentaient à 
Sydenham. Il pouvait donc , en mille circonstances, se hâter 
lentement^ comme parle Hippocrate, avec des armes qui étaient 
inconnues à ce père de la vraie médecine. Quelquefois il s'est 
trompé dans le» nouvelles routes qu'il s'était applanies lui-- 



M 



PUTRIPE. 3^1 

Un troisième préjugé était de ne pas donner 
de l'air libre aux malades , ne pas les tenir hors 
du lit , ne pas leur donner de boisson froide ; tout 



cela était dangereux. 



même ; il en convient : mais aussi y avait-il eu souvent les 
plus grands succès. Tra^/^^aara //a^yj^ara , c'est par l'erreur 
que Von arrwe le plus souvent à la connaissance de la -vérité i 
et si Sydenham n'avait pas aperçu par sa médecine que la 
marcLe delà nature n'était pas uniquement réglée par des pré- 
ceptes généraux dans le cas de maladie, il n'en aurait sans 
doute pas cherché les exceptions , loin d'oser s'en écarter. 

M. de Haèn , qui prend le précepte d'Hippocrate à la lettre , 
croit avoir dit tt>ut ce qu'il y a de plus solide pour prouver 
son sentiment , en rapportant l'aveu que fait Sydenham du fu- 
neste effet d'un émétique. Mais c'est, je pense , la preuve la 
plus sensible qu'il a tort lui-même de nous dire que c'est sur- 
tout Sydenham qu'il suit dans la médecine ; et que tons les 
grands médecins ont toujours suivi , ou du moins du suivre le 
précepte à la lettre , puisqu'il est des momens où, de son aveu , 
on doit s'en écarter , quoiqu'il faille y revenir ensuite. 

Mais HIppocrate lui-même s'en est-il toujours tenu à sa pro- 
pre maxime ? On peut dire que non , puisqu'il nous permet, 
aphorisme 24 , livre 1 , de nous en é(i2.n^v en prenant les pré- 
cautions requises. Cet endroit sert donc d'interprétation à 
l'autre aphorisme : d'ailleurs , quelle conduite Hippocrale^ 
tient-il envers un malade qu'il médicamente dès les premiers 
momens de sa maladie ? M. de Haèn doit s'être fait illusion 
pour ne pas sentir la force de l'objection qu'il se fait à lui- 
même , et pour conclure que si Hippocraie a administré un 
vomitif aussi doux que M. de Haèn le voudra , cela ne fait 
rien contre sa ihèse, mais prouve seulement que les Anciens 
connaissaient de doux ygmitifs , contre ce qu'on croit ordi- 



r 



^Ê*7MÊSl^WÊÊÊrs: 




343 De la Synoque 

Quant au nouvel air et aux boissons froides, 
l'avanlage en est si généralement reconnu dans tous 
les cas de fièvres putrides et bilieuses, que je ne 



naireraent. J'ai remarqué en plusieurs endroits des ouvrages 
de M. de Haën , que , trop plein de son sujet , il n'est pas 
9ssez attentif à l'analyse de ses idées , et conclut quelquefois 
à son désavantage. Pour moi , voici comme je raisonnerais 
ici. Hippocrate établit un précepte , dit qu'on peut s'en écar- 
ter , mais avec beaucoup de précaution , et s'en écarte lui- 
même ; donc avec de bonnes raisons on peut le faire après lui ; 
donc Sydenham , pourvu de plus grandes connaissances , a eu 
raison d'y faire les exceptions nécessaires ; et , s'i) a borné le 
précepte aux sueurs , on sent aisément que ce ne peut être dana^ 
tous les cas. Que deviennent donc les longues et savantes ré- 
flexions de M. de Haën . partie X , chap. 5 ? Presque inutiles , 
puisqu'il ne nous y apprend rien. 

Quant ^ux doux médicaraens , soit vomitifs , soit purgatifs , 
que les anciens connaissaient aussi-bien qu'on les connaît au- 
jourd'hui , selon M. de Haën , il sera d'assez bonne foi sans 
doute pourne pas disconvenir que les Anciens devaient se trou- 
Yer en défaut avec ces médicamens , en mille circonstances , où 
nous en avons un bien plus grand nombre de plus sûrs à notre 
cboix ; que conséquemraent , posais ponendls , nous pouvons 
^glr où les Anciens ne devaient être que spectateurs oisifs ; que 
c'est certainement là la raison de tant de préceptes qui devaient 
être essentiels pour les Anciens, mais qui sont devenus inutiles 
aujourd'hui ; et qu'enfin , si les Anciens , par cette raison, ont 
dû mieux voir les opérations de la nature que nous , nous avon^ 
/aussi sur eux l'avantage de pouvoir mieux l'aider après en avoir 
observé la marche chez eux , tandis qu'en mille circonstance^ 
ils devaient nécessairement la laisser succomber. 

Eiî effet , quelle était leur matière médicale ? Quoioue Dips|-î 



i 



PTJTBIDE. 343 

crois pns devoir le prouver iei. Mais on ne convient 
pas encore ici de l'uliliié qu'il y a de les tirer du 
lit, de les obliger de rester levés tout le jour, 



coride nous ait laissé sur cet objet un ouvrage qui sera toujours 
précieux aux vrais connaisseurs , et qu'il serve même encore 
aujourd'hui de base aux bons traités qui se sont tant multi- 
pliés sur la matière médicale , on ne saurait disconvenir qu'oa 
n'y voit le plus souvent que des indications vagues , quelque- 
fois hasardée.* , sur des bruits ou des erreurs populaires , sans 
aucune analyse , et ainsi sans qu'on y puisse trouver aucune 
connaissance assez siire des sujets qui y sont présentés. Les 
Anciens , qui observaient bien la nature , ne pouvaient donc , 
d'un autre côté , l'aider le plus souvent qu'au hasard , parce 
que d'ailleurs l'élude de l'économie animale, si approfondie 
depuis eux , ne leur avait encore fourni que très-peu de lu- 
mières. On trouve , il est vrai, dans Galien , quelques vérités 
lumineuses à cet égard, qui frappent et étonnent même ceux: 
à qui elles se font apercevoir , mais c'est après dix erreurs, 
malgré la vaste étendue de son génie, et ses connaissances 
immenses. 

L'autorité de Baglivi dont M. de Haèn s'appuie , n'est rece- 
vable qu'aux termes de la vérité. Baglivi, mort trop jeune pour 
digérer ses vastes connaissances , ne fait loi qu'autant qu'il a 
raison. Mais M. de Haèn passerait-il à Baglivi d'avoir dit qu'il 
pouvait pressentir à l'odorat quel était le caractère d'une ma-m 
ladie ^ cjuelle en serait la durée , quel en serait V événement 
de Fib. mort. 3 ; et qu'un médecin se tromperait rarement dès 
qu'il se serait mis tous les teœtes d'Hippocrate dans la tête?- 
N'est ce pas là s'abandonner à l'enthousiasme que le lord Shaf- 
tesbury reproche à tant de gens avec justice? Baglivi , en gé- 
néral , est un médecin de la plus grande autorité ; mais on ne 
peut presque y lire une page sans y apercevoir cet enlhou- 



i 




i«IC2d9l 



'Sf9km^ 







»f' 



3,^4. De la Syinoque 

malgré qu'on puisse avoir lu les ouvrages de 
M. de Haên , et ce que Sydenharn écrivit à ce sujet 
dans sa lettre au docteur Goie. « Je sais , dit-il , 



siasme doiit M. de Haèn n'a pas toujours pu se garantir. 
Voyons à répondre à la seconde question. L'obscurité de 
l'aphorisme 22 tst-elle réelle , et en quel sens peut-elle l'être? 
M. Quesnay , de la Saignée , page 477 j et ceux qui ont pensé 
comme lui n'ont pas tort jusqu'à un certain point. Le mot h^jx* 
que Cicéron rend par tumere , en le prenant dans un sens 
figuré en parlant des affaires de la république , et que nous ren- 
drions ^2iV fermenter , dans le même sens ; ce mot, dis-je, 
dont se sert Hippocratepouc marquer la condition sous laquelle 
il permet ou défend d'agir , est réellement susceptible de diffé' 
rens sens , que les interprètes ont pris chacun en faveur de leur 
opinion particulière, i.® Les uns ont pensé que ce mot devait 
s'entendre des humeurs qui, dans leui* état malade , se por- 
taient ça et Là sans prendre de siège fixe, Diim adhuc aberrant 
humores et incertâ sede vagantur, Actuar. Galien l'entend aussi 
de même dans cet aphorisme, et le rend par les synonymes 
xrj£t(7^at xat ij^zzappxjztv , se mouvoir en fluant et refluant» 
2.^ Les autres i'entendent de l'effort que font les humeurs pour 
sortir après la coction , et s'ouvrir ainsi déterminément une 
Toie quelconque , fût-ce au détriment du malade. Galien est 
encore de ce même sentiment. Comm, 2 , Liv.VJ, épid. Ce 
mot , dit-il , doit se prendre ici comme on voit qu'Hippocrate 
l'a pris dans d'autres endroits de ses aphorismes , des humeurs 
qui , très-disposées à l'excrétion , font effort pour sortir , iiiï 
tJ)v iTotpo-ràTwv ûç hy.ptufj. Ces deux sens ne sont certainement 
pas le même. Il a encore d'autres sens analogues , quoique 
plus éloignés , mais qui nous donnent primitivement l'idée 
d'un mouvement rapide et violent , comme on le pourrait 
démontrer par l'analogie des anciennes langues avec Icsquclic^ 
îa grecque a un rapport iiuime. 




PUTRIDE. 



qu^ l'on peul faire diverses objections à notre 
« opinion, t/d tenir les malades levés de jour. Ces 
« objections sont sans doute d'un grand poids pour 



Mais , soit qu'on prît ce mot dans le premier sens ou dans 
le second , ralternative présentait toujours deux termes lorl 
clairs , et c'était à l'expérience à décider pour l'un ou pour 
l'autre. Dès-lors la diversité des sentimens ne devenait plus un 
obstacle à l'intelligence du passage. Mais , pour se conduire 
dans l'un ou l'autre cas d'après l'expérience , il ne fallait pas 
à'en tenir aux termes vagues de crudité en général , comme 
on l'a fait jusqu'ici , ou l'on devait suivre le précepte sans exa- 
men ; ce qui est une absurdité. En effet , on nous a toujours 
parlé de crudité , mais on n'a pas encore pu déiermmev , par 
des signes non équwoques , et de manière à éviter r erreur, 
« quel était le caractère propre de cet état de crudité des hu- 
» meurs , surtout dans les maladies fort compliquées ; com- 
„ ment , dans ces cas de complication, on pouvait discerner si 
« quelques-unes des humeurs arriveraient plutôt que d'autres 
^ à cet état de coclion , ou si elles ne se cuiraient qu'ensemble; 
« s'il n'y aurait pa« des humeurs réfractaires , soit en elles - 
., mêmes , soit par rapport à la complication , lesquelles résis- 
« teraient à la force de tous les mouvemens organiques ; com- 
>» ment on pouvait statuer certainement que telle humeur était 
« ou près de sa coclion, ou cuite, tandis que les autres, com- 
« pliquees avec elle , restaient encore dans l'état de crudité ,et 
» pourquoi ? Galien a bien aperçu ce phénomène , mais il s'est 
« contenté d'en parler: enfin , si l'orgasme ou la turgescence 
y^ des humeurs ne peut pas être aussi-bien un signe de coclion 
'» que de crudité , comme les différentes interprétations de ce 
» mot semblent l'indiquer ; et quand. « Voilà ce qui jette vrai- 
ment de l'obscurité sur le passage d'Hippocrate , obscurité que 
M. de Haën devait avoir levée avant de couclur« en sa faveur. 




«icsn 




I~ 



I 



ST: 



I 



346 De la^ Synoque 

» le vulgaire, auquel le bas étage des médecins en 
» appelle comme à un juge compétent dans ce cas- 
» là , pour pouvoir soutenir de cette autorité leurs 



Mais il n'a même pas posé la thèse. Que nous importent des 
aiiforités sans raison? Rivière n'avait-il pas décidément pour 
lui toute l'antiquité , et tous ses anciens contemporains , pour 
s'inscrire en faux contre la découverte de Servet, et les dé- 
monstrations hydrauliques de lîarvée ? Avait-il cependant la 
raison de son côté? C'était par des preuves tirées de l'écono- 
mie animale que M. de Haèn devait appuyer son sentiment : 
il n'y a même pas pensé. L'autorité de ceux qui pensent autre- 
ment que lui reste donc dans toute sa force, quelque mal fondée 
même qu'il la suppose. Je me crois dispensé, par ce que je 
■viens de dire, d'examiner s'il est vrai qu'il y ait souvent or- 
gasme ou non , puisque nous voyons que, dans l'un ou l'autre 
cas , l'on n'a pas encore décidé sans réplique , si l'on devait 
agir ou non en conséquence ; et que môme, en supposant^que 
ce point puisse être décidé par la suite, le corps humain , sus- 
ceptible d'un si grand nombre d'affections différentes , exige- 
rait toujours des exceptions à la règle, ' 

Ainsi les vrais médecins, sans prétendre qu'il y ait tou- 
jours quelque chose à faire , ni perdre de vue les avis que 
donne M. Grant sur la coction et l'orgasme , page 222 et 
ailleurs , pourront donc soutenir , i.o que Sydenhara a eu 
raison dans ce qu'il a avancé ; 2.^ que le précepte d'flippo- 
crale n'a pas encore été plus approfondi par M. de Haën que 
par les Anciens ; 3.o que comme oa ne peut montrer que par 
conjecture quel est le caractère propre de la vitiosité de chaque 
humeur dans telle maladie , simple ou compliquée, où l'on- 
suppose les humeurs dans un état de crudité , ni ce qui peut 
en résulter , on a toujours intérêt d'en éviter la complication , 
ou l'amas , ou la fermentation (jui les fait toutes tendre si 




PTTTRIDK. ^47 

vî raisonnemens mal fondés: de tels raisonnemens 

V étant réellement plus à leur portée que ceux 

V qui sont le fruit d'un mûr examen dans des gens 



promptement à une dépravation spontanée ; 4.^* que l'expé- 
rience a fait voir aussi, que quand on a su saisir le moment 
d'évacuer les humenrs , ou du moins une partie dans l'état de 
crudité , on a quelquefois beaucoup gagné , quoique la témé- 
rité fasse souvent tout perdre dans le même cas ; 5.^ que 
dès que l'on a lieu de soupçonner quelque putréfaction , ou 
même un liétérogène putride , en ne doit pas différer les éva- 
cuations , si l'on n'a pas à craindre d'inflammation quelconque; 
e.'^ que les évacuations inopinées et abondâmes -Mii arrivent 
assez souvent dans les maladies aiguës , et où l'on ne voit que. 
des matières crues, prouvent que la nature ne doit pas lou^ 
jours être abandonnée à elle-même , puisque les malades se 
trouvent presque toujours plus mal après ces évacuations vio- 
lentes ; '].^ que les matières offensives , même après une coc- 
tion générale, laissant fréquemment les plus tristes impressions 
de leur résidence aux extrémités , au tronc , aux viscères , 
font voir que la nature , qui a été obligée d'épuiser toutes 
ces forces pour la coction , s'en serait peut-être ménagé pour 
la crise , si on l'avait débarrassée à temps ; S."" que consé- 
quemment l'orgasme, l'écart , ou la fluctuation vagabonde 
des humeurs d'où il est résulté les plus grands ravages , n'ont 
eu lieu que pour n'avoir pas prévenu les clioses ; 9.0 que les 
signes de coction et de crise n'étant pas toujours assez marqués, 
ci c'est une raison pour un médecin prudent d'être tranquille , 
c'en est une aussi pour n'être pas spectateur oisif en fous les 
cas; 10.^ que les signes et les symptômes pouvant faire prendre 
le change au médecin le plus expérimenté , ce ne seraient 
Tnême pas les signes delà présence ou de l'absence de l'orgasme 
puï devraient, sans exception, régler la conduite du médecin, 




IWZâSI 




1^ 



^4^ De tA Stjvoque 

» d'une plus profonde pénétration , il suit de là 

>. que le gros du genre humain ne pouvant par- 

j» vtn.T qu'à une couna^ance superficielle des 

» choses , et que ce ne pouvant être que le plus 

^ petit et très-petit nombre qui les voie à fond, 

y> ces prétendus savans l'emportent aisément sur 

^ les plus intelligens , à l'aide du peuple qui les 

» protège, tandis que ces gens expérimentés sont 

» souvent exposés à la calomnie ; ils la supportent 

^ patiemment, ayant la vérité et le petit nombre 

^ des vrais connaisseurs de leur côté. » 

Il dit encore ailleurs, après h longue expé- 
rience qu'il avait acqui.^e dans les cas de bile et 
de putridité, Sched, Mon., arU ,5: « Comme cetta 
» espèce de fièvre attaque la tête plutôt qu'au- 



mais la connaissaace certaine des signes pathognomoniqaes de 
lu. maladie qui doit lui fournir les indications qu'il a à suivre; 
ii.o que dès que l'on a lieu de craindre unprmcipe délétère 
il vaut mieux tenter de sauver le malade par une voie quelcon' 
que , que de laisser s'anéantir le principe vital , qui ne suc^ 
coriibe raallieureusement que trop vite ; 12.^ enfin , que l'in- 
terprétation de tous les livres de médecine doit se régler par 
ce principe , sat benè si sat tutb ; et que c'est donc un abus 
impardonnable , surtout à des gens qui se flattent d'avoir pour 
eux une expérience de trente ou quarante ans , de borner la 
pratique de la médecine à des préceptes généraux que les 
temps , les saisons , les épidémies , les âges , les sexes , les 
tempéramens obligent d'abandonner en mille occurrences. Hip- 
pocrate devait-il donc marquer combien de fois il avait Im- 
mcme abandonné sa maxime ? JNon. 



PUTRinr. 349" 

>> cune antre (Jiie j'aie vue, et ne puisse en être 
» distraite qu'avec difficulté, et même du danger, 
» je conseille à mes malades de n'être couchés 
» sans leurs habits que la nuit ; mais , s'ils sont 
j) si affaiblis par la maladie qu'ils ne puissent 
» rester levés, je leur permets de se coucher avec 
y> leurs babils seuls, et la tête levée. Je ne souffre 
» pas non plus dans la chambre un feu plus 
» grand que celui qu'ils faisaient en bonn^e santé. » 

Les observations de Sydenham confirment les 
succès de cette pratique, non-seulement dans les 
fièvres putrides de Tété, les fièvres bilieuses de 
l'automne et la petite-vérole, mais encore daas 
les fièvres inflammatoires pleuréîiques ou périp- 
neumoniques, comme on peut le voir partouE 
dans ses ouvrages. Il y oppose des faits indubita- 
bles aux hypothèses mal fondées des spéculatifs, 
pour lesquels il marque son mépris en ces termes ° 

« Ce procédé illusoire ôte non-seulement au 
j) genre humain tous les avantages singuliers qu'il 
» aurait de la candeur de plusieurs médecins, mais 
» rend encore l'art de guérir celui de discourir, 
î» Enfin , on en est venu au point que le malade 
» doit vivre ou mourir, selon que le philosophe 
» conjecture bien ou mal ; ce qui est toujours 
r> bien précaire! et l'on dispute avec agitant de 
» chaleur que le faisaient les premiers médita- 
» tifs pour défendre leur opinion , tandis qu'eus 
» et leurs sectateurs , qui les défendaient égale- 




«NC^a 




I 



J. 



350 De la Synoque putride. 

3) ment, pouvaient bien ne pas avoir raison^ câf 
3) quoiqu'en employant beaucoup d'attention , 
» nous puisîïions bien voir ce que la nature opère 
y> dans le fait ^ et connaître les organes qu'elle 
y> emploie dans ses opérations, cependant sa ma- 
» nière d'opérer sera toujours un secret pour 
» nous. Nous savons bien que le cerveau est l'ori- 
» gine des sens et du mouvement, le siège de la 
» pensée et de la mémoire; mais la plus exacte 
» inspection , le plus scrupuleux examen nous 
j> peut-il apprendre comment une substance s-i 
» épaisse, une espèce de pulpe qiû ne semble 
» pas formée avec beaucoup d'art , peut suffire 
» à un si noble usage et à d'aussi excellentes 
)) facultés? JNous dira-t-on , par la nature et la 
» structure de ses parties, comment une faculté 
» particulière peut en être mise en exercice? » 
Lettre au docteur Coîe , art. ^Çi et ailleurs, o Comme 
» ce sont là les principales indications curatives, 
» quand j'y ai suffisamment répondu , selon la' 
» méthode exposée, j'ai rempli mon devoir de 
j> médecin, et non de charlatan qui ne donne 
» que des formules médicales; deux arts ou talens, 
» ou comme votis voudrez les appeler, qui so»^ 
» bien diffère ns l'un de l'autre ! » 




.it\v*vvv».v*vvvvvfcvvvivivtv%vivvvtvv'Vtv\vit/tiiA-vit/%vtt(ii*4/tvvi/ivii\vi\\\ti(^t^ 

DE LA CONSTITUTION 

BILIEUSE. 

OuoiQUE plusieurs auteurs aient traité des ma-* 
ladies bilieuses, et fait sur ce sujet bien des 
observations avantageuses, je pense cependant 
que Sydenham l'emporte sur tous les autres à 
certains égards. Non-seulement il nous présente 
ensemble tous les symptômes qui paraissent dans 
la maladie , mais il fait encore voir une sagacité 
particulière à imaginer la méthode précise qui 
réussit le mieux dans la cure. En comparant ces 
deux choses ensemble, il nous donne une idée 
spécifique de la maladie; de sorte qu'on peut la 
distinguer de toute autre, et en déterminer îe 
genre. Pour éviter aussi la méprise, il a grand 
soin de distinguer les symptômes essentiels de 
ceux qui sont uniquement accidentels. Dans la 
méthode curative , il fixe surtout son attention 
sur les symptômes essentiels, sans beaucoup s'ar- 
rêter aux accidentels, ayant vu par l'expérience 
que ces derniers disparaissent dès qu'on a su 
maîtriser la maladie. Voilà ce qui l'a rendu le 
guide le plus sur dans les choses qu'il a eu lieu 
d'observer. Je le prendrai donc comme mon 
texte , et je ferai, en procédant, mes observations 
sur ce qu'il nous dit, me bornant autant que je 
pourrai à ce que l'expérience m'a fait connaitre. 



irosk: 




li 



I 



I 



ar- 



1 



3^2. De LA COîfSTITîTTîOîT 

En i683 , l'hiver fut très-rigoureux ici : les genê- 
même les plus âgés ne se souvenaient pas d'une 
eelée aussi forte et aussi longue. Ce froid excessif 
fut suivi, en 1684, d'un hiver si doux, qu'il eu 
méritait à peine le nom : ce qui fit que la cons- 
titution bilieuse, n'ayant pas été abattue par la 
gelée deThiver comme de coutume, elle continua 
tout le printemps de i685 ^ augmenta pendant 
tout Tété , fut très'violente durant toute la moisson 
et au commencement de Fhiver, Elle fut enfin 
réprimée en janvier 1686, par une forte gelée. En 
février i685, Sydenham rencontra un catarrhe du 
printemps, qui ressemblait, à plusieurs égards, 
à la fausse péripneumonie du commencement de 
l'hiver. Le sujet ne respirait qu'avec beaucoup 
de peine, avait certains étourdissemens quand il 
était debout ou qu'il se remuait; la matière qu'il 
expectorait était extrêmement visqueuse , comme 
je l'ai observé en plusieurs catarrhes de cette 
année-ci 1770; ce qui était dû à la douceur de 
l'hiver. Il conclut cependant que ce catarrhe, 
étant une fièvre du printemps, il se passerait 
uaturellement en juillet, comme de coutume. Mais 
voyant, contre son attente, qu'il augmentait plu- 
tôt et devenait fort épidémique en septembre 
suivant, il l'appela nouvelle fièvre ^ étant fort diffé- 
rente , à certains égards, de tout autre catarrhe 
qu'il eût observé auparavant, et même de la fausse 
péripneumonie. 




BILIEUSE. 

Il est vrai qu'à Londres, on prend abondam- 
ment des substances animales grasses et du 
beurre, etc., que l'on a toujours dans le corps 
le germe de cet épaississement jaune morhifique, 
appelé bile. Si la transpiration vient à s'arrêter 
pa.- hasard, surtout par l'humidité du temps, il 
fluit qu'd arrive de deuK choses l'une : ou une 
diarrhée, ou cette matière acrimonieuse se ramas- 
sera dans les vaisseaux, comme on peut le voir 
par la couleur de la sérosité, et quelquefois par 
le caillot du sang que l'on îire(i). 

Quoique Sydenham ait donc observé ce phé- 
nomène au mois de février i685, pour la première 
fois , on ne doit pas considérer ce temps comme 



(i) Le causas , ou la fièvre ardente d'Hippocrate , était 
évidemment une fièvre inflammatoire compliquée de bile. Je 
l'ai placé parmi les fièvres inflammatoires , parce qu'il est 
plus fréquent ici au printemps qu'en automne, et que chez 
nous il demande un régime très-antiphlogistique , et de co- 
pieuses saignées avant que nous osions purger. Une fièvre 
ardente,' même au fort de la constitution bilieuse, exige 
beaucoup plus de saignées qu'une fièvre bilieuse ordinaire ; 
et quoiqu'il s'y trouve de la bile de mêlée, on peut l'appeler 
plutôt inflammatoire que bilieuse; c'est pourquoi je l'appelle 
simplement causus au printemps, mais causus bilieux pendant 
la moisson ; savoir : quand il survient une fièvre bilieuse 
dans un tempérament plélborique sanguin. Dans ce cas-ci , 
la rémiltence s'aperçoit après une saignée convenable; mais 
la rémiltence n'a pas si aisément lieu dans le cas de vraie 



fièvre ardente inflammatoire. 



?3 




i 



354 Be la CoNSTITUTÎOSf 

la saison naturelle de la constitution bilieuse ^ 
niais comme un événement extraordinaire qui 
n'était dû qu'à la chaleur humide de cette année-là; 
non pas comme si c'eût été la vraie constitution 
ordinaire de février ; et si Sydenham nous avait 
donné Thistoire des catarrhes de février suivant 
1686, après le froid rigoureux de cet hiverdà , 
nous aurions vu la scène changée, et que les 
catarrhes de février reprirent leur caractère ori- 
ginal , pour disparaître en juillet, comme de 
coutume ; qu'ils reparurent, dis-je , ainsi après que 
la constitution atrabilieuse eut été domtée par les 
gelées de décembre et de janvier. 

Je place donc le commencement naturel de la 
vraie constitution bilieuse en août, selon la règle 
d'Hippocrate, qui observait que l'été engendre la 
bile qui se manifeste en automne, et que la 
moisson produit l'atrabile qui se fait sentir l'hiver: 
et ceci est invariablement le cas de toutes les 
parties de l'Europe, où la température est assez 
régulière, ou, si l'on veut, de celles où les habi- 
tans prennent moins de substances animales que 
dans ce pays-ci, surtout à Londres et aux environs. 

La première apparence de cette constitution est 
le colera-morhus y que Sydenham dit « être du 
» nombre des épidémies d'automne, paraître en 
» août, et se terminer en un mois, quoiqu'il 
» paraisse en même temps d'autres maladies qui 
s vont jusqu à l'hiver : telles que les dysenterie^ 




BÏLtEtJSt. 355 

A> ci automne , les fièvres tierces et quartes , lesquel- 
» les, nonobstant la durée plus ou moins longue 
» qu'elles ont quelquefois par rapport à certaines 
» circonstances, cessent généralement au bout de 
» deux mois», c'est-à-dire, en octobre, où Tatrabile 
commence à prendre la place de la bile jaune. ^N^ous 
avons donc la b'ste suivie des maladies bilieuses, ou, 
pour mieux dire, des maladies produites par cet 
épaississement jaune morbifîque; savoir : le calera- 
morbus^ les flux d'automne Jes fièvres tierces et quar- 
tes d'automne, auxquelles ou peut ajouter la fièvre 
bilieuse, la fièvre d'accès informe d'automne, qui 
provient de la fièvre bilieuse de la même manière 
que la fièvre d'accès informe du printemps vient de 
la synoque non putride et s'y trouve compliquée. 

Sydenham n'a pas non plus manqué cette obser- ' 
vation. « Les intermittentes, diî-il, prennent leur 
» nom de l'intervalle de deux accès, et sont suffi- 
» samment distinguées par cette marque, pourvu 
» que l'on ait égard aux deux divisions de Tannée 
» dans lesquelles elles arrivent, savoir ; le prin- 
» temps et l'automne. Cependant il y a quelques 
3) fièvres de la vraie nature des intermittentes 
» mais qui ne présentent point de si^^ne visible 
» qui les puisse faire discerner. Quand, par exem- 
» pie, les intermittentes d automne se manifes- 
» tenl de bonne heure, comme en juillet, elles 
î) ne prennent pas sur le champ leur vraie 
» forme, comme le font les intermittentes du. 

23.. 



ifqiiii ^m : 




u 



"^6 



^ 



I 



K**: 



j-îj De la CoiNSTiTUTioîc 

» printemps en général ; mais elles ressemblent si 
» fort aux fièvres continues à tous égards , qu'il 
» n'est pas possible de les distinguer sans une at- 
35 tention très-scrupuleuse. A la longue , elles pa- 
» laissent mieux caractérisées quand la constitu- 
» tion prédominante est un peu affaiblie. Mais, 
» vers la fin juste de l'automne, elles se démas- 
» quent et paraissent comme de vraies intermit- 
» tentes , soit de l'espèce des tierces , soit des 
» ^^/ar/^^, telles qu'elles étaient réellement d'abord. 
» Mais, si l'on n'y fait pas une soigneuse attention, 
» on risque de se tromper au désavantage des 
» malades, en prenant ces espèces d'intermittentes 
» pour de vraies fièvres continues. » 

Sydenham nous donne dans cet article, la vraie 
idée des intermittentes de la moisson. Rarement 
elles sont simples au commencement de la saison , 
mais compliquées avec une fièvre continue, épi- 
démique en cette saison ; et c'est la fièvre de 
Lausanne de M. Tissot, la nouvelle fièvre de Syde- 
nham , et celle que nous appelons communément 
la fièvre bilieuse. Je la considérerai donc d'abord 
comme simple, ensuite comme compliquée avec 
une lièvre d'accès. 

Les symptômes les plus communs de la fièvre 
bilieuse sont, suivant Sydenham, au nombre de 
douze, dont sept sont essentiels, et cinq acci- 
dentels. Je les donne ici d'après lui , avec quel- 
ques remarques. 




IILIEUSE. 357 

Symptôme I. Intervalles de chaleur et de froid 
se succédant F un à l autre. Ceci est commun à 
bien des fièvres , spécialement à celles qui sont 
accompagnées de crudité dans l'estomac. IN^ous le 
voyons fréquemment avant l'opération d'un vo- 
mitif ordinaire , même quand il n'y a pas de 
fièvre. 

Sympt. II. Souvent douleur à la tête et aux mem" 
hres. Il pouvait y ajouter au dos et aux lombes, 
et to!is les symptômes déjà exposés de matière 
turgescente dans les premières voies, particuliè- 
rement ceux de bile jaune, notés par Hippocrate 
dans la synoque non putride. 

Sympt. III. Le pouls semblable à celui dune 
personne en santé. On doit entendre ceci du corn* 
mencement seulement , et plus proprement durant 
les préludes de la ûè\YG^terrentiafebr,\c^i\ aussitôt 
que la vraie rigueur a lieu , et que la fièvre dé- 
terminée commence, le pouls devient fréquent, 
et excède bientôt en fréquence celui de la fièvre 
inflammatoire, si l'on a négligé les évacuations 
convenables. 

Sympt. IV. Le sang ressemble communément à 
un sang pleurétique. Ceci dépend beaucoup du 
tempérament du malade, du degré de gelée, ou 
du côté d'où vient le vent. Au premier abord, le 
sang n'est pas fort épais, mais le devient, pour la 
plupart du temps, en peu de jours, et la couenne 
ressemble à de vieux suif jaune. La sérosité est 






358 



De la Constitution 



toujours jaune, mais vers la fin de la fièvre le 
sang se dissout. 

Sympt. V. Le plus souvent une toux qui ^ avec 
les autres symptômes dune péripneumonie bénigne^ 
se passe d autant plus lot , que la maladie a lieu à 
un plus grand éloignement de l hiver. Cela est vrai 
en tout ; car la toux est très-rare en août , peu 
cotnmfine en septembre , mais fréquente en octo- 
bre, et fort opiniâtre en novembre , et se passe 
rarement sans l'expectoration d'une matière cuite, 
comme je le ferai voir; 

Sympt. VL Quelquefois une douleur au cou et à 
la gorge au commencement de la maladie , mais 
non si violente que dans ïangine. On la prend 
souvent pour une douleur de rhumatisme. 

Sympt. VII. Quoique la fièvre soit continue , ce- 
pendant elle augmente souvent vers la nuit^ comme 
sic était une quotidienne ou une double- tierce. Cette 
rémittence est ordinaire , même depuis le com- 
mencement jusqu'à la fin , si on la traite bien. 
C'est un mauvais signe quand il n'y a plus de ré- 
mittence, et un bon quand elle dure. Quand la 
fièvre est compliquée avec une fièvre d'accès, les 
rémittences sont plus parfaites. Si les paroxysmes 
commencent avec un froid et de la rigueur , on 
a lieu d'attendre qu'elle prendra bientôt son type, 
surtout s'il y a en même temps des signes de coc- 
tion , particulièrement un sédiment jaune ou bri» 



BILIEUSE. '^9 

quelé dans l'urine , ce qui est plus commun dans 
cette fièvre que dans toute autre. 

Sympt. VllI. Il y a une si grande tendance à la 
Jrénésie , quelle vient subitement d elle-même , mais 
non pas si forte que dans la petite-vérole et les 
autres fièvres ; les malades étant , en ces derniers 
cas , plutôt dans un délire tranquille que furieux , 
et que parlans sans suite pendant les intervalles. Ce 
symptôme augmente beaucoup si Von reste au lit , 
même peu couvert; car la fièvre étant par-là portée 
à la tête, il en lésulte bientôt un coma ou une 
frénésie. Quand cette fièvre est bien traitée dès le 
commencement même, le délire n'est pas si fré- 
quent ni si difficile à faire cesser ; au lieu que si 
Ton favorise les sueurs , surtout au commence- 
ment et avant les autres évacuations , la tête est 
prise aussitôt. 

J'ai souvent vu combien il y avait d'avan- 
tage d'être levé dans les cas où il y avait fré- 
nésie. Il y a quelques années que je traitais un 
jeune homme hardi, dans une petile-vérole fort 
mauvaise ; le délire fut si grand , qu'on jugea à 
propos de le lever en lui mettant une robe de 
chambre qui put lui couvrir les mains et les pieds. 
On vit d'abord l'avantage de l'avoir levé , car la 
frénésie, qui cessait durant cette position , reve- 
nait très-violemment une heure après qu'il avait 
été mis au lit. Pour prévenir cet inconvénient, ou 
le tint partie- du jour et de la nuit à demi levé, 



I 



36o De la Constitution 

avec des bandes passées sons les bras , et attachées 
au ciel du lit. Cet expédient réussit , et procura 
même d'autres avantages ; le malade prit beau- 
coup plus de boisson , expectora plus aisément ; 
et la gangrène qui avait paru à l'os des îles et au 
sacrum , se guérit avec moins de difficulté. 

Sympt. IX // parait souvent des pétéchies ou 
éruptions causées par l'usage imprudent des cor-' 
diaux et par un régime échauffant. On voit des 
taches pourprées dans les jeunes sujets dun tem- 
pérament chaud , ce qui est le signe certain dune 
inflammation considérable , tant dans cette ma* 
ladie que dans les autres espèces de maladies aiguës. 
J'ai souvent vu des éruptions semblables et des 
taches pourprées dans les sujets scorbutiques, sans 
fièvre. ( Dans ce cas , le sang était plutôt dissous 
qu'épais et tenace. ) A peine même me souviens-je 
d'aToir vu les unes ou les autres dans une vraie 
inflammation. En effet , elles sont rares depuis Noël 
jusqu'en juillet, mais fort fréquentes depuis juillet 
jusqu'en octobre inclusivement , surtout dans les 
jours caniculaires. Ce n'est qu'un sang forcé dans 
les extrémités capillaires , et extravasé dans le tissu 
cellulaire. Pour produire cet effet , le sang doit 
donc être en trop grande quantité , ou fort dissous, 
ou poussé avec une impétuosité extrême , ou les 
vaisseaux capillaires doivent être fort relâchés : 
or 5 cette saison peut produire tous ces change- 
mens dans le corps. La chaleur continuelle relâche 



«'X 




BILIEUSE. 

les vaisseaux capillaires , raréfie le sang , ^n dimi- 
nue la densilé , en même temps que les sels et les 
huiles s'exaheiit, contractent de Tacrimonie , et 
stimulent ainsi , forcent le cœur à pousser le sang 
avec trop d'énergie. Il y a alors plelhora ad vires, 
ou un excès de sang délié acrimonieux , et les 
solides sont dans le relâchement. . , 

Voici les indications qui se présentent pour re-^ 
niédierà cet inconvénient. Il faut, i.^ diminuer 
la quantité surabondante du sang, afin que les 
vaisseaux relâchés puissent plus aisément dispo- 
ser du leste : on réitérera ces saiguées jusqu'à ce 
qu'on ait rétabli féquilibre entre les vaisseaux et 
les fluides qui y sont contenus; 2.« corriger, et 
même expulser la cause irritante avec la ddigence 
convenable, pour calmer le mouvement du cœur 
et des artères, et modérer par4à celui du sang, 
et accélérer la résorbîlon de ce qui a été extra- 
vasé; :i« procurer de la tranquillité au corps et 
à l'esprit, jusqu'à ce que la nature se soit réta-- 
blie; 4.0 rétablir la texture du sang par les moyens 
convenables; 5.« fortifier le système àes vaisseaux 
en le faisant resserrer, afin qu'il puisse exécuter 
ses fonctions : après quoi l'on peut espérer que 
îa nature opérera une crise dans le temps conve- 
nable , comme il arriva à mademoiselle Cop. Foje:^ 

fièvre putride. 

L'expérience nous a fait voir les effets salutaires 
que la saignée peut procurer pour remplir ces 




y 



j^ 



362 De la Constitutioîî 

intenrions, même dans les fièvres bilieuses et pu- 
trides. Ces saignées seront plus ou moins abon- 
dantes, selon l'exigence des cas; mais il faut aller 
par degrés , et bien considérer les circonstances 
du malade, le degré (r) du pouls, et la quantité 



(1) Le âf^ré du pouls est ce qu'il y a d'essentiel à bien 
observer ici; mais il faut ne pas se méprendre sur cet avis de 
M. Grant. Certains praticiens portés à la saignée aussi aveu- 
glément que quelques médecins anciens, se règlent à cet égard 
par )e principe le plus faux; ils pensent que quand le pouls 
est grand et fort , il faut tirer beaucoup de sang. Opinion 
absurde ! C'est à la dureté du pouls , à la tension de l'artère 
et à la rénitence réciproque du sang et du vaisseau, qu'il 
faut faire une attention particulière» On doit toujours bien 
augurer d'un pouls grand et fort : quand les autres signes ne 
sont pas décidément mauvais, c'est une marque que la na- 
ture est en état de se soutenir et de vaincre la cause de 
la maladie; et c'est la mettre alors dans Is cas de succomber, 
que de la priver d'une grande partie du fluide d'où elle 
doit tirer les forces nécessaires pour triompher. Un pouls 
grand, fort et libre, indique qu'il n'y a point d'engorgement, 
et , par conséquent , pas d'inflammation interne à craindre. 
Quant à ces taches , comme elles ne sont pas toujours l'effet 
d'un sang uniquement trop délié , mais d'un sang imprégné 
aussi d'une matière acrimonieuse, on a lieu de croire qu'une 
partie de l'acrimonie morbifique , ou des miasmes qui altè- 
rent la qualité des humeurs, a été poussée à la circonférence. 
Or, les malades étant, en général, dans une atmosphère un 
peu chaude, les principes dont l'air ambiant est chargé, ne 
fût-ce même que par les exhalaisons du corps , réagissent sur 
le corps; il s'excite un mouvement intestin dans ces éruptions, 
dont la mauvaise qualité s'altère j. encore plus par ce mouve- 



• V 




BILIEUSE. 363 

(lu sang extravasé. Quoiqu'il faille tirer du sang, 
on doit néanmoins, dans les fièvres putrides et 
bilieuses, ne regarder ce moyeu que comme un 
palliatif employé pour oblenir quelque répit, jus- 
qu'à ce qu'on ait ramené le pouls à son état, et 
procuré la résorblion du sang par les autres moyens 
qui paraissent réellement plus salutaires dans les 
dérangemens résultant de l'acrimonie et de la dis- 
solution du sang, ou de la faiblesse des vaisseaux. 
Quant à la seconde indication , on sait que la 
cause irritante est un épaississement morbifîque 

menu Si donc on diminue, ou plutôt on abat les forces que 
la nature pourrait opposer à cette réaction que les éruptions 
peuvent dès-lors exercer sur les humeurs qui circulent à la 
circonférence, qu'en peut-il résulter, que du ravage? N'en 
voit-on pas tous les jours la funeste expérience, conséquem- 
ment à la rentrée de ces humeurs qui, se rejetant sur le 
centre avec le degré ultérieur de dépravation qu'elles ont 
acquis à la circonférence , font périr les malades ? Il n'est 
donc pas toujours sûr non plus de chercher à produiie la 
résorbtion de ces humeurs. Ainsi , le conseil de M. Grant , sur 
la saignée, est supposé être donné avec ses limites ; car je ne 
parle pas ici des effets résultant d'une pratique abusive , qui 
aura donné lieu à ces éruptions. Il faut donc avoir pour but 
principal de soutenir la nature La dureté du pouls et sa 
fréquence autorisent seules les saignées réitérées : encore faut-il 
avoir soin de purger par intervalles. Ces évacuations feront, 
en général , plus d'effet dans ces circonstances , que les fré- 
quentes saignées; mais ces évacuations doivent être bien gra- 
duées et très-douces , à moins qu'il n'y ait des signes décidés 
de putridité. 



lygi ■!■ ^m : 




à 



^ 






j : 



S.^ 



364 De LA CoiVSTITt'TIO]^ 

faune, qui ne peut être chassé par les vomitifs 
et les purgatifs, ni corrigé que par les acides, les 
liqueurs froides, et un air libre; que les opiats 
le retiennent, l'irritent, de même que les astrin- 
gens, et tout ce qui augmente la chaleur et le 
mouvement. 

La troisième indication nous force quelque- 
fois de recourir aux opiats, comme au moindre 
de deux maux , lors même que iious voudrions 
nous en abstenir. Il faut cependant essayer aupa- 
ravant tous les autres anodins, et éloigner du 
malade tout ce qui peut faire impression sur les 
sens. Sl néanmoins on se voit obligé de recourir 
aux opiats, il faut toujours se souvenir qu'ils 
resserrent le ventre, et irritent l'acrimonie de la 
bile : on en prendra donc les plus rafraîchissans , 
et à petites doses, ne les réitérant même qu'avec 
grande nécessité. Je ne connais pas de remède 
qui exige plus que l'opium , que le médecin soit 
bien instruit de la constitution de son malade. 

La quatrième indication a été considérée en 
parlant de la constitution putride. Elle nous mon- 
tre qu'il faut user des fruits, du pain, des végé- 
taux et des acides végétaux , pour rétablir la 
texture et la liaison du sang. On pourra y joindre 
les acides minéraux, dans les cas d'extrême dis- 
solution , mais après les évacuations convenables, 
comme je l'ai dit de la fièvre putride, dont les 
pétéchies sont un symptôme. 




BILIEUSE. 365 

La cinquième indication est de même nature. 
On y répondra au mieux avec les liqueurs froides, 
un air renouvelé, en tenant le malade levé, en 
lui faisant user de vin, et même de quinquina 
donné à propos et à dose convenable. « J'aime 
» bien l'idée de M. Macbride, et je ne doute pas 
» que le gaz qui provient des substances végé- 
» taies pendant la digestion, ne puisse faire plaisir 
» aux nerfs, et ne soit très«antiseptique, comme 
» nous le voyons dans la cure du scorbut de 
» mer. » 

Sympt. X. Quelquefois même ces taches que Von 
appelle éruption miliaire, se font voir partout le 
corps avec toute t apparence de la rougeole^ sinon 
quelles sont plus rouges; ne laissant^ en se pas- 
sant y aucune desquamation surfaracée ^ comme 
il arrive dans la rougeole. Quoique ces éruptions 
paraissent quelquefois d elles-mêmes , ce ne sont 
souvent que les effets de la chaleur du lit et des 
cordiaux. 

Il y a quatre petites éruptions communes aux 
fièvres, outre \es pétéchies et les taches pourprées: 
i.o Dans les cas où les sueurs sont abondantes, 
il y a une espèce d'éruption appelée échauhou- 
lures ., en latin sudamina : cette éruption disparaît 
dès que le corps est exposé à l'air libre ; i."" des 
boutons qui poussent après la coction en plu- 
sieurs fièvres. Ils contiennent une matière, et 
forment de petites croûtes , ce qui est aussi un 




%ldSI 



1f!!^JHIk 














*::; 



3GG Dk la Co^'STITUTIOîf 

signe (le coction ; 3.° une éruption railiaire rouge ; 
4.<> une éruption miliaire blanche. Les éruptions 
miiiaires indiquent très-certainement une grande 
acrimonie : cependant il est encore des gens qui 
regardent les remèdes acrimonieux comme conve- 
nables dans les fièvres miiiaires, ajoutant ainsi 
acrimonie à acrimonie, c'est-à-dire, jetant de 
Thuile sur le feu. 

Après toutes les observations que j'ai faites, je 
crois avoir droit de conclure que les fièvres de 
printemps mal traitées, sont plus sujettes aux 
éruptions miiiaires que les fièvres bilieuses. Je 
vis, au printemps 1769, plusieurs fièvres humo-- 
raies qui avaient été mal traitées, et toutes ac- 
compagnées de ces éruptions; tandis que, parmi 
leà fièvres bilieuses mal traitées que je vis durant 
l'automne salivant, je ne remarquai que deux 
fièvres avec des éruptions miiiaires. Le premier 
cas était celui de la domestique de madame F.; l'au- 
tre, celui d'un homme de journée, chez madame L: 
ce fut même dans les progrès fort avancés de la 
maladie, que je le vis. Je les traitai comme s'il 
n'y en avait pas. La domestique avait un pourpre 
rouge. Après vingî-et-un jours , elle devint fort 
faible, était dégoûtée de tout aliment : son pouls 
devint mou et petit. Alors je la purgeai douce- 
ment avec de la rhubarbe. Elle commença aussi à 
prendre une légère décoction de quinquina avec 
du jus de limon , ce qui lui rétablit l'appétit et 



BÎLtKUSE. 367 

sembla avancer la coclion. Cependant le pouls 
fnt encore fréquent pendant plusieurs jours, 
quoique les autres symptômes eussent assez prorap- 
tement disparu. L'iiomme avait une éruption con- 
sidérable de pourpre blanc, et n'en était aucune- 
ment soulagé. Il avait le ventre plus resserré, et 
conséquerament était plus appesanti et plus indo- 
lent. Peu de jours après, les pointes blanches 
disparurent; sa respiration devint difficile. On lui 
mit lesvésicaîoires; aussitôt la respiration fut sou- 
lagée; mais les autres symptômes subsistaient tou-^ 
jours. En même temps on le soutint avec du 
gruau, de la panade ; et il prit beaucoup d'oxy- 
mel et de vin blanc dans ses boissons. Il prenait 
pour médicament, toutes les quatre heures, une 
potion de jus de limon, de julep de camphre^ 
d'eau de menthe-, de chacun demi-once, et huit 
grains de chaux dantimoine. On lui tint réguliè»^ 
rement le ventre libre avec de& lavemens donnés 
au besoin; on le fît tenir sur son séant tous les 
jours pendant les rémittences. Dès que sa respi- 
ration eut été facilitée, je lui donnai une dose de 
tartre émétique en la<^age : sa tête en parut forfc 
soulagée , et il reprit insensiblement. Je pensais 
autrefois que la chaux d antimoine mêlée avec les 
acides, ferait vomir comme le tartre éméîique; 
mais je suis sûr du contraire, car j'en ai beau- 
coup ordonné ces dernières années-ci, avec grande 
quantité de jus de limon et d'oxymeî, sans avoir 
vu cet effet. 



«IMCbSI 



É 




3C8 Ob la Constitutiow 

SïMi'T. XL La langue est ou moite ou sèche, 
suU-ant le régime que l'on a tenu : quand elle est 
sèche , elle est brune au milieu , et blanche sur les 
bords; quand elle est moite , elle est Manche et 
sale , et ressemble un peu à la couleur de la mou- 
tarde. 

Sympt. Xlï. La sueur dépend semblablement 
du régime; car sd est trop échauffant, elle est 
en quelque sorte visqueuse , spécialement autour 
de la tête , et procure peu de soulagement , quoM 
qu'elle soit abondante et universelle. Il suit de là 
que ces sueurs ne sont que symi^omatiques , et 
non critiques. En excitant une sueur par des medi- 
camens , au premier abord dune maladie , on trans- 
vorte ordinairement la matière morbifiquc , sinon 
a la tête , au moins aux membres. Mais quand la 
fièvre s'est emparée de la tête, et que la frénésie a 
prévalu , les signes de la sueur disparaissent , la 
peau se dessèche , s'échauffe ; la bouche est comme 
rôtie , la langue brune , rude et dure; les intestins 
resserrés , ou les selles crues, noires, très- fétides; 
l'urine crue et brune ; seulement le pouls reste 
quelquefois très-fréquent , et quelquefois devient 
plus lent. Enfin , quand les esprits sont excessi- 
cernent troublés par un mauvais traitement , le 
pouls devient intermittent avec le soubresaut des 
tendons , et la mort suit bientôt. 

Je vais donner un exemple de la plupart de ces 
symptômes. Le portier de M. W., jeune homme 



■■ 



BILIEUSE. 369 

i^obusle , fut attaqué de celte fièvre le i4 de sep- 
tembre : il ne vit personne que le 17, qu'on le fit 
saigner copieusement. Le sang était fort épais , et 
couvert d'une couenne jaune foncé : après quoi il 
sua beaucoup , comme il arrive aux jeunes gens 
après la saignée , si on les tient chaudement au 
lit , et s'ils prennent des boissons chaudes. Le 19, 
la sueur cessa , il survint un grand délire avec 
tous les symptômes décrits après la sueur n." 12. 
On lui mit des sangsues aux tempes ; les vésica- 
toires au dos et à la tète. La frénésie augmentait, 
ou plutôt il devint stupide, et même perdit toute 
raison. Ce fut la nuit du 19 que je le vis la pre- 
mière fois , même assez tard. Je fis ôter les vési- 
catoires , ordonnai un vomitif avec le vin dipé- 
cacuanha , une once ; vin d antimoine , demi- 
once ; et un purgatif ensuite. Il fut beaucoup 
soulagé le matin suivant par l'effet de ces remèdes. 
Je le mis aux fruits, aux acides et aux sels neutres. 
Je lui fis tenir le ventre libre jusqu'à la fin du mois 
que les remittences devinrent plus longues, la 
bouche moite» le pouls plus lent ; le délire et les 
éruptions miliaires disparurent , il eut alors alter- 
nativement un jour bon et un mauvais. 

Je m'attendis alors chaque jour à une intermit- 
tence et à des signes de coction parfaite ; ce qui 
arriva aussi le 1 octobre. L'urine eut un fort sédi- 
ment briqueté : il fit plusieurs selles bilieuses, et ne 
se plaignait plus que de faiblesse. Cette crise sem- 
I. a4 




iWCtSI 



K» ifï^jnk: 




7*C 



}:'^ 



3no De la CûKSTiTtJTioîr 

blait parfaite ; mais il y manquait deux choses t 
elle n'avait pas commencé par un frisson ; la peau 
était sèche. Comme il était très-faible , je crus 
cependant devoir lui donner une décoction de 
quinquina , mais cela tourna mal ; car , le jour 
suivant , tous les symptômes du n.» 1 1 , et quel- 
ques-uns du n.^ 12 reparurent, particulièrement 
le déUre. Il prit aussitôt une purgation , et la po- 
tion de limon , de camphre et de chaux d'anû^ 
moine. Je persistai dans le premier régime jusqu'au 
22 delà fièvre , et on lui tint le corps libre avec 
des lavemens. Le matin du ^3 , il survint un hoquet 
que je soupçonnai venir d'un amas dans l'estomac 
ou dans les intestins : c'est pourquoi je le purgeai 
avec la rhubarbe et la crème de tartre. Mais le 
hoquet augmenta ; le pouls devint petit. Je fis 
mettre un vébicatoire à chaque malléole pour re- 
lever le pouls , et je continuai les mêmes potions 
elle même régime. 

Cela eut l'effet que je désirais. Le hoquet tomba , 
et le pouls reprit son assiette. Les choses restèrent 
ainsi jusqu'au 28 delà fièvre, que le hoquet revint 
au soir plus fort que jamais , et semblait menacer 
de gangrène. Mais en comparant ensemble tous 
les symptômes , il parut que cela ne venait que de 
faiblesse , et peut-être de la grande quantité de 
liqueurs acides déliées qu'il avait prises. Je lui fis 
mettre un vésicatoire entre les deux épaules , et 
j'ajoutai à chaque potion une demi-once de j'ulep 



Bilieuse. 871 

^e musc{i). Cela fit un effet admirable. Le hoque£ 
se passa ea dix heures , et tous les sjiDploaies 
cessèrent. 



(i) Ce médicament , dont M. Grant se loue ici , est fort pré- 
conisé dans le nouveau dispensaire de M. Lewis. Un très-habile 
homme m'a cependant assuré que le musc n'avait pas répondu 
ici , à Paris , aux succès qu'on en croyait pouvoir espérer 
après ce qu'en avaient dit plusieurs médecins étrangers ; mais 
s'il a eu des succès ailleurs, on est toujours intéressé à les con- 
naître. L'occasion où il pourra être utile se présentera peut- 
«ire ici ou ailleurs. Voici ce que dit le savant chimiste anglais : 
Le musc est un médicament en grande vogue dans les pays^ 
orieniaux. On en a un peu trop négligé l'usage parmi nous , 
ïnênie comme parfum , dans l'idée qu'il causait des vapeurs , etc. 
aux femmes d'une faible constitution , et aux gens d'une vie sé^ 
dentaire. Il paraît cependant, par les dernières expériences, que 
quand on en fait une application convenable , c'est un remède 
d'une grande vertu , même contre les maladies qu'on le sup- 
posait produire. Le docteur Wall nous a communiqué (Transac. 
philos. , n.o 474 j) un détail de plusieurs effets extraordinaires 
de ce simple , dans les maladies convulsives et autres , qui ont 
trop souvent éludé les vertus de tous les médicameus que l'on, 
avait mis en usage. Le docteur observe que l'odeur en est sou- 
vent nuisible , lorsqu'au contraire le simple pris intérieurement 
€t en une grande quantité , produit les plus heureux effets: 
que deux personnes déjà affectées de soubresauts aux tendons 
dans une extrême anxiété, et ne dormant point, après la mor- 
sure d'un chien enragé , furent parfaitement guéries avec deux 
doses de musc , chacune de seize crains. Il observe encore 
qu'une dose ou deux de dix grains , firent cesser des hoquets 
convulslfs , accompagnés des plus mauvais symptômes • et 
que , dans plusieurs cas où ce médicament n'a pu élre pris 

24.. 




\ 



/ 

37a De la Constitutîoît, 

Alors il commença à prendre goût auxalimensv 
à la petite bière froide, au cidre dur (1), après 
quoi nous quittâmes les médicamens. Au trente- 
quatrième jour, il fit naturellement quelques selles 
bilieuses; sa peau fut d'une douce moiteur du- 
rant la nuit. Ces selles purgatives durèrent quatre 

par la bouche, à cause des violentes convul&ioîis des malades, 
il a été avantageux pris en lavement. Il ajoute aussi qu'il 
n'en a jamais vu grand effet à moindre dose que six grains ; 
mais que, pris à dix grains par la bouche, il n'a jamais 
manqué de produire une douce diaphorèse, sans échauffer 
aucunement , ni causer le moindre malaise ; qu'au contraire il 
modère les douleurs, relève les esprits ; et que quand les sueurs 
ont paru , le malade tombe ordinairement dans un sommeil 
rafraîchissant; qu'il n'a jamais trouvé de personne hystérique , 
quelqu'ennemie qu'elle fût des parfums, qui ne put le prendre 
sans inconvénient en forme de bol. A ce Mémoire il joint le 
rapport d'autres effets extraordinaires du rausc, observés par 
une autre personne. Des expériences réitérées ont confirmé 
depuis son efficacité dans ces maladies. Je l'ai moi-même 
souvent donné avec grand succès ; portant même quelque- 
fois la dose à vingt grains toutes les quatre heures , avec 
deux ou trois cuillerées de julep musqué dans les intervalles» 
Le julep est la seule préparation officinale qu'on en fasse ici: 
New, disp. art* Moschus» 
Ol Eau-rose de Damas , six onces; 

Musc, douze grains; 

Sucre très-fin , une drachme. 
Ecrasez le sucre et le musc ensemble , et jetez-y peu à peu 
l'eau-rose. 

(i) Cet homme était originaire de Devonshire , et avait été 
siccoutumé à boire du cidre. 






EILIETJSE. 873 

jours, et emportèrent tous les symptômes, excepté 
certaine blancheur, ou plutôt une sécheresse qui 
lui resta sur la langue; le pouls n'eut pas non plus 
sa lenteur naturelle avant le quarante-deuxième 
jour; c'était-là un vrai causas bilieux. 

On peut demander , en passant, comment le 
quinquina fit-il beaucoup de bien à la domesti- 
que de madame F., tandis qu'il fit un si grand 
tort à ce portier ? La raison m'en paraît toute 
simple : la femme était naturellement d'une cons- 
titution délicate; ses humeurs étaient délayées et 
acrimonieuses, ses solides flasques et mous : le 
quinquina remédia à ces deux inconvéniens^ mais 
l'état du portier était différent. Il avait un sang 
naturellement épais, des solides fermes et élasti- 
ques. Sa faiblesse était l'effet d'une grande éva« 
cuation, et de la longue privation de sa diète 
accoutumée : on y aurait mieux remédié par le 
régime que par le quinquina, et même les acides 
minéraux, ou le vin, auraient fait moins de tort. 

Ce cas-ci, aussi-bien que plusieurs autres ma- 
ladies que j'ai suivies , m'ont prouvé que les 
sueurs abondantes ne sont pas avantageuses dans 
celle fièvre, avant que la matière bilieuse ait été 
cuite, et expulsée en grande partie; mais que les 
selles spontanées sont avantageuses, même avant 
qu'il y ait quelque signe de coction , comme nous 
allons le voir dans la méthode curative , où je 
prendrai encore Sydenliam pour guide dans le 




vcia 




\ 









374 De la CONSTITUTIOIY 

même ordre qu'il nous l'a donnée. Sched» monit. ^ 
an. 7 (i). « Je fais d'abord tirer dix onces de sang : 
» quoique le sang ressemble souvent dans cette 
» fièvre à celui d'une pleurésie, il n'est pas bien 
» sûr de réitérer la saignée. Si cependant la dif- 
3) ficulté de respirer, une violente douleur de 
» Xèie , occasionée par la toux, et autres symp* 
)) tomes de cette espèce , faisaient voir une ten- 
I» dance assez déterminée à la fausse péripueu»* 
» monie, il faut réitérer la saignée et lapurgation, 
» jusqu'à ce que ces symptômes disparaissent en-? 
» tièrement : ce que je recommande d'observer 



» soigneusement, » 



Je dois remarquer, sur ce passage, que la fièvre 
en question est de trois sortes : i." quelquefois 
simph^ment bilieuse; 2.0 bilieuse et inflammatoire; 
3.^ bilieuse, inflammatoire', péripneumonique. 
Ces complications viennent en partie de la cons- 
titution naturelle du malade , en partie des vents 
et du temps, et en partie de la saison ; au mois 
d'août, par exemple, et septembre en partie ;, 
quand le temps est cbaud et le vent à l'ouest, il 






(i) J'ai déjà dit que le temps de la clialeur de l'accès est 
le plus propre pour la saignée, parce que l'on peut mieux 
juger alors du degré du pouls ; mais les vomitifs et les pur- 
gatifs conviennent mieux durant la rémitlence, quand la ma- 
tière cuite par la fièvre, durant la nuit, peut être évacuée 
\p malin par la purgation. 



BILir.ITSË. 375 

y a rarement beaucoup d'inflammation , même 
dans les sujets pléthoriques; alors il ne faut pas 
répéter la saignée , quelquefois même il ne faut 
pas saigner du tout. Mais, quand les jours dimi- 
nuent, que les vents sont au nord et nord-est, 
la saignée devient plus nécessaire; il faut même 
la répéter dans quelques constitutions pléthori-, 
ques, jusqu'à ce que les symptômes de l'inflam- 
mation soient suffisamment abattus, surtout s'il s'y 
est joint une toux sèche et dure. Mais, en gé- 
néral, une saignée faite suivant les forces du ma- 
lade, suffit dans les sujets pléthoriques ou san- 
guins, comme je l'ai dit ailleurs, pour faire cesser 
le spasme , et faciUte beaucoup l'effet des vomi- 
tifs et des purgatifs. Je n'ai même jamais vu de 
fièvre biUeuse se passer plus doucement que 
quand le malade avait été saigné une fois à propos 
au commencement. Si le malade est jeune et fort 
pléthorique, le médecin peut se méprendre à la 
petitesse du pouls; parce que l'oppression et l'ina- 
nition ou manque de force , sont toutes deux 
accompagnées de ce symptôme. On doit donc 
comparer Ihabitude naturelle du malade avec les 
antres symptômes; et le pouls nous fera voir 
l'effet de la saignée durant l'opération. 

« Je me souviens , dit Sydenham , Sched. monit, , 
» art. 4-2, d'avoir vu une preuve bien remarqua- 
» ble de ceci, dans un jeune homme que je sui- 
» vais il y a quelques années ; car quoiqu'il 



•%IC>5I 



m^dHKMSfe? 




i 



5? 



!ir^ 



! 



376 De la Cojvstitution 

» semblât près d'expirer, les parties extérieures 
» étaient si fraîches, que je ne pus persuader 
3> aux assistans qu'il avait ia fièvre, laquelle ne 
» poiivait prendre son cours, ni paraître , parce 
» que les vaisseaux trop pleins s'opposaient au 
» moui^ement du sang. Je leur dis cependant que 
» la fièvre allait devenir assez forte si on le sai- 
» gnair. 4 peine le fut-il, que la fièvre fut aussi 
» forte que j'en aie jamais vue , et elle ne se 
» passa qu'après trois ou quatre saignées, o 

On peut rencontrer tous les jours des cas sem- 
blables. I! est sûr que le vomitif et les purga- 
tifs n'auraient pas réussi avant la saignée , et 
qu'un chaud cordial aurait été ici un véritable 
poison. 

Art. VIïI. Dans la soirée ^ je fais mettre un ve- 
sicatoire entre les épaules , et le matin suivant je 
donne une potion lénitive ^ avec ordre de la répéter 
tous les deux jours ^ tant que le malade en ait pris 
trois ; après l effets je Jais prendre un opiat ^ au 
temps daller au lit. fagis ainsi pour empêcher le 
coma qui pourrait résulter du trouble des esprits ; 
ce que les purgations occasionnent souvent dans les 
fièvres , comme on le vit dans la fièvre comateuse 
de 1673, art. 9. Mais il nejautpas donner Top iat 
dans les jours intermédiaires de la purgation , au 
temps daller au lit, de crainte de prévenir et arrê^ 
ter l'effet de la purgation quUfaut donner le jour 
mi\'ant^ 



bilietjst:. 377 

Je ne vois pas de plus mauvaise pratique que 
de mettre les vésicaloires ni comaieiicement [i) 
des fièvres, s irtDut df-^ fièvres putrides et brlieii- 
ses. Les vésicatoires^ arigm- i»tr nt l'iuflainmation , 
et irritent considértble'nt^ul l'acrimonie de la 
matière morbifiq'je Dans le premier temps de la 
constitution bilieiise, ils augmentent la propen- 
sion aux supurs symptomatiques, et empêchent 
les évacuations intesiinales : mais quand la cons- 
titution se raj)proche de l'atrabilieuse , et se 
trouve complicpiée avec une toux dure qui ne 
cède ni aux saignées, ni aux vomitifs et purgatifs 
réitérés, alors les vésicatoires sont utilement mis 
en usage, quand la fièvre est tombée. Je n'entends 
pas par-là la rémiîtence qui a lieu chaque jour, 
mais la diminutiou de tous les symptômes; ce 
qui arrive quand l'inflammation a été calmée, et 
Xépaississement acrimonieux en partie évacué ou 
corrigé. 

Sydenham a considéré cette fièvre depuis le 
commencement jusqu'à la fin , comme de la 
famille de la fausse péripueumonie ; ce qui n'est 
cependant pas, que quand la saison est déjà fort 
avancée. Car la toux, et la douleur du cou et 
de la gorge qui accompagnent cette fièvre en 
août et septembre, cèdent à la méthode ordi- 
» ' Il I i. « 

(i) Qu'il serait à souhailer que tous les praticiens fiss&nî 
à cet avis de M. Grant, raltention qu'ils devraient! 




iic:>ai 



IR^feBKlHBS? 




-:> 



^;. 



\-' 




078 De la Constitution 

naire, et disparaissent après l'état. Mais, dans Far» 
rière-saison , la toux fait une partie essentielle 
de la maladie. H y a alors certaine partie de la 
matière qui ne s'évacuera pas par les intestins , 
mais qui doit être évacuée par les poumons et 
la peau; voilà pourquoi l'érysipèle et autres érup- 
tions de cette nature sont si fréquentes en cette 
partie de la saison ; et il faut y bien faire atten- 
tion, autrement on produira la fièvre comateuse 
de Sydenham ; parce que si l'on trouble le cours 
de la nature, la matière se portera à la tête, et 
fera naître un grand danger. On doit en dire pres- 
que autant des opiats, lesquels sont à peine de 
quelque nécessité au commencement , quoique 
souvent préférables aux autres remèdes vers la 
terminaison , quand il faut procurer une dia- 
phorèse. Voici trois exemples qui vont éclaircir 
ceci. 

Première Observation. 

Le 16 octobre 1769, je fus appelé chez M. Haze, 
et je le trouvai très-mal d'une rougeole de mau- 
vais caractère. Il avait les yeux jaunes, et la langue 
comme si elle eut été trempée dans de la mou- 
tarde. Son pouls n'était pas fort ; mais il avait aussi 
une toux sèche et insoutenable, de fréquentes 
envies de vomir et d'aller à la selle, qui n'étaient 
suivies d'aucun effet; je le fis saigner copieuse- 
ment, et prescrivis un lavement purgatif , immé^? 



BILIEUSE. 379 

diatement après la saignée, avec ordre de boire 
beaucoup deau chaude et d'oxyrael, pour solli- 
citer le vomissement. Après la saignée, il vomit 
une grande qiiantité de bile jaune. Le lavement 
fut suivi d'une selle très-abondante; ce qui di- 
roinua beaucoup l'anxiété et les symptômes me- 
naçans , tant de la tête que de la poitrine. Le len- 
demain matin, la saignée fut réitérée , les selles 
allèrent leur train; et il reprit d'un jour à l'autre, 
sans autres médicamens que les émolliens et 
l'oxymel; car, l'inflammation ayant été calmée 
par la saignée , et Tacrimonie bilieuse évacuée 
ou corrigée, la rougeole se passa comme à l'or- 
dinaire, et la maladie, qui menaçait des suites 
les plus tristes, fut parfaitement et heureusement 
jugée en peu de jours. Le premier et le second 
sang étaient couenneux et fort jaunes. 

11.^ Observation. 

Le 26 septembre, une jeune femme bien por- 
tante fut saisie des symptômes ordinaires d'une 
fièvre bilieuse, accompagnés d'une toux consi- 
dérable. Après la saignée , je lui donnai un vo- 
mitif; elle rendit une quantité prodigieuse de 
matière bilieuse, ce qui lui soulagea aussitôt la 
poitrine. Après la troisième purgation ( comme 
l'ordonne Sydenham), tous les symptômes tom- 
bèrent, et elle parut avoir alternativement un 
bon et un mauvais jour, jusqu'au 11, que les 



iRTKSKinnk' 




I 



^ 



38o De la Constitution 

règles parurent de quelques jours plus tôt qu'à 
l'ordinaire. Quelques-uns regardent ceci comme 
un signe de la dissolution du sang; mais j'ai sou- 
vent observé que ce n'est qu'un signe de coction, 
et qu'elles sont souvent critiques; car la fièvre, 
abandonnée depuis ce moment à la nature, fut 
jugée le 14. Je ne lui permis pas, durant tout 
ce temps-là, de rester tout le jour au lit. Sa 
boisson était acide et froide; sa diète, du fruit, 
du pain et du riz. On lui avait tenu le ventre 
libre selon le besoin. 

lll.e Observation. 

Le 16 octobre, une femme de constitution bi- 
lieuse fut prise des mêmes symptômes, hormis 
la toux, qui était peu de chose. Mais elle se 
plaignait de ce qu'elle appelait iv ax- kernels , ou 
d'une éruption fort douloureuse aux deux côtés 
du cou , laquelle avait la forme de petits grains 
de cire. J'ordonnai le vomitif après la saignée: 
elle rejeta de la bile mêlée avec beaucoup de 
flegme tenace. Elle fut alors purgée et traitée 
exactement comme la précédente. La première 
et la seconde purgation la soulagèrent beaucoup; 
mais voyant que les grains se répandaient insen- 
siblement, et qu'il lui venait, à toute la face et 
à la tête, un érysipèle de couleur jaune et fort 
douloureux , j'ordonnai une troisième méde- 1 
ciiie pour le matin du sixième jour. Au lieu d'ea I 



"ir? 






35 î LIE USE. 33 £' 

élre soulagée comme des deux anlres, son pouls 
devint plus fréquent: elle fut fort agitée , et ne 
pouvait plus se tenir sur son séant. Il me parut 
alors que les purgations ne seraient plus de mise y 
el que la nature était toute disposée à pousser 
en grande partie par la peau le reste de la ma- 
tière morbifique. Je fis donc mettre un grand 
vésicatoire entre les deux épaules. J'ordonnai de 
prendre , toutes les six heures, la potion suivante 
en ajoutant dix gouttes de laudanum à la prise 
de la nuit. 

^ Julep de camphre i 

Esprit de minder ^ de chaque trois drachmes ; 

Eau de menthe simple ^ une once; 

Chaux d antimoine non lavée , dix grains. 

J'ordonnai aussi de faire chauffer ses boissons ^ 
et de lui donner le petit-lait fait , en jetant dans 
le lait bouillant égale partie de vin et de vinaigre; 
de la laisser au lit toute la matinée suivante. Elle sua 
de nuit , comme je l'attendais ; et tous les symp- 
tômes tombèrent. Le jour suivant , on la changea 
de linges à raidi , et on la leva pendant quelques 
heures. La potion fut continuée sans le laudanum:^ 
et on lui donna un lavement au soir. Elle reprit, 
depuis ce moment-là, petit à petit, à la faveur des 
sueurs légères qu'elle eut au lit toutes les nuits ; et 
ne fut purgée que quand je vis du sédiment dans 
les urines. 

Ceci confirme, en passant, robservation que fait 




» 

I 

i 



') • 



38^ De la Constitution 

Sydenham : « Bref, la douce chaleur du lit pendant 
» la nuit, favorise au mieux les sueurs, lesquelles 
» viennent d'elles-mêmes alors; et c'est pour cette 
3) raison que le malade ne doit pas être plus couvert 
:» qu'en santé, et ne doit prendre rien d'échauffant: 
y) il restera seulement un peu plus au lit le matin 
» suivant; et on suivra ensuite le traitement ci- 
3) devant mentionné (i). » 

Sjdenham recommande ensuite, art. i3 , i4 et 
Îï5 , les fruits , les végétaux pour diète ; la petite 
bière froide, et les juleps acides pour boisson ; 
d'être levé tout le jour , surtout s'il y a des pété- 
chies, coma ou frénésie. C'est-là que finit sa mé- 
thode générale de traiter cette fièvre ; méthode 
qui le mettait en état de rendre cette fièvre inter» 
mittente régulière , ou de l'enlever totalement, s'il 
n'y avait pas complication , ou quelques particu- 
larités dans la constitution du malade , et cela sans 



(i) C'est-à-dire de purger au besoin , de délayer avec des 
breuvages acidales dans les jours intermédiaires ; car les pur- 
gations fréquentes deviennent moins nécessaires quand les 
sueurs de nuit sont salutaires. Un lavement satisfera même 
au besoin jusqu'à ce que les signes de coction aient paru , aussi- 
bien que le sédiment dans l'urine. Après quoi une dose de rhu- 
barbe sera utile ; car , quoique la rhubarbe n'évacue pas la bile 
au commencement , elle devient cependant un remède fort 
convenable , et rétablit l'appétit et la digestion , après que la 
fièvre a cessé, et après l'état d'abattement où le malade a été 
réduit par de fréquentes purgations et une diète fort mince. . 



Bî LIEUSE. 383 

cordiaux ou médicameus échauffaus , qu'un peu 
de vin vers la terminaison. En effet , il est constant 
que certains sujets faibles , dont le genre nerveux 
est facilement ébranlé , demandent quelques cor* 
diaux après les évacuations: or , l'opium est, dans 
ce cas-là, le plus convenable et le plus sûr; mais 
il faut bien prendre garde que toute l'inflamma- 
tion ait cessé , autrement la conséquence en serait 
fort mauvaise. J'essaie toujours de détruire ces 
symptômes nerveux de spasme ou de faiblesse , 
avec un peu de vin ou une diète moins rigoureuse, 
et je trouve que je réussis mieux depuis , que quand 
j'employais plus librement les opiats. Le fort cidre, 
ou la bière avec une rôtie et de la rabiscade , ont 
souvent répondu à mon intention. Les acides mi- 
néraux sont quelquefois mis en usage ; mais je ne 
les crois nécessaires que quand il y a des signes 
de dissolution du sang , ou des pétéchies. Car , 
quoique la fièvre bilieuse soit du même genre que 
la fièvre putride, elle ne demande cependant pas 
en général d'aussi forts antiseptiques. Mais Vépais- 
sissement bilieux étant souvent long-temps à se 
mûrir et à sortir de l'habitude du corps , il ne faut 
employer aucun astringent qu'il ne soit tout 
évacué. 

Je trouve que les acides savonneux apéritifs sont 
d'un meilleur usage , tels que l'oxyroel , les tama- 
rins , les prunes , les fruits mûrs , et semblables , 
auxquels on peut ajouter de temps en temps les 



I 



384 ^^ ^^ CoNSTITUTTOj^ 

sels nenires purg;itifs. Je trouve aussi qne Syde^ 
i)ham avait raison d'objecter contre l'acide vitrio- 
liqne sa stypticité. L'esprit de sel marin le meilleur 
est même rarement nécessaire, quoique moins 
stjptique. Je trouve que le suc de limon est un 
excellent cordial dans cette fièvre. 

Dans la fièvre putride , il est d'une nécessité 
absolue, même dans ce pays-ci , et encore plus 
dans les pays chauds, de donner le quinquina 
en bien des cas, pour prévenir la dissolution du 
sang, quoique cela soit rarement nécessaire danâ 
les fièvres bilieuses simples. Au contraire, j'en ai 
vu de grands inconvéniens; ce qui confirme ce 
que Sydenham a dit, art. ^3, 1. c. « INous avons 
» déjà observé que cette fièvre augmentait cha- 
» que jour vers la nuit, Tannée dernière, et sur- 
» tout cette année-ci, quand il venait un accès 
» semblable à celui d'une fièvre intermittente; 
)) que c'est pour cette raison que les médecins, 
» qui avaient appris par expérience que toutes 
» ces fièvres devenaient à la fin intermittentes, 
» et que celles qui ne le firent pas pendant tout 
» le cours des années 1677, etc. , jusqu'au com- 
» mencement de j685, cédaient au quinquina, 
» prirent le parti de traiter cette fièvre avec le 
» même médicament. 

i) Mais ce procédé, quoique fondé en raison, 
j) ne fut pas aussi heureux que les années pré- 
» cédentes; car, après avoir mûrement examiné 



^^^' 



BILIEUSE» ^^^ 

î> cette matière , je trouvai que le quinquina, 
>, donné même à larges doses , guérissait rare- 
,) ment la maladie , et que je devais plutôt atlri- 
» buer la guérison du malade, à une heureuse 
), terminaison de la maladie , qu'à refficacité du 
» médicament , tant il paraissait avoir perdu de 
» la vertu qu'il avait les années susdites, au moins 
» relativement à la fièvre de cette espèce , qui 
» ressemble aux quotidiennes. Mais le: quinquina 
» fait encore actuellement autant de bien que 
,> jamais dans les vraies tierces. 11 suit donc de 
» là que cette fièvre est totalement différente des 
» fièvres de la constitution précédente, d autant 
» que le quinquina n'est même actuellement d au- 
>, cune vertu contre elle, et qu'elle est augmentée 
» par le vin, les cordiaux et autres choses échauf- 
» fautes; tandis que tout, cela s'accordait assez 
» bien auparavant avec l'usage du quinquina, et 
» la fièvre elle même», après une véritable inter- 
mittence. Je demande ici de l'attention à cet article. 
Le quinquina ne sera jamais avantageux dans la 
fièvre bilieuse, avant que la matière morbifique 
ait eu assez de temps pour sortir de l'habitude 
du corps; et alors même il ne doit être donné 
que comme tonique dans le cas de faiblesse, non 
comme fébrifuge, à moins que la fièvre ne de- 
vienne une intermittente typique. Ainsi , le quin- 
quina ne guérit pas la fièvre bilieuse , mais l'in- 
termittente qui pouvait s'y être compliquée dès 

x5 




ivcai 




I 



if 

>) ■ 



386 De la. CojysTiTUTioN 

le commencement, et ne s'est manifestée que 
quand la bile a été domtte ou expulsée. 

Dans les aiticles aZj , 2D, 26, 27, 28, ce grand 
maître nous donne l'idée qu'il avait de la dysente- 
rie de cette constitution; et, à l'article 29, celle de 
la même maladie, convertie en inflammation des 
intestins par de mauvais trailemens. L'article 3o 
contient ce qu'il pensait de la manière de la gué- 
rir, et des aphthes. Voyez ce que j'ai dit à la 
synoque putride. 

Abt. XXXV. Mais ^ dit-il, pour revenir à la 
fièvre de la constitution présente^ on doit observer 
dans cette espèce de fièvre , comme dans le rhu* 
mutisme et plusieurs autres maladies qui ne peu- 
vent se guérir que par les évacuations , que si 
l'on persiste opiniâtrement dans les évacuations 
susdites^ jusquà ce que tous les symptômes dispa* 
raissenty la maladie deviendra souvent fatale ; car 
il ri est pas rare de voir rester quelques symptômes 
un peu de temps , même après que la maladie est 
dissipée ; mais ces symptômes ne causeront pas de 
rechute, d autant plus quils se passent deux- 
mêmes petit à petit , à mesure que le malade re- 
prend. En effets ces symptômes ne sont que le vrai 
produit d évacuations réitérées, par lesquelles le 
médecin tâchait de guérir la maladie, et procè- 
dent aussi en partie de r inanition causée par r abs- 
tint ^ce du malade, qui a été privé certain temps 
des*, s alimens et de ses boissons ordinaires. Or, tout 



BILIEUSE. 387 

eeci occasionne des vapeurs aux malades , quand 
Us ont été fort affaiblis, et, en quelque manière, 
usés. Cest par cette raison qu un médecin prudent 
ne doit pratiquer d'évacuations qu autant quelles 
sont nécessaires i et les éviter autrement, en atten- 
dant un peu ce que le temps amènera; ce qui 
fait souvent voir le médecin habile dans Vart de 
maîtriser ces légers symptômes. En effet, je les ai 
souvent vus disparaître au déclin de cette mala-- 
die , sans rien donner quun opiat deux ou trois 
nuits de suite. 

Ceci ne demanderait pas d'explication ; cepen- 
dant on manque souvent d'y faire attention. J'ai 
ouï parler de certains cas où la saignée fut ré- 
pétée jusqu'au jour de la mort des malades, quoi- 
qu'on les vît manifestement tomber par ces éva- 
cuations, que l'on ne réitérait que parce que le 
sang paraissait couenneux; c'est à quoi le vul- 
gaire applaudit, et ce qu'il appelle coup de maître. 
Mais ce n'est pas là la vraie pratique de la mé- 
decine ; cela ne s'accorde môme pas avec l'idée 
de l'inflammation la plus invétérée. La même chose 
doit se dire des purgatifs dans les fièvres bilieuses. 
AiiT. XXXVI. La méthode que je viens de recom* 
mander est la meilleure que faie jamais trouvée 
pour le traitement de cette fièvre ; et si l'on ne 
réussit pas par'là à la faire cesser^ au moins on 
la rend intermittente , alors elle cède toujours au 
quinquina. Mais comme les purgatifs , tels que je 



:.:;i:,' 







I 



388 De la Constitution' 

les ordonne ici pour guérir cette fièvre , peuvent 
paraître nuisibles à quelques personnes ^ f assure ^ 
d après ï expérience , que rien ne rafraîchit tant 
et si sûrement que la purgation après la saignée ^ 
quon doit pratiquer d'abord en tous les cas. Quoi- 
que la purgation puisse y pendant son opération , 
exciter une plus grande commotion dans le sang 
et les humeurs quil ny en avait auparavant , et 
par-là augmenter la fièvre , cependant ce mal sera 
beaucoup contrebalancé par l'avantage qui suivra 
immédiatement; car V expérience nous prouve que 
les purgatifs , après la saignée , arrêtent une fièvre 
mieux qu aucun autre remède^ d autant quelle 
entraine les humeurs morbifîques qui donnaient 
lieu à la fièvre. En supposant même que ces saletés 
n aient pas encore été dépravées, elles s" enflamme- 
ront cependant , s épaissiront par la chaleur fé- 
brile ., et par-là contribueront à rendre la fièvre 
plus longue. 

Quant à la purgation , je ne vois pas que les 
doux médicamensrafraîchissans, qui sont les seuls 
nécessaires dans cette fièvre, aient jamais, après 
la saignée, occasioné une forte fermentation ; et 
je ne trouve pas non plus qu'il soit nécessaire 
de donner un opiat après ces médicamens. lis 
sont plus efficaces quand on a fait précéder l'émé- 
tique. En effet, je suis surpris que Sydenhara 
n'ait pas parlé de vomitif dans cette fièvre , où 
il est aussi nécessaire que dans la synoque non 



't% 



tm 



â 



BILIEUSE. 389 

piilride ou putride. J'ai même remarqué qu'il 
fallait réitérer le vomitif plus d'une fois; et les 
effets en ont été avantageux, quoiqu'en général un 
vomitif suffise. Quand on a fait suivre le vomitif 
à la saignée , et que la rémittence a lieu , ce qui 
est le temps le plus convenable , on donne l'apo- 
zème purgatif quelques heures après le vomitif (i); 
J'ai aussi entretenu une purgation constante , et 
tous les jours, dans cette fièvre : c'était comme 
une diarrhée artificielle; mais cela ne réussit pas 
si bien que de purger , pro re natâ, par inter- 
valles ^ selon que Sydenham le recommande, de 
deux jours ïun^ ou tous les trois jours. 

Voici un autre passage où le même auteur donne 
l'exposé àes préludes de cette ûh\Te ^terrentia febris. 
On y pourra joindre ceux du colera-morbus ^ men- 
tionnés ci-devant à la fin de la synoque putride. 



(i) Quand la fièvre est considérable au commencement , on 
aperçoit à peine de \raie rémittence ; alors on doit suivre la 
lèsle de Celse : « La fièvre continue a aussi des raomens où elle 
» ne croît pas , quoiqu'elle n'ait pas de rémittence ; et si ces 
» momens ne sont d'aucun avantage , ils sont néanmoins assez 
i) commodes pour administrer les raédicamens. » La saignée 
est suivie de l'abatlement du pouls ; alors on^peut donner le 
vomitif , et la purgation sera pour la rémittence suivante , 
laquelle arrive communément dans la matinée ; mais il faut 
nécessairement une seconde saignée dans le causus bilieu.x , ou 
la fièvre ardente bilieuse, avant de pouvoir donner l'éméîique 
convenablement et avec avantage. 



'\ 



3qo De la Constitution 

Art. XXIV. Il faut encore noter que cette fièvre 
se montra pendant tout Fêté , non pas tant par les 
signes distinctifs dune fièvre ^ que par des tranchées 
tantôt avec des selles , tantôt sans évacuations. La 
fièvre de cette constitution tombait cependant alors 
avec ces phénomènes , et était souvent accompagnée 
de vomissement après les repas. On doit donc traiter 
ces symptômes comme si la fièvre s'était présentée 
avec sa vraie forme , et cela relativement à la 
saignée et aux purgatifs. 

Rarement la saignée est nécessaire en été , et 
quand il n'y a pas de fièvre. Ce que je trouve de 
plus efficace , est de prendre un vomitif , une oa 
deux purgalions , et de s'abstenir quelques jours 
de toute substance animale , de manger des gro- 
seilles avant les repas , et de boire^ensuite un grand 
verre d'eau froide. Il faut aussi se modérer sur le 
vin , jusqu'à ce que les symptômes aient entière- 
ment disparu ; et , par ce moyen , on prévient 
aisément les fièvres putrides ou bilieuses de l'été* 
Tel était le cas de M. E 1.^^* octobre 1770. 

Si l'on traite ainsi la fièvre bilieuse , il arrivera 
de deux choses l'une : ou elle s'en ira peu à peu , 
ou elle se changera en intermittente. Les signes de 
l'intermittence paraissent au onzième jour ou 
avant , mais pour sûr au quatorze : et c'est-là 
ce qu'on entend par fièvre daccès informe de la 
moisson. La fièvre bilieuse , avec laquelle la fièvre 
d'accès était compliquée dès le commencement , 



BILIFTTSE. 39Î 

tommence alors à tomber , et la fièvre d'accès se 

manifeste. 

i.o Tout bon observateur s'apercevra que le ma- 
lade a un mauvais jour et un bon alternativement:, 
comme dans une double tierce ; ou deux mauvais 
jours de suite , et un meilleur ; ensuite deux mau- 
vais jours, comme dans une double-quarte. La 
connaissance de ces particularilés empêchera le 
médecin d'être trop ofBcieux alors , en faisant 
trop d'évacuations par la saignée ou les purgations, 
comme il le fallait dans la première partie de la 
fièvre. Mais il tâchera de parvenir à son but par 
la diète ; la fièvre tendant alors à une intermit- 
tente ; des saignées et des purgations trop fré- 
quentes l'empêcheraient de se former. 2.« Après 
cela les paroxysmes commencent par un tressaille- 
ment et un sentiment de froid , surtout aux jambes. 
Cela durera souvent une heure ou deux , et sera 
suivi d'une grande chaleur qui durera peut-être 
toute la nuit , mais tombera vers le matin ; après 
quoi viendront quelques selles bilieuses , des 
urines fort colorées , et peut-être la peau aura- 
t-elle de la moiteur. Si les selles sont abondantes, 
le soulagement sera considérable ; mais il n'y a 
jamais de vraie intermittence ou d'apyrexie entre 
les accès, à moins que la peau ne devienne moite 
et douce , quand même il y aurait du sédiment 
dans les urines. 

Voici en quoi consiste la grande différence de 



ncai 



392 De la Constitution 

la fièvre putride et de la fièvre bilieuse. La fièvre 
putride , bien traitée dès l'abord , se passe sou- 
vent après les vomitifs et les purgatifs seuls : les 
urines deviennent alors hypostatiques, la bouche 
devient humide et se nettoie , le pouls se modère ^ 
la chair devient fraîche , sans que la peau soit no- 
tablement moite , ou qu'il y ait la moindre appa* 
{ rence d'intermittence , ou des paroxysmes après 
ces phénomènes , si Ton n'a pas mal manœuvré^ 
Mais il n'en est pas ainsi delà fièvre bilieuse : elle 
ressemble beaucoup plus aux fièvres iniermit- 
îentes , et ne se passe jamais que la peau ne soit 
devenue douce et moite ; quelquefois même il se 
voit des sueurs vraiment critiques à la fin d'une 
fièvre bilieuse traitée seulement avec les vomitifs, 
les purgatifs , les acides depuis le commencement 
jusqu'à la fin (i). Quoique les sueurs symptoma- 
tiques ne procurassent aucun soulagement au com- 
mencement , et ne dussent pas être sollicitées par 
cette raison , les sueurs de nuit sont cependant 
utiles après que la fièvre a commencé à tomber; 
et on peut les favoriser même , en restant une 
heure ou deux de plus au lit , après avoir pris 
quelques boissons chaudes , comme une infusion 
de véronique ou de fleurs de sureau , acidulée avec 
l'oxymel. 

Dans quelques ^fièvres bilieuses , quand on a 

(i)Vojez le cas de M. Taylord. 



I 



BILIEUSE. 393 

trop long-temps insisté sur les purgatifs, la peau 
devient fort sèche et dure, ce qui indique toujours 
une crise imparfaite et une maladie longue. J'ai 
vu de bons effets , en pareil cas , de plonger les 
mains et les pieds dans de l'eau chaude , et de les 
oindre ensuite avec de l'huile, comme le faisaient 
les Anciens. Car j'observai que Feau relâchait la 
peau pendant le bain , mais que cette dureté et 
cette sécheresse revenaient , à moins qu'on ne 
l'oignît d'un peu d'huile. C'est le période de la 
fièvre , auquel Sydenham recommande l'opiat 
comme restaurant , c'est-à-dire après le quator- 
zième jour; car, quand il nous parle d'opiai au 
commencement , il n'en parle que comme anti- 
spasmodique , et dans la vue de calmer les agita- 
tions occasionées par la purgation , ce que je ne 
trouve cependant pas nécessaire. Mais , quand la 
fièvre a duré long-temps, et que le malade a été 
fort épuisé par les évacuations et la diète, quelques 
souttes de teinture cTopiuin ajoutées aux boissons 
de la nuit tranquilliseront les esprits , et procu- 
reront une douce diaphorèse , surtout si l'on y 
joint le camphre, le jus de limon et la chaux 
d'antimoine. 

Quelquefois la fièvre se passe peu à peu de cette 
manière ; et il ne faut pas non plus donner aucune 
purgation pendant ces circonstances , jusqu'à ce 
qu'il y ait un sédiment dans l'urine ; alors la rhu- 
barbe suffit. Au lieu qu'on ne peut compter sur 
ce médicament, comme purgatif , au commence- 



ilkUS!:.» 



^A^^Hmm^C»^ iëfSkÊSl^ÊÊÊÊSi 





894 I^E LA CoiVSTITtTTIOlT 

ment des fièvres bilieuses ou des flux. D'autres fois 
elle se terminera en fièvre d'accès formée j alors 
on la conduira comme je l'ai déjà dit. 

Les fièvres d'accès ne sont cependant pas si 
fréquentes à Londres qu'en d'autres contrées. Nous 
verrons quelquefois ici , en une saison , soixante 
fièvres bilieuses , dont quatre seulement se trou- 
veront compliquées avec une fièvre d'accès. Mais, 
après le mois d'octobre , quand Vépaississement 
morbifîque bilieux devient visqueux , ces fièvres 
sont plus fréquentes. 

L'érysipèle de la moisson est également com- 
mun en cette saison , de sorte que je ne sais si je 
dois le placer entre les maladies bilieuses ou les 
atrabilieuses. Quoi qu'il en soit, il diffère de l'é- 
rysipèle du printemps, à plusieurs égards. 1.0 La 
couleur n'en est pas si vive ; elle est plutôt jaune 
ou d'un brun tanné, i"^ L'espèce que l'on appelle 
zona , ou ceinture , est plus fréquente en cette 
saison-ci. La douleur en est insoutenable, et ne 
cède pis si aisément à la saignée , qu'au printemps ; 
le malade ne supporte pas non plus des saignées 
si fîéquenteset si copieuses. 3.° On peut purger 
plus tôt et plus aisément que dans l'érysipèle du 
printemps. 4" H dégénère facilement en gan- 
grène , si l'on néglige les purgations ; et , après le 
troisième jour de Téruption, il faut user du même 
traitement q-ie pour la fièvre bilieuse. 

Je traitai dernièrement Madame W. , dame Agée, 
et malade d'une fièvre érysipélateuse ; et cela se 



1 



EiLirusE. SgS 

passa fort bien , quoique doucement , et malgré 
que le flegmouoïde couvrît toute la malléole , 
que la douleur fut insoutenable , et les apparences 
fort menaçantes. Une solution de camphre, faite 
dans l'eau-rose avec la gomme arabique et appli- 
quée en fomentation , calma mietjx la douleur 
qu'une décoction de quinquina. En dernier lieu, 
cette fièvre demande des acides , mais les diapho- 
ré tiques n'y conviennent plus après le troisième 
jour de l'éruption : c'est une diète antiseptique 
qu'il faut pendant tout son cours. Quant aux su- 
dorifiques, je ne les ai jamais hasardés en grande 
quantité dans les maladies bilieuses ; et je crois 
même qu'ils ont fait bien du mal à ceux à qui 
d'autres les ont donnés. Si j'en dois juger par 
ce que j'ai vu dans les cas où ils ont été admi- 
nistrés, je dois aussi convenir que tous les symp- 
tômes irréguliers et malins que j'ai vus dans les 
fièvres bilieijses , étaient principalement dûs à 
cette mauvaise pratique, et plutôt qu'à la malignité 
réelle des maladies. Mon but n'est ici que de don- 
ner une juste idée de cette constitution , quand 
la nature est secourue comme il convient , ou du 
moins n'est pas troublée. Je pourrai peut-être , à 
quelque occasion , donner un détail des variétés 
que j'ai observées dans cette maladie , quand elle 
est traitée témérairement par des ignorans, ou 
quand les évacuations ont été trop long-temps 
négligées. 



1AE:^5I 



W VXlt/WWWWt'VWVl-WVtVI.MiWVt 



VtWVt.W'WiM.W'VVWWWWViWWVtl^VlVri 



DE LA CONSTITUTION 

ATRABILIEUSE. 

ir^ouR donner une juste idée des divers effets de 
cet épaississement moibifique ,\\ est besoin de con- 
sidérer les maladies qui ont lieu dans cette saison 
régulièrement et invariablement , c'est-à-dire , quel- 
quefois en octobre ou au commencement de no- 
vembre, plus tôt ou plus tard, selon les change- 
mens qui arrivent aux qualités sensibles de l'air. 
Les fièvres sont longues en cette saison , à moins 
qu'elles ne soient accompagnées d'érysipèle , ou 
qu'elles ne soient intermittentes. Or, ces deux 
circonstances arrivent plus fréquemment dans ce 
période qu'en tout autre, depuis juillet jusqu'à 
Noèl inclusivement. Cest ce qu'on peut appeler 
la fin de la constitution bilieuse. 

En effet , dès que commencent les indisposi- 
tions que les Anciens ont attribuées à Xhumeur 
atrabilaire ou mélancolique , c'est-à-dire quand 
Y épaississement jaune morbifique de la moisson 
devient plus tenace, et d'une couleur plus sombre, 
les gens se plaignent de malaise , sans pouvoir 
dire ce qu'ils ont. Ils sentent une certaine oppres- 
sion , une langueur, et se plaignent aussi d'in- 
digestion, de trouble pendant le sommeil, d'abat*» 
tement d'esprit ; s'assoupissent après les repas , 
et ne sentent plus aucun rafraîchissement après 



De la Coivstitution atrabilieuse. 897 

ïe sommeil. Ils urinent rarement, les urines sont 
d'une couleur foncée, et le plus souvent ces 
sujets sont resserrés. Rarement ils ont faim, mais 
mangeront de bon cœur; leur digestion leur est 
désagréable, troublée par des flatulences et une 
grande plénitude de l'abdomen; et ils ont des 
rapports crus et quelquefois fétides. Le pouls 
est petit pendant ce temps-là, plein et régulier: la 
langue n'est pas sale, excepté immédiatement 
avant le déjeûner; ces malades n'éprouvent ni 
chaleur ni soif : le vin qu'ils boiront les soula- 
gera pour le moment, mais ce soulagement ne 
dure pas, car ils en deviennent aprf's plus appe- 
santis. D'autres sujets, outre quelques-unes de ces 
incommodités, ont encore une espèce d'enroué* 
ment et de difficulté de respirer; ils arrachent 
et crachent un flegme épais , en se levant le 
matin, ou en tout temps, quand ils font quel- 
que mouvement assez vif pour augmenter leur 
respiration. 

En même temps, les sujets goutteux se plai- 
gnent d'une goutte vague, et des préludes d'un 
accès. Ceux qui sont sujets aux hémorroïdes, se 
plaignent à' hémorroïdes aveugles. Les femmes sont 
exposées à la suppression des mois. D'autres sujets 
sont attaqués de dartres, ce qui ne les inquiète 
pas beaucoup durant Télé et l'automne, mais 
commence maintenant à les tourmenter par un 
prurit qui leur fait déchirer la peau, et donner 



^Kc^a 



:ii^^»^mm? 



ifôMm: 





SqS De la CorfSTiTriTio:^' 

cours par-là à une saoie brune, acre, qui souvent 
coule assez abondamment, et donne à leur linge 
une teinte d'une odeur désagréable, particuliè- 
rement aux parties et au périnée. 

Or , ces symptômes paraissant ensemble comme 
préludes, terrenliay on peut conclure qu'ils vien- 
nent tous de causes identiques, c'est-à-dire , d'un 
épaississement morbifique de même nature, mais 
déterminé par la nature sur différens organes, 
selon les différentes constitutions des parties affec- 
tées; de sorte que le même changement de la 
saison et à' épaississement airabilieux qui cause la 
passion hypocondriaque, ou l'hystérique avec ma- 
tière dans un sujet, peut causer une fausse pé- 
ripneumonie dans un autre , et ainsi du reste. 
Mais, quoique la cause puisse être la même, ces 
maladies pourront cependant exiger un traite- 
ment différent, vu qu'elles ne sont pas les mêmes, 
ïl faudra donc alors consulter les organes affectés 
et les voies que choisit la nature pour se soulager 
elle-même. « C'est un principe dont il ne faut 
?> pas s'écarter dans aucunes maladies, ditCelse; 
» que quand il faut purger par le bas ^ il faut 
» auparavant lâcher le ventre ; et que quand on 
5) veut le faire par le haut ^ il le Jaut resserrer,!» 
Page i54 ,1. 34. 

Je diviserai cette constitution en deux parties: 
iP en passion hypocondriaque et hystérique avec 
matière , ou mélancolie des Anciens ; 2.° en 



ÀTRABILIEUSE. 3gg 

fausse péripneumonie de Sydenham, parce que 
ce sont les deux maladies les plus considérables 
de celte constitution , et qui demandent un trai- 
tement différent. Quant à la goutte, à la sup- 
pression des mois, aux hémorroïdes, aux darlres 
et autres affections cutanées, elles sont commu- 
nes à toutes les deux. 

Pour en venir à la nature de ces maladies , consi- 
dérons d'abord la constitution des sujets qui y sont 
le plus exposés , et nous verrons par-là que ces 
deux maladies s'accordent à différons égards. Ces 
maladies attaquent communément les gens de 
moyen âge, mais qui n'ont pas perdu leur vigueur, 
qui ont eu bon appétit , ont fait grand usage 
de viande , de graisse , de beurre, de boissons fer- 
mentées et spiritueuses ; ceux qui sont naturel- 
lement forts, d'une bonne santé , et ont eu par 
le passé des maladies inflammatoires ; qui se sont 
livrés à une vie peu active , ne prenant plus les 
exercices que leur régime et leur constitution 
exigent. 

Mais elles diffèrent aussi à d'autres égards. L'hy- 
pocondriacie affecte principalement ceux qui 
sont de haute taille , ont de gros os , une mine 
sombre , des cheveux fort noirs ou roux , les yeux 
enfoncés , la peau sèche ou dure , avec un pouls 
plein et lent ; qui sont habituellement resserrés 
urinent rarement, mais copieusement. Au lieu que 
la fausse péripneumonie affecte principalement 



1iJC:>5l 



iftsax 




^oo De la CoNSTiTîTTioiy 

ceux qui sont d'une taille ramassée , gros , gras, 
ont le cou court et le ventre gros , le teint beau 
et rubicond, la peau douce, les yeux proniinens, 
le pouls régulier , assez fréquent , et le dedans des 
mains moite ; prenant avec cela , sans trop de dis- 
crétion , des liqueurs spiritueuses ou fermentées. 
La goutte et les tumeurs hémorroïdales sont 
fort avantageuses aux uns et aux autres ; non que 
les accès de ces deux maladies enlèvent totalement 
la maladie , mais ils la rendent l'une ou l'autre 
plus aisée à guérir , l'abrègent même. Si , dans 
les personnes sujettes à ces maladies , les accès ne 
reviennent pas régulièrement , c'est un signe de 
crudité ; et cela dénote un dérangement dangereux 
dans la constitution. D'un autre côté , le retour 
régulier de la goutte et des hémorroïdes est un (i) 



(i) J'ai vu ceue théorie de M. Grant confirmée deux fois dans 

un homme de irente-six ans environ , et sujet à quelques accès 

de goutte. En décembre 1769 , il f«t pris d'une migraine exlre- 

inement violente que son médecin mena un peu trop vite. Le 

malade, après sa guérison , se sentit des douleurs vagues et 

assex modérées sous la plante des pieds , et au dos des deux 

mains, jusqu'en avril 1770. Alors il fut pris de douleurs de 

c^outte très-vives aux pieds, surtout aux malléoles internes , 

et sous la partie charnue du pouce. Il se fit violence et s'exposa 

à faire trois lieues dans une après-midi. Les chaussons dont 

il avait changé quatre fois dans celte course , se trouvaient 

teints d'une sérosité ichoreuse , et même aussi ronge qu'un 

sang pur en plusieurs endroits. La douleur se calma par-là, 

et cessa quatre jours après. En novembre 1771 , il ^'"^ P^^^ 



$ 



ATRAEILÎEUSE. ^oi 

signe (îe coction , après quoi l'urine devient bour- 
beuse, et les autres sécrétions et excrétions s'exé- 
cutent mieux. De doux purgatifs après un accès 
de goutte, ou des douleurs hémorroïdales , me 
font voir souvent des selles noires et poisseuses ( i) ^ 
exactement semblables à celles qui paraissent 
quand la passion hypocondriaque est sur son dé- 



du spasme fixe de Paracelse , et d'une sciatique qui l'empê- 
chaient de s'asseoir et de se lever quand la fatigue l'y forçait 
malgré les douleurs. Il resta onze jours dans cet état ; le dou- 
zième, les douleurs diminuèrent beaucoup. Il rendit alors pen- 
dant sept jours des urines qui ne se refroidissaient qu'en dé- 
posant une matière très-abondante d'un blanc terne , et fort 
épaisse. Une partie de cette matière restait flottante dans la 
liqueur, et avait la forme des grumeaux que présente un lait 
tourné pendant la cuisson. En décembre 1772 , il ressentit 
encore les mêmes douleurs , quoique moins vives , pendant 
cinq jours , et en fut délivré de même en treize jours. 

Du reste , la réflexion de M. Grant mérite une attention par- 
ticulière , et peut avoir son application en un grand nombre 
de maladies périodiques , dont les malades sont souvent les 
victimes. Les symptômes paraissent quelquefois redoutables 
et un imprudent se dit , d'après P'ernel , mais san» avoir ses 
connaissances , lœsio morte est tolerahilior* Qui methodam in, 
omnibus nimium pertinaciter exqidrit , pariter cum morho 
hominem de medio tollit ; et l'on hasarde un médicament où 
il fallait rester tranquille ; mais, dit le même , incerta me- 
dicatio non nisi dispendio decernitur» Meth. med. I. I , c, 6 
et c. 3. 

(i) TTiffo-cdcTsa (?ta;;^wp!7,aTa , comme l'entend M. Grant d'aprèiS 
les Anciens. 

I. aS 




fW£Z:>9l 



1^ M^OB^ 




tsSSJSS. 



/jo2 Ce i^a. Coitstit jtion 

clin ; et je trouve que ces sujets s'accommodent 
tons des mêmes médicamens apéritifs, du même 
régime peu nourrissant, ou pris, comme Celse 
8 énonce ^ ex média mate riâ , des mêmes exerci-* 
ces, de la promenade, du cheval , de l'eau de 
la mer, tant comme bain qu'en boisson. Je vais 
rapporter sans préjugé , autant que je puis juger 
dt moi-même, ce que j'ai vu. J'ai vu une fièvre 
bilieuse, mal traitée, produire la mélancolie la 
plus sérieuse. J'ai fréquemment vu une fausse 
péripneumonie, mal traitée au mois de novembre, 
produire une goutte vague au mois de février sui- 
vant. Les hémorroïdes ne peuvent venir d'aucune 
autre que d'obstruction aux intestins, et ne peu- 
vent se guérir par d'autres remèdes que par les 
doux purgatifs et les médicamens désobstruans. 
Tous ceux qui ont lu des auteurs de pratique, 
doivent se rappeler que les hémorroïdes réper- 
cutées occasionnent des obstructions aux intes- 
tins, les symptômes de l'hypocondriacie ; ce qui 
se passe dès que les hémorroïdes reparaissent et 
coulent abondamment. La goutte répercutée se 
jette souvent aux poumons ou aux intestins; et 
il est en général fort difficile de soulager ces 
parties-là, à moins que la goutte ne revienne, 
et vice versa; si l'on arrête mal à propos les 
évacuations des poumons et des intestins, les 
hémorroïdes, les douleurs de goutte, ou même 
les deux ensemble, en seront la conséquence 



*A 



ATRABILIEUSE. 4o3 

certaine, à moins qu'il ne survienne une fièvre; 
et, dans ce cas, la nature décidera plus tôt des 
choses, il est vrai, mais avec plus de danger. 
Est-il donc surprenant que la goutte, les hémor- 
roïdes, rhypocondriacie , les hjdropisies et les 
morts suhites se soient si sensiblement accrues 
dans cette métropole , ces derniers années-ci ? 

J'ai aussi observé que les jeunes gens de notre 
ville peuvent manger ou boire ce qui leur plaît, 
et sans risque tant qu'ils sont agissans, et pren- 
nent peu de sommeil et beaucoup d'exercice. Le 
pis qui peut leur arriver, c'est une inflammation 
simple, que l'on peut guérir par la saignée iaite 
à propos , par les purgatifs et par l'abstinence. 
Mais aussitôt qu'ils s'écoutent, ils deviennent pa- 
resseux et inactife; ils deviennent gras, bouffis, 
et contractent dès-lors des maladies : de sorte que 
le déclin de la vie est aujourd'hui vraiment re- 
doutable, vu la vie que l'on mène dans cette 
ville-ci. Si quelqu'un pouvait jamais avoir assez 
de crédit pour éteindre cet esprit du jeu qui. 
règne parmi les grands , et la passion de la boisson 
parmi les pauvres , quelle belle race n'aurions- 
nous pas à espérer dans cette île fortunée! 

Mais revenons à la passion hypocondriaque et 
hystérique. On a bien mal à propos confondu 
l'espèce de nature atrabilieuse, cum mateiiâ, avec 
matière ^ avec l'autre qui est sans matière, laquelle 
Yient de la facilité avec laquelle le genre ner- 

26., 




^a£^:>a 



^Jl^^E^mm^WiK^ IT! 





^o4 De la CONSTITUTIOl? 

veux de certains sujets est ébranlé , ou (î*un^ 
mauvaise conformation du cerveau, et des nerfs 
qui sont trop aisément ou trop violemment se- 
coués par les passions de l'ame. Ainsi , en pre- 
nant l'effet pour la cause , on a employé des 
médicaraens nervins ^ tandis qu'il était besoin de 
désobstruans. Pour prévenir cette funeste méprise, 
nous allons examiner soigneusement l'origine et 
les progrès de la maladie , comme elle se mani- 
feste tous les ans dans cette ville, où elle est fort 
fréquente, et voir ce qui arrive quand elle suit 
son cours naturel sans interruption. 

Le premier symptôme est le manque d'appétit , 
et cependant le malade mange assez bien à l'heure 
des repas , quoique sans faim. A peine a^t-il 
naangé, qu'il sent un malaise, certaine plénitude, 
et des flatulences dans les intestins. S'il survient 
des tranchées et des selles, cela se passe en deux 
ou trois jours, et la maladie ne va pas plus loin; 
il est étonnant combien d'années quelques sujets 
traînent ainsi; mais s'il ne survient pas de selles 
après la plénitude et la pesanteur des intestins, 
la maladie fait des progrès , le sommeil est trou- 
blé , le malade est extraordinairement appesanti, 
le pouls se rallentit , et la couleur des yeux change. 

Les femmes qui sont ainsi affectées, éprouvent 
des suppressions , et recourent souvent à des 
emraénagogues échauffans, qui soulagent dans le 
moment , maijs à la fin irritent tous les symp- 



ATRA.E1LIETJSK. f^oB 

tomes. Au lien que quand on ne fait que réduire 
la diète à ce qui est apéritif et de facile diges- 
tion ( ex média matériel^ comme parle Celse), 
que Ton augmente peu à peu l'exercice , tout 
Vépaississement morbifique se cuit, et s'évacue en 
bien des sujets dans l'espace de quarante jours. 

Mais, si l'on néglige ces précautions, et qu'on 
laisse se fortifier et gagner le principe du mal, 
alors il vient un chagrin sans cause, mœstitia 
sine causât tant de différens symptômes, et tant de 
pusillanimité, que le malade se croit avoir toutes 
les maladies que le corps peut jamais essuyer; 
Cette tristesse sans cause a des effets différens 
sur les sujets. Dans les uns , c'est la crainte et la 
peur de la mort; d'autres désirent de mourir, 
ou plutôt s'ennuient de la vie ; ce qui, l'un et 
l'autre, est également absurde et ridicule. 

L'état suivant de celle maladie terrible est une 
insensibilité étonnante. On est peu affecté du froid , 
de la chaleur, de la faim, de la douleur ou du 
plaisir. Ces malades deviennent revèches, obsti- 
nés, et quelquefois ne disent pas un seul mot 
pendant deux ou trois mois de suite. 

Le dernier symptôme est un vrai délire sans 
fièvre avec tous les signes concomitans qui ne 
sont que trop bien connus. On peut ainsi diviser 
la maladie en cinq périodes, qui sont : i.» manque 
d'appétit, et crudités dans les intestins; a.» som- 
meil troublé, et obstruction aux intestins; S.^cha- 




W4S:»5I 



:ji^^s^%m)«KS^ 'snsuBi^ 




l^oG De la Constitution 

grin sans cause; 4° «^'^l d'insensibilité; 5.° délire 
sans fièvre, qu'Arétée nous a si bien décrit. De 
Caus. et Sign, morh. 1. i , c. 5 , p. 3o. 

L'on a observé , dans chaque période de cette 
maladie, que la nature s'est soulagée elle-même 
par une ou plusieurs des quatre opérations sui- 
vantes, dont la première est la plus commune 
et la plus efficace : i.® une diarrhée, ou ce que 
j'appellerai seVes poisseuses purgatives ^ de couleur 
de café, massives et tenaces; iP un écoulement coii- 
àiderable de sang des hémorroïdes , ou des mois; 
3° une espèce ûe herpe ^ impétigie, ou dartres; 
4.0 une fièvre déterminée, qui, au commence- 
ment, est de l'espèce des intermittentes, et même 
quarte. Mais, malgré les autres évacuations, la crise 
n'est complète que lorsque les selles noires corn* 
mencent à paraître. Alors une douce médecine 
qsii n'aurait pas excité le moindre mouvement 
au commencement , purgera avec vivacité. 

Je vis une fois cette maladie paraître singuliè- 
ipement : un jeune homme, plein de santé, d'un 
tempérament vraiment atrabilieux , fut pris d'une 
fièvre bilieuse de la moisson; on le saigna large- 
ment ; on le traita avec des diaphorétiques, en 
employant aussi les vésicatoires très»long-lemps ; 
mais on avait trop négligé les vomitifs et les pur- 
<rafifs. Les sueurs continuelles firent cesser la fré- 
quence du pouls et la chaleur de la peau ; mais 
l'an'i^iété resta, avec l'insomnie et Faccablemeot 



ATR ABILIEUSE. 4^7 

d'esprif. Le musc, le camphre et l'opium augmen- 
tèrent les symptômes, et le pouls devint si lent 
qu'il ne battait que quarante neuf fois en une 
minute. La conséquence fut une vraie mélan- 
colie qui passa successivement par tous les états 
ci-devant mentionnés. 

M. Mussel de Berlin venait de publier ses obser- 
vations médicales. Je suivis pour ce jeune homme 
le traitement qu'il recommande. Tous les jours il 
prenait une quantité considérable de tartre soluble 
et de miel, n'usa que d'une diète végétale, et 
toutes ses boissons furent acidulées avec l'oxymel 
simple. Nous fûmes obligés d'ajouter au commen- 
cement deux onces de marine tous les jours, afin 
de lui tenir le ventre libre; mais deux drachmes 
de tartre soluble, sans manne, suffirent enfin 
pour ces vues. Au bout de six semaines, j'aperçus 
quelque diminution de symptômes, et le pouls 
devint plus fréquent. Les selles parurent plus 
foncées; et, au bout de la neuvième semaine, 
il fit des selles poisseuses trois ou quatre fois par 
jour : depuis ce moment, il reprit si prompte* 
ment, qu'en trois semaines de plus il fut rétabli. 

En considérant ce cas-ci, il me parut qu'après 
que les vaisseaux eurent été vidés par la saignée > 
les parties les plus délayées, les plus acres et les 
plus volatiles de Xépaississement bilieux, furent 
forcées, durant le cours de la fièvre, de passer par 
Id peau , tandis que les parties les plus visqueuses 




Iklfi!:^ 



^it^^s^mm) 



ifjgllli 1 ? 




57: 



4o8 De la Constitution 

restèrent enfermées dans les intestins, et produisi- 
rent l'humeur tnéhncolique, succusmelancholicus, 
laquelle fut à la fin résoute par une diète et des 
médicamens convenables, et ensuite évacuée par 
les selles atrabilieuses. Lienosis bono tormina sunt. 
Quand les selles eurent repris leur couleur na- 
turelle , il se plaignit de flatulences considérables 
aux intestins; ce que l'on fit bientôt cesser par 
les bains froids et l'équitation , selon la pratique 
des Anciens. «Il est avantageux de prendre le mou- 
vement d'une voiture, mais plus du cheval; rien 
n'affermit tant les intestins. » Celse (i). 

Tous ceux qui voient beaucoup de malades et 
les hôpitaux , peuvent aisément s'apercevoir de 
l'augmentation considérable de cette maladie en 
cette ville, et aux environs. La cause en est sim- 
pie : bien des gens connaissent la vertu des dro- 
gues, mais peu la nature des maladies; de là l'usage 
du régime échauffant dans les affections bilieuses, 
de l'opium et des astringens dans les flux, des 
anodins et des répercussifs dans la goutte ou dans 
les hémorroïdes , ou de différens autres réper- 
cussifs et cosmétiques dans ces maladies cutanées, 



(i) Je connais un libraire qui , étant presque au dernier 
degré de l'iiypocondriacie , fut guéri en se faisant traîner tous 
1er. jours, et assez long-temps , sur ces petits traîneaux à quatre 
roues. Tous les remèdes, me dit-il alors, m'avaient été inu- 
tiles. Cet homme reprit la santé robuste qu'il avait auparavant. 



ÀTRABILIEUSE. 4o9 

m\ dans l'usage incirconspect des fébrifuges dans 
les fièvres d'accès. Dans tous ces cas, un phéno- 
mène produit par la crise, est pris pour la ma- 
ladie originale, et le symptôme pour la cause. 

Les Anciens, qui faisaient leur étude des mala- 
dies, étaient mieux instruits; 7;2a/^, dit un d'eux, 
si la tristesse et la crainte durent long-temps avec 
des veilles, il y ^ maladie atrahilieuse. Voyez aussi 
ce que dit Hipp., aph. 122, sect. 6. Or, loin de ré- 
percuter les hémorroïdes, si elles survenaient dans 
ce cas-là, ils les considéraient comme le commen- 
cement d'une crise. « S'il survient varice, ou 
» écoulement de sang par les orifices des vais- 
» seaux, ou des tranchées, cela enlève la folie. » 
\ ,Voyez aussi Hipp., aph. i/J, sect. 6. Ils soute- 
naient ces évacuations naturelles , parce qu'ils 
avaient vu par expérience combien elles étaient 
salutaires , et le danger qu'il y a de les arrêter. 
« Atque in quihiisdam paruni loto supprimitur, etc, 
» Rarement nous arrêtons cet écoulement en en- 
» tier dans les sujets que cela n'affaiblit pas; car 
» c'est une purgation pour eux, non une mala- 
» die. C'est par cette suppression totale que plu- 
» sieurs ont essuyé les maladies les plus graves, 
» parce que le sang n'ayant plus son écoulement, 
» la matière s'est jetée à la poitrine ou aux autres 
^ viscères. » 

On peut appliquer la même doctrine aux ma- 
ladies cutanées. Quantité de gens alrabilieux sont 



-1ilC:2l 



:fi^^:M%m) 



irg^iii 1 t 







^7J 



4io De la Constitution 

sujets aux boutons de chaleur, aux bourgeons, à 
la goutte rose, aux taches, à l'impéligie et sem- 
blables. Dès qu'ils sont pris d'une sérieuse ma- 
ladie , ces éruptions se dessèchent : aussitôt que 
cela reparaît, on peut attendre une coction , et 
bientôt après du mieux; car la plupart de ces 
sujets se portent bien, ont l'esprit dans son as- 
siette, tant que ces éruptions continuent. Cela ne 
doit iî pas rendre ces gens plus prudens dans le 
traitement des affections cutanées? 

Les Anciens connaissaient bien les avantages 
qu'on pouvait tirer d'une fièvre d'accès pour ces 
inaladies , si on la traitait bien. Denique ipsafe- 
htis^ etc. a Enfin, ce qu'il y a d'étonnant, c'est 
î> que la fièvre même est souvent avantageuse; car 
» «lie fait cesser les douleurs des hypocondres, 
a» s'il n'y a pas d'inflammation; elle remédie aux 
» douleurs du foie, à la distension des nerfs, et 
» à la rigueur, si elle a suivi ; et si elle fait couler 
3» les urines après la chaleur, elle fait cesser les 
» douleurs des intestins grêles, lorsqu'elles vien- 
3» nent de la difficulté d'uriner. » Voilà donc une 
liste de plusieurs symptômes de la passion hypo- 
condriaque et de l'hystérique. Et ailleurs, « il est 
3» d'un médecin prudent de renouveler quelque- 
3> fois et d'augmenter la maladie, et de susciter 
» des fièvres , parce que si l'état actuel ne peut 
i> admettre de guérison, il peut cependant tirer 
I» de l'avantage de ce qui résultera. Ou ne doit 



AÏRABILIEUSE. A^l 

j) donc pas arrêter une fièvre d'accès, fût-elle 
» même quarte , durant la conslitulion atrabi- 
» lieuse , quand on a sujet d'attendre qu'elle 
» pourra enlever une maladie aussi difficile à 
» guérir que l'hypocondriacie ; or, on le peut 
» tant que les forces du malade peuvent être 
i) tenues en état de soutenir les assauts des accès, 
)) Il faut, dans ces cas-là, être très-attentif à sou- 
» tenir le malade, dans les jours intermédiaires, 
ï) par des alimens convenables, afin qu'il puisse 
» être mieux préparé à l'assaut du paroxysme 
3 prochain, jusqu'à ce qu'on soit parvenu au but 
jD désiré. » 

Or, rien ne répond plus avantageusement à 

cette intention, que l'exercice au grand air ; les 

amers stomachiques, avec la rhubarbe : les bains 

froids même sont fort bons à certains sujets , dan^ 

les jours intermédiaires. Les vomitifs donnés les 

jours de mieux, modèrent la violence des accès 

subséquens, et facilitent l'expulsion de Vépaissis- 

sèment morbifique, « On donne, ditCelse, l'hellé- 

» bore noir à ceux qui sont tourmentés d'une 

» bile noire, ou qui ont une folie triste, ou à 

?> ceux dont les nerfs ont souffert quelque relâ- 

» chement. » De sorte que, suivant cette idée, 

on les faisait vomir le premier jour, et on les 

purgeait les jours d'intervalles suivans, comme on 

peut le déduire de plusieurs endroits de cet auteur. 

ta fièvre d'accès est d'une effi^cacilé singulière 



•uiCiai 



^A^'siHmmiiSK^ iT! 



4l2 De la CoNSTITUTIOîf 

pour résoudre et discuter les endurcissemens des 
viscères de l'abdomen. Je me souviens qu'étant à 
Franékére, un domestique se plaignait d'une masse 
dure, du côté gauche , qui semblait être dans la 
rate : Celse l'aurait sans doute traité de li'enosus. 
Il disait que c'était le reste d'une fièvre dont il 
avait été guéri, il y avait un an environ. Au mois 
de novembre, il fut pris d'une fièvre, épidémi- 
que alors, qui devint bientôt rémittente, et en- 
suite intermittente; d'abord double-quarte, et à 
la fin simple quarte bien formée et bien régulière. 
M. Coopman, qui le traita, s'aperçut bientôt que 
cette dureté diminuait. Après quelques accès, elle 
devint plus mobile, et diminua peu h peu après 
chaque accès. La violence de la fièvre se calma 
aussi, et s'arrêta au mois de mars suivant, sans 
aucun fébrifuge, quand cette masse eut entière- 
ment disparu. 

Les atrabilieux qui échappent à l'hypocondriacie, 
sont sujets aux coliques de la même nature que 
la colique bilieuse, ou même au colera-morbus, 
mais non si violemment. Cela dure cependant 
plus longtemps, et retourne volontiers. J'ai vu 
cette maladie traitée avec les antispasmodiques et 
les antihystériques pendant des années entières, 
jusqu'à ce que les malades eussent enfin été ré- 
duits au plus triste état, et souvent en danger de 
perdre la vie, pour avoir voulu arrêter les selles 
purgatives que la nature opérait pour les tirer 



t 




1 



atrabilieuse; 4r5 

de là. Jai vu aussi des hémorïoïdes terminées 
par une fistule à l'anus par de tels traitemens , 
et l'on fut obligé d'y porter le fer plusieurs fois; 
mais elles ne furent guéries à la fin , qu'en per- 
sévérant opiniâtrement dans une longue diète 
végétale , les désobstruans, les doux purgatifs pen- 
dant plusieurs mois de suite. Je suis même actuel- 
lement un jeune homme qui a employé deux ans 
pour se bien guérir, quoiqu'il eût usé de l'eau 
de mer pendant deux saisons, et qui n'avait ce- 
pendant jamais été deux semaines sans retour, 
jusqu'à ces trois derniers mois-ci. 

Dans toute espèce de maladies aîrabilieuses, il 
faut faire une grande attention à la diète, sans 
quoi aucun traitement médical n'aura de sïjccès. 
Or, c'est4à ce qu'on néglige le plus souvent à 
la ville; erreur qui quelquefois ne vient que de 
la fausse tendresse des parens, qui s'imaginent 
que ce régime convenable n'est purement que 
de frugalité , comme coûtant moins que la nour- 
riture accoutumée du malade, ou de l'idée que 
l'on a qu'aucune maladie ne demande jamais une 
diète aussi rigoureuse, sinon une fièvre. 

Quand ïépaississement morbifîque est évacué 
j'ai toujours vu que les bains froids étaient avan- 
tageux. En effet , les bains et les boissons d'eau de 
mer font très-bien , et je n'ai jamais vu qu'elles 
relardassent en rien les éruptions que la nature 
peut pousser à la peau , si elle prend cette voie. 



.^S4% 



irsjKiKi 




j^ 



\ 




414 Ce la Cojnstitùtiojn^ 

Je traitai dernièrement un jeune homme qui était 
déjà avant dans un délire sans fièvre. Quand son 
embonpoint fut tombé , que le pouls fut devenu 
mou, après une longue diète assez mince, et 
Tusage de la manne, du tartre soluble, etc., il 
prit les bains froids tous les jours régulièrement, 
et en même temps continua les médicamens apé- 
ritifs. Bientôt après, tout son corps fut couvert 
d'une herpe véritable, qui ne fut nullement em- 
pêchée par les bains. Comme je vis que tout cela 
le soulageait beaucoup, je résolus de ne rien 
changer jusqu a ce que la première maladie eût 
cessé entièrement. Ensuite il prit une décoction 
de salsepareille avec de l'essence d'antimoine ; et , 
dans le cours de quelques mois de plus, Therpe 
fut guérie sans topiques. 

Il y a dans quelques tempéraraens atrabilieux 
un lichen chronique qui couvre une partie du 
corps, surtout les parties nobles; il est fort re- 
belle, fort incommode et fort tourmentant. Aprè« 
avoir fait prendre sans succès les bains et les 
eaux de mer, j'ai vu cette maladie céder à un 
long usage de l'amalgame d'étain , amalgama Jo^is^ 
et des eaux de Harrowgate pendant l'été et la 
moisson. J'ai lieu de croire que les pilules éthiop. 
du Dispensaire d'Edimbourg, l'extrait de ciguë et 
l'essence d'anûmoine ont également réussi. Mais 
il faut que le ventre soit toujours libre alors, et 
bien faire attention à la régularité de la diète. 



ATHAEILIETTSE. 4«5 

Ceuf qui sont incommodés d'écrouelles pendant 
la jeunesse, et sont de nouveau attaqués de cette 
maladie vers dix-huit ans, comme cela est fort 
commun, sont sujets k de dangereux catarrhes, 
jusqu'à ce qu'ils aient passé vingt-cinq ans. Alors 
ils deviennent forts, pleins de santé, vifs; mais 
vers cinqu-ante ans ils sont fréquemment incom- 
modés d'affections cutanées opiniâtres. De sorte 
que les maladies à glutinoso spontaneo de Boèr« 
haave, aphor. 69, semt)lent les affecter particu» 
lièrement à cet âge, comme l'atrabile le fait dans 
d'autres tempéramens. 

Voici en quoi semble consister la différence 
qu'il y a entre la bile jaune de la moisson , et 
la bile noire du commencement de l'hiver. Le 
même épaississement jaune, acrimonieux, ténu, 
qui flotte dans le sang tout l'été, est la cause des 
affections bilieuses ; or, cette matière, une fois 
cuite et déterminée aux intestins, est princtipale» 
ment évacuée par les selles, en apparence sem- 
blables à une bile jaune. Mais, si elle n'est pas 
évacuée durant cette saison-là , et avant les froids, 
elle devient moins acrimonieuse, plus tenace et 
plus foncée en couleur; c'est alors ce que les An- 
riens appelaient succus melancholicus ^ ou humeur 
atrabilaire. Dans cet état, elle peut produire des 
douleurs de goutte, et diverses affections cutanées. 

Mais , si la nature la porte et la fixe sur les 
intestins, elle produira dts hémorroïdes, ou les 




1ilG!:»ai 



^t.^'siHmm 



irtsoBi^ 



ma 



^ 



^ 
fe 



i 



4i6 De la Constitution 

• symptômes de la maladie hypocondriaque, ou de 
l'hystérique «vec matière^ que l'on ne guérira qu'ea 
atténuant, délayant et expulsant par des selles 
cette matière sous la forme et la consistance d'une 
bile noire. Si donc nous voyons qu'il faille neuf, 
quatorze ou vingt-et-un jours pour cuire et éra- 
cuer une bile jaune, ténue et acrimonieuse, cer- 
tainement on ne doit pas être surpris qu'il soit 
besoin de plusieurs semaines, même de plusieurs 
mois pour délayer, cuire et expulser une bile 
noire, épaisse et tenace, surtout si nous réflé- 
chissons qu'elle doit passer par la rate et les 
autres blanches de la veine-porte , où la circu- 
lation est languissante, même avant d'arriver au 
foie. D'ailleurs, cet état d'obstruction en rend la 
sécrétion beaucoup plus lente. En nombre de 
cas, je ne vois pas que cette maladie cède en 
moins de quarante jours; plusieurs sujets ont été 
vingt-et-un mois à se refaire avec bien de la peine ; 
de sorte qu'il n'y a pas de maladies , ni de classe 
de maladies, qui demandent tant de persévérance 
et de patience de la part du médecin et du ma- 
lade, que celles qui viennent de l'atrabile. 

Je ne me rappelle aucun médecin qui nie au- 
jourd'hui l'existence de cette matière atrahilieuse. 
On convient aussi que, quand elle est fixée sur 
les intestins, elle causera du dégoût, de l'abatte- 
ment d'esprit , du chagrin , des veilles et tous 
les autres symptômes de la mélancolie , laquelle ne ■ 



ÀTRABILIEUSÏ. 4ï7, 

^îcssera (Jue quand la cause aura été anéantie^ 
Nous savons aussi par expérience, que les grandes 
peines et les contrastes douloureux , ou autre 
affection triste quelconque , assez forte pour y 
fixer toute notre attention , détruiront enfin peu 
à peu toutes les fonctions naturelles, si elles con- 
tinuent long-temps à agir sur l'esprit. Joignons 
à cela une vie sédentaire et indolente, l'usage 
constant des nourritures animales, de la graisse 
et du beurre-; alors l'humeur atrabilaire s'engen» 
drera certainement dans le sang. Si la même cause 
continue, il se formera des obstructions aux vis? 
cères , et la même maladie paraîtra de même que 
si la cause originale éloignée eût existé dans le 
corps : de sorte que cette même obstruction des 
viscères , laquelle en était la cause dans le pre- 
mier cas, devient Teffet dans le second. Mais la 
maladie du corps en est toujours la même, c'est-à- 
dire, l'humeur mélancolique jetée sur les intes- 
tins , succus melancholicus intestinis impactus. C'est 
pourquoi l'intention de la cure doit aussi être la 
même, savoir : de délayer, atténuer et évacuer 
X épaissis se ment morbifîque^ après quoi l'on pourra 
rendre aux parties affectées leur ton naturel. 

Je ne saurais assez admirer la sagacité des pre* 
miers Pères de l'Église de Rome. Quand un homm^ 
d'un caractère austère prenait le parti de se sé- 
parer de ses semblables , ils lui imposaient des 
jeûnes , une diète et des exercices les mieux 



[\îuz:iai 



^i.js^H%m 



ir« 



tHI' 






4iB De la Constitution 

réfléchis, pour prévenir la formaîion et l'accrois- 
sèment de cette humeur mélancolique. J'ai souvent 
désiré qu'en renonçant à cette communion, nos 
ancêtres eussent du moins conservé les lois diété- 
tiques de cette Église. 11 est de fait, et sans répli- 
que, que grand nombre de sujets religieux arrivent, 
dans les couvens, à la plus grande vieillesse, sans 
jamais avoir essuyé les maladies auxquelles on est 
exposé dans la vie ordinaire. Ce nombre est même 
si grand, qu'il fait varier le calcul des annuités, 
et que la liste des vieillards extrêmement âgés est 
plus grande dans les pays catholiques que parmi 
les Protestans. Cela passe encore parmi les Maho- 
mélans; car, outre la grande régularité et la so- 
briété de leur vie, la propreté est un des articles 
de leur religion. Malheureusement nous ne pou- 
vons déterminer leur âge , parce qu'ils ne tien- 
nent pas de registres de naissance. 

Après avoir ainsi donné une idée de la nature, 
de l'origine et des progrès de cette maladie , je 
passe à l'exposé de la méthode curative que j'ai 
reconnue la plus heureuse. 

i.o S'il y a des symptômes de pléthore ou de 
grande plénitude du pouls , le malade supporte 
bien la saignée. 

ip Si la langue est sale, et qu'il y ait signe 

de matière turgescente dans l'estomac , je fais 

vomir, comme je l'ai prescrit à la fièvre bilieuse. 

3.0 S'il y a signe de matière turgescente dans 



r^< 



ATRABILIEUSE. 4^9 

îes intestins, ou si le ventre a été long-temps 
resserré, j'ordonne une bonne dose de médecine, 
tels que des apozèmes purgatifs à prendre tous les 
matins, et continués, un verre à chaque heure, 
jusqu'à ce que les selles paraissent; après quoi 
je fais prendre quelque boisson délayée, chaude 
et fréquemment , jusqu'à ce que la purgatioa 
cesse. 

4.*^ Je permets beaucoup de nourritures , mais 
non des viandes, ni aucune boisson fermentée 
ou spiritueuse , ni des acides austères, jusqu'à 
ce que les symptômes soient tombés; mais autant 
que les malades veulent de miel, de fruits mûrs 
et gardés, des racines, légumes, salades e'c du 
pain léger bien levé. 

Je ne vois pas de bière assez faible dans cette 
ville, pour leur boisson ordinaire : leur meilleure 
boisson, outre l'eau et le thé, est l'hydromel, le 
petit-lait de présure, l'eau d'orge aiguisée avec 
l'oxymel , ou la gelée de groseilles délayée dans 
l'eau, ou une décoction légère de tamarin , une 
infusion de pommes de reinette , et semblables. 
Quoique peu de mes malades se tiennent stric- 
tement à cette diète , et cependant se rétablissent, 
elle est néanmoins la meilleure. 

5.0 Tous les malins je leur fais prendre une 
once de tartre soluhle dans deux bouteilles d'eau- 
rose adoucie avec un peu de manne, autant qu'il 
en faut pour leur procurer deux selles molles et 

27.. 



T^^ms^'^io^sk 



^i«..^H%m) 



Vflv' 



& 



I 



^."L 



î|2o Ï3e la Constitution^ 

abondantes. Au commencement , j'ai besoin d0 
faire prendre deux onces de manne à plusieurs 
fois, pour cet effet; mais peu à peu je diminue, 
y substitue enfin le miel vers la fin , quand le 
malade s'en accommode. 

Quelques jours après, ils se plaignent que cette 
boisson est froide et flatueuse dans les intestins: 
alors je substitue l'eau de menthe à feau-rose , et 
elle fait cesser ce symptôme. 

6.° Tous les matins je les fais lever de bonne 
heure; et j'ordonne de les promener en long et 
en large , jusqu'à ce que la potion ait eu son effet. 

7.® Tous les jours je fais prendre un peu plus 
d'exercice en plein air, jusqu'à ce que le malade 
parvienne à faire plusieurs milles. Si le temps est 
orageux, je n'empêche pas qu'on ne s'exerce à 

couvert. 

8.® Si Ton se trouve assez bien au mois d'avril, 
on peut aller à Cheltenham ; l'eau de cet endroit 
est fort bonne pour ces maladies : six semaines 
après, ils passeront de là à la mer, pour s'y 
baigner et en boire en même temps de l'eau. Mais 
on doit toujours persister dans le même régime, 
tant pour la diète que pour l'exercice, jusqu'à ce 
que tous les symptômes aient disparu, après quoi 
l'on peut prendre à dîner du maigre de la viande, 
fortifier ainsi la diète peu à peu, se souvenant 
toujours qu'une diète réservée, se lever de bonne 
heure , et les forts excercices, sont ce qu'il y a de 
mieux pour de tels tempéramens. 



ATRABILIEBSB. 4=1 

Quelques-uns se rétablissent en six ou huit se- 
maines ; je n'en ai pas encore vu qui a.ent rnis 
plus de deux ans pour cet effet. Dans les cas les 
plus invétérés, j'ai toujours aperçu du mieux au 
bout de trois mois; et le malade se croyait vo- 
lontiers bien rétabli, uniquement pour renoncer 
à cette contrainte. Mais point de précipitation , 
on peut retomber aisément ; j'en ai vu des exemples. 

J'ai aussi guéri par un traitement analogue, les 
souttes-roses les plus invétérées, l'herpe, le lichen, 

l'impétigie , les dartres , et toutes ces alfections 
cutanées que l'on attribue ordinairement au scor- 
but J'en dis autant des hémorroïdtes externes et 
internes, que l'on regardait comme fistuleuses; et 
sans autre application externe qu'un cataplasme 

ordinaire. 

La même méthode m'a à peu près également 
réussi dans la goutte ; et j'ai vu des malades dont 
les nodosités crétacées se sont dissipées : les ori- 
fices qui avaient déchargé cette malièrc pen- 
dant long-temps, se refermèrent, et les malades 
recouvrèrent l'usage des membres. Je n'ai pas en- 
core hasardé de prescrire ce traitement aux sujets 
goutteux au-delà de l'âge de cinquante ans; mai» 
convaincu par l'exemple et les instructions de 
plusieurs savans médecins , je crois fermement 
qu'on peut le pratiquer avec grand avantage , pourvu 
qu'on prenne garde de ne rien trop précipiter , 
comme l'ont lait certains ignorans, qui, pour 



SKWDSWCa 



3«>s:4m« 




■ViltSl^ÊÊBi 






I 



ar_ 



I 



4^2 Dis LA Constitution 

n'avoir ni assez de connaissance ni de patience, 
ont ruiné des sujets délicats, et mis en discrédit 
cette méthode qui aurait pu être salutaire, et 
même procurer une cure radicale, si on l'avait 
employée avec la prudence convenable ; ce dont 
j'ai vu bien des exemples. Le docteur M. de C. 
avait passé soixante ans, quand il se mit à ce trai- 
tement, il y a quinze ans. M. A. avait cinquante 
ans. Le révérend n'avait, il est vrai, que quarante 
ans ; mais il était, par sa constitution , âgé de plus 
de quatre-vingts, quoiqu'il soit actuellement si 
bien et si gai. Mais les hommes aiment mieux 
mépriser la simplicité, et admirer ce qu'ils n'en- 
tendent pas. 

Si donc le sang est chargé de l'humeur atra- 
bdaire, ou s'il y en a une grande quantité d'amas- 
sée dans les viscères, mais sans fièvre, rarement 
alors il y a beaucoup de douleur, ou quelque 
symptôme fort dangereux. Si par événement la 
fièvre s'y joint, l'humeur atrabilaire en est atté- 
nuée, et devient excessivement acrimonieuse ; on 
doit donc l'évacuer promptement, ou les consé- 
quences en seront funestes. Je me rappelle d'en 
avoir vu un exemple chez madame Johnston , 
dans le Old-Jeivry, Un homme mince, ayant de 
gros os, une urine sombre, lequel fut pris de 
la petite-vérole confluente, était regardé comme 
perdu. On le mit à un régime antiseptique, c'est- 
a-dire qu'on lui tint constamment le ventre libre; 




d 



ATRABlLIEtlSE. 4^^ 

on le nourrit de fruits et d'acides, et on le lit 
tenir dans son lit, sur son séant, autant qu'il fut 
possible, quoiqu'il ne lût pas du tout dans le 
délire. La fièvre ne tomba pas après l'éruption, 
comme de coutume, ni même au quatorzième jour ; 
mais il avait les joues, les hanches, et plusieurs 
parties du corps couvertes d'une profonde gan- 
grène, qui ne se détacha qu'au vingt-huitième 
jour. Pendant tout ce temps-là, le pouls fut fort 
fréquent , la chaleur et la soif considérables. Il prit , 
durant tout le cours de cette fièvre, l'esprit de sel 
marin dans toutes ses boissons , et de la décoc- 
tion de quinquina toutes les quatre heures. On 
lui tint le ventre toujours libre jusqu'à ce que 
les croûtes tombassent, et que les selles devinssent 
moins fétides et plus naturelles; après quoi sa 
diète fut fortifiée, et on lui laissa le ventre se . 
resserrer. La couleur et la puanteur des selles 
m'avaient fait soupçonner que c'était une dis- 
position atrabiUeuse qui était cause de cette pe- 
tite-vérole si maligne, et je fus confirmé dans 
mon opinion , par le soulagement constant que 
lui procuraient ces douces purgations. On ne lui 
appliqua sur le visage que de l'eau de tripe , et 
au bout de deux ans , les cicatrices de petite-vérole 
n étaient rien , en comparaison de ce qu'elles 
avaient paru d'abord. 

Quelquefois cette-humeur devient ténue et acn- 



r^iOÊÊ&^^ac^si 



^21..^H%Y 



irt^aai^mÊrsi 







WÊ 



i 



i^^ 
fe 



I 



^.•L 



4M De la CoïrsTrTtTTÎON 

nîonieuse d'elle-même, est résorbée en partie dans 
Je sang, et en partie se décharge dans les intes- 
tins; mais il en passe aussi une bonne partie par 
les reins, comme le montre la couleur noire de 
Turine. Tel était le cas de M. A. J. qui, après la 
mort de son épouse , devint mélancolique , et 
enfin parut avoir un ictère noir, ce dont la fièvre 
la plus dangereuse fut la conséquence. Quoi- 
qu'abattu et languissant, il avait le pouls prodi- 
gieusement dur et fort : de sorte qu'il soutint en- 
core nne saignée de douze onces. Le sang était 
extrêmement épais, du jaune le plus foncé que 
j'aie vu. Je le tins continuellement aux purgatifs 
de manne, de tamarin, de tartre soluble qu'il pre- 
liait fréquemment : toute sa diète était du fruit, 
et ses boissons furent acidulées avec l'esprit de 
soufre, jusqu'à ce que la fièvre tombât; et il 
reprit sa couleur ordinaire. Son urine devint 
pâle peu à peu , d'aussi noire que l'encre qu'elle 
avait été; les selles ne furent plus si fétides : alors 
il ne prit plus de goût aux fruits et aux acides, 
désira manger du mouton, en prit un peu de 
maigre , et parut s'en bien trouver; après quoi il 
retourna aux fruits, et reprit sensiblement d'un 
jour à l'autre. La fièvre avait été violente , et consé- 
quemment termina son cours au quatorze de la 
première invasion. L'urine noire n'est donc pas 
toujours un signe mortel , mais indique une raa^ 
ladie atrabilieuse. 



Xtrabilieuse. 4a5 

Telle est aussi la nature de la maladie noire (i), 
\dkcLvjcL vovaoç d'Hippocrate , si bien décrite par, 
F. Hoffman ; maladie dans laquelle le sang dissout, 
mêlé avec l'humeur atribilaire, se décharge de 
la rate dans l'estomac par les vaisseaux courts^ et 
est vomi par de fréquentes secousses, et ayant 
«ne couleur d'encre. Quand cette humeur est 
acide au goût, il y a espérance d'en revenir; mais 
la mort suit de près, quand ces vomissemens sont 
fétides et acriaionieux. 

En examinant les corps de ceux qui meurent 
de cette maladie , je vois que les vaisseaux courts 
sont extrêmement distendus, la rate obstruée et 
pleine d'un sang d'une noirceur extraordinaire.' 
Je dis ici, avec peine, que je n'ai pas encore 
réussi à guérir cette maladie-là. 

Dans d'autres occasions , cette humeur semble 
se dissoudre peu à peu, et entretenir une irrita- 
tion continuelle, en découlant comme d'une 
source sale ; et c'est-Ià ce qu'il y a de plus diffi- 
cile à détruire, parce qu'il faut purger tous les 
jours, et que le malade s'abat entièrement, si la 
purgation agit au-delà de certain degré ; que d'aile 
leurs il est déchiré d'un ténesme perpétuel, et 
qu'il survient un méthéorisme , si l'on ne nettoie 
pas suffisamment les intestins. Il ne faut donc 



(i) Hippocrate, liv. i des Maladies ^ n.o 196 de« notes de 
Foës : il eo expose encore une autre , n»o 200. 




'iiissxm^'aci^sk 



cii^^HmY 




'{rîSiSi^^Êmsi 






426 ^^ ^^ CONSTITUTIOJ^Î 

purger qu'autant qu'il est besoin pour nettoyer 
ces intestins, et ne pas mettre le malade dans 
îe cas d'être ensuite resserré. Par-là , il se trouve 
beaucoup soulagé, et on lui donne pour deux 
jours quelque répit avantageux. Pendant ce temps- 
îà, il prend quelque nourriture et les forces né- 
cessaires pour exécuter la coction et l'expulsion 
suivante, surtout si l'on règle la diète avec bien 
de Tattention. Pour cet effet , je me suis servi 
pendant plusieurs années d'une once de manne, 
demi-once de tartre soluble en émulsion avec huit 
amandes douces, et un demi-setier d'eau-rose. Le 
malade en prend un verre chaque heure , jusqu'à 
ce que le ventre soit convenablement libre. Je 
ne donne ensuite, ni opiat, ni autre cordial que 
îe vin et la diète. 

Le 6 septembre, on m'appela chez M. G. , homme 
de moyen âge, robuste , mais sec, mince, pâle , 
ayant des cheveux noirs et la goutte depuis plu- 
sieurs années. On me dit que la fièvre l'avait pris , 
il y avait six semaines, avec une goutte vague, et 
s'était ensuite changée en fièvre maligne, accom- 
pagnée d'accablement d'esprit, de grande perte 
de forces et d'appétit, de ténesme continuel , de 
douleur de coliques, de petites selles fétides et 
sanieuses: Gonséquemment, il avait pris l'émétique 
une fois, la rhubarbe fréquemment, et il avait sou- 
vent réitéré. Il avait vécu principalement de bouil- - 
Ions, de i^elées de viandes. Vers la fin de la troi- 



L 



ATRABILIEUSE. /,2^ 

sièmesemaine il panitdesaphlhes contre lesquelles 
onavaitessayétouslesremèdespresqueinutilement. 
Je le trouvai donc au lit , étendu sur le dos, pou- 
vant à peine parler. Il avait un hoquet continuel- 
le ventre était gonflé, dur, le pouls intermittent 
a chaque troisième pulsation. Il avait eu constam- 
ment de petites selles, et presque sans le sentir, 
d'une couleur sombre de café et d'une odeur ca- 
davéreuse. Il était dégoûté de nourritures et de 
boissons; ses aphthes étaient de couleur jaune et 
en parties détachées; la bouche et le gosier étaient 
exconés , et probablement aussi l'estomac ; car il 
jetait les hauts cris, à cause des douleurs d'esto- 
mac, aussitôt qu'il avait pris quelque médicament, 
quelque aliment ou même une boisson. Il avait 
le visage hideux, féroce et hagard, et son urine 
ressemblait à de la bière éventée. Je vis cepen- 
dant trois symptômes favorables; la tête était assez 
bien, la respiration bonne, il bavait beaucoup. 
Je lui lâchai le ventre avec l'émulsion susdite 
et j'ordonnai de lui donner de la panade, d.i 
gruau, de quelque manière que cela pût passer; 
d'aiguiser un peu ses boissons avec du jus de' 
fruits mûrs, et de les édulcorer d'un peu de miel. 
Le 7 septembre, il prit toute l'émulsion apé- 
ntive, et fit deux selles abondantes, poisseuses; 
le ventre s'affaissa en grande partie, mais resta 
toujours dur : les selles purgatives s'arrêtèrent, le 
pouls devint régulier, battant cent fois dans une 




sgssamoisvcst 



'JL.'SiH%W 



•vnskBi^ 






428 De la CONSTITUTIOM 

iTiinute; mais l'estomac était si irrité, qu'il reje- 
tait tout acide, et que le hoquet continuait. Je 
fis continuer la même diète sans acide, donner 
fréquemment plein une cuillère à café de looch 
fait de miel, d'huile, de gelée de groseilles, par- 
ties égales ; donner un lavement le soir, et quel- 
que chose de nourrissant et d'émollient. 

Le 8, le lavement procura deux selles qui firent 
cesser la dureté du ventre elle hoquet. La bouche 
n'était pas tout-à-fait si pelée ; l'estomac s'accom- 
«lodait de quelque nourriture , tels que des œufs 
à l'eau et au miel , d'un peu de groseilles mures. 
Mais il ne voulait point de looch; le pouls battait 
cent fois. Il parla alors un peu mieux , parut sentir 
beaucoup de soulagement, si l'on excepte la lai- 
blesse. J'ajoutai un vin doux à sa boisson, et la 
potion suivante à prendre toutes les quatre heures. 
Mais j'ordonnai de prendre, le neuf au matin, 
assez d'émulsion purgative pour faire une selle. 
Voici la potion: 

Of. Camphre, deux grains; 

Jma/ides douces pelées , n.» deux ; 

Sucre, demi-drachme; 

Eau-rose , une once et demie. F- P- 

Le 9, il prit quatre prises de cette potion, et 
le matin l'ém.ilsion apéritive , ce qui procura deux 
selles iéiides abondantes, d'un jaune sombre tres- 
foncé ; il fut fort soulagé. Alors le pouls fut fort 



ATRABILIEUSK, 4^9 

et grand, de cent pulsalions. L'estomac était tou- 
jours fort sensible; le malade vomiïisait souvent, 
et ne rendait que du flegme. Je vis que le pa- 
roxysme était arrivé , et je prédis le retour des 
aphtbes. J'ordonnai donc « que toutes ses bois- 
sons fussent chauffées; je continuai la potion avec 
trois gouttes de laudanum^ et six gouttes pour 
joindre à la potion de la nuit, avec un peu de 
vin comme auparavant. » Les aphtbes revinrent 
copieusement le soir; il sua modérément cinq 
heures. 

Le lo, beaucoup de soulagement le matin; le 
malade prit une assez bonne quantité de breuvages 
nutritifs; point de selles; sommeil pendant la 
meilleure partie de la nuit; le pouls battait quatre- 
vingt-seize fois, il était mou et grand. J'ordonnai 
« de continuer les mêmes remèdes , excepté seu- 
lement la teinture d opium. » 

Le II, le malade reprend toujours, bave beau- 
coup , le pouls comme hier. Point de selles; les 
aphtbes sont de bonne couleur, se séparent très- 
promptement. Je prescrivis « un lavement émoi- 
» lient ; je fis continuer l'usage de la potion cam- 
» phrée sans opium, et réitérer l'émulsion purga- 
2> tive pour le lendemain matin, a 

Le 12 , le lavement n'avait rien fait : la nuit a 
été assez bonne , le malade bave considérablement ; 
une tasse d'émulsion a procuré une grande dé- 
charge de bile jaune, fétide, pultacée etd'un jaun« 




'^i^sm^'éw^si 




\ 



^ 



430 "Dl'^ I^^^ CONSTITCTIOïS- 

orangé et sombre. Le pouls battait quatre-vingt* 
dix fois; au soir, l'urine fut bourbeuse: comme 
il était dégoûté de la potion avec le camphre, je 
ne la réitérai pas. J'ordonnai « de réitérer Témul- 
sion le lendemain matin. » 

Le i3, autre selle le matin, à la faveur d'une 
tasse demulsion. Il a transpiré toute la nuit, bavé 
beaucoup, et pris assez de nourriture. Le pouls 
est de quatre-vingts pulsations, fort mou ; sédi- 
ment abondant dans les urines ; beaucoup d'aphthes 
bien colorées. J'ordonnai « deux onces de décoc- 
tion de quinquina toutes les huit heures. )> 

Le i4, assez bonne nuit, point de selle : le 
malade a beaucoup bavé , et sué environ cinq 
heures. Il se plaint de mal d'estomac : l'urine ne 
dépose pas si bien ; le pouls est plein et bat au- 
delà de quatre-vingt-quatre fois ; mais le malade 
se plaint de faiblesse. 

Le i5, sueur accoutumée; le malade a bavé 
davantage : il se plaint de grande douleur dans 
la bouche, la gorge et à l'estomac. Les potions, 
dit-il, lui offensent l'estomac considérablement : 
il en a cependant pris quatre , et assez de breu- 
vages avec du vin muscat : point de selle : le pouls 
est mou, bat quatre-vingt-six fois : l'urine dépose 
moins qu'hier. J'ordonnai donc « de lui donner 
les potions toutes les six heures , et un peu de lait 
d'ânesse le soir et le matin , comme une addition, 
à sa nourriture. » 



L 



ATRAlîîLriîUSE. /3j 

Le i6, il s'accommode bien du lait danesse; 
îl a beaucoup dormi, a pris trois potions de quin- 
quina et sa nourriture ordinaire. Il se croit mieux, 
parce qu'il n'a pas eu d'envie d'aller à la selle : 
plus de douleur à la bouche; il bave peu; le 
ventre est mou ; la peau n'est plus brûlante , mais 
sèche : l'urine est crue; le pouls est monté à cent 
huit pulsations. Je conclus qu'il y aura bientôt 
une nouvelle éruption d'aphihes, Jt qu'on doit les 
facditer; autrement, il en résultera du mal. « J'or- 
donnai donc de réitérer aussitôt l'émulsion, et de 
chauffer ses petits breuvages. Je lui permis de 
Loire du petit-lait fait avec du vin, de quitter le 
quinquina, donnant la boisson anodine au soir 
dans la potion camphrée. » 

Le 17, l'émulsion opéra bien. Les aphthes re- 
vinrent bien colorées , et copieusement : il sui 
cinq heures de la nuit : la bave était aussi rêve- 
nue. Le courage est un peu relevé; il se plaint 
moins de l'estomac; le pouls est retombé à quatre- 
vingt-quatre pulsations, mais il se plaint beau- 
coup de la gorge; l'urine est crue. Le malade 
prendra « un julep avec l'esprit de sel marin, 
et un anodin à l'heure du sommeil. » 

Le 18, il a assez bien dormi dans la nuit, mais 
n'a pu soutenir le julep. La peau est molle et 
nioite; le pouls îi'est qu'à quatre-vingts puisa- 
tions; l'urine bourbeuse; il bave beaucoup; il a 
bien fbmi ce malin , a eu une selle copieurs 



ïll<ca 



:ji^^i%mY 



irtsws^mmsii 



43i ^^ ^^ Constitution 

pultacée, ïnieux colorée qu'auparavant. Le malade 
prendra « la potion anodine à l'heure du som- 
meil. » Il ne prend pas régulièrement le quin- 
quina. 

Le 19, il a eu de fréquens vomissemens la 
Buit. Son repos en a été troublé , mais i'esto- 
xnac est plus à l'aise ce matin. Il s'accomode bien 
du lait danesse, un demi-setier le soir et le malin. 
La respiration est bonne, la peau est moite ; la 
bouche propre ; il peut même prendre un peu 
de bouillon de poulet avec du riz, sans offenser 
Festomac. L'urine est chargée , hypostatique ; le 
pouls est àsoixanle«dix-huit pulsations. Le malade 
continuera « Tusage du quinquina, et réitérera 
la potion anodine à l'heure du sommeil. » 

Le 20, le vomissement est fini; les aphthes sont 
poussées en plus grande quantité ; il prend très- 
peu de quinquina; il est de même qu'hier, se 
plaint seulement de faiblesse. Je regarde à présent 
la fièvre comme finie à peu près. « Je n'ai donc 
» ordonné qu'un opiat chaque nuit; de prendre 
3 soir et matin depuis poisson jusqu'à demi-setier 
D de lait d'ânesse ; deux fois par jour demi-setier 
i> de bouillon, demi-bouteille de vin doux pur, 
» ou mêlé avec sa boisson ordinaire, et de manger 
» autant de figues mûres , de poires et de pêches 
» fondantes qu'il le voudrait; de prendre sa bois. 
» son froide. Il prend aussi du lait de beurre en 
» place de bouillon , quand il le préfère. » C'est 



L 



ATRABILIEUSE. ^^33 

ainsi qiril a procédé, se refaisant peu à peu, 
jusqu'au vingt-trois que le pouls remonta subite- 
ment à cent-vingt pulsations , et il devint fort 
faible. Alors je réitérai « l'émulsion purgative, d 
11 parut de nouvelles aphthes après deux selles, 
et la fièvre s'abattit peu à peu. 

Le 24 , les légères préparations de quinquina 
ont été administrées, non corn me fébrifuges, mais 
seulement comme toniques , parce qu'il ne pouvait 
soutenir rien de plus acide que les pèches ou les 
figues. Mais, voyant que rien ne le soulageait que 
l'émulsion purgative , « je pris le parti de la réité^ 
^> rer tous les malins pour tenir les voies libres , 
» procurer ensuite une bonne nuit par un doux 
» anodin , « le soutenant tout le jour avec des 
nourritures telles que ci-devant ; le faisant lever 
ou simplement coucher sur le lit. 

Le 27. Nous procédâmes ainsi jusqu'au 27, que 
le pouls monta encore subitement à cent vin<>t 
pulsations. Je lui dis que son pouls était bien fré- 
quent; il ne voulait pas me croire, parce qu'il se 
trouvait fort bien. Néanmoins je fis réitérer l'émul- 
sion le matin suivant, assez pour le purger. 

Le 28 , la fièvre est retombée. Plus d'aphthes 
autant que je puis voir, mais il bave de nouveau 
en grande quantité. Il reprend un peu goût au 
manger. Je le quittai là comme convalescent. 
yoilà ce que j'appelle une fièvre alrabilieuse, 
'• 28 



«4C^ai 




ifôSJIIiaHS 






434 D^ ^^ COWSTITUÏION 

tant conséquemment à la constitution du malade, 
qu'à ses maladies antérieures et à la terminaison. 
Car il est évident qu'il demandait à être purgé 
tous les matins , même après les coctions et expul- 
sions partielles qui se faisaient par les aphthes : ce 
qui communément ne réussit pas quand les fièvres 
putrides ou bilieuses se terminent par les aphlhes. 
En effet , la même purgation douce qui fit cesser 
le météorisme , fit aussi passer le hoquet , farilit-a 
les aphthes , et emporta toute la fièvre , confor- 
mément à sa propre nature , comme dit Sydenham. 
« Dans la plupart des fièvres aphtheuses accom- 
» pagnées d'une telle apyrexie régulière et par- 
y> faite , le quinquina convient aussi , » selon l'ob- 
servation de Sydenham et de van-Swieten ; mais 
ici il ne réussit pas. Je traitais dans le même temps 
une dame prise d'une fièvre aphtheuse où le quin- 
quina sembla être utile. (Madame M.) « Mais il 
» fait toujours du mal , si on le donne trop tôt, 
:» et avant qu'il y ait une vraie apyrexie , et des 
•Si urines hypostatiques. » 

J'ai eu ci-devant occasion de parler du hoquet 
du portier de M. W. , lequel hoquet n'était du 
qu'aux grandes évacuations pratiquées durant le 
cours de cette longue fièvre qui était de la nature 
de celle dont parle Sydenham , sect, I. , art. 5o , 
Feb, contln, «^rt. i66i-2-3-4. et, conséquemment 
lut guérie par les antispasmodiques , comme Hoff- 
man le prescrit. Mais ce hoquet de M. G. était dii 



I 



I ATR ABILIEUSE. 435 

à une cause bien différente; savoir : à une matière 
acre logée dans l'eslornivc et les intestins , où elle 
avait été retenue , et conséquemraent avait causé 
cette irritation qui produisit ces mouvemens spas- 
modiques et convulsifs du diaphragme, et ftit ac- 
compagnée d'aphthes, comme le décrit Sydenham, 
Sched, mon., art. lo , auqtiel je renvoie. 

Mais je dis de ce symptôme , comme de tout 
autre , que , pour le traiter convenablement , il 
faut d'abord en rechercher la cause, soit que cela 
vienne d'une matière acre et turgescente, ou d'ina- 
nition , ou de spasme, ou d'excoriation. Cela une 
fois déterminé , nous ne pouvons errer dans la mé- 
thode curative , que par impatience, ou en vou- 
lant combattre le symptôme sans en détruire la 
cause. Voyez van-Sw^ieten , vol. 2 , page 16S ( r). 

Il y a environ douze ans que je fus demandé 
chez une dame que je trouvai en si grand danger, 
que je demandai à M. Guillaume D. de se joindre 
à moi. Voici le cas. 

Cette dame avait près de soixante ans , avait 
beaucoup souffert de peines et de vexations depuis 
deux ans , ce qui la jeta dans un état de langueur 
jointe à un accablement d'esprit. Enfin elle fut 
prise d'une fausse péripneumonie , avec un pouls 
petit , mais fréquent. Ces symptômes empéchè- 

(i) Eum vero rite curaturum quem prima origo causœ non 
fefelUriU CeUe. 

28., 



1^ 'VtMBl^ 




/J36 De la Constitution 

rent ceux qui la soignaient de pratiquer les éva- 
cuations nécessaires au premier abord de la ma- 
ladie, les engagèrent même à soutenir les forces 
de la malade avec des substances animales et des 
cordiaux chauds. Lorsque la difficulté de respirer 
augmenta, ils tâchèrent de la lever, en appliquant 
un grand vésicatoire sur le dos. 

La conséquence de tout cela fut une éruption 
d'aphîhes de mauvais caractère, et elle mourut peu 
de jours après. Je n'avais pas encore vu de fausse 
péripneumonieavecaphthes; mais M. Guillaume D. 
me dit que cela n'était pas rare, quand on avait 
négligé les évacuations convenables au commen- 
cement de la fièvre, et que F on avait persisté dans 
un régime échauffant durant ïétat de crudité. J'ai 
YU, dans les tempéramens atrabilieux, plusieurs 
exemples semblables depuis ce temps-là, et tou- 
iours dus à la même cause ; ce qui n'arrive jamais 
quand la fausse péripneumonie est bien traitée. Ce 
sont aussi là les cas qui m'ont (i) fait apercevoir 



{\\ On demandera peut-être comment un aussi habile médecin 
que M. Grant a-i-il pu faire cet aveu , puisque les différentes 
solutions que la nature opère d'elle-même dans la fausse pé- 
ripneumonie, et dans les maladies qui proviennent de l'humeur 
atrabilaire , sont souvent si semblables ? Des effets aussi ana- 
logues ne pouvaientils pas lui faire supposer Tanalogie la 
plus directe entre les causes? Oui certainement; mais cet aveu 
prouve que sa pratique est moins réglée par les conjectures , 
que par une expérience bien réfléchie. 



ATRABILTEUSE. /|3a 

l'affinité qu'il y avait entre les maladies atrabi- 
lieuses et cette espèce de péripneumonie , et ce 
qui rendra la raison du grand succès que j ai eu 
à traiter cette maladie depuis que j'ai fait celte 
observation. La section suivante fera voir la mé- 
thode où j'ai cru qu'il fallait prendre une roule 
particulière. 




^^iOÊKliSlUeSSk 



iTdfi^Ba 



ma 



^ 



^ 
fe 



1 



v^vvvvv^v^vvvvv*v^vvvv^vv^vvvvv^v^1/v^^^^vv^^v^v^'vvv».'v».'tvl*.v^v^.'vv^^^^vv^v' 

DE LA FAUSSE 



PÉRIPNEUMONIE. 

J^ous voici à la seconde partie de la constitution 
atrabilieuse; savoir : quand il s'y joint quelque 
degré de fièvre et une toux ; je considérai aussi 
les particularités qui différencient cette fièvre des 
fièvres bilieuses et des fièvres atrabilieuses ci-de- 
vant mentionnées. 

J'ai déjà dit que Vépaississement jaune morhifique 
est plus ténu et plus acrimonieux, et conséquem- 
meoî la fièvre est plus vive, le pouls plus fréquent 
et plus plein. Si la maladie est irritée par des mé- 
dicamens échauffans ou une diète acrimonieuse , 
elle devient plus tôt miliaire et maligne : si on la 
traite bien, elle se passe plus tôt, parce qu'une 
matière délayée est plus aisée à mouvoir qu'une 
matière épaisse : si d'ailleurs les parties les plus 
-crrossières sont charriées par les couloirs ordinaires 
àw. corps , la matière la plus délayée et la plus 
acrimonieuse passera enfin parla peau elles reins, 
à mesure qu'elle se séparera du sang, et elle se 
portera au dehors du corps le vingt-et-unième jour , 
ou auparavant. 

La respiration est toujours sans embarras dans 
la fièvre produite par la bile jaune, et la toux 
qui l'accompagne n'est pas une partie essentielle 
de la maladie ; elle ne demande jamais d'altentioa 







1 



De la fausse Péripneumonïe. 43g 

particulière, mais elle se passe par le traitement 
commun avec les autres symptômes. La douleur 
de tête, quoiqu'assez vive au commencement, 
tombe bientôt après la troisième purgation, et 
n'est pas accompagnée de ce sentiment de pléni- 
tude à la tête, lequel empêche les malades de 
mouvoir leur corps , et qui est un des signes 
pathognomoniques de la fièvre atrabilieuse dans 
les tempéramens qui sont disposés à la périp- 
neumonie. 

Après une simple saignée, le vomitif et une 
purgation convenable pendant certain nombre 
de jours, selon le degré de la fièvre et la cons- 
titution du malade, la fièvre bilieuse jaune par- 
vient à une coction et à une crise par la douce 
transpiration de la nuit, et finit quelques jours 
après ; au lieu que cette espèce de fièvre atrabi- 
lieuse parvient, après la même saignée, le vomitif 
et les purgations, à une espèce particulière de 
coction et de crise; savoir : à une expectoration 
de matière grossière, ce qui dure souvent qua- 
rante jours, selon l'observation même d'Hippo- 
crate , avant que les poumons soient purgés, et 
toute l'habitude du corps bien nette et bien pure. 

La vraie fièvre atrabilieuse a donc, quand elle 
est compliquée avec la péripneumonie, tous les 
symptômes mentionnés dans la fièvre bilieuse; 
et outre cela : i.» le pouls y est notablement petit 
et mou; np il y a certain degré de réplélion à 







«l£^ 



^it^^Hmm 



ir« 



1 



m 



f^ 



2i4o De la fausse 

la tèie ^ qui met le malade en danger d'une apo- 
plexie, s'il fait un mouvement ou prompt ou 
violent; 3.° difficulté de respirer, et souvent un 
sifflement dans la respiration , ce qui est parti- 
culier à cette fièvre; mais rarement avec douleur 
aigué ou ûii.e'^ 4^ alors vient une toux sèche, 
dure avec déchirement ; 5.° une expectoration de 
flegme tenace (i), d'abord gluant et blanc, mais 
à la fin mou et jaune, aussi souvent que la partie 
principale de la crise se fait par les poumons. 

Tels sont les cinq signes pathognomoniques 
qui distinguent cette fièvre de toute autre mala- 
die. J'ai en vain consulté les anciens à cet égard. 
Je suppose donc que leur manière de vivre et 
le climat de la Grèce et d'Arabie n'y donnaient 
aucune disposition , quoiqu'ils aient observé en 
général que « les sujets qui ont des maladies aiguës , 



(i) Ce flegme tenace est uniquement en cet é:at, ce dont 
'Aëtius fait mention , semper eœ puunt aliquid ob la.xitatem 
partis affectœ a quâ semper aliquid resudat. C'est à la fai- 
blesse ou mollesse du tissu des poumons qu'est due cette pre- 
ïnière expectoration. L'expectoration ne présage rien d'avanta- 
geux que quand ce flegme a été atténué , et paraît en même 
temps jaunâtre ; mais il ne faut pas confondre ce flegme jau- 
nâtre avec du pus, comme l'observe M. EUer. Il faut porter 
d'abord ses vues vers l'atrabile qui entreprend la tête, et reste 
aussi , en partie , dans les premières voies. Après des éva- 
cuations modérées, la nature fera le reste , en l'aidant conve- 
nablement. Voyez ce qui suit. 



PÉRIPNEUMOIVIE. 44' 

y> avec difficulté de respirer, périssent suffoqués, 
» meurent souvent subitement; ce qui n'arrive 
» presque pas aux sujets maigres. » Voyez avec 
cela Hippocrate , aph. 44 ^ sect. i. 

Mais arrêtons nous sur des faits, et voyons 
l'origine et les progrès de cette maladie : c'est le 
plus sûr moyen d'en avoir une juste idée. Rare- 
ment elle a lieu dans les pays élevés du sud de 
l'Europe, jamais dans les climats chauds, et fré- 
quemment dans la Normandie, la Flandre, la 
Hollande,la Bretagne et l'Irlande, où les pâturages 
sont riches, la volaille et les bestiaux poussés en 
nourritures , où le peuple mange beaucoup de 
viandes grasses et de beurre, boit des liqueurs 
fermentées , ou se livre sans discrétion à des 
liqueurs spiritueuses. Sydenham pensait que l'eau- 
dc'vie en était la seule cause, et proposait pour 
cela de la proscrire, ne la réservant qu'aux mains 
des chirurgiens, et pour l'application externe seu- 
lement. 

Nous voyons tous les jours des gens qui respi- 
rent avec un sifflement, ont le visage bouffi et 
jaune, les yeux prorainens , le cou court, un 
<^ros ventre , le pouls lent et mou , les mains froi- 
des, belle peau et bon appétit, ne présentant 
aucun signe de spasme, de toux ou de picotement 
à la gorge, mais qui ont toujours la respiration 
oppressée pour peu qu'ils marchent, et font de 
continuels efforts pour détacher une pituite tenace, 




lliC^ 



2i^<s:Hmv 



irtSiSi^ÊÊÊS.' 




m 






44^ ^^ ^^ Fausse 

insipide, qui semble leur remplir et obstruer toutes 
les glandes. En général , ces sujets prennent peu 
d'exercice , mangent beaucoup de viandes grasses 
et du beurre. Leurs mets sont de bon bouilli et 
de bon rôti, ou plutôt du bouilli et du rôti à demi- 
cuit; ils ne boivent que des liqueurs fermentées, 
sinon un peu de tbé le matin et le soir, et ont 
un assez long sommeil. Ils se tiennent au lit 
chaudement, mais suent à peine, parce que les 
vaisseaux sont oppressés par la graisse du tissu 
cellulaire, et que la peau esc distendue; de sorte 
qu'il ne peut rien s'échapper par cette voie , qu'une 
exhalaison subtile et volatile; tandis que les huiles 
grasses sont retenues, s'unissent peut-être et se 
coagulent avec les acides austères de leurs bois* 
sons, lesquels acides abondent aussi dans toutes 
les graisses animales, particulièrement dans ce que 
nous appelons suif. Cette union est non-seule- 
ment connue de nos chimistes, mais encore de 
nos chandeliers, qui savent convertir en suif la 
graisse la plus ténue, par le moyen des acides 
minéraux. 

Cela n'arrivera qu'à peine dans les climats chauds, 
où les sucs sont fort exaltés et la peau fort relâ- 
chée : les viandes n'y sont réellement pas non plus 
chargées de tant de graisse, et les fruits mûrs con- 
tiennent un acide plus savonneux. Mais , dans nos 
climats et nos contrées, il se forme aisément un 
épaississement YÏsqnQUX et huileux , qui, souvent; 



PiiRIPNEUMONlE. 443 

dure long-temps sans aucun signe de principes 
trop acrimonieux ou trop actifs; et l'on voit fré- 
quemment des sujets périr subitement de fausse 
péripneumonie (i^i, après avoir très-bien dîné, et 
sans aucune marque d'indisposition précédente. 

Voilà donc l'idée de ce que nous appelons ter» 
rentia morhi , les préludes ou avant-coureurs de 
cette maladie. Pour en prévenir les dangereuses 
conséquences, il faut dans le régime une réforme 
que peu de gens adoptent ; bientôt la transpira- 
tion n'a plus de cours; il arrive peut-être d'autres 
inconvéniens , et Xépaississement morhifiqiie de- 
vient plus acrimonieux ; il se fait sentir quelque 
peu de fièvre avec du froid , une horreur , de la 
rigueur; la respiration s'embarrasse , et il paraît 
une toux sèche avec picotement. 

Tel est le premier période de la fièvre formée, 
et qui donne à la maladie sa dénomination , parce 
qu'elle ressemble à la vraie péripneumonie jusqu'à 
certain point, et que , dans quelques sujets , elle 
exige la saignée réitérée en certaines saisons. Mais, 
si nous considérons les sujets qui y sont exposés, 
la saison de l'année , le changement du temps dans 
cette saison-là, la petitesse et la fréquente mollesse 
du pouls , la couleur du visage et des yeux , celle 
de l'urine et de la langue , l'absence de la soif et 



(i) Feu M. Eller fait la même observation que M, Grant, 




S«flDSi^»C» 



2i^^H%m)«fe^ iT! 






^ 



444 De la faussk 

autres symptômes , nous n'aurons peut-être pas 
de peine à distinguer ces deux maladies. 

Depuis Sydenham , plusieurs écrivains ont assez 
bien parlé sur ce sujet; je les ai comparés ensem- 
ble, et avec un grand nombre de cas ; mais , tout 
résumé , je vois que Sydenham est le meilleur 
guide qui nous fasse apercevoir la diversité des 
symptômes qui nous peuvent diriger , et qui nous 
indique le mieux la méthode spéciale curative. On 
verra à quel point cette maladie tient de la nature 
de l'indisposition bilieuse ou aîrabilieuse ; car il 
faut connaître le genre de la maladie autant par 
sa terminaison , par la mélhode à laquelle elle 
<^ède aisément et selon sa propre nature , que par 
la manière dont elle naît, par la saison de l'année, 
par les symptômes qui l'accompagnent , par les 
effets que peuvent produire le temps et les remèdes 
sur ces symptômes, etsur les constitutions parti- 
culières qui en sont le plus susceptibles. 

Je vais donc considérer ce que Sydenham en a 
dit, et je ferai mes remarques d'après mes propres 
observations. Sydenham divise cette maladie en 
deux espèces. La première qu'il appelle fièi^re 
d hiver , et la seconde qu'il nomme fausse périf 
neiimonie. 

Suivant lui , la fièvre d'hiver commence en no- 
vembre , et continue plus ou moins en décembre 
et janvier. Elle paraît par quelques faibles signes 
d'inflammation , et c'est pour cela qu'on la néglige 



PÉRIPIVEUIVIONIE» 44^ 

souvent. Quelquefois on la traite mal par des mé- 
dicamens échauffans , et en tenant le malade au lit; 
ce qui produit des éruptions miliaires ou même 
des pétéchies , quoiqu'aucune de ces éruptions ne 
puisse cependant être regardée comme la consé- 
quence naturelle de la maladie. Quand on ne 
trouble pas la nature , il n'y a jamais de signes 
de malignité ; et , si on l'aide comme il faut , la 
maladie cède toujours en neuf jours ; alors il n'y 
a que sept symptômes. 

« i.o Paroxysmes alternatifs de chaud et de froid 
» pendant un ou deux jours après le commen» 
» cernent de la fièvre ; i.^ douleur à la tête et aux 
» membres, et agitation de tout le corps; 3.® lan- 
» gue blanche ; l\,^ pouls assez semblable à celui 
)) de santé; 5.° urine trouble et fort colorée; 
» 6.° sang semblable à celui de la pleurésie; 7.° il 
» y a une toux, mais non accompagnée d'une 
» respiration aussi difficile, ni de douleur de tête 
j) aussi violente en toussant qu'on le voit dans 
» la fausse péripneumonie, quoiqu'elle ne diffère 
j) de cette maladie que par le degré. » 

On doit y employer la même méthode curative 
que celle qu'il recommande dans la fièvre bilieuse 
ou sa nouvelle fièvre; savoir : une saignée, après 
quoi les apozèraes purgatifs qu'il réitère à chaque 
second ou troisième jour, jusqu'à ce que les symp- 
tômes disparaissent; rafraîchissans et délayans en 
même temps, tenant le malade levé tout le jour, 
et interdisant les alimens animaux. 




^SOÊS^iSQ^Si 



ire^skSHr» 



m 



^ 



44Ô Ï)e la faussé 

Ce traitement simple ne manquera jamais : îa 
saignée n'est pas toujours nécessaire, et l'opiat 
encore moins après la purgation. Mais si l'on né- 
glige trop ces précautions, et que le malade soit 
d'un tempérament tel que ceux que j'ai rappor- 
tés, la fausse péripneumonie en sera alors la con- 
séquence; et l'on doit s'attendre au cortège de 
tous les symptômes suivans, si le malade ne meurt 
pas subitement avant d'avoir eu les secours con- 
venables. « i.o Le malade devient chaud et froid 
» alternativement; 2.0 il a des étourdissemens; 
» 3.0 il se plaint d'une vive douleur de tête quand 
3> la toux l'inquiète beaucoup; 4.0 il vomit toutes 
» matières liquides, tantôt en toussant, tantôt sans 
j) toux ; 5.0 l'urine est trouble et îrès-rouge ; 6.° le 
y> sang tiré ressemble à un sang pleurétique, mais 
» est plus jaune; 7.° la respiration est prompte et 
» difficultueuse. Si l'on conseille au malade de 
j> tousser, il sent tant de douleur, que la tête lui 
» en pète^ pour ainsi dire : car voilà comme ces 
» malades expriment leur douleur. 8.» La maladie 
» est accompagnée d'une douleur de toute la 
» poitrine; 9.» toutes les fois que le malade tousse, 
y> on entend une espèce de sifflement par le défaut 
3) de dilatation suffisante des poumons : de sorte 
)) que les vaisseaux pulmonaires semblent inter- 
» ceptés par une enflure. De là aussi îa circula- 
» tion devient si gênée (i) , qu'il n'y a point de 



(i) C'est un de ces élnts fiévreux qu'Eîppocrale appelait 






PÉRÏPJNEUMONIE. 447 

» signes de fièvre 5 surtout dans les sujets de cous- 
i> titution épaisse. Cela peut cependant arriver 
3) par labondance du flegme dont le sang est si 
» surchargé, qu'il ne peut parvenir à une par- 
» faite dépuration. » Sydenham , chap. 4 ^ art. 2. 
A ces symptômes, il aurait pu ajouter , lo.^ des 
yeux jaunes et prominens; 1 1.^ le ventre le plus 
souvent dur, gonflé et resserré : quelquefois des 
envies d'aller à la selle, mais c'est peu de chose 
que le malade y rend; 12.» les hémorroïdes aveu- 
gles y sont fort communes, et le malade éprouve 
un prurit autour de l'anus; i3.« des sueurs gluantes 
au commencement , qui ne soulagent pas si 00 
les pousse. Mais la transpiration nocturne du lit,, 
laquelle arrive vers la terminaison, quand les pre- 
mières voies ont été bien nettoyées, soulage consi- 
dérablement. Car, i4° cette fièvre devient remit» 



fièvres petites à la main, Tvvpsroï Tvphç yfi^^ AsTrrot, état d'autant 

plus dangereux que la nature y est plus long-temps contrainte 

ou oppriméet Le médecin doit alors voir avec satisfaction le 

pouls s'élever, et la lièvre augmenter, parce que c'est une 

marque que la nature l'emporte enfin sur les causes de la 

maladie , lesquelles produisaient ces récidives de spasme qui 

empêchaient la circulation de reprendre son équilibre dans 

toutes les parties internes et externes. La tête se dégage , le 

ventre s'amollit, se détend, et toutes les humeurs s'atténuent 

à mesure que leur mouvement augmente; ce qui ne pouvait 

avoir lieu lors des récidives du spasme qui occasionait ces 

alternatives de froid et de chaleur. 



;S^a»Si^iUE9 



^.^^mH^VlÉ^ ^fSi^Sil^ÊMSSéfSS^ 






^ 



44^ De LA FAUSSE 

tente de la même manière que la fièvre bilieuse^ 
et se termine quelquefois par une intermittente. 
Quand cette maladie a duré long-temps , et 
qu'après avoir assez persévéré dans les autres éva- 
cuations , le malade expectore une plus grande 
quantité de flegme j ce flegme est d'abord clair, 
et peu différent du mucus de la gorge et du gosier. 
Mais quand la maladie approche de la coction , 
alors la matière expectorée est mêlée d'une autre 
matière jaune, qui se détache des poumons ; ce 
qui soulage la respiration ; les étourdissemens et 
la plénitude de la tête disparaissent; le pouls aug- 
mente en grandeur et en force, de manière à 
ressembler à celui d'une vraie fièvre inflamma- 
toire, ce qui trompe souvent déjeunes praticiens 
qui font alors saigner, et avec beaucoup de mal, 
à ce période. 

Au commencement, le pouls est faible, mou, 
petit; la tête tourne, est pleine, parce que les 
poumons sont si engorgés, et tous les viscères de 
l'abdomen si obstrués, la circulation si intercep- 
tée, que tout le sang reste avec inertie à la tête; 
en même temps l'urine est très-rouge , ou plutôt 
de couleur orangée , comme il arrive dans les 
fièvres bilieuses ou atrabilieuses : le sédiment épais 
est conséquemment briqueté , sans être du tout 
critique. Il ne fait qu'indiquer la surabondance 
de VépaissLSsement atrahilieux , et est ainsi de 
mauvais présage. Après avoir saigné une fois, et 



persisté dans les purgatifs jusqu'à ce qu'on ait 

déchargé les intestins , évacué une quantité consi- 

dérable d'épaissîssementatrahilïeux , l'urine devient 

plus claire , beaucoup moins chargée , et la tête 

est en même temps fort soulagée; l'urine reste 

crue jusqu'à ce que l'expectoration commence: 

alors elle reparaît épaisse , présage la coction avec 

les autres symptômes qui paraissent au période 

de la maladie ; savoir : la moiteur de la peau et le 

relâchement du ventre. 

Quand Sydenham vit la première fois cette ma* 
ladie , il inféra naturellement qu'elle était inflam- 
matoire , et conséquemment prit le parti de la 
traiter avec les antiphlogistiques : mais sa sagacité 
lui fit bientôt voir son erreur. Ainsi il pratiqua 
dans cette maladie le même traitement, le même 
régime qu'il avait trouvés si avanlageuv dans la 
fièvre bilieuse , et réussit à son gré. En effet , si 
l'on traite à temps la fausse péripneumonie , il ne 
faut rien que ce qui a été dit à la fièvre d'hiver. 
Si l'on est négligent au premier abord, et qu'oa 
laisse subsister long>temps l'engorgement des pou- 
mons , on ne peut les débarrasser en purgeant par 
bas , comme les anciens l'ont bien observé. Mais 
il faut le faire par le haut, c'est-à-dire , par l'expec- 
toration. On peut donc établir deux parties dans 
la fausse péripneumonie déterm'néeet confirmée: 
!.<> l'état de crudité et d'obstruction qui demande 
des désobstruens et des purgatifs suivis, jusqu'à ce 




^OÊI&^'éUS^ 



:i^^^\M 



ifi 




ê 



400 



^ 



De la fausse 

que les intestins soient nettoyés , et toute Fatra* 
bile évacuée , comme depuis neuf jusqu'à qua- 
torze jours , selon les circonstances de chaque 
individu , l'état du régime , et la vertu des médi- 
camens que Ton emploie ; a.» l'état de coction et 
de suppuration, lequel a lieu quand tout le reste 
de la maladie est ^xé dans les poumons , et de- 
mande à être évacué par l'expectoration. Durant 
ce second période, il faut éviter toutes les évacua- 
tions que l'on sait, par expérience, retarder l'ex* 
pectoratîon , mais pratiquer seulement celles oui 
peuvent la faciliter avec certitude : ainsi la saignée , 
les purgatifs , qui étaient très-utiles au commen- 
cement, seraient alors fort nuisibles , d'autant que 
la saignée arrête l'expectoration , et que les pur- 
gatifs la retardent. Quand donc les crachats pa- 
raissent , il ne faut plus saigner (t) , à quelque 
degré que monte le pouls ; il ne faut plus de pur- 
gatifs non plus ; on donnera un lavement , à Toc* 
casion , pour tenir régulièrement le ventre libre. 
Mais il faut tourner toute son attention vers la 



(i) M. Eller est du même avis que BT. Grant : Càm vero 
cordis rohur et sanguinis vigor valdè necessaria simul sint ad 
viscidum compactum dissolvendum , ideo moderata solummodo 
sdn^uinis detraclio requiritur , nec repetenda promiscuè ; quo 
lenior plus incrementi certe caperet ex imminutâ c.ruoris copia. 
Errog-em hune committunt , etc. , page 2o5. Les vues de cet 
illusU-e médecin sont en général les mêmes que celles de 
M. Giant , dans toutes les maladies qu'il nous expose. 



t^JÉRiPNEtJiMrowtÈ. /j5i; 

quantité et la qualité de la matière expectorée , 
c'est-à-dire, la favoriser par quelques vomitifs ex-* 
îrémement doux , donnés à petites doses et fré- 
quemment ; délayer la matière , si elle est trop 
tenace ; user de vapeurs chaudes par inspiration , 
pour fomenter les poumons ; employer tous les mé- 
dicamens qui sont détersifs à l'égard des poumons, 
comme les squilles , les antimoniaux, le miel et 
loxymel , le petit-lait fait avec du vinaigre, etc., 
sans oublier les vésicatoires qui sont dans cette 
fièvre plus avantageux que dans toute autre , quand 
on les applique au période convenable de la ma- 
ladie , pour atténuer Xépaïssissement morbifïque , 
et faciliter l'expectoration. 

Par ces moyens, on peut entretenir comme il 
faut l'expectoration, et l'on obtient une crise vers 
le quatorze , ou même auparavant , selon fidio- 
syncrasie et autres circonstances du malade , en 
observant soigneusement deux choses : i.» plus la 
matière expectorée est jaune et tenace , plus les 
acides et les purgatifs sont nécessaires ; mais aussi 
dans tous les cas où les acides sont indiqués, les 
alimens animaux sont pernicieux, ou au moins ne 
sont pas indiqués : le pain , l'orge, le riz ou l'eau 
de riz, avec le miel , le vinaigre , un peu de vin , 
soutiendront mieux le malade, que le poisson ou 
la viande. Mais , dès que la matière expectorée 
devient blanche et cuite, alors on peut accorder 
des bouillons , et l'on peut ainsi fortifier peu à 

29.. 




^SOÊÊS^VUS^ 



2t^s:t^mt^«9fe^ irtsast^ÊÊÊS^ 




5t 

5»^ 



S 



.1 






/g^ Be la FAITSS« 

peu la nourriture et la boisson à mesure que 1# 
maladie tombe , et que le ventre devient un peu 
plus resserré. 

Mais , 2.« il ne faut pas oublier que , comme l'ex- 
pectoration est ici nécessaire , et qu'on ne doit la 
porter qu'à certain degré, en usant de délayans, 
de stimulans et d'atténuans , de fomentations , de 
vésicatoires ,de vomitifs, de liqueurs ebaudes, il 
pourrait aussi arriver qu'on portât les choses trop 
loin , et qu'on ne lit sortir par l'expectoration 
qu'une matière crue : erreur que j'ai souvent vu 
commettre. On produit par-là une nouvelle fièvre 
avec de nouveaux symptômes de crudité , et le 
malade parait ne pas vider ses poumons, quoiqu'il 
crache beaucoup. Quatre onces de matière bien 
cuite, expectorées en vingt-quatre heures, soula- 
o^erontplus la respiration, qu'aucune quantité de 
matière crue expectorée ne le ferait. 

Il est donc essentiellement nécessaire de quitter 
les médicamens susdits aussitôt qu'ils ont eu leur 
effet , à moins qu'il ne faille y revenir : alors il 
faut se contenter de simples délayans , de doux 
pectaraux, aussi long temps que la matière a une 
couleur, une consistance convenable, et vient en 
assez grande quantité , attendant que la nature ait 
eu le temps d'achever son ouvrage qu'elle vient 
de commencer heureusement. Cette partie essen- 
tielle de la cure doit surtout être conduite en va- 
riant les boissons et la diète , selon le degré de 






PÉRIPNEUMONIK. 455 

ténacité ou de fluidité de la matière expectorée: 
Pour cet effet , on choisira des éclegmes et des 
juleps appropriés aux circonstances. Il suit aussi 
de là que les mêmes loochs et juléps , etc. , qui 
étaient utiles au commencement , doivent en gé- 
néral faire du tort vers la (in de la maladie , et 
vice versa. La même chose est vraie des nourri- 
tures et des boissons. 

Mais le plus grand mal qu'on fasse souvent , c'est 
de tâher de calmer cette toux salutaire , et de re- 
tarder ou même d'arrêter Texpectoralion néces- 
saire , en donnant des balsamiques , des anodins 
et des opiats. On produit ainsi une nouvelle ma- 
ladie plus dangereuse que la première , parce que 
la force étant déjà abattue , la nature est moins 
capable de rétablir cette expectoration salutaire , 
qu'elle l'était au commencement : de sorte qu'il y a 
bien plus à craindre le danger de suffocation. Il 
faut , sans perdre de temps , suivre dans cette oc- 
currence la méthode suivante, pour prévenir cet 
inconvénient autant que l'art l'a pu faire jusqu'ici. 
Faites saigner , appliquez un grand vésicatoire 
5ur le dos ; donnez souvent le kermès minéral et 
l'oxvmel scillitique pour entretenir constamment 
l'envie de vomir , et susciter de légers voraissemens 
par intervalles ; donnez le petit-lait de vinaigre 
bien édulcoré , avec du miel pour boisson ordi- 
naire ; fomentez souvent les poumons avec les 
yapeurs chaudes de Teau ou de l'oxycrat. Perse- 



TSOÊS^VUS^ 



HfS^Bisams^ 






^ 




^ 



m 



ji<{ 

^h 



II 

Vif 
Û 



ï^54 33e la fausse 

vérez dans ce traitement, jusqu'à ce que l'expec- 
toration reparaisse et diminue ensuite par degrés , 
selon le cas , jusqu'à ce qu'il n'en soit plus besoin , 
comme je Tai déjà dit. 

Dans tous les cas où l'expectoration est néces- 
saire , il faut aussi que le malade soit dans une 
situation droite, parce que les crachats ne sortent 
pas bien dans une posture inclinée. La crainte 
d'attraper du froid dans celte fièvre , empêche 
souvent des gens ignorans de profiter de l'avan- 
tage ^qu'ils auraient de se tenir sur leur séant 
tout'le jour dans les fièvres. Ils attendent cons- 
tamment du soulagement des sueurs qui leur 
découlent sans effet de la tête et de la poitrine 
dans ces occurrences ; mais j'espère qu'on re- 
noncera peu à peu à ces préjugés , et que l'on 
apprendra que les sueurs ne font jamais de bien 
avant la coction ; que , dans toutes les fièvres 
dont les crises sont partielles ou se font par par- 
ties , aucune sueur ne fait tant de bien que celle 
qui vient de nuit , pendant les heures que le 
malade a coutume d'être au lit en bonne santé. Je 
conviens cependant que les sueurs, ou plutôt une 
transpiration considérable est avantageuse dans 
cette fièvre , comme dans presque toutes lesaulreSj 
surtout vers la terminaison. 

Quand on a traité cette fièv^re comme il faut dèà 
le premier abord , et jusqu'à ce que Yépaississe»> 
ment atrabilieux ait été en grande partie cuit et 



PÉRIPNEUMOnriE. 4^^ 

expulsé , s'il vient une espèce de froid et de ri- 
gueur au commencement du paroxysme , suivie 
d'une augmentation considérable de chaleur et de 
quelque sueur critique vers le matin ; si ce pa- 
roxysme revient chaque jour , et quelquefois de 
deux jours l'un , alors la transpiration ou les 
sueurs qui suivent sont utiles ; car , quoiqu'elles 
puissent diminuer la quantité du flegme, cepen- 
dant ell^ améliorent la couleur et la consistance 
de la matière expectorée ; la respiration devient 
plus aisée ; le pouls mou, plein et lent : l'appétit 
augmente , et le sommeil est tranquille pendant la 
nuit ^ le malade peut tenir la tète basse, et l'amas 
de la nuit sort librement le matin , à l'aide d'une 
toux aisée, modérée, sous la forme et la couleur 
d'une grande huître , ce qui déchargera très-certai- 
nement tout XépaississemeiU morbifique en temps 
propre, si Fou ne trouble rien témérairement, 
comme en donnant les gouttes de l'irlington , le 
baume de miel , Yélixir parégorique , et autres 
prétendus spécifiques. 

Quelquefois il parait une fièvre intermittente 
réelle , avec des accès réguliers bien caractérisés, 
et un degré considérable de froid , d'horreur et de 
rigueur. Dans ce cas , le médecin doit examiner 
so'igneusement l'effet que produit chaque accès 
sur la fausse péripneumonie, qui est la maladie 
principale; la fièvre d'accès ne méritant son atten- 
tion qu'après , et n'étant peut-être qu'un effort 



:^i.c«%mv 




ifôKi»BR 






ê 



4^6 De la fausse 

de la nature , lequel tend à abréger la maladie:! 

Si nous faisons attention à l'histoire naturelle 
de cette maladie , nous la trouverons accompa» 
gnée de toutes les circonstances qui la peuvent 
rendre très-longue. Le malade en général est vieux, 
tant par les années que par sa constitution , gras 
et gros , d'un tempérament flegmatique ; ses so- 
lides sont relâchés ; il a le pouls mou ; il est at- 
taqué durant les temps humides , et les premiers 
froids de l'année. Il est donc évident qu'une fièvre 
d accès sera avantageuse pour cuire et expulser la 
matière morbifiqueen cette saison dans une telle 
constitution : en effet , l'expérience le prouve. 
L'accès avec froid ou le frisson est bien désagréable 
pour le malade , vu la crainte qu'il a d'être suf- 
foqué ; mais , dans un grand nombre de cas divers, 
je n'en ai jamais vu de mauvaises conséquences , 
avec les apparences même les plus menaçantes. 
Dès que ce frisson est passé, le pouls et la respi- 
ration se rétablissent ; le flegme sort plus aisément, 
d'une couleur et d'une consistance plus louable: 
ce serait certainement une pratique bien condam- 
nable que d'arrêter une telle fièvre , car les remèdes 
qui l'auraient arrêtée , arrêteraient probablement 
aussi l'expectoration ; et si le malade n'en était 
immédiatement suffoqué, il serait au moins atta- 
qué de goutte au printemps : j'en ai vu plusieurs 
exemples; peut-être aussi arriverait-ii des obstruc- 
tions opiniâtres aux poumons , aux viscères , aux 






Plkipiveumoivie. 45j 

articulations , et quelquefois une hydropisie de 
poitrine incurable. Les ignorans font donc bien 
du tort dans cette maladie, en employant mal-à- 
propos des fébrifuges. 

Mais il faut soigneusement distinguer cette fièvre 
intermittente salutaire (qui soulage la respiration , 
cuit la matière de l'expectoration ) , d'une fièvre 
d'accès qui paraît quelquefois fort tard dans la ma- 
ladie , quand les forces sont très-épuisées , les 
poumons flasques et fatigués. Ce que le malade 
expectore alors , est délayé , jaune, acrimonieux , 
et il semble que les glandes se déchargent exces- 
sivement d'un flegme catarrheux cru. Dans ce 
cas, chaqueaccès augmente la quantité du flegme, 
qui , en même temps , devient d'un jour à l'autre 
plus ténu , plus jaune ; le pouls devient aussi 
plus petit ; l'estomac ne veut plus de nourriture ; 
le malade est plus languissant , a l'air tout défait; 
la peau prend une couleur blanche terne ; les 
yeux sont gris-perlés , et tout le corps est leuco- 
flegmatique. Dans ce cas , je dis que le quin- 
quina est le meilleur remède pour la toux et la 
fièvre. J'ai vu même le quinquina arrêter la fièvre 
en peu de jours, laissant cependant un crache- 
ment aisé, bien cuit, jusqu'à ce que la maladie 
eût été parfaitement guérie. En ces occasions , 
j'ai donné le quinquina seul ou en décoction avec 
la réglisse , évitant les médicamens alcalins et 
échauffans , de peur d'augmenter l'acrimonie. 






Mi 



^ 




é 



458 De la faussé 

Quoique ces medicamens puissent être utiles 
en quelques cas pour faciliter l'expectoration quand 
le flegme est clair et tenace, cependant ils ne réus- 
sissent pas quand le flegme est ténu , jaune et 
acrimonieux : on risque , en usant trop librement 
de ces drogues, de convertir la fausse péripneu- 
raonie en un catarrhe opiniâtre et de mauvais 
caractère. 

Quand la maladie est guérie , la moutarde et le 
raifort, comme partie de la diète , sont assez utiles 
à quelques personnes sujettes à cette maladie : on 
peut leur permettre les liqueurs spiritueuses et fer* 
raentées. Ils peuvent prendre aussi une cuillerée 
ordinaire de graine de moutarde (i) entière , de 
temps à autre , pour se tenir le ventre libre : mais 
surtout ils doivent éviter la graisse et le beurre. Il 
leur faut aller à cheval; s'accoutumer à manger 
du miel s'ils le peuvent; prendre des fruits bien 
mûrs, avec du pain, du petit-lait, du lait de beurre 
avec du sucre et du pain, et avoir attention d'aller 



(i) Il faut être prudent sur l'usage du remède ; j'en ai vu 
deux fois des superpurgations très-violentes : aussi M. Grant 
suppose qu'on ait égard à l'état des sujets. Quoique le prin- 
cipe acrimonieux et poignant de cette graine soit enveloppé 
par une Imile insipide et abondante , il se développe cepen- 
dant assez dans les premières voies pour causer de grands 
troubles dans les sujets délicats , et qui ont la fibre fort sensi- 
ble. Il est d'autres moyens plus sûrs pour répondre aux vues 
de M. Grant. 



Péri PNEUMONIE. 4% 

se coucher sans souper ; s'ils peuvent aller à la 
mer dans l'été , s'y baigner et en boire de l'ean , 
cela leur pourra être très-avantageux , surtout s'ils 
sont sujets aux maladies alrabilieuses quelcon- 
ques, comme je l'ai observé en bien des cas, que 
je n'ai pas la liberté de rendre publiques. Ils doi- 
vent se lever de bon matin, prendre de l'exer- 
cice avant leurs repas, manger des viandes mai- 
gres avec beaucoup de légumes , à dîner seulement, 
et ne jamais faire d'excès de fortes liqueurs, ni 
d'acides austères. 

Durant la saison de la constitution putride, ou 
même quand la bile est jaune et délayée, un sujet 
bilieux peut hasarder les acides austères et les 
fruits peu mûrs, comme des tourtes de groseilles 
et semblables. Mais, septembre une fois passé , ils 
doivent préférer les fruits mûrs ou gardés , et 
éviter les pruneaux durs, grossiers, non mûrs , les 
coings , les nèfles : ces fruits doivent être laissés à 
part pour les médicamens antiseptiques puissans, 
et ne sont pas convenables à une diète ordinaire. 
Nos douces racines, nos légumes, nos pêches, 
nos melons , sont plus propres , si on les prend 
avec du pain pour repas, et bien délayés par une 
bonne dose d'eau fraîche, ou avant les repas, mais 
non pas par forme de dessert après les repas; car 
alors ils surchargent l'estomac déjà rempli de soli- 
des et de liqueurs fermentées, le distendent, et 
coagulent l'huile. 




^OÊISSi^WSSi 



:3L.^M^M 







^ 



460 De là fausse Pi^ri pneumonie.' 

Telles sont les maladies ordinaires atrabilieuses 
fort communes ici, mais bien rarement comprises, 
et conséquemment mal traitées pour la plupart, 

' HoîTCsco referrens / 






^VVlVtViV\Vit/VVlllMVVi/Vt/it^Vit^t^VVV%VVi/%l'iVtt/t%l<t/ii\<%^l\ltt/tl/i'lVVVVil%il% 



RÉCAPITULATION. 



d 



J E vais présenter , sous un point de vue plus 
raccourci, un détail des diverses maladies qui sont 
le produit et tiennent des constitutions régnantes, 
lesquelles se succèdent les unes aux autres pendant 
la révolution de l'année : je parlerai aussi de leurs 
complications mutuelles , et des différentes inten- 
tions qu'il faut remplir dans la cure. Cet abrégé me 
paraît d'autant plus nécessaire , que les momens 
pendant lesquels j'écrivis cet ouvrage , ne me per- 
mirent pas d'observer une méthode aussi exacte 
qu'on aurait pu Tattendre , et que j'ai été obligé 
de faire de fréquentes digressions. Je ne voulus 
pas laisser de côté plusieurs observations impor- 
tantes , jusqu'à ce que j'eusse le temps de les ré- 
diger dans un ouvrage ; ce que je pourrai peut- 
être faire par la suite. Je les ai donc insérées dans 
ce traité comme elles se sont présentées sous ma 
plume , pendant les courts intervalles que me 
laissent mes occupations. Voilà le motif qui me 
les a fait publier ici. Si ce petit ouvrage paraît 
eontenir quelques connaissances intéressantes, je 
ne m'inquiéterai plus de la méthode avec laquelle 
il est exécuté. Je ne ferai pas non plus d'excuse 
pour les répétitions inévitables de cette récapitu- 
lation. 

Toutes les fièvres sont , pendant quelques jours, 







s»iesi«Ksai 



m 



I 

II 



462 îlÉCAPITtJLATlOïf. 

précédées de quelques petites incommodilés que 
les Grecs appellent (pofBcpa , et que Celse rend 
par terrentia morbî, les avant-coureurs de la fièvre, 
ou les préludes. Ils sont suivis d'un degré de ri- 
gueur 5 ce qui fait le commencement de la fièvre 
(léteiminée , et est le premier jour d'où doit dater 
îa maladie. Après cela , paraissent les autres symp- 
tômes fébriles , comme le pouls fréquent, la cha- 
leur de la peau , la sécheresse de la bouche , etc. 
Ceci augmente par degrés plusieurs jouis de suite , 
et suit enfin un train régulier , de manière que 
chaque jour et près de la même heure , il paraît 
quelques-uns de ces mêmes symptômes sans aucua 
changement sensible. C'est pendant ce période 
que l'ignorance fait le plus grand tort aux malades : 
agissant sans considérer que la nature est occupée 
à cuire la matière morbifique , et à la préparer 
pour l'expulser , ces ignorans croient faire quelque 
chose de bien important , d'échauffer dans un 
temps , de rafraîchir dans un autre ; d'augmenter 
beaucoup trop la fièvre ou de la diminuer à un 
trop grand degré , prenant tantôt une roule , tantôt 
une autre ; semblables en cela à une personne qui, 
placée dans un labyrinthe, chercherait à en sortir 
sans connaître la véritable route. Quand la nature 
a eu le temps de préparer cette matière pour 
l'expulser , et qu'elle Fa fait en grande partie , 
tous les symptômes, ou la plupart, tombent par 
degrés , et la maladie ne mérite plus enfin le nom 



L 



ïlÉCAPITULATlOJ!ir% 4^5 

de fièvre. Mais il reste toujours quelques incom- 
modités qui sont la conséquence de la fièvre. L'igno- 
rance est encore trop officieuse dans ces derniers 
momeus, en procurant des évacuations assez consi- 
dérables pour épuiser les facultés naturelles, et re- 
tarder le parfait rétablissement. 

Toute fièvre peut être divisée en ces périodes 
suivantes : les préludes, le commencement, l'ac- 
croissement , l'état , le déclin et les suites. Chacua 
de ces termes a différens degrés, tant par rapport 
à la violence qu'à la durée, selon la nature de 
la fièvre; car toute espèce de fièvre est d'une na- 
ture particulière, en conséquence de laquelle elle 
parcourt ses périodes avec plus ou moins de 
promptitude que d'autres. Il est donc besoin d'avoir 
une connaissance particulière de chaque espèce, 
de manière à distinguer telle fièvre de toute autre, 
et déterminer la durée de ces périodes. 

Pour exposer ici ce que je sais sur cette ma- 
tière , je divise les fièvres en deux classes : i.® celle 
des fièvres ordinaires , parce qu'elles paraissent 
régulièrement tous les ans, et semblent être une 
production de notre climat, et de la manière de 
vivre que nous avons suivie, au moins depuis ces 
vingt dernières années-ci ; 2.° celle des fièvres que 
j'appelle extraordinaires ou pestilentielles , parce 
qu'elles ne sont pas une production constante et 
naturelle de notre climat; mais, ou elles nous ont 
été apportées da dehors , ou elles sont la conse- 



illai 



^~'<r!^EJS0HKi 



m 



I 



4^4 ïiÉCAPITULATIÔiSr. 

quence d'une combinaison extraordinaire, et eiî*^ 
gendrées dans un hôpital, dans une prison, ou 
par de mauvaises eaux, de mauvaises provisions, 
ou quelque autre cause qui coopère avec le climat 
et la manière de vivre accoutumée. 

Ces fièvres en général sont contagieuses, et les 
fièvres ordinaires ne le sont pas , à moins qu'on 
n'en altère la nature et qu'on ne les rende malignes 
par de mauvais traitemens. Toutes les fièvres com- 
munes sont accompagnées d'une grande variété de 
symptômes qui sont dus aux variations des sai- 
sons et du temps, à l'idiosyncrasie des sujets, et 
à d'autres circonstances du malade. Ces divers 
symptômes ont aussi donné lieu aux différentes 
dénominations qui ont servià distinguer ces fièvres. 
En effet, je pense, après mon expérience et mes 
lectures, qu'on peut réduire les fièvres communes 
à sept espèces, classes ou constitutions; et que, 
selon qu'elles proviendront de la saison de l'année , 
elles affecteront certain nombre de sujets, et se* 
ront conséquemment épidémiques; savoir : la fièvre 
inflammatoire, humorale, catarrheuse, putride, 
bilieuse, atrabilieuse et intermittente. 

i.o La fièvre inflammatoire ou celle qui vient d'un 
sang d'une ténacité visqueuse , que j'ai nommée 
xau(Toç, causas, ou ardente, ou fièvre chaude, se 
termine toujours lorsqu'elle est abandonnée à la 
nature , en formant un pus dans les vaisseaux , 
lequel est ensuite évacué par les émonctoires or- 



L 



ifi 



îlji CAPITULATION. 4^5 

dinaîres, s'il n'est pas en trop grande quantité, et 
c'est ce qui fait la plus parfaite hyposlase des 
urines. Mais si la quantité en est considérable, et 
que les progrès de la fièvre se fassent rapidement, 
alors il se forme des flegmons et certains dé- 
pôts auxquels la nature pousse une partie du pus, 
pour l'évacuer ensuite par un ulcère formé à quel- 
que partie interne ou externe du corps; et cette 
évacuation coopère avec l'hypostase des urines. 

Comme les ulcères se forment souvent dans les 
organes vitaux ou auprès, et qu'ils peuvent ea 
détruire les fonctions , il est plus avantageux de 
prévenir ces flegmons, en évacuant de bonne 
heure la matière offensive par les saignées, seloa 
l'avis de Sydenham, que d'attendre la coction et 
l'expulsion; et j'ai vu des exemples sans nombre 
du succès de cette méthode. 

Cette fièvre peut avoir lieu dans les sujets vi- 
goureux , pleins de santé, jeunes ou vieux, en. 
loute saison, surtout dans les pays élevés et secs 
où l'on mange beaucoup de pani et de végétaux. 
Mais elle paraît le plus fréquemment ici depuis 
Noël jusqu'au mois de juin inclusivement, c'est- 
à-dire , après que le froid de l'hiver a duré assez 
long-temps pour resserrer les solides et condenser 
les fluides du corps. Voilà pourquoi la plupart 
des vraies inflammations et les plus violentes arri- 
vent au mois de février et de mars, surtout si le 
mercure est haut dans le baromètre, et que le 
I. 3o 




lis» 






ê 



^66 RÉCAP ITULA.TÏON-. 

Yent vienne d'entre le nord^ouest et Test. Ainsi, 
toutes les fièvres qui arriveront entre Noël et juin 
seront plus ou moins compliquées avec l'inflam- 
mation , selon l'idiosyncrasie et autres circons- 
tances des sujets, et demanderont un traitement 
antiphlogistique proportionné. De là vient que 
nous voyons que la fièvre catarrheuse et l'hu- 
morale , qui arrivent pendant ces cinq mois, sont 
en partie inflammatoires, et cèdent, en grande 
partie, au régime antiphlogistique ; que quelques- 
unes même en sont guéries en entier, et toujours 
irritées par un traitement contraire. 

2.0 La fièvre humorale ou synoque non putride, 
que Sydenham appelle la plus commune des fièvres, 
la grande fiè^'re de la nature^ ou la fièvre dépw 
ratoire^ peut avoir lieu en différentes saisons dans 
quelques constitutions. Nous ne la voyons guère 
que quand les jours augmentent beaucoup, et 
que le printemps ou la végétation est fort avancée. 
Outre l'inflammation que cette fièvre à de com- 
mun avec la précédente, il y a aussi une fluxion 
de flegme épais que la nature dépose à l'estomac 
et aux intestins dans cette saison , et qui doit être 
évacué : de sorte que quand on a domté en partie 
l'inflammation par les saignées et par une diète 
rafraîchissante , on doit aussi évacuer la matière 
contenue dans l'estomac et les intestins , aussi sou- 
vent que les symptômes de turgescence dans l'un 
ou dans les autres nous dénoteront son existence. 






I 



ai 



Recapitulatioît. 46-7 

Ceci suffit souvent pour faire cesser toute la 
maladie; mais il peut aussi arriver que la matière 
ne soit pas toute anéantie, parce qu'elle demande 
plus de temps pour être cuite dans les vaisseaux, 
et ne passera pas alors convenablement par au- 
cune autre issue que par la peau. En effet, il n'y 
a presque aucune fièvre ordinaire dans laquelle 
les sueurs douces et modérées durant tout le cours 
de la maladie soient plus avantageuses. Mais si 
l'on pousse ces sueurs avant que la viscosité du 
sang ait été détruite , l'inflammation deviendra 
plus considérable; si d'ailleurs on le fait avant 
que la matière turgescente dans les intestins ait 
été évacuée, on atténuera et l'on exaltera une quan- 
tité de matière morbifîque, qui pourra dès-lors 
être résorbée et mêlée avec le sang, de manière 
à produire une fièvre railiaire , irrégulière, dan- 
gereuse, laquelle, si le malade vit assez îong-temps, 
finit souvent par une très-mauvaise espèce de dy- 
senterie. 

Cette fièvre est rémittente presqiie du premier, 
abord; et si elle est bien traitée, la rémittence 
devient plus longue de jour en jour, enfin se 
change en intermittence; et la maladie disparaît 
ensuite ; c'est pourquoi elle ressemble beaucoup 
à quelques fièvres d'accès du printemps, et tous 
les flux du printemps participent de sa nature. 

Quand la fluxion du flegme tenace tombe sur 
les intestins, sans être accompagnée d'évacuations 






iS^iÊï 







* 



/J(;g RlîCAPITULATIOS'» 

OU sans une fièvre assez considérable, elle cause 
des obstructions et des indigestions, des consti- 
pations opiniâtres, des coliques sèches, la jau- 
nisse, selon î'idiosyncrasie de chaque individu. 
Toutes ces affections sont très-fréquentes en cette 
saison-ci, et peuvent se guérir, comme l'expé- 
rience le prouve, par les mêmes moyens à peu 
près, parce qu'elles ont presque la même cause 
que la fièvre. 

3.0 L'autre grande maladie du printemps est 
le catarrhe , ou une fluxion de sérosité qui se jette 
sur la membrane de Schneider ^ qX sur les pou- 
mons, avec élernument , crise, angine et toux. 
Il y a deux choses à considérer par rapport à 
cette fièvre: i.° le degré d'inflammation; 2.^ la 
quantité d'acrimonie de la fluxion. Cette fièvre 
arrive rarement avant îSoël, le plus communé- 
ment en février, et donne naissance à la vraie 
consomption ou phthisie des poumons ; elle est 
fort longue de sa nature, et dure jiisqu'à la fin 
de juin. Pendant ce cours, elle se complique quel- 
quefois avec la fièvre humorale; les vomitifs et 
les purgatifs de l'une soulagent également dans 
l'autre. Mais quand elle est simple , elle fait sa 
crise naturellement par l'expectoration surtout. 
Il ne faut pas employer de vomitifs ni de pur- 
gatifs réitérés, à moins qu'il n'y ait des signes 
évidens de matière turgescente dans l'estomac et 
les intestins. 



,:CA^,- 



RÉCAPITULATIOIN'. /jÔQ 

Mais la fluxion qui se jette , dans cette fièvre-ci , 
sur la membrane de Schneider , n'est pas un vrai 
flegmon qui décharge du pus; c'est plutôt un 
flegmonoïde, lequel décharge une lymphe déliée, 
et acre. C'est pour cette raison peut-être qu'on 
y a remarqué quelque contagion par rapport aux 
jeunes gens. 

Quand une péripneumonie parvient à une abon» 
clante expectoration après la coction , la fièvre 
tombe tous les jours, et le malade crache un 
pus épais, blanc, louable, pur ou marqué de 
petits filamens sanguins, semblable à celui qui 
s'épanche d'un abcès qui vient à s'ouvrir; au lieu 
que, dans le catarrhe, il paraît, après de fré- 
quentes saignées et un traitement rafraîchissant, 
une pituite claire, acre, mordante, qui cause du 
prurit à tout ce qu'elle touche, laquelle pituite 
se décharge des poumons et de la gorge avec 
abondance; le pouls continue d'être fréquent, 
malgré ces décharges considérables des parties 
affectées ; de sorte que Facrimonie semble entrer 
pour beaucoup dans cetle fièvre, et que plusieurs 
de ceux qui y sont sujets, le sont aussi aux bour- 
geons , boutons, et aux pustules dartreuses de 
la peau qui précèdent la maladie des poumons , 
et dont le retour est le signe du rétablissement. 
Bien des gens ont donné lieu à un catarrhe, en 
tâchant de guérir ces éruptions. Je dois observer 
encore , que si l'on répercute un érysipèle [du 




«ansiiieai 









470 RÉCAPITULATION. 

printemps dans un jeune sujet, il en résultera 
probablement un catarrhe, au lieu que, dans la 
moisson, le résultat en sera une dysenterie. 

Outre les évacuations ordinaires, il faut encore 
la diète la plus sévère pour traiter un catarrhe 
durant la violence de l'inflammation, comme les 
sucs des fruits mûrs, l'eau d'orge, l'eau panée, 
les infusicms de pommes , et semblables. Mais lors- 
que le pouls cesse d'être dur , il faut mettre en 
usage des alimens doux et plus nourrissans , comme 
les concombres, la laitue, toute espèce de fari- 
neux, le pain, les racines douces, les fruits secs, 
le lait de présure et le lait de beurre. J'ai quel- 
quefois pensé que la mauvaise pratique , qui fait 
tant de mal dans cette maladie , était due à l'idée 
qu'on avait qu'elle était de la même nature que la 
fausse péripneumonie du mois de novembre, ou 
plutôt que la toux et la fièvre que Sydenham 
appelle la fièvre d'hiver. 

Les ignorans ayant vu que les vésicatoires fai- 
saient beaucoup de bien dans ces maladies , en 
ont attendu les mêmes effets dans le vrai catarrhe, 
et ont été fort surpris de voir qu'un simple vési- 
catoire appliqué mal à-propos, mais remède inno- 
cent suivant eux , avait irrité l'inflammation et 
l'acrimonie à un tel point, que le catarrhe en 
était devenu presque incurable. Si cependant l'on 
compare ces maladies, on verra qu'elles ont une 
cause tout opposée. 






Récapitulation. 471 

La fausse péripneumonie est la maladie des sujets 
gras et replets , quand ils ont passé quarante ans: 
elle succède à la constitution bilieuse , est compli- 
quée avec l'humeur atrabilaire ; les poumons sont 
chargés d'un flegme tenace , visqueux , froid , sanvS 
beaucoup d'inflammation ; au lieu que le catarrhe 
est la maladie des sujets jeunes , pléthoriques, au- 
dessous de trente ans ; il succède à la constilution 
inflammatoire , se complique avec elle , la mem- 
brane de Schneider étant enflammée comme d'un 
érysipèle , et jetant une lymphe acre , délayée : 
de sorte que tout médicament qui fait du bien 
dans l'une par sa quahté incisive et pénétrante , 
fait beaucoup de tort dans l'autre. 

Quand il s'est passé plusieurs jours , il se fait 
une digestion ou coction dans les vaisseaux, comme 
on le voit par le changement de l'urine : le pus ainsi 
formé, se décharge par les émonctoires ordinaires 
et par l'expectoration , sous la forme d'une matière 
cuite. Mais si , au lieu de cette expectoration , il se 
forme un grand abcès aux poumons , et que le pus 
y soit déposé , ou qu'il se forme divers petits 
flegmons , appelés tubercules , dans la surface 
interne , alors la maladie change de face; il s'en- 
suit une fièvre hectique , accompagnée de symp- 
tômes particuliers : i.^ d'une vomique occulte , 
bien connue et bien décrite par les auteurs; iS> d'un 
ulcère réel , ouvert , jetant du pus , et qui se guérit 
difficilement ; ce qui est du en partie à la structure 









472 Recapitulation. 

des poumons , et en partie à leur mouvement per- 
péluel , et au contact continuel de l'air libre auquel 
cette partie est nécessairement exposée : de là 
la grande difficulté , et même l'impossibilité 
morale de guérir cette maladie à ce période. 

Mais, lorsque les choses ont été bien traitées, 
que la coction et la crise se sont faites sans préci- 
pitation , que toute la maladie a été réduite par le 
temps du mois de juillet , ne laissant que de la 
faiblesse et du relâchement dans les poumons , 
cette suite de la maladie ne peut se guérir que par 
le même air , les mêmes exercices et les mêmes 
remèdes qu'on trouve les plus efficaces pour réta- 
blir la fibre faible et lâche , comme un air léger , 
«ec, l'équitation, un régime sec , nourrissant, de 
l'espèce antiseptiqsie ; les eaux chalybées, le quin- 
quina, les bains froids : traitement et régime qu'il 
faut suivre depuis août jusqu'en décembre, et ainsi 
jusqu'à la fin de la constitution catarrheuse ; car 
il faut employer tous les moyens pour fortifier la 
constitution , sans causer de pléthore. Sans ces 
précautions , les rechutes sont souvent certaines 
parmi les jeunes gens et dans nos climats, dès que 
la constitution catarrheuse reparaît. Quoique ces 
remèdes fortifians deviennent nécessaires pour 
prévenir les rechutes , quand la fièvre a été tota- 
lement domtée , on doit cependant toujours se 
souvenir qu'ils sont pernicieux durant la fièvre, et 
que l'air de la Hollande sera alors plus salutaire que u 



L 



Récapitulation. 4?^ 

celui fie Montpellier. Mais, le plus sûr moyen que 
j'aie trouvé jusqu'ici pour prévenir les rechutes dans 
celte dangereuse maladie , c'est d'aller résider dans 
les Indes occidentales, jusqu'à ce que l'on ait passé 
les vingt-cinq ans ( de son âge.) 

Ces trois constitutions , savoir , l'inflammation, 
l'humorale et la catarrheuse , aussi-bien que leurs 
complications mutuelles, comprennent totitesles 
maladies ordinaires du printemps Mais , dès que 
l'été est assez avancé pour produire tout son 
effet sur le corps , les solides sont relâchés , les 
sels et les huiles exaltés , et quelques-unes des 
parties les plus fluides du sang sont exhalées , et 
le reste devient susceptible de cet état que les 
anciens appelaient putride : la sérosité du sang 
est plus jaune , l'urine plus chargée , la bouche 
plus sale et le pouls plus petit : les sécrétions de 
la peau sont plus abondantes, le ventre plu5 res- 
serré ; on a plus d'envie de boire et moins de 
manger ; on devient plus mou , plus indolent , et 
l'on a peine à se lever le matin. 

De là résulte un assemblage de maladies toutes 
différentes des précédentes : elles sont d'une espèce 
plus putride , mais nullement inflammatoires 
par elles-mêmes. Voici les symptômes qui les 
précèdent : Disposition à suer au moindre mou- 
vement , haleine forte avant d'avoir mangé , 
bouche sale le matin , urine chargée , jaune , 
douleurs légères passagères , vents dans les intes- 



BS^S^HS^SKSa 






* 



474 



PiÉCAPITULATION. 



tins , suivis par de petites selles fétides et amères; 
Tels sont les avant-coureurs de la fièvre que les 
anciens appelaient synoque putride , ou typhus , 
Tus&)(^y]ç TTjpsToç d'Hippocrate , que Sydenham ap 
pelie fièvre varioleuse, parce qu'il avait observé 
que la constitution qui la produisait , augmentait 
et irritait la petite-vérole. 

C'est la seule fièvre qu'il faut distinguer par le 
nom de putride. On n'avait pas encore attaché , 
ces dernières anoées-ci , d'idée juste à la significa- 
tion de ce mot. On s'en servait pour désigner toute 
fièvre de mauvais caractère , de quelque espèce 
qu'elle fût. Si, par exemple , un jeune sujet est 
attaqué d'une angine maligne au mois de février, 
on dit qu'il a une esquinancie putride , quoique 
l'angine maligne dans un tel sujet soit plutôt in- 
flammatoire que putride. Cet abus des termes doit 
donc produire des erreurs bien funestes. 

Il est vrai que la peste , la petite-vérole et l'an- 
gine maligne auront plus aisément lieu , s'augmen- 
teront, s'irriteront par la constitution putride, et 
que chacune de ces maladies est infiniment plus 
contagieuse et plus maligne , quand elle se mani- 
feste dans cette saison que dans toute autre; et 
qu'ainsi elles semblent tenir de la nature de cette 
constitution. Mais il est également vrai que chacune 
de ces maladies se rencontre aussi durant la cons- 
titution inflammatoire , et qu'alors on ne doit pas 
les considérer en entier comme des nialadies pu- 



'â 



Récapitulation. 47^ 

trides , mais les traiter (Fane manière un peu dif- 
férente que dans les jours caniculaires , et sous 
l'influence de la constitution qui produit la sy* 
noque putride, ou la vraie fièvre putride La rou- 
geole et la coqueluche sont des maladies inflam- 
matoires , et irritées par la constitution inflamma- 
toire: et cependant je les entends appeler putrides. 
Quand ces préludes, terrentia , ont duré quelques 
jours , la nature se soulage souvent elle même en 
évacuant la congestion morbiflque , colluynes mor- 
bida , par haut et par bas ; mais il est encore plus 
souvent nécessaire de faciliter au moins ces éva- 
cuations, si on ne les opère pas entièrement ; car 
les solides étant relâchés, les nerfs trop mous, ils 
ne peuvent plus répondre que faiblement à ces 
effets, souvent même cela leur est absolument im- 
possible. Si donc il ne se fait pas d'évacuations 
spontanées, et qu'on néglige ces symptômes, il 
prend une espèce de crampe et urie douleur fixe 
au creux de l'estomac, avec un abattement d'esprit 
considérable , douleur à la têre et aux lombes ; 
le malade frissonne un peu; le pouls s'abat, est 
fréquent ; il vient des sueurs symptomatiques, 
gluantes , abondantes, colliquatives , sans soula- 
gement, et les urines deviennent troubles , éga- 
lement symptomatiques , et il n'en résulte rien 
d'avantageux. Telle est la vraie synoque putride, 
plus ou moins dangereuse par la manière de la 
traiter. 



fss»sriisa 



^'iii 







^ 



476 RÉCAPITULATION. 

En comparant cette maladie avec la synoque 
lion pntride, on verra que l'origine, les progrès, 
les symptômes , et la méthode curalive en sont 
bien différens. L'abattement d'esprit qui arrive 
dans la synoque non putride n'est pas si grand; 
le spasme et la douleur au creux de l'estomac n'y 
sont pas si ordinaires , ni le pouls si languissant ; 
les rémiltences sont plus sensibles , l'urine n'est 
pas si jaune, la langue si sale, si chargée , ni les 
sueurs si fétides au commencement , ni si abon- 
dantes. Les rémittences sont considérables après 
les premières évacuations ; et quand on a persé- 
véré dans le traitement convenable autant qu'il le 
faut , la maladie aboutit à une coction et à une 
crise qui se fait en une fois par la peau , ou à 
plusieurs reprises , par accès réguliers , ordinai- 
rement après neuf, onze, ou quatorze jours; au 
iieu que la synoque putride n'a pas , à beaucoup 
près, ces rémittences, et devient à peine inter- 
mittente : elle ne demande pas de grandes et de 
fréquentes saignées , quand même le sang paraî- 
trait couenneux , parce que la disposition à l'in- 
flammation est passée dans la saison qui produit 
cette fièvre : la sérosité du sang est plus jaune que 
de coîitame , et le fond du caillot est en général 
très-peu lié . même quand il y a une couenne ou 
peau à la superficie. 

Il faut saigner tous les sujets pléthoriques au 
commencement de toute fièvre, pour préparer les 



IL 



Récapitulation* 477 

voies aux vorailifs et aux purgatifs ; mais, cœteris 
paribiis ^ il faut moins les saigner dans cette fièvre 
que dans la plupart des autres. La chaleur de la 
fièvre raréfie le sang, surtout dans les sujets plé- 
thoriques ; ils supportent plus aisément les se- 
cousses des vomitifs et des purgatifs , quand ils 
ont perdu assez de sang pour relâcher la tension 
des vaisseaux. 

La sjnoque non putride se manifeste comme 
une fièvre inflammatoire , et les signes de matière 
turgescente dans l'estomac et les intestins ne pa- 
raissent pas ordinairement au premier abord; au 
lieu que , dans la synoque putride, on les voit de 
bonne heure. 

Pendant les premiers jours de la synoque non 
putride , le malade est généralement resserré ; il 
faut des vomitifs et des purgatifs un peu vifs pour 
mouvoir le flegme ; et le second vomitif en em- 
porte ordinairement plus que le premier. Dans la 
synoque putride , la matière est plus aisément re* 
muée ; et il n'est pas rare de voir un cours de 
ventre , ou une espèce de dysenterie , suivre la 
fièvre dans tout son cours. Il parait que c'est pour 
cette raison queSydenham l'a appelée fièvre dysen^ 
térique ; mais la maladie , accompagnée de ce cours 
de ventre , ne demandait pas d'autre traitement que 
lorsqu'il n'existait pas. 

Il y a une différence analogue entre la colique 
du printemps et celle que Sydenham appelle coli- 





iKea 



^'Vi 










478 Kécapitulation. 

que bilieuse du mois de juiliet et de la canicule * 
la colique du printemps, tenant de la nature de la 
synoque non putride.^ est en partie inflammatoire, 
et conséquemraent demande la saignée à certain 
degré ; et après ces fomentations , les bains , les 
émoiliens, il faut des purgatifs actifs pour évacuer 
ce flegme visqueux et lever les obstructions ; au 
lieu que , dans la colique bilieuse , la saignée n'est 
pas toujours nécessaire , et qu'il suffit de donner 
de doux purgatifs pour enlever la congestion pu- 
tride quand on a mis en usage les fomentations et 
les bains convenables. 

Une fièvre de printemps peut demander les 
opiats etlesvésicatoiresverssa terminaison; quand 
elle est bien traitée dès le commencement , elle 
dure souvent depuis neuf jusqu'à quatorze, ou 
YÎngt-et-un jours : une fièvre de printemps mal 
traitée est toujours longue, et peut répondre à la 
description donnée des fièvres miliaires , fièvres 
lentes , fièvres nerveuses , de la fébricule , etc. ; 
mais une fièvre d'été bien traitée des le commen- 
cement , ne demande jamais d'opiats , ni de vési- 
catoires : quatre jours suffisent pour l'enlever ; 
rarement il en faut plus de neuf. Si elle est mal 
traitée dès l'abord, elle devient aisément pétéchiale, 
maligne et fréquemment fatale en peu de jours. Eu 
d'autres occasions, elle devient anomale, aphtheuse 
et très-longue. 

5.0 Le mois d'août cbange la constitution putride 



ai 



Récapitulation. 479 

en bilieuse , laquelle commence par le colera^ 
morbus, La fièvre qui accompagne cette constitu- 
tion , et que Ton appelle ordinairement fièvre bU 
lieuse , est la même que la nouvelle fièvre de Sy- 
denham , ou la fièvre de Lausanne de Tissot. Cette 
fièvre ressemble à la synoque putride , en ce qu'elle 
semble venir d'une matière acre , jaune , qui se 
trouve dans le sang, laquelle ne peut être aisément 
évacuée que par les intestins. Elles diffèrent cepen- 
dant à quelques égards : la fièvre bilieuse ressem- 
ble même , à d'autres égards , à la synoque non 
putride ; larémitlence s'aperçoit dans la fièvre bi- 
lieuse dès le commencement ; quand elle est bien 
traitée, ces rémittences deviennent toujours plus 
longues , et quelquefois se terminent par une vraie 
intermittence. Quand la partie bilieuse a été éva- 
cuée par des vomitifs et des purgatifs réitérés , ou 
corrigée par un régime convenable, il se fait, au 
onzième ou quatorzième jour , une coction et une 
crise , à l'aide d'une transpiration nocturne spon- 
tanée , aux heures que le malade est accoutumé de 
dormir quand il se porte bien , et on s'en aperçoit 
toujours par le soulagement que l'on voit le jour 
suivant ; de sorte que , quoique la sueur des pre. 
lïiiers jours de la fièvre ne donnât pas de soula- 
gement , et dût par cette raison être arrêtée , plutôt 
que soutenue , on ne doit cependant pas le faire 
après le onzième ou quatorzième jour qu'on a 
donné les vomitifs , les purgatifs , les acides , selon 



%\ 




I 

là 



480 RECAPITULATION. 

le besoin. îl faut même fortifier la diète, y ajouter 
les acides minéraux et le vin ; ce que l'on ne peut 
accorder avant que les parties grossières de Vépaîs- 
sissement morbifîque aient été corrigées ou évacuées 
par les intestins. 

Le diaphorétique dont je rae sers dans ces occa- 
sions est ordinairement le camphre , l'esprit de 
Minder , J'eau de menthe , le sirop de safran et la 
chaux d'antimoine. Quand la langue a paru bien 
nette , et que le malade a été plutôt agité que 
brûlant pendant la nuit , j'ai ajouté un peu d'opium 
à la potion de la nuit , et avec succès. Telle était 
aussi la pratique de Sydenham , quand une plus 
longue expérience lui eut appris que ni les opiats , 
ni le quinquina ne réussissaient qu'après le quator- 
zième jour. 

Cependant il ne faut pas pousser la transpira- 
tion pendant le jour, mais on fera lever le malade 
tous les jours avant midi. 

La fièvre putride demande souvent les acides les 
plus forts et les plus astringens , au lieu que la 
fièvre bilieuse s'accommode au mieux des acides 
savonneux, depuis le commencement jusqu'à la fin; 
comme sont les sucs des fruits mûrs , l'oxymel 
commun , et semblables , qui , suivant mon opi- 
nion , sont les plus généraux des remèdes dans les 
fièvres ordinaires. J'ai vu quelques jeunes per- 
sonnes délicates sujettes aux acides des premières 
voies, lesquelles ne pouvaient, pendant plusieurs 



i 



Récapitulatiopc. 4^*1 

^nnées,s accommoder du miel, du sucre, des fruits, 
de l'oxymel , et qui par-là étaient obligées de vivre 
principalement de substances animales , de vieux 
fromage , et même de viandes un peu mortifiées: 
ces gens , plus avancés en âge, ou dont les fièvres 
avaient changé la constitution , s'accommodaient 
cependant alors de tout cela , prenaient même du 
lait de beurre aigre , sans aucun inconvénient. 

Si j'osais me livrer ici à mon idée , je dirais 
que la chaleur de l'été ferait fondre le flegme 
tenace du printemps, et en ferait la matière acre 
et jaune de la synoque putride, et que la diète de 
substances animales , et un régime échauffant 
durant la constitution humorale , pourrait faire 
quelque chose de semblable ; au lieu que les soi- 
rées longues et froides de la moisson corrigent ea 
partie la disposition morbifique des humeurs qui 
proviennent de la chaleur de l'été et de la cani- 
cule , et les ramènent, à certain point , à ce qu'elles 
étaient durant le printemps précédent : elles sont 
alors seulement un peu plus jaunes, plus acrimo- 
nieuses, et réellement plus animalisées ; de sorte 
que si l'on suppose qu'une fièvre flegmatique ou 
humorale se trouve compliquée avec une synoque 
putride , cela nous donnera quelqu'idée d'une 
jfièvre bilieuse et de la manière de la conduire. 

La constitution bilieuse épidémique consiste 
dans le coleramorbus , la dysenterie bilieuse , la 
fièvre bilieuse et l'érysipèle bilieux. Toutes ces 
I. 3i 



^ 







I 



i 



482 RlÉCAPITULATIOîf. 

maladies sont du ménie temps, ou à peu près ; oa 
peut donc dire qu'elles composent la constitution 
de la moisson , surtout si Fou y joint la fièvre 
d'accès. Mais , en considérant mon journal , je vois 
que l'érysipèle était plus commun vers les com- 
mencemens de la constitution du printemps, c'est- 
à-dire, durant la disposition catarrheuse ; au lieu 
que, dans la moisson , l'érysipèle était plus fré- 
quent vers la fin de la constitution bilieuse , quand 
l'humeur atrabilaire commençait à se manifester; 
de sorte que je ne sais si je dois appeler l'érysi- 
pèle de la moisson une maladie bilieuse , ou alra- 
bilieuse. 

Sydenhara compare l'érysipèle à une fièvre pes- 
tilentielle 5 1.^ parce que quelquefois c'est une ma- 
ladie qui règne beaucoup ; a.» les nerfs sont pro- 
digieusement affectés avant l'éruption ; 3.° après 
la saignée, pro re natâ y le traitement diapho- 
rétique y convient pour quarante-huit heures ; 
4.® ensuit© elle cède aux purgatifs et au régime 
antiseptique. Cependant on ne peut l'appeler pes- 
tilentielle ; car , quoiqu'elle s'accommode d'un 
traitement analogue à celui de la fièvre pestilen- 
tielle , et lui ressemble en quelques-uns des pre- 
miers symptômes , elle n'est cependant jamais 
contagieuse , autant que j'ai pu l'observer. Mais 
je dois rappeler ici que l'érysipèle de la moisson 
diffère essentiellement de celui du printemps , et 
demande un autre traitement , d'autant que le pre- 



L 



îll^CAPITtlLATlON. 4^3 

ttîîef est compliqué avec la bile, et le second avec 
l'inflammation. 

Quand la fièvre bilieuse tombe , on voit paraître 
les symptômes de la constitution atrabilieuse. Sou- 
vent ces maladies ne sont accompagnées d'aucune 
fièvre régulière ; et le pouls dans ce cas est plus 
lent qu'en santé , et au-dessous de l'état naturel. Le 
courage est abattu , le sommeil interrompu , le 
ventre flatulent et obstrué , la langue sale le matin , 
mais sans chaleur et sans soif extraordinaire. La 
constitution atrabilieuse est la vraie cause de la 
maladie hypocondriaque avec matière , et de la triS' 
tesse sans sujet dans les hommes ; et dans les 
femmes, d'une espèce àe passion hystérique. Il est 
toujours fort difficile de délayer et d'évacuer la 
matière morbifique de cette constitution , quand 
il n'y a ni toux , ni fièvres , ni hémorrhoïdes , ni 
goutte , ni éruption en même temps. Un mauvais 
traitement, un mauvais régime l'irritent aisément. 
Elle produit facilement des éruptions à la peau ; 
telles que l'impétigie , l'herpe , la goutte-rose , 
le lichen , et semblables. Si cela paraît copieuse- 
ment , le malade en est soulagé ; mais il n'est pas 
guéri tout'à-fait ; et même on ne peut guérir ces 
éruptions avant que l'humeur atrabilaire soit bien 
atténuée , délayée et évacuée. Quand cette consti- 
tution est accompagnée de fièvre , cette fièvre est 
le plus souvent lente et ennuyeuse , même quand 
elle est bien conduite, et peut devenir mortelle, 




S^SOÊ^^S^B 



"jk^'ssuxi^BÊsririsaBsaÊÊrs^ 






» 

I 



^84 Récapitulation» 

si l'on tente de faire cesser les affections spasmo* 
diques par les raédicamens prétendus anti-hyslé- 
jriques et antispasmodiques. Quelquefois elle cause 
une colique semblable au colera-morbus , ou plu- 
tôt à la colique bilieuse, que l'on attribue souvent 
au spasme , à des concrétions de bile , et sem- 
blables , à cause de ses fréquens retours. On peut 
faire aisément cesser cette colique , mais non la 
guérir radicalement et sans retour, que par une 
longue diète désobstruante , et de semblables 
inédicamens. 

Les toux du commencement de l'hiver sont 
souvent compliquées avec cette constitution épi- 
démique , et produisent en même temps la fausse 
péripneumonie de Sydenham. Cette péripneu- 
monie est plus immédiatement dangereuse que 
toute autre maladie atrabilieuse , mais de plus 
courte durée que plusieurs d'entr'elles ; car ce tra- 
vail de la toux et l'évacuation du flegme qu'on ex- 
pectore , facilitent l'expulsion de l'humeur atrabi- 
laire qui embarrassait les viscères , et obstruait les 
intestins. La fausse péripneumonie passe rarement 
quarante jours, quand elle est bien traitée ; au lieu 
que d'autres maladies atrabilieuses sont bien plus 
longues. J'en ai vu durer deux ans avant d'obtenir 
une cure complète , quoique les malades obser- 
vassent un régime désobstruant , et usassent de 
remèdes semblables, le plus régulièrement. Quel- 
gués uns même passèrent six semaines de l'été aux 



Récapitulation. 4^^ 

eaux de Cheltenbam , et six autres semaines à la 
mer , s'y baignant , et en buvant de l'eau : tous 
à la fin se rétablirent. 

J'ai vu une fièvre d'accès dans les uns , et une 
espèce d'éruption darlreuse favoriser les effets des 
remèdes désobstruans. On fit peu d'attention à ces 
affections; on suivit le même régime et les mêmes 
médicamens désobstruans comme auparavant , 
sinon qu'on ajouta pour les dartres l'essence anti- 
moniale de Huxham , en prenant les bains et bu- 
vant de l'eau de mer. Le cbangement d'air et 
l'exercice furent recommandés pour la fièvre 
d'accès. 

La constitution atrabilieuse dure tout le mois de 
novembre , de décembre et de janvier , dans des 
hivers sereins ( comme en 1769) ; et , comme elle 
est compliquée avec les maladies inflammatoires 
de cette saison-là, elle en rend la cure plus diffi- 
cile et plus longue que quand le temps est à la 
gelée et sec : voilà pourquoi Sydenham observe 
que les vraies inflammations n'étaient pas si fré- 
quentes pendant les hivers sereins avant le mois 
de mars. L'espèce de fièvre qui est produite par 
Tinfluence que la constitution atrabilieuse peut 
avoir sur les maladies de l'espèce inflammatoire, 
nous a été indiquée par Sydenham , sous le nom 
de fièvre d'hiver. Elle mérite beaucoup d'attention , 
parce aue la manière de la traiter est différente 
de celle qui convient à la vraie inflammation, 
proprement dite. Voici les symptômes distinctifs. 



Sii^^ui^ 



1^86 RÉCAPITULATIO]Nr. 

i.o Dans la vraie inflammation , la langue est 
blanche ; a.® l'urine de couleur de flamme , et ne 
devient pas bourbeuse quand elle est froide, avant j 
le temps de la coction ; 3.« après la première ri- 
gueur , les yeux étincellent , le visage est bouffi et 
rouge, et même assez généralement toute la peau 
Test aussi ; mais, quand la disposition atrabilieuse 
s'yjoint,i.olalangueestjauneet chargée; 2.0 Turine 
est bourbeuse et trouble au commencement ; 3.» le 
malade a l'air embarrassé ; 4° le courage abattu ; 
5.« très souvent il a une toux et une respiration 
gênée , avec sifflement. 

Quand l'inflammation est simple , la saignée pro- 
cure un soulagement prompt et permanent, il ne 
faut pas de vomitifs ; on doit absolument s'en 
abstenir ; on peut tout au plus donner de doux 
purgatifs et incapables de causer une forte irrita- 
tion. Quand Fioflammation est compliquée d'hu-. 
meur atrabilieuse, la saignée soulage à l'instant ; 
mais on voit aussitôt paraître les symptômes de 
plénitude à la tête, de turgescence dans les intes- 
tins : il iaudra des purgatifs , et peut-être un vo- 
mitif avant de les pouvoir faire cesser. La grande 
plénitude et douleur de tète, quelque toux assez 
notable, ou une difficulté de respirer, indiquent 
quelque chose de plus qu'une inflammation , 
quand les symptômes ne sont pas soulagés par la 
saignée seule. 

On fera souvent cesser en peu de jours une 
fièvre inflammatoire atrabilieuse peu considérable. 



PtÉCA-PITTlLATION. A87 

par la saignée , les vomitifs , les purgallfs, si l'on 
s'y prend à temps ; mais , en général , elle dure 
vingt-et-un jours, si le degré du pouls et de 1^ 
chaleur s'est assez longtemps soutenu pour pro- 
duire beaucoup à'épaississement plilogistique ; de 
sorte que le sang tort couenneux , et de la couleur 
d'un suif sale , présage une longue fièvre. Si cepen- 
dant les symptômes ne sont pas violens , il vaut 
mieux attendre patiemment , que de vouloir ar- 
rêter ses progrès par aucun médicament. J'ai 
souvent vu faire ces tentatives, et la fièvre en prit 
un mauvais caractère , sans devenir plus courte ; 
au lieu que quand on fait bien attention aux symp- 
tômes urgens , et qu'on n"a rien entrepris de vio- 
lent , la fièvre est, il est vrai , assez souvent fort 
longue , mais le rétablissement du malade est enfin 
complet ; car la fièvre tombe au vingt-et-unième 
jour , ou avant , ne laissant qu'une toux et une 
expectoration critique salutaire , par laquelle le 
malade rend une matière épaisse bien cuite. Cette 
fièvre devient aussi rémittente , immédiatement 
après les premières évacuations ; quelqiiefois se 
termine par une fièvre d'accès , ce qui arrive ra- 
rement dans une vraie inflammation. Celle-ci tend 
toujours à une coction parfaite , aboutit à une 
crise en peu de temps , sans rémitlence considé- 
rable , régulière et durable, que ce qu'on en peut 
apercevoir après les évacuations qui ont eu lieu 
dans l'état de crudité; au lieu que la fièvre com- 
pliquée a bientôt une rémittence sensible. 



ifi&a 







^ 



4^8 RÉCAPITtlLATlOlV? 

La dernière des fièvres communes est la fièvre 
d'accès ; elle paraît avoir son siège dans les grands 
viscères. On voit rarement des fièvres d'accès 
durant le plus haut période des constitutions 
inflammatoires on putrides ; mais elles sont fré- 
quentes au printemps , durant la constitution fleg- 
matique , et pendant les constitutions bilieuses et 
atrabilieuses de l'arrière-saison , quand la conges- 
tion qui s'est faite dans l'estomac et les intestins 
obstrue les excrétions des viscères de l'abdomen. 
Les fièvres d'accès du printemps cessent pour la 
plupart au mois de juillet , peut-être parce que 
le flegme est alors atténué , et n'obstrue plus si 
considérablement les viscères en cette saison. 

Les fièvres d'accès de la constitution bilieuse , 
arrêtées avant que Tépaississement morbifique bi- 
lieux ait été évacué , produisent une fièvre conti- 
nue , de la même manière que les fièvres d'accès 
du printemps quand elles sont arrêtées avant que 
le flegme ou la pituite ait été évauée. Mais, quand 
le flegme a été évacué au printemps, et la matière 
bilieuse dans la moisson^ la fièvre d'accès cède 
ordinairement au quinquina donné à dose conve- 
nable entre les accès. 

La fièvre d'accès compliquée avec l'humeur atra- 
bilaire , c'est-à-dire , avec un épaississement mor- 
bifique d'une nature plus visqueuse que la bile , 
plus hors de la portée des médicamens évacuatifs, 
demande plus de patience, et il faut beaucoup de 
dextérité pour la bien manier ; car le quinquina 






RÉCAPITULATIOPÎ'. 489 

et les médicamens toniques guériront rarement la 
fièvre , tandis que les viscères sont ainsi obstrués: 
quelquefois ils l'arrêteront , mais confirmeront 
l'obstruction, ou pousseront toute l'humeur atra- 
bilaire à toutes les parties du corps, de manière 
à produire diverses maladies chroniques , ou don- 
ner à la peau cette couleur de cire si bien connue. 
Mais si ces médicamens arrêtent la fièvre dans ces 
circonstances, ce ne sera que pour peu de jours , 
après quoi elle reviendra avec le double de forces. 
Dans ce cas , il faut toujours se rappeler que la 
cause d'une telle fièvre d'accès, est l'humeur atra- 
bilaire qui occasionne une maladie très-longue, 
presque toujours de quarante jours, ou même de 
plusieurs mois ; qu'il ne faut, dans ces fièvres , 
que tâcher de modérer là violence des accès , sou- 
tenir le malade comme il faut pendant les jours 
d'intervalles , et diriger le régime , Texercice et 
les remèdes , de manière à atténuer , délayer et 
évacuer Vépaissîssement atrâhiVieuii, comme s'il ne 
s'agissait pas de la fièvre d'accès- 

Il résulte deux avantages de cette pratique : i.^en 
bien des cas on n'expose pas la vie du malade , 
quand la fièvre même irait jusqu'au mois de juillet ; 
2.° quand Vépaississement atrabilieux a été corrigé 
ou évacué , ce que les accès réitérés de la fièvre 
facilitent , la fièvre s'arrêtera peut-être radicale- 
ment d'elle-même , sans danger de rechute, ou 
cédera aisément au spécifique en très-peu de temps, 
et comme il convient. 



.> 

^ 






490 B.ECAPITUL.VT10N. 

Deux symptômes doivent faire distinguer une 
vraie fièvre d'accès de toute autre fièvre: ï.» Frigus, 
rigor , et horroT febiilis , le froid , la rigueur et le 
frisson au commencement de tout accès; 2 « une 
apyrexie absolue entre les accès ; ce qui n'arrive 
pas dans la fièvre hectique purulente , ni dans la 
maladie que Boërhaave appelle hectica anglicana. 
La migraine ressemble assez à une fièvre inter- 
mittente. Cette maladie , qu'on regarde commu- 
nément parmi nous comme une fièvre de la tête , 
ou plutôt de la face , paraît en différentes saisons , 
quoique plus fréquente au printemps ; et, par cette 
raison , demande un traitement différent : voilà 
peut-être pourquoi ce qui a réussi en un cas, man- 
que souvent dans les autres. La vraie migraine est 
régulièrement périodique > et sans autre fièvre que 
celle que cause la violence de la douleur. On la 
distingue aisément par^-là de tout autre mal de tête 
chronique , nerveux et hystérique , qui sont moins 
réguliers > et de toute douleur qui provient d'un 
désordre des solides , et de celle qui accompagne 
les fièvres continues , rémittentes et intermittentes. 
Après ces détails bien circonstanciés , il sera 
phis aisé de comprendre l'histoire des vraies fièvres 
malignes et contagieuses , de rendre raison de la 
variété des symptômes qu'on y observe , et d'éta- 
blir la meilleure manière de les traiter» 



1 



ÉTAT 

DES POIDS DOIST SE SERT M. GRANT. 

( Je prends cet état dans le nouveau Dispensaire anglais d« 

M. Lewis.) 



La livre. . . 
L'once. 
La drachme. . 
Le scrupule. . 
Le grain. . 



douze onces, 
huit drachmes, 
pèse <^ trois scrupules, 
vingt grains, 
un grain moyen de bléJ 



La pinle anglaise pèse seize onces ; c'est à peu près la cliopine 

de Paris. 
La livre médicale anglaise pèse . ; . . • 5760 grams» 

L'once ^ . . . 48o grains^ 

La drachme ... ^ ....... . ^ grains. 

Il sera aisé , par ce petit état , de faire les ré- 
ductions nécessaires dans les ordonnances , par 
rapport aux poids de Paris , en se rappelant que 
la livre médicale est actuellement de seize oncefi, 
et (jue le scrupule pèse vingt-quatre grains. 



%/%\%v%iV\>v\iVV^/tv%iiA\/tii/tvt%n,v\,vtv\iv\i 



VI>VliV%.WVlWWVl<WVtllWtMl<VV-W'VtWl^VVt 



RECETTES 

Dont M. GRANT se sert dans le traitement des 
maladies exposées dans cet ouvrage , et dont les 
numéros répondent à ceux qui y sont placés. 

IN'.o I. 

Emético-cathartique de m. Tissot. 

Of Tartre émétique , un grain et demi. 
Manne choisie ^ une once. 
Eau chaude , une livre. 

« On en prendra un verre à chaque demi«heure » 
» jusqu'à ce qu'il opère par le vomissement ou 
» par les selles. » 

, Vomitif ordinaire. 

^ P^in dipécacuanha , une once. 

Fin d antimoine , demi-once, M. F. P. 

Vomitif en lavage. 

'Jtj. Tartre émétique^ quatre grains. 

Eau chaude , une livre. 
Faites la solution. 

<f On en prendra un (petit ) verre tiède , le réi- 
D térant aussi souvent qu'il le faut pour nettoyer 
» l'estomac. » 



1 




Mixture de Storck , pour nettoyer les ijytestins, 
et chasser les vers et le flegme visqueux qui y 

RÉSIDENT. 

^ Sel polycrestey 
Jalap en poudre^ 
Valériane sauvage en poudre , de chaque 

une drachme. 
Oxymel scillitique , quatre onces. M, 

« On en prendra une cuillerée ordinairele matin, 
» à midi et au soir , pendant plusieurs jours de 
» suite , jusqu a ce qu'on ait vu l'effet qu'on en 
» attend. » On en peut donner plein une cuillère 
à cajé à un enfanL 

N.o 3. 

Mixture d'OPIUM de vapt-Swieteic , pour lï 
colera-morbus. 

î^ Eau d'orge , huit onces. 

Extrait d opium (ou ^Ae^ai'^we), trois grains. 
Pierres dÉcrevisses^ une drachme et demie* 
Eau de cannelle ^ une once. 
Sirop diacode , une once et demie. M; 

« On en prendra une cuillerée ordinaire toutes 
» les huit ou dix minutes, jusqu'à ce que le vo- 
» missemeut cesse. » 



494 



Recettes. 



Pour lâcher le ventre dans les coliques des 

PEINTRES , DE PoiTOU , SÈCHES , ET DE DeVONSHIRE. 

'Jff, Sucre blanc , 

Teinture de Jalap , de chaque une drachme. 
Broyez les ensemble , et ajoutez : 
Manne choisie , 

Huile de pignons dinde , de chaque une once. 

Sirop solut. s. q. M. 

^ On en prendra plein deux cuillères à café à 

» cliaque demi-heure , buvant par-dessus une 

» cuillerée ordinaire delà mixture suivante n.® 5 , 

» jusqu'à ce qu'il vienne une selle. » 

N. B. M. Grant ordonne ici la teinture de jalap , de la 
pharmacopée de Londres. Je la joins ici. 

Of Racines de Jalap , huit onces. 

Esprit de vin , noyé dans une égale quantité d'eau , une 
chopine de Paris. 
Faites digérer cela convenablement , et filtrez. 

N.« 5. 

qt Sel de Seignette , une once. 

Eau de Menthe poivrée , six onces. M. 

Qc On en prendra une cuillerée chaque demi- 
» heure , jusqu'à ce qu'il vienne une selle : après 
» quoi , l'émulsion suivante suffira pour tenir le 
> ventre libre , jusqu'à ce que les symptômes 
» dimiauent. » 




Recettes. 4g5 

Of. Manne choisie^ une once et demie. 
Tartre soluble , demi-once. 
Amandes douces pelées , seize. 
Écrasez bien cela ensemble , et ajoutez peu à 
peu : 

Eau'Tose , douze onces; 

Jus de Limon , deux onces. F. Émuls. 

« On en prendra une tasse à thé , de manière 
» à tenir le ventre libre. » 

N.o 6. 
Mixture désobstruante de van-Swiéten. 

Of Oxymel scillitique , deux onces. 
Sel polycreste , deux drachmes. 
Tartre vitriolé , une drachme. 
Eau de fontaine , huit onces* 
Eau de Menthe spiritueuse , une once. M. 

« On en prendra quatre cuillerées ordinaires 
» toutes les trois heures, à proportion de l'effet* 
» buvant par-dessus quatre on cinq onces delà dé- 
» coction suivante : » 

'^ Chiendent frais , huit onces. 

Pissenlit avec la racine , quatre onces. 
Eau de fontaine , deux livres et demie. 

Faites cuire pendant une demi-heure , passez 
et jettez-y : 

Bon miel y trois onces. 



SSSi^^lZ^ 



496 


Recettes. 

î(.« 7. 






Pour tenir régultt:remewt le ventre libre , 


QUAND 


LES 


OBSTRUCTIONS SONT LEVEES «ANS 


LES COLIQUES 1 


ORDINlIRES, 






n/ 


c^>o/ir» rif» iyfi7n\fi> . Hpini-once. 







Rhubarbe choisie , une drachme. 
Sirop de chicorée , avec rhubarbe, s. q. 
Faites-en soixante pilules. 

« On en prendra cinq , matin et soir; » mais ^ 
pour un sujet dun tempérament bilieux , la te- 
cette suwante vaut mieux* 

CjL Sas^on de Venise , 
Sel polycreste^ 
Rhubarbe choisie^ 
Aloès très-pur^ 
Extrait de fleurs de Camomille , de chaque 

une drachme. 
Huile essentielle de fleurs de Camomille , 

douze gouttes. 
Élixir aloè, s. q. 
Faites-en de petites pilules. 
« On en prendra trois ou quatre , chaque 
» soirée, pour tenir le ventre réguhèrement libre, 
» en novembre et décembre. » 

PURGATION EFFICACE POUR ENLEVER LEFLEGMETENACE, 
OU LA BILE NOIRE TURGESCENTE DANS LE BAS-VENTRE. 

qt Sel polycreste , une demi-drachme , 
Crème de tartre^ 
Poudre de /alap^de chaque un scrupule. M.f.p. 




Tisane purgative , presque la même que celle db 

s y deni! am. 

C^t Tamarin^ une once et demie. 
Eau de fontaine , douze onces. 
Tartre soliible ^ demi-once. 
Faites bouillir cela jusqu'à ce que tout soit 
fondu ; passez et jetez y aussitôt : 

Manne choisie , une once et demie. 
Teinture de Séné, une once. 
<c On en prendra six cuillerées chaque heure | 
» jusqu'à ce qu'elle purge convenablement. » 

IS-.o 9. 

PURGATION FORTIFIANTE DE TiSSOT APRÈS LES FlÈVRES. 

Qt Rhubarbe choisie , 

Crème de tartre, de chaque deux scrupules^ 

Sucre , une drachme. 
Broyez le tout ensemble , et ajoutez-y : 

Eau de pouliot , deux onces. M. f. p, 
« On prendra cela en allant au lit. » 

ÉlECTUAIRE FORTIFIANT ET LEGEREMENT ASTRINGENT 
APRÈS LE COURS DE VENTRE, 

Of Conserve de Menthe 

Marmelade de Coings , de chaque une once 

et demie. 
Racine d Aulnée confite , demi-once. 
Rhubarbe choisie , une drachme. M. f, él; 

I. 32 




[«sa 







k 



498 Recettes. 

« On en prendra ia grosseur d'une muscade , îë 
» matin , à midi et le soir. » 

N.^ 10. 

LaVEMEIYT de VAl^f-SwJÉTEJY POUR l'eXCORIATIOîT 
DU RECTUM, APRÈS LA DYSENTERIE. 

CjjL Thèréhenthine y une drachme. 
Jaune dœuj ^ un. 
Thériaque , demi-once. 
Lait nouveau , cinq onces. M. 

t On le prendra tiède le soir en allant au lit , » 
le réitérant au besoin, 

N.o II. 

POTIOW ORDINAIRE AIYTIPUTRIDE. 

SJt Jus de limon , demi-once. 

Eau de menthe simple , une once. 

Sirop décoTce d orange , une drachme. M. f. p; 

« On en prendra toutes les trois , quatre , cinq 
21 ou six heures. » 

Mixture antiputride de Stohck. 

CJt Eau de coquelicot , une livre. 
Sirop diacode , une once. 
Esprit de soufre per camp. , une drachme. 
M. f. m. 
« On en prendra une cuillerée toutes les deux 
» heures. » 

IN". B. Dans les cas de grandes j^aihlesses j'ajoute a chacune 
un peu de camphre bien dissous , avec des amandes , et dé» 
layé dans de l'eau de menthe poivrée. 



Recettes. 499 

N.« 12. 

Potion diapiiorétique. 

"CJt Julep de camphre , 

Esprit deMindery de chaque trois drachmes. 
Eau de menthe simple , une once. 
Chaux dantimoine non la\>ée , dix grains. 
Sirop de safran , une drachme et demie» 
M. f. p. 
« On en prendra toutes les quatre heures. » 
Souvent f ajoute à la potion de la nuit , depuis 
dix jusquà quinze ou vingt gouttes de laudanum. 

Autre. 

CJt Poudre contrayerva , composée , 

Confection cardiaque , de chaque un scru- 
pule. 
Eau alexit, simple , une once. 
Esprit de JMinder, demi-once. 
Sirop de safran , une drachme et demie. 
M. f. p. 
« On la prendra comme la précédente , quand 
£« la chaleur manque. » 

N.« i3. 
Mixture antiputride de Tissot. 

^ Sirop de violette ^ deux onces. 

Esprit de sel marin , deux drachmes. 
« Ou aiguisera toutes les boissons avec un peu 
» de cette mixture. » 

32.. 



^ass^^iss 



Boo 



Recettes. 



I 



N.« 14. 

Décoction diaphorétique de QumQumAé 

Vf Quinquina en poudre , une once. 
Baume de Tolu , une drachme. 
Eau de fontaine , deux livres. 

Réduisez , en faisant cuire , à une livre ; passez 
et ajoutez-y ; 

Confection alkermes , une once. 

ff On en prendra trois ou quatre cuillerées ordi» 
» naires , toutes les trois , quatre , cinq ou six 

» heures. » 

]N> i5. 

Pilules désobstruantes de Rutherford. 

^ Extrait de suie , 

Savon de Venise ^ de chaque trois drachmes. 
Gomme ammon. , une drachme et demie. 
^loès succotrin , une drachme. 
Sirop simple , s. q. f. pilules de cinq grains. 

tf On en prendra trois , toutes les six heures , 
» buvant par-dessus six cuillerées de la décoction 
» suivante. » 

*^ Sommité de petite centaurée , une poignée. 

Sommité d'absinthe , 

Sommité de rue, de chaque une pincée. 
Faites cuire cela dans trois livres d'eau de 



Hegettes. 5iOI 

fontaine , et jetez-y , vers la fin de la ciiissoa : 

Semence de Carvi , 

Semence danis , de chaque trois drachmes; 

et passez. 

N.o 17. 
Mixture de van-Swiétebt , pour la fièvre. 




CJt Sel polycreste , deux drachmes. 
Tartre vitriolé , une drachme. 
Eau dorge , huit onces. 
Eaudécorcede Citron, deux onces. M. f. m. 

a On en prendra une cuillerée toutes les deux 
» heures, a 

N.^ 18. 

Electuaire de Lecat. 

Qi Quinquina en poudre , deux onces. 
Thériaque Androm. , demi-once. 
Sel d'absinthe ^ deux drachmes. 
Rhubarbe choisie^ une drachme. 
Sirop de safran , s. q. f. é. 

« On en prendra la grosseur dune muscade , 
» toutes les trois , quatre , cinq ou six heures. » 

3S^. B. Vordonnance de Lecat est composée avec le sirop de 
longue-vie , ou de Calabre, de la pharmacopée de Paris. 



^saÊS^SBSi 




n 



5o: 



Recettes. 



k 



JN.« 19. 

Le decoctiim nitrosum , ou la décocliou de nitre , 
de la pharmacopée d'Edimbourg, est un bon 
moyen d'administrer le nitre , donnée depuis 
trois jusqu'à dix cuillerées , et fréquemment, 
soit pure, soit mêlée avec d'autres médicamens, 
ou avec la boisson ordinaire. 

Comme M. Grant ne donne point cette décoction , je Xz. 
joins ici à ses recettes. 

t^ Nitre purifié , demi-once. 
Sucre blanc , deux onces. 
Cochenille , un scrupule. 
Eau , deux livres et demie. 

Réduisez , en cuisant , à deux livres. Laissez reposer la dé- 
coction , et décantez quand la liqueur est claire. 

M. Lewis dit qu'on en peut prendre deux ou trois onces à 
chaque dose. 

N.o 20. 
Êlectuaire pour la Migraine. 

^ Racine de Valériane sauvage en poudre^ deux 
onces. 
Quinquina en poudre , demi-once. 
éSel volatil^ c. c, , deux drachmes. 
Sirop de safran , s. q. M f. é. 

a On en prendra comme il est dit en son lieu 
» dans cet ouvrage. » 



FIN DU PREMIER VOLUME. 



TABLE SOMMAIRE 

DU PREMIER VOLUME. 

— ^ 

XJiscouRS préliminaire pa^, nf 

Introduction . . . , ; 

De la Fièvre d accès jA; 

Méthode curative . . . , 5o 

I>e la Constitution inflammatoire , . . , ion 

De la Constitution catarrheuse ..... 1 36 

De la Synoque non putride »,,.., iQ^ 

I.^® ObSERVATIOIY o;- 

11.^ Observatiojv 236 

III.® Observation 23,, 

De la Constitution putride . . . . . : 24 a 

De la Synoque putride , ..•.'.:, 24 8 

I.re Observation , sans fièvre .... : 28/1 

Il.e Observation, avec fièvre 28^ 

Ill.e Observation , avec complication de pe- 
tite-vérole ••....,. QO 

De la Constitution bilieuse 35 ^ 

I.^^ Observation. ....... '^ S^S 

Il.e Observation 3-^ 

III « Observation 30 



s^a^si^ai 



0« 



li 



O j 



-1/ 



5q/^ Table sommaire. 

De la Constitution atrabilieuse . . . pag. Bgô 

De la fausse Péripneumonie . . : . . i 4^8 

Récapitulation 4"! 

État des poids dont se sert M, Grant . . . 49' 
Recettes dont M, Grant se sert dans le trai- 
tement des Maladies exposées dans cet 
Ouvrage, • . . . . . • . • • • 49^ 



1 



Fin de la Table sommaire du premier Volume, 



L 



^.- .'.4 w • n 




s^a^fi^a